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  • Premier amour - Ivan Tourgueniev

    Premier amour - Ivan Tourgueniev - Lu par  Stéphane Freiss - Editions Naïve
    premier amour.jpgJ’ai lu très peu de choses de Tourgueniev et la sortie de ce livre audio m’a décidé à faire plus ample connaissance.
    L’histoire est simple, Vladimir est un adolescent de 16 ans et il va tomber amoureux fou de Zinaïda qui en a vingt et un et vit dans le domaine d'à côté.
    Lui est encore d’une timidité maladive, elle, connaît déjà la vie, elle est belle et sulfureuse et tous les hommes sont à ses pieds.

    Ce n’est pas une histoire romantique et un peu guimauve, Vladimir éprouve des sentiments violents, une jalousie sans bornes attisée par la belle Zinaïda volage, coquette et cruelle.C’est une vraie tragédie familiale dont le cadre est la Russie du XIXième siècle.J’ai beaucoup aimé ce récit d’amour contrarié tendre et délicat mais sans mièvrerie, la lecture de Stéphane Freiss est parfaite.

    Du coup j'ai fait un petit tour sur la biographie de Tourgueniev par Henri Troyat et il semble que cette histoire soit en grande partie autobiographique.
    Le livre a largement été chroniqué sur la blogosphère  : un billet chez Lecture/Ecriture

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    La datcha musée de Tourgueniev

  • Exit le fantôme - Philip Roth

    Exit le fantôme - Philip Roth - Traduit de l’anglais par Marie-Claire Pasquier - Editions Gallimard
    exitlefantome.gifUne boucle se ferme dans ce roman, pour les lecteurs de P Roth voici le temps d’une dernière danse avec Nathan Zuckerman l’alter ego fictionnel de Philip Roth.
    Nathan Zuckerman, écrivain célèbre, vit à la campagne depuis des années, depuis en fait qu’il a reçu des menaces de mort, rien de tel pour vous faire aimer la solitude.
    L’homme a vieilli, plutôt difficilement, il est atteint d’un cancer de la prostate et pour faire bonne mesure d’impuissance et d’incontinence, même sa mémoire fou le camp. C’est pour se soigner qu’il revient à New York alors que la campagne présidentielle bat son plein.
    Décidé à échanger sa maison contre un appartement à NY, il fait la connaissance de Jamie jeune romancière dont il tombe amoureux fou comme seul peut l’être un homme au crépuscule de sa vie.
    Pour faire plaisir à la jeune femme il rencontre un journaliste qui s’apprête à publier une biographie qui révèle des détails scabreux de la vie d’un écrivain que Nathan a bien connu : Lonoff
    ll a été dans le passé un témoin privilégié de la vie  d’ Amy Bellette la maitresse de Lonoff. Aujourd’hui Lonoff est mort et Amy est atteinte d’une tumeur au cerveau. Zuckerman est révulsé par ce déballage, par les secrets sordides qui n’ajoutent ni ne retranchent rien au talent d’un homme et il va tenter de faire échouer le projet.
    C’est une lutte contre la mort que mène Nathan Zuckerman en réalité, Lonoff lui a déjà perdu, Amy Bellette va lâcher la rampe, notre héros ne se résout pas à abdiquer. Il veut encore plaire, séduire une dernière fois même si ce n’est qu’en rêve.

    Voilà posé l’histoire que nous raconte Philip Roth dans ce livre.
    philiproth.jpgIl y règle par avance quelques comptes avec les soit disant biographes qui seraient tentés d’écrire sur lui. Son livre plein de colère contre la déchéance physique, plein de rage contre la perte du désir, nous montre un homme qui doit faire le deuil de sa puissance aussi bien physique que créatrice. Le combat de Zuckerman est le sien. 
    Parcouru par une ironie noire, ce livre testament est le salut d’un artiste à son public avant que le rideau ne tombe,  une dernière parade brillante et désespérée pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

    Un billet très positif sur Les routes de l'imaginaire

    L'avis de nos cousins du Québec dans Voir
    " La conclusion exceptionnelle de l'un des cycles romanesques marquants de l'histoire littéraire américaine"

