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Biographie Correspondance journaux - Page 26

  • Les ciels de Tiepolo

     

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    Persée et Andromède - Frick Collection New York - Giovanni Battista Tiepolo

    "Chez Tiepolo la couleur est comme déplacée, par rapport aux propositions de la nature, elle ne dit plus le vert du feuillage, la teinte jaune des fruits, elle a des jaunes acides, des roses, des mauves comme la terre n’en offre guère, et qui suggèrent plutôt de luxueuses étoffes teintes, comme si le Ciel s’était revêtu des parures de la Venise festive qui a commandé nombre de ces peintures."

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    Olympe - Musée du Prado - Giovanni Battista Tiepolo


    " Si les ciels ne sont pas d’abord lumière, ils ne sont pas les cieux. Toujours cette merveilleuse clarté et cette intense luminosité des plafonds de Giambattista Tiepolo. La profondeur des cieux ne peut être rendue sensible que par un apâlissement des coloris. Des teintes sombres refermeraient l’espace, feraient voûte, barreraient le regard qui n’aurait jamais l’impression de plonger dans l’infini céleste. Au contraire une certaine pastellisation des couleurs recule l’horizon, ouvre les perspectives."

     

    Le livre :  Les Ciels de Tiepolo - Alain Busine - Gallimard

     

  • Le Crépuscule d'une idole - Michel Onfray

    crépuscule.gifLe crépuscule d’une idole - Michel Onfray - Fayard
    Je fais partie des gens que le freudisme agace, cela depuis de lointaines études et l’interdiction qu’il y avait alors à mettre en doute les affirmations de l’enseignant. Elles devaient être admises sans discussions possibles. J’ai toujours considéré la psychanalyse comme une thérapie peu fiable aux résultats très incertains et d’une durée risible. Ceci posé je n’ai jamais, au grand jamais mis totalement en doute les thèses de Sigmund Freud ou comme les appelle Michel Onfray ses " cartes postales"

    «Freud a découvert l’inconscient tout seul à l’aide d’une auto-analyse extrêmement audacieuse et courageuse»
    «Freud a découvert une technique qui, via la cure et le divan, permet de soigner et de guérir les psychopathologies»
    «la psychanalyse procède d’observations cliniques, elle relève de la science»
    «le complexe d’Œdipe est universel»,
    «la conscientisation d’un refoulement obtenue lors de l’analyse entraîne la disparition du symptôme»


    et bien sûr :  l’interprétation des rêves, les actes manqués, le déni, toutes ces notions développées dans une oeuvre qui occupe plusieurs rayons de bibliothèque, oeuvre qui semblait intouchable.
    C’était sans compter sur Michel Onfray, éternel empêcheur de penser en rond qui s’attaque à la statue du commandeur.
    C’est toute l’oeuvre de Freud qu’Onfray a lu pour écrire son livre, mais aussi sa correspondance, même si une partie de celle-ci est encore interdite d'accès.
    Que nous dit Michel Onfray en multipliant les citations de Freud lui-même ?

    Que les thèses développées par l’inventeur de la psychanalyse répondaient surtout aux obsessions de leur inventeur
    Que Freud était fasciné par des techniques qui frôlaient le charlatanisme
    Que lors des entretiens thérapeutiques avec ses patients il lui arrivait de s’endormir sans gêne aucune
    Qu’il a inventé des patients et masqué ses échecs thérapeutiques en falsifiant les rapports de ses expériences
    Qu’assoiffé de gloire et de richesse il n’hésitait pas à dénigrer, calomnier ses amis si cela pouvait servir ses intérêts
    Que son épouse, sa fille, sa belle-soeur ont toutes fait les frais de ses tourments personnels sans compter plusieurs patients qui ne se sont jamais remis des traitements infligés.

     

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    Le divan du psychanalyste à Vienne

    Mais Onfray ne s’arrête pas là, après avoir affirmé que Freud n’a jamais guéri personne, il insiste aussi sur les positions très conservatrices de Freud et lui reproche son silence sur la montée du Nazisme, car Freud n’a jamais écrit  " contre Hitler, contre le national- socialisme, contre la barbarie antisémite, alors qu'il n'hésite pas, régulièrement, à publier de longues analyses contre le communisme, le marxisme, le bolchevisme"
    La charge est violente et le réquisitoire très sévère, on sort de cette lecture un peu ahuri, se demandant pourquoi ces faits n’ont jamais été étudiés, comparés, pourquoi alors que la science réclame en permanence des preuves, on a accepté comme vérité la parole seule de Freud sans aucune preuve à l’appui. " Freud ne s'est pas contenté de créer un monde magique, il y a conduit nombre de personnes et a souhaité y faire entrer l'humanité tout entière"

     

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    Sigmund et Anna Freud on holiday, Italy, 1913.
     

