Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

A sauts et à gambades

  • Les Bourgeois de Calais - Michel Bernard

    michel bernard

    Il y a des auteurs auxquels je m’attache après lecture de certains de leurs livres, ensuite j’essaie de rattraper mon retard en lisant leurs plus anciens écrits.
    Michel Bernard est parmi eux grâce à Luocine qui la première me l’a fait lire.

    J’ai lu tout autour de Ravel, Jeanne d’arc et la Retraite de Russie. Aujourd’hui retour vers la guerre de cent ans.

     

    michel bernard

    1347 Calais est assiégée par les anglais et capitule.
    Le roi Edouard exige que six notables pieds nus et la corde au cou lui remettent les clés de la ville.
    Ils seront finalement graciés grâce à l’intervention de la reine Philippa de Hainaut.

    Le projet d'un monument en leur hommage est prévu pour 1889 à l'occasion du centenaire de la révolution.

    michel bernard

    L'édile 

    Le maire de Calais Omer Dewavrin fait appel pour le monument à rien moins qu’Auguste Rodin, celui-ci a 44 ans et sa notoriété est encore limitée mais Rodin ne fait rien comme tout le monde. L’édile et l’artiste vont lier amitié.

    michel bernard

    L'artiste 

    Michel Bernard va s’attacher à nous détailler les liens qui vont naitre entre le commanditaire et son maitre d’œuvre.

    Omer Dewavrin se rend à Paris, Rodin lui fait visiter son atelier.

    Quelle apparence donner aux Bourgeois de la Guerre de Cent Ans ? pour Rodin pas question d’en faire un monument conventionnel. Mais le projet qui nait dans sa tête est tout sauf académique et risque de heurter les élus outre qu’il risque de n’être plus dans les clous financièrement.

    Dewavrin est séduit par le projet de Rodin et travaille à son soutien.
     « Il voyait, dans une soudaine accélération du temps, quelque chose qui demeurerait. On viendrait de Paris, des quatre coins du pays pour admirer l’œuvre que Calais allait élever à la mémoire de ses héros ».

    Le projet présenté au conseil municipal est adopté immédiatement et unanimement, c’est sans compter les délais, Rodin est sollicité de toutes parts, le projet prend du retard.

    Les ennuis s’abattent en pluie sur le maire, financiers d’abord mais ensuite c’est le choléra qui sévit et le voilà à la manœuvre pour éviter que l’épidémie s’étende.

    michel bernard

    L’œuvre au musée Rodin 

    Tout cela prend onze ans !!
    La sculpture est inaugurée en 1895.
    J’ai aimé l’écriture de Michel Bernard, l’art qu’il a pour nous introduire auprès de Rodin et de son entourage et l’on croise Monet, Rose Beuret, Camille Claudel et Rainer Maria Rilke.
    La finesse avec laquelle il détaille les relations entre les personnages. C’est un récit élégant et sobre, très bien documenté.
    On voit naitre l’œuvre, évoluer le projet, tâtonner l’artiste, s’interroger le commanditaire.

    Pour finir de vous convaincre faites connaissance avec les six bourgeois si vous ne les connaissez pas déjà
     

    michel bernard

    « Eustache de Saint-Pierre, Pierre de Wissant, Jean d'Aire, Jacques de Wissant, Jean de Fiennes, Andrieu d'Andres »

     

    michel bernard

     

    michel bernard

    Le Livre : Les Bourgeois de Calais – Michel Bernard – Éditions La Table ronde Poche  

  • Persuasion - Jane Austen

    Petite balade au pays des classiques.