    Une interview de l'écrivain sur Télérama

  • L'étrange disparition d'Esme Lennox - Maggie O'Farrell

    L’étrange disparition d’Esme Lennox - Maggie O’Farrell - Traduit de l’anglais par Michèle Valencia - Editions 10/18
    esmelennox.gifLa folie et l’enfermement arbitraire sont des thèmes durs mais très intéressants. La lecture de ce roman m’a rappeler un film de Ken Loach des années 70 : Family life mais aussi Magdalen sisters le film de Peter Mullan
    Un très bref résumé : Iris jeune femme aux amours tortueuses apprend qu’elle a une grand-tante inconnue Esme Lennox, enfermée depuis soixante ans dans un hôpital psychiatrique, l’établissement ferme ses portes et cherche à recaser ses pensionnaires. Difficile pour elle d’interroger sa famille, sa grand-mère ne lui a jamais parlé de cette soeur et aujourd’hui c’est trop tard car elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer.
    Tout l’art de Maggie O’Farrell est de nous distiller la vie des personnages par petites touches, comme on instille un poison car on ne peut plus lâcher le livre. La construction très réussit nous fait osciller entre la vie dans les Indes coloniales du début du siècle, l’enfance mouvementée d’Iris, l’horreur de l’enfermement, de la punition imméritée, juste parce qu’une femme refuse le chemin tracé.
    Il est à remarquer que cette violence est toujours réservée aux femmes, il faut croire que les hommes eux ont de tout temps eu une santé mentale exemplaire !

     

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    Film Family life de Ken Loach

    C’est un excellent roman, le suspens est maintenu jusqu’au bout, la construction nous perd parfois mais c’est volontaire et cela augmente la montée en tension du lecteur. J’ai aimé les personnages, l’histoire, bref j’ai passé un très bon moment

    Tous les avis sont unanimement bons sur tous les blogs et c’est ce concert de louanges qui m’a donné envie, bien m’en a pris.
    Cathulu keisha Aifelle

     

  • La Mal-née - Christine Lavant

    La Mal-née - Christine Lavant - Traduit de l’Allemand par François Mathieu - Editions Lignes
    malné.gifVous voilà en Carinthie, au pays de Thomas Bernhard et de Joseph Winkler. L’auteur est pratiquement inconnue en France, son oeuvre poétique et romanesque est aujourd’hui traduite et publiée.
    Les personnages de ce roman sont peu nombreux et vous ne les oublierez pas.
    Wrga, la mère, elle représente la cohorte des enfants maltraités, des femmes violentées et ensuite montrées du doigt, elle a fauté : elle doit être punie. L’enfant du pêché porte un nom qui la désigne comme bâtarde, Zitha, et parce le Dieu de cette communauté est un Dieu de vengeance l’enfant est mal-née, petit être sans défense, innocente et sans voix.
    Comment prendre soin de cette enfant ? Wrga aime sa fille mais elle est parfois prête à écouter les conseils pleins de haine de Lenz son prétendant.
    Dans ce monde fruste, Lenz c’est celui qui croit aux mauvais esprits, aux légendes carinthiennes où le diable vient prendre une enfant saine et pose "un petit changeon" à la place.

    Zitha a une vie merveilleuse nous dit Christine Lavant car  "Il n’y avait personne pour la battre (...) non personne ne la battait, personne ne lui donnait de coup de pied et elle pouvait tournailler toute la journée où bon lui semblait sans que personne remarquât son absence" Elle vit, sous la table de la cuisine, dans l’étable où elle cache son trésor "une vieille petite boite à poivre". Elle se mêle aux enfants du village, elle est leur jouet car les enfants sont cruels. Ils la protègent néanmoins et l’appellent « la mouflette ». Eux seuls savent que la mal-née parle, qu’elle prononce quelques mots

    blogGomenasai .jpgLenz est ambitieux, il ne veut pas rester un valet toute sa vie, il veut s’élever dans la société, Il pousse Wrga à se débarrasser de Zitha, il lui assure que le diable peut venir la reprendre"Cogner neuf fois dessus, neuf fois et rudement pour qu’elle hurle à faire pitié (...) Alors il te rendra ton enfant et emportera le sien" ainsi la malédiction sera levée.
    Lenz est le maître et Wrga devenue sa compagne subie à nouveau la violence de l’homme  "Est-ce que tu mets ton  changeon à la porte ou est-ce que tu veux encore une rossée ?" Le malheur va s’abattre sur eux tous.