    En voilà assez pour abattre n’importe quel statue, et l’homme Freud apparaît bien petit, on comprend mieux désormais sa haine des biographes et la destruction par lui ou ses proches d’une partie de sa correspondance.
    Alors tout est à jeter ? Non, même si le bilan est assez terrible, Michel Onfray reconnaît Freud comme philosophie et reconnaît l’apport important qui a " fait entrer le sexe dans la pensée occidentale "
    Il ne dénigre pas la psychanalyse mais refuse de la considérer comme une science comme Wittgenstein, Popper ou Deleuze avant lui.

    Onfray aime la polémique et ses passages sur les plateaux télé sont devenus  trop fréquents, son livre d’une écriture directe et simple est plein d'approximations disent ses détracteurs, mais beaucoup d'arguments avancés reposent sur les écrits de Freud lui-même ce qui affaiblit considérablement la critique. A cette lecture on s’offusque, on rit, on s’étonne, on est d’accord ou non, mais on ne s’ennuie pas un seul instant. Lisez ce livre dérangeant et tonique.

    Une interview de Michel Onfray


  • Conscience contre violence - Stefan Zweig

    Conscience contre violence - Stefan Zweig - Editions du Castor Astral

    « Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme ».

    conscience.gifCette phrase est de Sébastien Castellion, un nom qui est absent des livres d’histoire, il fut " l’homme le plus savant de son époque " il fut aussi et c’est lui qui le dit " le moucheron contre l’éléphant " dans sa lutte contre Jean Calvin et sa dictature religieuse, il fut pour la liberté de pensée et la liberté religieuse.

    En 1536 de façon démocratique Genève choisit la religion réformée.  Calvin va s’imposer comme chef spirituel " Cet homme sec et dur, enveloppé dans sa robe noire et flottante de prêtre" homme de pouvoir, rigide, fanatique certain du bien fondé de sa doctrine, il va imposer à tous une " tentative d’uniformisation absolue de tout un peuple "
    Les fêtes sont supprimées, la musique est bannie, sourire lors d’un baptême peut vous valoir la prison ! on légifère sur la longueur des robes des femmes, les enfants sont invités à dénoncer les turpitudes de leurs parents. Il est interdit d’écrire à l’étranger, interdit aux époux de se faire des cadeaux  " interdit, interdit, interdit: on n’entend plus que cet horrible mot" et quand l’intimidation, l’encouragement à la délation et l’appel au meurtre ne suffisent pas, on utilise l’emprisonnement et le meurtre.
    Pour que triomphe sa doctrine Calvin "intellectuel délicat et pieux" impose un régime de terreur à la ville perdant "toute mesure et tout sentiment humain"
    Les Genevois subissent le joug sans révolte.  La couardise des chefs religieux pendant l’épidémie de peste qui fait rage trois années durant sera la première interrogation sérieuse sur l’infaillibilité de Calvin et de son entourage, mais insuffisante pour mettre à mal son pouvoir.
    Lorsque Michel Servet est condamné au bûcher en 1553 pour avoir défendu des thèses considérées comme hérétiques par Calvin,  des voix s’élèvent.
    Cette condamnation était une nécessité politique pour Calvin, son autorité était défiée. Le procès fut une caricature inique et ridicule, la mort fut barbare et Calvin se garde d’y assister.

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    Sébastien Castellion


    Sébastien Castellion homme d’une foi profonde s’est déjà heurté au maître de Genève, celui-ci l’a poursuivi de sa hargne, le contraignant à l’exil et à la pauvreté. Il va être le seul intellectuel à s’indigner publiquement.
    Castellion va utiliser la seule arme pacifique à sa disposition, il va prendre la plume contre Calvin, contre " le premier meurtre religieux commis par la Réforme et la première négation éclatante de sa doctrine primitive".
    Castellion est très sévère  " Les premières exhortations de Calvin ont été des injures, la seconde a été la prison et Servet n’a comparu devant les fidèles que pour être hissé sur des fagots et brûlé vif."
    Le tempérament de Castellion le porte vers la conciliation, l’indulgence, mais dit Stefan Zweig " Il faut qu’une voix claire et nette s’élève en faveur des persécutés et contre les persécuteurs."
    Castellion malgré le danger publie un  Traité des hérétiques Calvin s’appuie en permanence sur la Bible ? Castellion va faire de même, il affirme que la notion même d’hérétique n’apparaît pas dans les textes sacrés et que " Nous estimons hérétiques tous ceux qui ne s’accordent avec nous, en notre opinion" il faut ajoute t-il "Mettre fin une fois pour toutes à cette folie qu’il est nécessaire de torturer et tuer des hommes uniquement parce qu’ils ont d’autres opinions que les puissants du jour " Il s’oppose à Calvin au nom de la tolérance qui " seule peut préserver l’humanité de la barbarie."