    Longtemps après avoir essayé de lire Jane Austen dans des versions plus qu’approximatives j’ai fini par acheter les œuvres en pléiade.

    jane austen

    J’ai recensé ici Mansfield Park et Emma.
    J’ai passé plusieurs mois à lire toute l’œuvre avec délices. J’ai tout aimé mais j’ai quelques préférences : j’aime beaucoup Mansfield Park et Emma mais Persuasion reste mon œuvre préférée.

    jane austen

    J’aime les personnages, l’intrigue, les quiproquos, les critiques de la bonne société, bref j’aime tout.

    jane austen

    Pour faire bonne mesure je l’ai également écouté en version lue par Camille Cobbi et c’est un petit régal 

    Applaudissement aussi pour l’adaptation BBC par contre la dernière avec Dakota Johnson est à fuir.

    jane austen

    Le livre : Jane Austen - Oeuvres complètes T1 et T2 - Gallimard Pléiade

    La Version Audio :  Persuasion - Lu par Camille Cobbi - Editions Thélème

  • Un livre deux tableaux - Les Ciels de Tiepolo

    Giovanni_Battista_Tiepolo_081.jpg

    Chez Tiepolo la couleur est comme déplacée, par rapport aux propositions de la nature, elle ne dit plus le vert du feuillage, la teinte jaune des fruits, elle a des jaunes acides, des roses, des mauves comme la terre n’en offre guère, et qui suggèrent plutôt de luxueuses étoffes teintes, comme si le Ciel s’était revêtu des parures de la Venise festive qui a commandé nombre de ces peintures."

    Olympe - Musée du Prado - Giovanni Battista Tiepolo

     

    Tiepolo_-_Perseus_and_Andromeda,_ca._1730–31.jpg

    Persée et Andromède - Frick Collection New York 


    " Si les ciels ne sont pas d’abord lumière, ils ne sont pas les cieux. Toujours cette merveilleuse clarté et cette intense luminosité des plafonds de Giambattista Tiepolo. La profondeur des cieux ne peut être rendue sensible que par un appâlissement des coloris. Des teintes sombres refermeraient l’espace, feraient voûte, barreraient le regard qui n’aurait jamais l’impression de plonger dans l’infini céleste. Au contraire une certaine pastellisassion des couleurs recule l’horizon, ouvre les perspectives."

     

    Le livre :  Les Ciels de Tiepolo - Alain Busine - Gallimard

  • Les Yeux de Mona - Thomas Schlesser

    certified-cicerone-Copie.jpg

    Une jolie histoire de transmission entre une petite-fille qui va peut-être perdre la vue et son grand-père passionné de peinture.
    Pour qu’elle garde en tête les peintures qu’elle aura vu il va l’emmener partout.
    Du Louvre à Orsay au Centre Pompidou.

    A 10 ans, Mona n’a jamais couru les musées, il est temps de le faire pour engranger des souvenirs en attendant la nuit. 
    Son grand-père « Dadé » truande un peu, annonçant qu’il l’emmènera chez le psychologue pour l’aider à supporter l’épée de Damoclès au-dessus de sa tête
    En fait pour qu’elle garde en tête les peintures qu’elle aura vu il va l’emmener partout.

    865215-musee-d-orsay-collection-permanente.jpg

    52 semaine pour l’année, 52 chef-d ’œuvres à découvrir.
    Un peu au hasard :
    Vermeer, Botticelli, Turner, Monet, Manet,Degas, Picasso

    Vénus_et_les_trois_Grâces_offrant_des_présents_à_une_jeune_fille_-_Sandro_Botticelli_-_Musée_du_Louvre_Peintures_RF_321.jpg

    Comment éveiller la curiosité de Mona, quels mots employés ; comment la guider.
    Un rien érudit le grand-père sait capter son attention.

    gare saint lazare.jpg

    Thomas Schlesser, historien de l’art écrit habituellement des essais pour les amateurs d’art de tout poil.
    Barnes & Noble, lui a décerné son prix « Book of the year », , sorti outre-Atlantique le livre a figuré plusieurs mois au top 10 des ventes du New York Times.

    frida.jpg
    Son livre à une forme très classique, si autrefois vous avez lu le Monde de Sophie, on est sur la même veine et la même forme. Un érudit ouvre les portes d’un monde à une novice.

    La première visite se passe au Musée du Louvre, devant Vénus et les trois Grâces offrant des présents à une jeune fille de Botticelli. Jamais je ne suis allée au Louvre sans m’arrêter devant cette fresque qui chaque fois m’émeut.

