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Penser - Page 2

  • Montaigne la splendeur de la liberté - Jean-Christophe Bardyn

    J'aime qu’une lecture me dérange, m’interroge sur mes certitudes, remette en cause des idées trop figées. 

    Malgré la lecture de quatre biographies de mon auteur fétiche j’ai été incapable de résister à une nouvelle parution.

    Au gré des écrits sur Montaigne on l’imagine parcourant sa librairie, feuilletant, annotant, chevauchant de temps à autre mais revenant méditer dans sa tour.

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    La librairie virtuelle de Montaigne

    Que nenni nous dit Jean-Christophe Bardyn « Au fil des siècles, les repeints se sont accumulés au point de défigurer l’original. » et c’est bien un Montaigne rajeuni, à la verdeur manifeste qui apparait une fois gratté le vernis des siècles. 

    « Il faut rendre à Montaigne sa démesure, y compris dans la modération, ses passions violentes et ses colères sanguines, son goût à la fois puissant et raffiné, et pour finir, quand il le faut, son âme partisane »

    Voilà on est prévenu d’emblée et JC Bardyn a épluché moults documents mais a cherché aussi à lire entre les lignes quand sciemment  Montaigne nous y a laissé des indices.

    Le portrait s’enrichit de mille anecdotes, de croisement d’informations qui donnent sens à des détails parsemés ça et là dans les Essais.

    La question principale est celle de sa naissance après ...11 mois de grossesse, on sourit, sauf qu’à l’époque lorsqu’une femme déclarait accoucher après 11 mois c’était le plus souvent pour masquer une grossesse illégitime

    Alors Montaigne enfant illégitime ? Je dois dire que les arguments de JC Bardyn sont tout à fait convaincants quand on les met bout à bout, une mère absente des Essais, un frère en procès avec lui quant à la succession du père, une tentative de mise sous tutelle de l’héritage au profit de la mère.  

    Non content de nous surprendre JC Bardyn dépoussière aussi la légende, l’apprentissage du latin ne lui fut pas réservé mais il le suivit en compagnie de son frère Thomas, il fit vraisemblablement des études à Paris sous l'égide de Turnèbe penseur et pédagogue de l'époque.

    Le choix par son père de la magistrature pour ce fils ainé appuie la thèse de la bâtardise alors que tout naturellement à l’époque c’était le métier des armes qui était préféré pour l’héritier.

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    La princesse de Montpensier

    On découvre Montaigne et La Boétie compagnons d’infortune, l’un en raison d’une enfance perturbée l’autre par sa probable bâtardise, le sage n’étant pas celui qu’on croit.
    La Boétie étant l’élément modérateur d’un Montaigne très porté vers les femmes mariées ce qui à l’époque représentait le danger véritable de finir une épée en travers du corps.

    Montaigne n’a pas tout dit de sa vie, la période ne s’y prêtait pas, quand on élucubre pour savoir si Montaigne était stoïcien, sceptique, épicurien, en fait notre homme était avant tout hédoniste et libertin « Montaigne fut un très grand séducteur. » 

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    Diane d'Andouins future maitresse d'Henri de Navarre

    A travers ses Essais Montaigne a énuméré de façon plus ou moins explicite la liste de ses maitresses, Diane de Foix-Candale à qui il laissa peut être un héritier,  Madame de Duras, Diane d’Andouins et qui deviendra la maitresse d’Henri de Navarre !  Madame d’Estissac et  peut être aussi Marguerite de Valois. Montaigne a cultivé les relations et pas seulement intellectuelles.

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    Marguerite de valois par Clouet

    J’ai aimé le portrait de Montaigne en maire de Bordeaux cherchant avant tout à temporiser entre les différentes factions, à négocier chaque fois que c’est possible, à mettre les magistrats devant leur responsabilité quant à la misère qui sévit dans leur ville.

