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A sauts et à gambades - Page 170

  • L'Iliade et l'Odyssée - Alberto Manguel

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    La tendance est aux retraductions, Paul Veyne vient de retraduire l’Enéide par exemple.

    Je n’avais pas d’édition de l’ Iliade franchement satisfaisante, un livre en poche plus en très bon état, une édition bilingue beaucoup trop lourde à manipuler, alors en entendant dans une émission de radio qu’une nouvelle traduction venait de sortir j’en ai profité.

    Me voilà maintenant avec une édition de l'Iliade flambant neuve et ma vieille Odyssée traduite par Philippe Jaccottet. 

     

    Vous me connaissez j’aime bien en plus avoir un passeur et comme je ne me vois pas vous faire une laïus sur l’Iliade et l’Odyssée du genre fiche de révision du bac, c’est du passeur dont il va être question.

     

    Alberto Manguel est un fan d’Homère ! Et il a commit un petit livre tout à fait passionnant où il entreprend de chercher la trace de ces deux oeuvres à travers le temps et les littératures d’un peu partout.

    Comment l’Iliade et l’Odyssée ont été lues, quel sens leur a-t-on attribué, quelles influences ont-elles exercées et comment ont-elles été traduites.

    Manguel est certain que ces oeuvres là peuvent être lues et relues car elles ont  « été écrites pour nos propres vies d'aujourd'hui, avec tous nos bonheur secrets et tous nos péchés enfouis. »

     

     

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    Bien entendu il revient sur Homère, le premier des écrivains, le père de la littérature comme Hérodote est le père de l’histoire. On est à peu près certain qu’Homère n’a pas existé et que ces oeuvres sont des assemblages d’anciennes histoires collectées par les rhapsodes ces interprètes des chants épiques, quelle importance puisque la littérature en sort habillée de pied en cap ?

    Xénophon disait déjà qu’Homère avait attribué aux Dieux « tout ce qui constitue chez les mortels honte et indignité : le vol, l’adultère et la tromperie »

    Manguel recherche à travers les oeuvres d’autres poètes, d’autres écrivains, la trace des oeuvres. Joyce bien entendu mais aussi Virgile dont l'Enéide doit beaucoup à Homère, Dante qui fait apparaitre Homère dans son premier cercle de l’enfer.

    Racine avec son Andromaque, Cavafy qui propose un Ulysse moderne.

    Ils ont été inspiré, influencé par Homère et l’on retrouve chez eux la colère d’Achille,  la ruse d’Ulysse,  la patience de Pénélope, le sacrifice d’Iphigénie. Homère a laissé sa trace jusque dans les récits de Sindbad le marin.

    Il nous rappelle l’influence qui a transformé Schliemann en archéologue obstiné pour découvrir les vestiges de Troie alors qu’il semblait que c’était un monde totalement imaginaire.

     

     

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    Un livre monde que Manguel illustre avec cette anecdote de villageois colombiens à qui l’on a prêté l’Iliade et qui refusent de rendre le livre au prétexte que :

     

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    « l’histoire d’Homère reflétait la leur: elle parlait d’un pays déchiré par la guerre, dans lequel des dieux fous se mêlent aux hommes et aux femmes qui ne savent jamais exactement pour quelle cause on se bat, ni quand ils seront heureux, ni pourquoi ils seront tués. »

     

     

    Ce livre est une sorte de biographie littéraire, non celle d’un homme mais celle d’une oeuvre de plus de 3000 ans et qu’aujourd’hui encore on traduit partout de par le monde, livre qui ne résout pas l’énigme d’Homère mais qui lui rend hommage.