    Johannes_Vermeer_-_The_Astronomer_-_1668.jpg


    Bienveillance, tendresse et érudition, aptitude à parler de peinture, voilà les secrets de ce duo.
    Laissez-vous tenter et déambulez d’une salle à l’autre, d’un musée à un autre, d’une période à une autre.

    Cicerone pédagogue le grand-père y met du sien, du coup cela est tout aussi accessible à Mona qu’aux lecteurs néophytes en matière d’art quitte parfois à agacer les gardiens.
    C’est intéressant et réussi à une seule condition : répartir les visites sur un temps assez long pour ne pas être victime de ras le bol.
    Ralentir quand il le faut, revenir en arrière, s’attarder si besoin.

    1651502318_cour-napolon-et-pyramide-2009-muse-du-louvre-stphane-olivier-pyramide-du-louvre-arch-impei-muse-du-louvre.jpg

    J’aime la peinture et donc la plupart de ces œuvres m’étaient connues, mais en parler c’est une autre paire de manches.
    Entre regarder même attentivement et décrire ce que l’on voit, exprimer son admiration, j’ai été sensible aux leçons d’observation données, pourquoi nous arrêtons nous devant ce tableau-là ? pourquoi un détail vous reste en mémoire indéfiniment ? pourquoi l’émotion se lève devant tel tableau ?

    Thomas Schlesser a réussi son pari de passeur, il donne envie de se précipiter au musée.
    Un livre qu’il faut mettre dans la bibliothèque de vos enfants et sans rien dire aller grapiller quand l’envie vous en prend.

    Un petit podcast pour compléter la lecture 

     

  • Les Pauvres gens - Fiodor Dostoïevski

     

    dostoiëvski

    Quand on a lu les principaux romans d’un auteur, il reste ses écrits plus anciens, pas forcément les meilleurs mais l’on a plaisir à découvrir l’auteur un peu balbutiant, un peu maladroit parce qu’on sait ce qu’il adviendra.

     Les Pauvres gens est le premier roman de Dostoïevski, il a obtenu un succès immédiat alors qu’il n’a que 25 ans.

    Le style est déjà là, ce roman épistolaire contient en germe ce que l’on retrouvera plus tard dans son œuvre.

    dostoiëvski

    dostoiëvski

     

    Le récit tourne autour de deux personnages : Varvara Dobrossiolova et Makar Dévouchkine.

     Lui est un petit fonctionnaire toujours sur la corde raide question finance, il est plus âgé qu’elle.
    Varenka est une lointaine cousine à la santé précaire, une orpheline qui vit dans une pauvreté terrible et qui a été déshonorée par un riche propriétaire terrien.

    dostoiëvski

    Caricature du fonctionnaire 

    Makar vit dans un logement collectif sans aucun confort, bien qu’en difficulté il tente d’aider Varenka. Il est touché par son courage, il dépense jusqu’à son dernier kopek pour lui faire quelques cadeaux.

     

    Au fil de leur correspondance se dessine une affection sincère et profonde même si elle est faite de non-dits et de silences.
    « L’existence est moins lourde quand on la supporte à deux. »

    Ils font état de leurs craintes, de leurs difficultés, ils se livrent avec sincérité et humilité, Makar se traite d’ignorant, Varenka dit « Ah ! mon ami ! le malheur est une maladie contagieuse. » Chacun devient le confident de l’autre.

    On a au fil du récit le sentiment d'avoir affaire à des personnages aux abois, et cette impression va crescendo.
    Mais Varenka sait ce qu’elle veut ce qu’elle est prête à accepter et le dénouement final n’a rien de glorieux.

     

    dostoïevki

    André Markowicz le traducteur 

    A travers leur lettres Dostoïevski dresse un tableau un rien sordide de la vie à la russe, la lutte quotidienne pour manger, se loger, se vêtir, bref vivre.
    Il décrit merveilleusement bien l’univers « des petits, des sans grade » ces êtres pitoyables qui gravitent autour des personnages principaux : un écrivain raté, un commerçant indélicat, une tante qui est un monstre d’égoïsme.