    Cet homme  n’est pas banal, un jour il reçoit le roi dans son château, un autre jour il fait connaissance avec les cellules de la Bastille dont il sort grâce à Catherine de Médicis. Il est même un jour obligé de fuir en roulotte avec sa maisonnée pendant plusieurs semaines !!

    « L’époque des guerres civiles a façonné sa pensée et son style au point qu’ils entreront toujours en résonance avec les périodes troublées, inventives et inquiètes.» 

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    Ecrivit-il un pamphlet sur elle ? 

    Peut être y eut-il un Montaigne pamphlétaire, le Discours merveilleux, libelle contre Catherine de Médicis qui courait dans les salons et châteaux de l’époque est peut être de sa main. 

    Je le dit tout net j’ai aimé cette biographie, elle s’appuie sur quantité de documents et surtout sur le croisements de bons nombres d’écrits que l’auteur fait parler en les confrontant. C’est un livre passionné et qui va sans doute remuer le Landerneau universitaire.

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    Voilà un auteur qui par la magie de sa biographie pleine de gourmandise m’est rendu encore plus proche.

    Si vous êtes curieux de cette époque, si vous aimez que vos convictions soient un peu ébranlées alors lisez ce livre 

    Laissons le mot de la fin au biographe :

    « Montaigne a toujours fait, autant qu’il le pouvait, ce qu’il voulait, sans se préoccuper à l’excès des jugements moraux, sociaux ou religieux. L’absence de repentir qu’il revendique hautement signifie qu’il assume tous les aspects de sa vie, parce qu’il les a tous voulus, pour autant que cela dépendait de lui » 

     

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    Le livre : Montaigne La splendeur de la liberté - Jean-Christophe Bardyn - Editions Flammarions Les grandes biographies

    Les biographies lues :  Jean Lacouture, Madeleine Lazard, Donald Frame Hugo Friedrich et Jean-Michel Delacomptée.

     

  • Un maître Zen

    Retrouvailles avec un vieil ami. Dans ma bibliothèque il y a un petit rayon à part où se nichent des livres qui me sont particulièrement chers. 

    Jacques Brosse fut écologiste avant l’heure et chose plus rare encore : moine zen. 

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    Il fut un poète écrivain et tint un journal qui fut publié à deux reprises. C’est de ce journal que je veux vous parler.

    Les deux livres furent publiés à presque vingt ans d’intervalle, ce journal est une petite merveille littéraire. L’auteur et sa femme ont habité successivement deux domaines, deux vastes propriétés transformées en quasi réserve en particulier pour les oiseaux. Quand le journal commence le couple vient de quitter La Devinière dans la Sarthe pour s’installer dans le Périgord près des Eyzies, au Verdier.

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    © Les ailes de l'Aisne 

    Il nous fait partager sa découverte des lieux, son exploration quotidienne des chemins, des futailles et des sources. Au jour le jour il recrée pour nous l’atmosphère du Verdier 
    « la pleine lune orangée, rougeoyante sur ses bords, dans le ciel bleu lavande au-dessus des collines noires. »
    Les jours de plantation qui lui apparaissent comme les plus importants
    « De dix heures du matin à dix heures du soir, j'ai fait apparemment beaucoup de choses. Une fois couché, une seule me semble utile : en vue des labours, j'ai dépiqué et mis en nourrice les six poireaux survivants du potager »

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    parfois se cache l'orchis morio © Liliane Pessotto Bernard Lemoine

    Ses textes sont courts, la pensée va profond mais avec une belle économie de mots car il est soucieux de concision « La peur constante dans tout ce que j'écris d'en avoir trop dit, ou pas assez, pour me faire comprendre. » 

    Ces fragments de pensée sont enrichis par le grand connaisseur des arbres, des oiseaux, il fut l'un des créateur du Parc de la Vanoise et on retrouve dans son journal son souci de dire juste.
    Il fut l’ami de Claude Levi-Strauss et d’Albert Camus et certaines pages sont consacrées à de belles rencontres et à quelques voyages lointains ou non.
    Sarlat, Venise, la Cène à Milan pour laquelle il nous gratifie de quatre pages superbes. 