    C’est sur le blog De bloomsbury en passant par Court Green que j’ai découvert Christine Lavant.
    J’ai été happée par ce récit d’une douleur extrême, c’est à la fois d’une grande émotion et d’une dureté féroce. Le portrait de cette enfant, la peinture d’une société rurale en proie aux superstitions, à la haine, au poids de la religion, sont magnifiques.
    Dans la préface, François Mathieu le traducteur qui donne ici une très belle traduction, dit de Christine Lavant qu’elle est la « Pionnière du roman autrichien moderne ». Il semble que la vie décrite dans ce roman ne soit pas très éloignée de l’enfance de Christine Lavant, cela rend le roman encore plus prégnant.

    Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque

    L’auteur
    Vous pouvez retrouver Christine Lavant et son oeuvre sur Esprit Nomades

  • Au phare - Virginia Woolf

    Au phare - Virginia Woolf - Traduit de l’Anglais par Anne Wicke - Editons Stock
    au phare.gifEntre Virginia Woolf et moi c’est une longue histoire de passion, la lecture faite il y a bien des années de ses romans et d’extraits de son journal m’avait enchanté, les essais ont suivis au fur et à mesure de leurs parutions,  je l’ai traqué à coup de biographies petites et grandes.
    Alors me direz vous pourquoi un billet aujourd’hui ? Et bien parce que l’envie de faire partager ma passion est toujours forte (demandez à Cuné ce qu’elle pense de Dickens..et vous aurez une petite idée de la passion littéraire) et puis... et puis il y a les nouvelles traductions qui ouvrent la perspective d’une lecture différente de la précédente.
    Après La Chambre de Jacob, voici Le Phare, c’est par ce roman que j’ai commencé la lecture de Virginia Woolf en 19.. et il reste mon préféré, V W le considérait comme son meilleur roman.

    Une famille, presque une tribu, Mr et Mrs Ramsay, leur nombreuse progéniture, quelques invités poètes ou peintres,  les vacances en Ecosse un peu avant la Première guerre mondiale dans une vieille maison avec  jardin. Dans le lointain le phare objet des rêves et des désirs de la famille.
    La promenade au phare espérée par Mrs Ramsay et son plus jeune fils n’aura lieu que des années plus tard, entre les deux : une guerre, des mariages, des disparus et le temps inexorable qui coupe le roman en deux.

    Mrs Ramsay l’âme de la maison et de la famille est celle qui console et comprends, elle porte sur chacun son regard plein d’amour. Tous les personnages sont magnifiés par ce regard.
    Son mari « fin comme la lame d’un couteau » un peu faible, très égocentrique, pourtant « il n’existait personne qu’elle révérât autant que lui » Elle l’excuse et le comprends tant son besoin est grand de maintenir la famille dans une douce harmonie, Carmichaël le poète oublié, Lily Briscoe vieille fille un peu délaissée qui « avec ses petits yeux chinois et son visage tout pincé, ne trouverait jamais à se marier » et qui ne parvient pas à mettre Mrs Ramsay sur sa toile.

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    Le phare de Godrevy Island : celui de l'enfance de Virginia Woolf


    Tout l’art de VW est de nous baigner dans les pensées et les émotions, les perceptions des personnages « emmêlées dans un filet aux mailles d’or »
    Les événements du quotidien, parfois insignifiants, viennent interrompre le flot des pensées, chacun est seul au milieu des autres.
    Les sensations, les choses emplissent les jours « on ressentait ainsi envers elles une tendresse irrationnelle » le couvert mis, la lumière de la lampe, un gant oublié et en même temps savoir « que la vie était difficile; les faits inaltérables ; et que le passage vers ce pays fabuleux où s’anéantissent nos plus grands espoirs, où nos frêles esquifs s’abîment dans les ténèbres »
    Comme toujours avec Virginia Wolf le temps s’étire indéfiniment pour tout à coup se contracter jusqu’à la rupture. On passe du bonheur familial à une maison « abandonnée comme un coquillage sur une dune, qui va s’emplir de grains de sable sec maintenant que la vie l’avait quittée »

    woolf.JPG« Roman de la fragilité de la vie, de l’absurdité des destinées humaines » * des espoirs déçus, de la perte de l’innocence et des émotions de l’enfance. Un chef d’oeuvre à mettre sur les rayons de votre bibliothèque