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    Le mur des réformateurs : Genève honore aujourd'hui Calvin et a oublié Castellion


    Zweig nous le présente comme un homme courageux   "Avec héroïsme il ose élever la voix en faveur de ses compagnons poursuivis, risquant ainsi sa propre vie. Sans le moindre fanatisme, quoique menacé à chaque instant par les fanatiques, sans aucune passion, mais avec une fermeté inébranlable, il brandit telle une bannière sa profession de foi au-dessus de son époque enragée, il proclame que les idées ne s’imposent pas, qu’aucune puissance terrestre n’a le droit d’exercer une contrainte quelconque sur la conscience d’un homme. "
    Sébastien Castellion va payer le prix fort pour son courage, Calvin le harcèle, fait brûler ses écrits, il est injurié, des pamphlets sont écrits contre lui, on le prive de travail et donc de ressources. Seule une mort par épuisement à 48 ans lui épargnera la prison ou le bûcher.

    Stefan-zweig.jpgC’est un grand livre que Stefan Zweig a écrit, un livre qui honore Castellion et Zweig. C’est un plaidoyer, une dénonciation et une mise en garde. Ecrit en 1936 sa dénonciation de la tyrannie, de la suppression d’une pensée libre résonne de façon prémonitoire.
    Zweig fait le rapprochement entre l’action de Castellion et les manifestes pour la liberté que sont ceux de Voltaire en faveur de Calas, de Zola, qu’il admire en faveur de Dreyfus, mais il place Castellion au-dessus de tous car, Voltaire jouissait de l’appui des rois et Zola s’appuyait sur sa notoriété, Castellion lui " eu à souffrir de l’inhumanité furieuse et meurtrière de son siècle"

    En 1936 Zweig espère encore en l’homme et termine ainsi son livre " Il se trouvera toujours un Castellion pour s’insurger contre un Calvin et pour défendre l’indépendance souveraine des opinions contre les formes de la violence"

    Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque

  • Nietzsche - Onfray - Le Roy

    nietzschebd.gifNietzsche - Michel Onfray - Maximilien Leroy - Editions Le Lombard
    Nietzsche était au programme de l’Université Populaire de Michel Onfray cet été, poursuivre la connaissance du philosophe à travers une BD pourquoi pas ? C' est un pari audacieux que celui de populariser la philosophie, la faire sortir dans la rue mais Michel Onfray n’est plus à une provocation près.
    Maximilien Leroy jeune dessinateur (il est né en 1985) lui ayant envoyé quelques planches à partir d’un scénario écrit par Onfray et édité chez Galilée " L’innocence du devenir" ce fut le début de l’aventure.
    Comme dans une bio classique on voit l’enfance et l’adolescence de Nietzsche, sa rencontre philosophique avec Schopenhauer, la rencontre avec Wagner qui se termine mal, son admiration pour Bizet, la célèbre scène avec Paul Rée et Lou Salomé qui joue du fouet. Les personnages qui vont jalonner sa vie sont très bien présentés, la soeur de Nietzsche qui falsifiera sa pensée et ses écrits au service du nazisme est bien portraiturée. Les paysages qui sont en arrière plan de la vie de ce marcheur permanent : Sils Maria et la fulgurance de l’éternel retour, l'Italie, sont fidèlement rendus jusqu'à l'effondrement final.
    Le texte lui est fait à partir des écrits et de la correspondance de Nietzche, plusieurs planches sont vides de texte mais non de sens, elles expriment très bien la quête du philosophe et son extrême solitude et sa souffrance physique. Parfois un peu trop lente ou un peu trop didactique cette BD a le mérite de mettre un peu de la pensée du philosophe à la portée de tous.

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    Collaboration qui fonctionne bien je trouve, le dessin de Le Roy se marie à merveille avec le personnage. Sur son blog Maximilien Le Roy dit  "J'ai pris beaucoup de plaisir à cohabiter durant des mois avec ce voyageur solitaire, enflammé misanthrope, surhumain hypocondriaque, apatride et teuton."
    J’avais pris un intérêt certain à la BD tiré de « La Recherche » de Proust, je  trouve ici le pari plutôt réussit, ce diable de Michel Onfray ne s’ attirera sûrement pas que des éloges mais ça il est habitué.