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    « S’enfoncer dans les ruelles, le passage Henri de Ségogne, l’impasse des violettes, la rue du Présidial ou celle de la Salamandre, ce n’est pas seulement changer brusquement d’époque, mais retrouver au fond de soi une nostalgie que l’on ignorait peut-être pour la vie lente, discrète de nos ancêtres. »

    son bonheur du jour à lui est un carnet de notes, son registre,  où il engrange de mois en mois ses observations, ses émerveillements, parfois aussi ses colères.

    Jacques Brosse développe avec son journal un art de vivre au sein d’une campagne qui est sa respiration, il a lâché sa plume peu après la fin de son journal, il avait 86 ans.

    Ces deux livres d’heures ne sont jamais très loin de moi car j’ai un plaisir renouvelé à chaque lecture, un éternel instant.

    « une rencontre avec un oiseau, une fleur, un insecte, ça suffit. Il faut juste prendre son temps et utiliser ses sens pour découvrir son bonheur du jour. » 

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    Les livres
    Le chant du loriot ou l’éternel instant - Jacques Brosse - Editions Plon 1990 à chercher d’occasion
    Le Bonheur du jour - Jacques Brosse - La Table ronde  2008

     

  • La Bible Quelles histoires - Thomas Römer

    Après avoir parcouru les chemins de l’Exode avec Moïse je vous propose de faire mieux connaissance avec l’auteur, son parcours, la façon dont il a très tôt un peu révolutionner le monde de l’exégèse biblique. 

    Vous pouvez emprunter deux chemins, celui du livre et celui des cours qu’il donne.

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    C’est un livre d’entretien avec une archéologue. Il démarre avec l’aventure personnelle de Thomas Römer et son entrée dans le monde de l’exégèse de la Bible.

    Il est immédiatement passionné et va rapidement se faire un nom. De l’Allemagne à la Suisse puis à la France son parcours est impressionnant.

    Très vite l’on en vient au coeur du travail de Römer, et l’on découvre un homme qui fait des suppositions mais garde une grande humilité et beaucoup de doutes face à un texte que dit-il  « Vous pensez avoir compris quelque chose, vous approfondissez encore et, non, ce n’était pas tout à fait cela. C’est aussi cela qui est fascinant avec la Bible. Dans le fond, c’est un livre qui dérange tout le temps. Il n’est pas fait pour endormir les consciences. »

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    Fresques de la synagogue de Doura Europos 

     

    Il montre combien il est difficile d’être certain de l’origine des écrits, les lieux, les périodes historiques sont sujets à questionnement. Il explore les liens entres l’histoire et la Bible et les danger des sur interprétations et instrumentalisation toujours possibles.

    Son travail a principalement porté sur le Pentateuque où « le thème de l’exil est présent entre toutes les lignes ; il est la clé de lecture qui donne sens à l’édifice rédactionnel.» nous dit-il.

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    Meggido haut lieu des recherches archéologiques © Richard T. Nowitz / Corbis

    C’est un travail de déconstruction pour mieux comprendre, contourner les anachronismes et reconstituer les étapes qui ont conduit à l’écriture définitive. Ses propositions sont parfois surprenantes, souvent inédites et loin de tout dogmatisme.
    C’est un livre riche où l’on croise Abraham et Jacob et qui pousse à reconsidérer la façon que l’on a de lire LE livre.

    A la suite de cette lecture je suis allée suivre une grande partie des cours de Thomas Römer, titulaire de la chaire Milieux bibliques au Collège de France,  il a l’art d’accrocher son auditoire. 

     

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    Le livre : La Bible Quelles histoires - Thomas Römer - Editions Labor et Fides

  • Moïse en version originale - Thomas Römer

    Une des premières questions que l’on se pose en lisant la Bible c’est : Qui l’a écrit, cela est-il historique ? 