    * V.W de G Brisac et A Desarthe - Editions de l’Olivier

  • Patience et songe de lumière - Sylvie Germain

    Patience et songe de lumière - Sylvie Germain - Editions Flohic
    patienceetsonge.gifEn 1996 j’ai eu la chance de me rendre à La Haye pour voir l’exposition Vermeer au Mauritshuis. C’était la plus importante exposition avec 22 des 35 tableaux attribués à Vermeer.
    Je me souviens du voyage en voiture jusqu’à Amsterdam, des canaux encore gelés car nous étions en mars, le ciel était bas, le train d’Amsterdam à La Haye pris tôt le matin, la foule qui se pressait à l’entrée malgré les billets achetés plusieurs mois auparavant , et ensuite...la magie de la peinture, de la lumière, des tableaux.
    Il y avait presque tout : Le Géographe et la Dentellière du Louvre, « Le petit pan de mur jaune » cher à Proust,  La laitière avant qu’elle ne devienne publicité,  La jeune fille à la perle avant le roman et le film.
    Les tableaux des grands musées du monde, ceux de part delà l’océan et  que je n’aurai peut être jamais l’occasion de voir une seconde fois.
    Avant cette exposition j’avais rêvé sur les tableaux de Vermeer grâce à Sylvie Germain, son livre est actuellement indisponible mais vous pouvez sans doute le trouver en bibliothèque et il vous proposera d’entrer dans l’atelier du peintre et de faire un voyage vers la lumière et une fois poussé le rideau de vous absorber dans la contemplation.

    Tout d'abord il vous faut faire connaissance avec la ville.

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    Vue de Delft - J Vermeer - Maurithuis muséum

    « Il est sept heures dix au cadran de l’horloge de la porte de Schiedam. Le mât oblique d’une barque amarrée devant l’arche de la porte pointe le clocher de la Nouvelle Eglise que le soleil levant blondit doucement »


    Vermeer est là dans son atelier, il cherche la perspective, les couleurs « Il a reçu le don de la lumière - l’amour et l’intelligence de la lumière montée des confins de la terre et de l’eau »

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    Suivons Sylvie Germain dans l’atelier. « Le rideau s’ouvre d’un grand coup d’aile marquetée sur la scène où oeuvre le peintre » le peintre est là « Il est le maître des couleurs et dicte à chacune son rôle dans le grand jeu du visible pour mieux en révéler la mission au sein de la dramaturgie de l’invisible »

    Continuons la visite et approchons nous  :

    « Car c’est lui seul le peintre qui préside ici à la cérémonie des noces entre la poésie et la peinture, entre le chant et la lumières, entre la beauté et les couleurs, entre le visible et l’invisible »

    S Germain nous emporte de l’atelier à la chambre, elle s’efface devant l' « Harmonie en bleu ardoise et ocre nuancé de roux et de rosé  »

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    L’écrivain s’absente pour laisser place à un chant de lumière : « Les doigts égrènent des notes,  des mots, des fleurs de dentelle, des gouttes de lait, des perles »
    Mais elle peut aussi se pencher sur les cartes, compas en main et évoquer Spinoza  « Le solitaire polisseur de verres d’optique, l’artisan philosophe dont la vision du monde et l’oeuvre qui en émane, font écho à celle de Vermeer : un écho de cristal, sec, net et limpide. »

     

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    C’est un parcours  initiatique car « Vermeer ne raconte rien, ni narration, ni fable ni histoire. Il montre, réfléchit, il présente. Son oeuvre est une mise en miroir, sa peinture une vision. »

    Laissez vous porter par les mots de Sylvie Germain, sobres, denses et par le génie de Vermeer dont la peinture est

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    «  Un voyage dans l’immensité close au coeur de l’apparence, une lente dérive dans les remous de l’immobilité, un embarquement de l’instant dans l’absolu et pour l'éternité"

    Bon voyage au pays des couleurs et de la lumière.