    Manguel rejoint Italo Calvino  « Les classiques sont des livres qui, quand ils nous parviennent, portent en eux la trace des lectures qui ont précédé la nôtre et traînent derrière eux la trace qu'ils ont laissée dans la ou les cultures qu'ils ont traversées. »

     

                         

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    Les livres : L’Iliade et l’Odyssée - Alberto Manguel - Editions Bayard

    L’Iliade - Homère - Traduction de Jean Louis Backès - Editions Gallimard Folio classique

  • Rappeler Roland

    Un univers de légende

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                                 Légende présente dans les enluminures

     

    Vous l’avez peut être entendue à l’école il y a longtemps et comme parfois les histoires que l’on nous raconte, celle-ci est restée dans votre mémoire……

    Si rappelez vous, l’arrière garde de l’armée de Charlemagne est détruite à Roncevaux, Roland combattant les méchants sarrasins et sonnant de l’olifant inutilement…… 

    D’accord vous connaissez la Chanson de Roland mais l’avez-vous lue ? moi non jamais aussi j’ai profité de cette nouvelle édition pour lire cette chanson de gestes en 4000 vers organisés en 491 laisses fondées sur la répétition. (et toc on dirait que je prépare le bac de français !)

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                               Dans les livres scolaires

     

     

    « Alors Roland sent que la mort l'étreint

     Que de la tête dans le coeur elle descend

    Dessous un pin est allé en courant

    Sur l'herbe verte se coucher sur le ventre

    Glisser sous lui l'épée et l'olifant

    Tourne sa tête vers la foule païenne

     Et il l'a fait parce qu'il veut vraiment

    Que Charles dise avec chacun des siens

     Le noble comte est mort en conquérant »

     

     Première chose à dire si le livre écrit vraisemblablement au XIIème siècle existe bien, les héros de cette chanson de gestes sont sans doute pure invention.

    Pourtant cette épopée est restée dans les mémoires avec son traitre de service, son héros qui se sacrifie, peut-être parce que ce fut un des premiers textes littéraires en français, foin du latin ! 

    Pendant que Charlemagne ne pense qu’à rentrer chez lui, ses fiers chevaliers vont combattre les méchants ….les méchants on ne sait pas très bien quoi, sarrasins, basques, autres ? 

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                Sur les vitraux à Chartres

     

    On est en 778 et Charlemagne quitte l’Espagne, son arrière garde tombe dans une embuscade tendue par le roi Marsile aidé du traite, il en faut bien un, Ganelon.

    Et voilà comment naissent les légendes, le manuscrit ne prendra d’ailleurs le nom de Chanson de Roland que très tardivement au XIXème siècle. Pendant longtemps on la présenta comme un fait quasi historique. Et puis je ne connaissais pas du tout la fin qui raconte la tristesse de Charlemagne et sa vengeance.

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                Roncevaux aujourd'hui

     

    Frédéric Boyer s’est attaché à traduire en français actuel cette épopée. Sa traduction est magnifique, la langue est splendide et le rythme insufflé rend bien la notion d’épopée. On est assez vite envoûté par ces héros.

    Même si le vocabulaire est riche, il est suffisamment à notre portée pour que nous puissions profiter du texte. Le choix de la forme décasyllabique donne un rythme un peu incantatoire qui non seulement n’est pas gênant mais s’apparente sans doute aux façons de raconter des troubadours et autres ménestrels des temps anciens.

    Quant aux deux essais qui encadrent le texte, le premier ne m’a pas intéressé du tout, par contre le second commente et éclaire l’oeuvre de façon utile. 

    Pour résumé Frédéric Boyer dit de la Chanson de Roland, «  C’est l’histoire d’une pâtée militaire qui nous est racontée comme une victoire » 

     

                           Célèbre Jusqu'en Sicile © Gaelle Pelachaud

     

    Si vous êtes sensible aux univers légendaire n’hésitez pas

     

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    Le livre : Rappeler Roland - Frédéric Boyer - Editions POL

  • Pourquoi lire les classiques ?

     

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    Petit plagiat du titre d’Italo Calvino en ces temps de rentrée littéraire.

    Pour être franche j’ai une petite collection de livres très récents qui m’attend, cadeaux ou livres de bibliothèque, bref de quoi alimenter ce blog pendant un moment.