    Retrouvez d’autres planches sur le blog du dessinateur

  • Les Femmes du braconnier - Claude Pujade-Renaud

    femmesdubraconnier.gifLes Femmes du braconnier - Claude Pujade-Renaud - Editions Actes Sud
    Les hasards de l’édition font qu’en peu de temps deux livres d’un même auteur m’ont comblés.
    Deux poètes majeurs du siècle, un couple, deux créateurs exaltés et avides de vivre : Sylvia Plath et Ted Hughes liés par leur amour commun de la poésie "Nous étions en écriture comme on est en prière " *, par un amour charnel puissant " fils de fer tirés entre nous ".

    plath1.jpgIls vont s’affronter, se détruire l’un l’autre mais c’est elle qui en paiera le prix. Car comment avoir tout ? comment conjuguer une vie de poète et la vie tout court, comment assumer grossesses, naissances, comment supporter d’être une femme trompée ? La violence, la colère permettent un temps béni de création poétique mais ne suffisent pas pour résister au désespoir et la folie guette.

     

    ted_hughes300_080118014007296_wideweb__300x318.jpgTed Hugues est avide des mots, avide de poésie, avide de femmes. Amoureux de la nature, des animaux qui tiennent la première place dans sa poésie, il est le " braconnier ", le prédateur qui aime la chasse et en jouit.

    Assia Wevill,  la deuxième femme du braconnier,  poète elle aussi, deuxième proie consentante,  le suicide de Sylvia Plath et les déchirements du couple l’entraîneront elle aussi vers la mort.

    L’auteure a fait le choix d’un roman polyphonique pour tracer le portraits de deux femmes, les deux épouses de Ted Hughes et son portrait à lui en filigrane, lui le braconnier. Claude Pujade-Renaud n’accable pas, ne cherche pas de coupable. A travers des chapitres courts et très rythmés elle fait entendre les voix des poètes mais aussi des amis, frère, soeur, mère. Par les voix alternées des acteurs et des témoins elle multiplies les points de vue sur les trois personnages, elle les enrichit, les comprends. Elle étudie d’une plume élégante les passions sauvages, les interprète, et fait naître un récit d’une grande intensité.

     

     

    Pour vous donner envie de découvrir la poésie de Sylvia Plath et de Ted Hughes



    Crow **
    Il s’emplit de toute sa force, brilla de tous ses feux.
    Il ébouriffa sa rage, griffes et plumes.
    Il pointa le bec droit au coeur du soleil.
    Il se fendit d’un rire jusqu’au centre de lui-même.

    Il attaqua.

    Son cri de bataille fit vieillir les arbres d’un coup,
    s’aplatir les ombres.

     

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    Crow


    Le Braconnier ***
    Et nous étions, lui, moi, liés aussi -
    Fils de fer tirés entre nous,
    Piquets trop enfoncés pour pouvoir s’arracher,
    Esprit comme un anneau
    Coulissant soudain sur un long corps souple
    Et la contraction m’étranglant d’un coup.

     

     


    * Ted Hughes Birthday Letters - Gallimard
    ** Ted Hugues - Poésies - Gallimard

    ** Sylvia Plath - Poésies - Gallimard

    Une interview de Claude Pujade-Renaud et  L’avis de Cathulu

  • La Perle - Douglas Smith

    laperle.gifLa Perle - Douglas Smith - Traduit de l’Anglais par Geneviève Brzustowski - Editions Autrement
    C’est dans la Russie de Diderot et de Voltaire que je vous propose de voyager, la Russie impériale, celle de Catherine II.
    Ce livre pourrait être un grand roman historique à la Dumas et pourtant l’histoire qu’il raconte est bien réelle et le livre est le fruit du travail d’un historien.

    Le 27 Février 1803 un carrosse funèbre parcours les rues de Saint Pétersbourg jusqu’ au monastère Alexandre Nevsky. Là est inhumée une jeune femme qui vient de mourir de tuberculose peu après avoir donné je jour à un enfant. 
    Cet enfant est l’héritier de la famille la plus riche de Russie, son père est Nikolaï Cheremetiev et sa mère dite " La Perle" est née sur le domaine de Kouskovo, dans une isba, son père est l’un des serfs de la famille Cheremetiev.
    La Perle nous conte les amours illicites et le mariage secret du Comte Nikolaï Cheremetiev , le plus riche aristocrate de son temps et de Praskovia Kovalyova la plus grande Diva d’opéra de l’époque.