    Son analyse de l’âme humaine présente déjà toutes les contradictions que l’on rencontrera dans ses grands romans. Culpabilité et péché, orgueil ou rédemption.

    L’auteur exagère les émotions, l’amour de Makar est profond et intense,
    « Dès que je vous ai connue, d'abord, j'ai commencé à mieux me connaître moi-même, et je vous ai aimée ; et avant vous, mon petit ange, j'étais solitaire, c'était comme si je dormais, je ne vivais pas au monde. »

    Le rythme des phrases accentue l’impression de tourment qui assaille les personnages et donne cette sensation de percer l’âme humaine ce qui sera le propre de Dostoïevski.

    La traduction de Markowicz rend parfaitement l'esprit torturé de l'écrivain et apporte tout ce qu’il faut au lecteur pour se laisser séduire par ce roman.

     

    Le Livre : Les Pauvres gens - Fiodor Dostoïevski - Traduction André Mar­ko­wicz  -  Actes Sud

     

  • Celle-qui-sait-les herbes - Marc Graciano

    graciano

    Si vous venez régulièrement sur ce blog vous connaissez l’auteur.
    J’aime les sujets de ses romans, j’aime son écriture même quand elle est un rien difficile.

    Je ne l’avais pas lu depuis ses romans sur Jeanne d’Arc j’étais heureuse de le retrouver.
    On fait un bond en arrière car nous voilà au temps des premiers hommes. Enfin pas tout à fait les premiers, le feu est déjà là, l’agriculture commence, les voyages se développent.

    graciano

    Faisons connaissance avec deux protagonistes dont nous ne connaitrons jamais le nom.
    Il y a une vieille chamane et celui dont elle doit faire son successeur. Il sera son disciple il doit être formé.

    graciano

    Au fil des pages se fait l’initiation du jeune homme, il apprend à respecter la nature, à desceller les signes annonciateurs de nourriture ou de danger, ceux indiquant la présence d’autres hommes.
    Sa charge sera lourde « Je ne devrais pas à l'avenir uniquement me préoccuper de la santé des gens, mais aussi de tout ce qui existe et nous entoure, en particulier de ces animaux qui depuis des temps immémoriaux assurent la survie de notre peuple, et avec qui, désormais, nous sommes pour ainsi dire en parenté. »

    La vieille chamane lui confie une mission tu dois « caresser le monde ».
    « Et je sentis alors monter dans mon cœur et dans tout mon corps, et bien sûr dans mon esprit, une grande allégresse. »
    Ils entreprennent un long voyage. Lui découvre la mer, il développe son rôle protecteur en construisant un radeau, un abri où trouve refuge une enfant prise son aile, Nuage une enfant silencieuse. Le duo devient trio.

    graciano

    La vie sauvage n’est jamais loin « Les loups se déployèrent en un cercle presque parfait et entamèrent en jappant une ronde autour d'elle »
    La prêtresse va passer le flambeau à celui qui n’a pas de nom.

    graciano

    J’aime l’écriture de Marc Graciano, des chapitres courts, le choix des mots et la poésie qui passe par là.
    « Le matin, au jusant, dans une lumière blême, avant que l'astre radieux ait réapparu par-dessus la pinède qui s'étendait derrière le cordon dunaire, et que ses rayons soient passés par-dessus la dune pour éclairer les flots, mais alors, à la différence du couchant, d'une lumière rose plutôt que rouge, Grande-Rivière, qui se retirait, laissait derrière elle une surface plate de sable humide et frais. »

    Des répétitions nous disent l’apprentissage avec une cadence pleine d’énergie.
    La langue est parfois émaillée de tournures rares et parfois très anciennes.
    J’ai pris un grand plaisir à cette lecture.

    graciano

    Le livre : Celle-qui-sait-les-herbes – Marc Graciano – Editions du Tripode