    Oui mais voilà, l’avalanche de livres crée chez moi chaque année une envie folle de m’en détourner et de lorgner du côté des classiques que je n’ai jamais lu ou que j’ai envie de relire. 

     

    Ceux dont Calvino disait qu’ils pourraient composer notre bibliothèque

    « moitié des livres que nous avons lus et qui ont compté pour nous, pour moitié des livres que nous nous proposons de lire et dont nous pensons qu’ils compterons »

     

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    Donc c’est parti pour quelques classiques absolus, ici dès demain

  • La Théorie du chaos

    Polar tonicardiaque

     

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    Ah là ce polar vous donne la pêche par son intelligence, son sens du rythme et ses rebondissements.

    D’abord une trouvaille, le flic de service s’appelle Henri Poincaré comme le mathématicien génial, l’arrière petit fils lui est flic à Interpol depuis pas loin de trente ans. C’est dire s’il est aguerri et revenu de tout ! ll a acheté une propriété dans le Sud Ouest où il passe son temps libre avec sa femme. 

    C’est un coriace Poincaré, il a traversé l’Europe pour mettre la main sur un criminel de guerre du temps de la guerre dans les Balkans et aujourd’hui il assure la sécurité pour un sommet de l’Organisation Mondiale du Commerce. 

    Et vlan un attentat va ficher en l’air la belle organisation prévue par Poincaré, un attentat à la bombe en plein Amsterdam dont un mathématicien génial James Fenster est la victime. 

    Autour de Fenster gravitait pas mal de monde, fiancée, collègue, ennemi et la traque va conduire Poincaré d’Amsterdam à Barcelone, de Paris à Milan tout le monde essayant de mettre la main sur l’ordinateur de la victime qui contiendrait des secrets ultra dangereux.

     

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    J’ai marché tout le long, d’abord un flic français ça nous change, ensuite l’intrigue est mené tambour battant, on saute d’un suspect à un autre, on hésite, bref l’auteur Leonard Rosen s’amuse bien avec nous et conduit son énigme mathématique avec brio.

     

    En prime une préface de Cédric Villani le prodige des maths et un clin d’oeil à Keisha qui m’a donné envie de le lire

     

     

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    Le livre : La théorie du chaos - Leonard Rosen - Traduit par Hubert Tézenas - Editions Cherche Midi

     

     

  • Tea time au Québec

    Tea Time au Québec

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    Cinq livres qui ont des vertus apaisantes qu’on lise papier ou numérique.

    Des polars apaisants ? alors ils sont nuls !! et bien non pas du tout, certes ce ne sont pas des thrillers bien noirs et bien sanglants, non non juste de petites balades au Québec dans un village bien sympathique où je passerais bien quelques jours de vacances.

     

    Des héros récurrents certains un peu déjantés je vous l’accorde

    Bon à tout seigneur….l’inspecteur Gamache et bien on a envie de lui serrer la main à cet homme, il est pas dépressif, il est pas alcoolo, ses enfants sont normaux, bref ça nous change des héros portés sur la bouteille. 

    Et Clara Morrow je suis sûre que vous prendriez bien le thé avec elle, une peintre de talent, ce que jalouse Peter son mari, et qui ne se prend pas pour le nombril du monde.

     

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                               Qui dit Canada dit ....hiver

     

    Bien sûr il y a le couple gay de service Thomas qui tient l’auberge et Gabri les chambres d’hôtes mais j’avoue que leurs recettes de cuisine me tentent et aussi passer une nuit ou deux dans leur gîte en pleine tempête de neige, oui n’oubliez pas qu’on est au Canada quand même.

     

    Enfin il y a ma préféré Ruth Zardo, la poétesse qui jure comme un charretier et qui a fait de rose son animal de compagnie, pour qui elle subtilise parfois des pulls à ses voisins, quand vous saurez que Rose est une cane ……….

     

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    Des histoires à lire dans l’ordre si possible, les saisons défilent, on démarre à l’automne, Sous la glace vous transporte en plein hiver la bonne saison pour le curling, puis vient la belle saison avant le mois le plus cruel ! Vous vadrouillerez dans les bois, vous aurez droit à une maison un peu hantée, à tout de même à quelques meurtriers.