    Pour la Genèse très bien Darwin est passé par là mais pour le reste, tenez par exemple Moïse, qui était-il ?  Il a fait l’objet de tableaux, de fresques, de sculptures, célébré comme défenseur des opprimés mais était il un prophète, un libérateur de son peuple ou seulement un homme sectaire et violent ?

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    Celui de Michel - Ange

    Pour cela voilà un essai de Thomas Römer, sans doute le meilleur spécialiste de l’aventure de l’Exode et de Moïse son personnage emblématique.

    Il est le bibliste qui  nous conduit vers la lecture érudite et détaillée des textes. Il enrichit le propos de moults apports philosophiques (Freud et son Moïse) historiques, archéologiques.

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    Moïse sauvé des eaux - Nicolas Poussin - Musée du Louvre

    Les croyances et les récits antérieurs au monde hébreu viennent éclairer le personnage. Sous le nom de Moïse se cachent sans doute de multiples plumes, entrecroisées, parfois redondantes, j’avais souvent été agacée par ces versets répétitifs mais surtout interrogative devant des versets totalement contradictoires mais sans vraiment en comprendre la raison.

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    Passage de la mer rouge Duomo de San Gimignano

    L’apport de Thomas Römer est déterminant, on voit à travers son livre se construire un mythe, une construction collective s’appuyant sur des traditions car la Bible et l’Exode en particulier « n’a pas été mise par écrit d’un seul trait; elle est le résultat de nombreuses relectures et de compilations de documents qui étaient à l’origine indépendants les uns des autres »

    J’ai à sa suite et grâce à son éclairage lu et relu le livre de l’Exode qui raconte la première célébration de la Pâque, la fameuse traversée de la mer Rouge et surtout l’Alliance d’un peuple avec son Dieu.

    C’est fascinant de suivre la recherche du bibliste, son interprétation, ses doutes, ses remises en question, bref à l’opposé des dogmatismes religieux et des intransigeances dangereuses.

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    Passage de la mer rouge Cosimo Rosselli Chapelle Sixtine

    Si comme moi vous avez en tête la scène du film avec Charlton Heston c’est le moment de remiser vos images au placard et de vous plonger dans ce livre riche et stimulant intellectuellement qui demande un peu d’attention mais qui vous fait entrer dans le monde des hébreux armé pour en comprendre les particularités.

    J'avais déjà fait connaissance avec Moïse grâce à Jean Christophe Attias

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    Le Livre

    Moïse en version originale - Thomas Römer - Editions Labor et Fides

  • Les serviteurs inutiles - Bernard Bonnelle

    Bon je l’avoue ma façon de classer mes livres est un peu ...curieuse
    Par exemple celui-là va prendre place à côté des Essais et de L’Obèle sur le rayon Montaigne

    Cela vous semble peut être curieux mais attendez voilà les explications.

    Les Guerres de Religion ont inspiré romanciers et cinéastes, voir récemment la Princesse de Montpensier par exemple. Et bien ce roman se situe là. 

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    Les ligueurs en procession

    Gabriel des Feuillades a fait les guerres d'Italie (comme le père de Montaigne)  et choisit de vivre retiré sur son domaine.

    Il mène un vie tranquille, partageant son temps entre l’étude de la botanique, la lecture des anciens, ses vignes mais aussi parce qu’il n’est sage qu’à moitié quelques dévergondages avec sa servante.

    Il a une épouse tendre, un fils qui rêve de gloire, une fille un peu différente des autres enfants.

    Gentilhomme périgourdin Gabriel a eu son comptant de batailles et de blessures et cherche aujourd’hui les compromis, l’isolement lui convient et si il n’a pas de tour pour se retirer comme son illustre voisin, il va néanmoins servir de médiateur local entre catholiques et protestants alors que lui-même professe un sage septicisme « Eadem sunt omnia semper » *

     

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    Son illustre voisin 

    Lorsque les événements dégénèrent que le pillage, les tueries reprennent Ulysse, le fils révolté qui rêve de gloire, va partir participer aux combats terribles des fous de Dieu, les fils s’opposent aux pères c’est bien connu.