    Ne comptez pas sur moi pour vous donner des détails des différentes intrigues, vous serez obligés de me faire confiance.

     

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                          Et la recette 

     

    Malgré tout je vous préviens il vous faut quelques accessoires genre  théière, pancakes ou muffins ou alors carrément un pur Malt, à voir selon l’heure parce qu'on boit et mange beaucoup dans ces polars.

    Ah j’oubliais le village s’appelle Three Pines, cherchez pas sur une carte c’est quelque part par là……

     

     

    Les livres : En plein coeur / Sous la glace/ Révélation brutale / le mois le plus cruel - Défense de tuer - Louise Penny  - Actes Sud numérique ou Flammarion Québec numérique

  • L'inconnue de Birobidjan - Marek Halter

     Un état juif peu connu

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    affiche incitant à partir au Birobidjan

    Je ne suis pas franchement adepte des romans de Marek Halter mais mon parcours récent en Russie soviétique m’a donné envie de lire ce roman qui se déroule moitié dans la Russie des soviets et moitié aux USA au doux temps du McCarthisme.

     

    Le récit va donc alterner sur les deux périodes de façon totalement convenue mais de façon suffisamment bien faite pour qu’on ne lâche pas le récit.

    1950 Maria Apron fait face avec aplomb à trois élus républicains de la commission des activités anti-américaine dont le sport principal est la chasse aux communistes et espions russes. Très vite il s’avère que Maria Apron a menti, ce n’est pas son nom, elle s’appelle en fait Marina Andreïeva Gousseïev, russe d’origine et entrée aux Etats Unis avec un faux passeport. 

    Elle est accusée d’avoir provoqué la mort d’un espion américain Michael Apron. Elle risque la peine de mort.

     

     

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                    Commission des activités anti-américaine

     

    Il lui faut se défendre, elle est émouvante et dans le public un journaliste prend fait et cause pour elle, il est prêt à croire à son histoire, à l’aider, mais est-ce bien raisonnable, après tout elle est actrice de théâtre et donc à même de tromper son monde. Il va lui falloir beaucoup d’énergie pour l’emporter face à Nixon (eh oui) et un procureur et un juge sûrs de sa culpabilité.

    D’heure en heure et pendant quatre jours, Marina fait défiler son passé, la terrible soirée qui va la faire vivre dans la peur pour des années, elle a côtoyé d’un peu trop près le pouvoir et c’est une proximité dangereuse dans l’URSS de Staline. J’ai retrouvé ici chez Marek Halter un épisode qui met en danger son héroïne comme une histoire un peu similaire enclenchait la destruction de la famille dans le roman d’Axionov Une Saga moscovite. Il ne fait pas bon s’approcher du soleil.

     

     

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    affiche de 1935 

     

     

    Marek Halter dresse le tableau de la vie des théâtres à Moscou juste avant la guerre, enfin une partie de l’histoire se déroule au fin fond de la Sibérie dans cette région autonome  crée de toute pièce par Staline pour y rassembler les juifs : le Birobidjan

     

    Le personnage principal est assez fascinant et c’est elle qui conduit le récit, j’ai aimé l’histoire même si elle peut un peu manquer de crédibilité. J’ai aimé que l’héroïne fasse l’apprentissage du Yiddish, une langue en train de disparaître et j’ai aimé voir Marina faire des efforts pour entrer dans cette langue.

     

    Bon d’accord le récit comporte quelques clichés et Marek Halter aurait fait de ce roman un très bon roman s’il avait traité un peu plus en profondeur ce nouvel état créé par Staline, le Birobidjan dans ce livre est un peu trop fade. Il reste que le roman se lit très agréablement. J'ai passé un bon moment de lecture.

     

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    Le livre : L’inconnue de Birobidjan - Marek Halter - Editions Robert Laffont  version numérique