    Alors que le père aspire à la sagesse 

    « Je rêve d’une autre religion, dit-il, toute nouvelle ou très ancienne, sans dogme ni culte, sans prêtres ni guerre, dont le seul exercice de piété serait la joie d’être au monde »

    Le fils lui il exècre l’attitude de son père et rêve d'en découdre

    « Vos livres, votre jeu d’échecs, vos écritures, votre herbier, votre feinte sagesse, votre incroyance, vos sourires et vos sarcasmes, tout cela m’était plus que jamais insupportable. » et affirme « je consacrerais ma vie à un combat juste et grand » 

     

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    Un pays à feu et à sang

    J’ai pris un très grand plaisir à cette lecture, pour le sujet d’abord qui m’intéresse malgré pas mal de lectures engrangées, et puis pour l’écriture, quelle élégance ! je suis tombée sous le charme.

    J’ai lu le journal du père, et le récit du fils qui jamais ne se rejoignent et si il y a une chose certaine c’est que Bernard de Bonnelle a du tomber un jour dans la marmite des Essais ! 
    Il semble que ce récit ressemble aux écrits de Brantôme, ma curiosité est éveillée !!

     

    * Tout est indifférent ou tout est toujours pareil  - Lucrèce De rerum natura

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    Le livre : Les serviteurs inutiles - Bernard Bonnelle - Editions La Table Ronde

  • La nuit de feu - Eric-Emmanuel Schmitt

    Quand la religion se fait douce

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    Les récits de conversion m'ont toujours laissé perplexe mais en feuilletant ce livre chez le libraire je me suis laissée prendre par quelques pages qui m’ont paru intéressantes et du coup toc je me suis retrouvée à la caisse avec.

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    Chacun sa nuit de feu, on connait celle de Pascal, Eric-Emmanuel Schmitt lui fut touché par la main de Dieu en plein désert alors qu’il marchait sur les pas de Charles de Foucauld 

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    Philosophe de formation passé par Normale Sup il est devenu depuis peu scénariste. Pour construire un documentaire sur le Saint de Tamanrasset il est bon de vivre un peu cette vie du désert et pour cela il participe avec un groupe à une marche dans le Hoggar avec des Touaregs pour guides.

    Philosophe jusqu’au bout des ongles il observe avec curiosité le guide qui s’isole pour prier. Le lieu est bien sûr propice à la réflexion, au dépouillement. Il jette un regard critique sur Thomas le botaniste de service qui veut tout montrer, tout justifier, tout comprendre. 

    Dans le groupe il y a aussi la croyante de service, un rien sectaire, un tantinet crispante. 

    La marche très vite décante la réflexion, les interrogations arrivent, les doutes.

    Il faut un incident qui pendant quelques heures le sépare du groupe pour que la nuit de feu le touche. 

    Les récits mystiques c’est tout ou rien, ou je suis prise d’une épouvantable envie de rire ou je me sens touchée.

    Ici c’est la simplicité qui touche, on comprend que l’expérience est indicible, qu’elle ne peut guère se partager. J’ai aimé que Eric-Emmanuel Schmitt ne tente pas de convaincre le lecteur, il en fait simplement le spectateur d’un événement qu’il ne s’explique pas mais qu’il rend de façon saisissante. 

     

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    Aucun prosélytisme, il passera plusieurs années avant de parler de cette expérience. La pudeur habite ses mots, aucune coquetterie chez lui. 

    Le philosophe depuis n’a cessé de lire les textes spirituels de toutes les traditions. Son récit est très vivant, plein de petits détails très terre à terre qui lui donne toute sa crédibilité.

    Sa nuit fut belle et l’a marqué à jamais et il sait nous faire partager son voyage intérieur et son bonheur faute de pouvoir et vouloir nous faire partager sa foi. 

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     Le livre : La nuit de feu - Eric-Emmanuel Schmitt - Editions Albin Michel