    Nikolaï Cheremetiev est né en 1751, quand je vous ai dit qu’il était riche j’étais en dessous de la réalité, la famille Cheremetiev possède 210000 serfs soit l'équivalent de la population de Moscou à l'époque, ses terres s'étendent sur 800 000 hectares. Comparativement à beaucoup de propriétaires sur ses domaines les serfs sont correctement traités, nourris, ne sont pas soumis à des châtiments corporels et peuvent parfois acheter leur liberté.
    Parmi leurs propriétés deux domaines magnifiques : Kouskovo et Ostankino près de Moscou.
    Son ami d’enfance est le Grand Duc Paul, futur Tsar, lorsqu’il donne une fête au domaine de Kouskovo toute la noblesse russe est là et parfois même l’Impératrice. Il est un des hommes les plus cultivés de sa génération, mais il est plus à l’aise sur son domaine qu’à la cour. Musicien accompli il rêve d’un palais dédié aux arts, sa fortune lui permet de réaliser certains de ces rêve.
    Comme d'autres nobles  à l'époque, le comte Cheremetiev crée sa propre compagnie de théâtre, une troupe au complet : acteurs et actrices, chanteurs, danseurs et musiciens composé de ses serfs, tous formés dans sa propre école.
    Toute la noblesse russe et européenne est invitée à entendre des opéras dans son théâtre. C’ est ainsi que Praskovia devint célèbre.

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    Le Domaine de kouskovo au temps de La Perle

    Elle n'avait que sept ans lorsqu’elle fut retirer à sa famille, un couple de serfs vivant sur le domaine, elle fut éduquée, elle appris des langues étrangères, la comédie et le chant pour former une voix prometteuse.
    Elle fait ses débuts dans un opéra à l'âge de dix ans.
    En Juin 1787 lorsque la Grande Catherine est en visite à Kouskovo elle très émue par La Perle nom de scène de Praskovia, elle lui fit cadeau d’une bague splendide. Célèbre ou pas elle n’en reste pas moi la « propriété » du comte une femme asservie.
    Elle devient très jeune la maîtresse de Nikolaï, pratique habituelle bien éloignée d'un sentiment romantique mais la liaison va se transformer en amour véritable.

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    Praskovia La Perle

    Il est hors de question pour un noble à l’époque d’épouser une serve, si la liaison est parfaitement admise, le mariage ferait scandale, pendant des années Nikolaï va tergiverser, il craint la réaction de ses amis et plus encore la réaction du Tsar.
    Après plusieurs années de liaison, il finit par "libérer" Praskovia, et le 6 novembre 1801 en secret le couple se marie.
    Atteinte de tuberculose ce qui l’a contraint à abandonner la scène, Praskovia meurt trois semaines après avoir mis un fils au monde.
    C’est seulement dans les dernières semaines que Nikolaï Cheremetiev annonce son mariage et la naissance de son fils.
    On ne sait rien des sentiment de Praskovia tout au long des années fautes de traces écrites. Ce que l'on apprend est toujours par la bouche de Nikolaï.

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    L'église Saint Siméon Stylite où fut célébré en secret le mariage

    La Perle apporte un éclairage fascinant sur le monde de l'aristocratie russe, l’attitudes des russes envers le servage.
    La vie dans la Russie de Catherine la Grande est très bien explorée et l’extraordinaire histoire des théâtres de serfs est à découvrir absolument.
    Mais surtout, le livre raconte une magnifique histoire d'amour. " La perle est un livre que j'ai toujours voulu voir écrire - Le portrait de la plus grande et de la moins connue des histoires d'amour de l'histoire européenne " dit Douglas Smith
    Tout au long du récit Douglas Smith s'appui sur des documents mais ceux ci sont peu nombreux car une grande partie a sans doute été détruite par la famille Cheremetiev pour effacer la trace de ce mariage, dans bien des cas Douglas Smith émet des hypothèses probables sur le déroulement des évenements.
    C'est une lecture passionnante et enrichissante


    Avec le temps Praskovia est entrée dans la légende, elle a inspiré des chansons chantées par des millions de paysans à travers la Russie. A la fin du XIXe siècle, tout le monde avait entendu parler de la pauvre jeune fille serve qui avait épousé un riche aristocrate.
    Sous le régime soviétique, Praskovia a été transformé en héroïne socialiste, symbole de l’exploitation du peuple.

    Il est possible aujourd’hui de retrouver Praskovia en visitant les domaines Cheremetiev de Kouskovo et Ostankino ouverts à la visite, vous pourrez tenter d’apercevoir dans les jardins le fantôme de  La Perle tout en récitant les vers qu' Anna Akhmatova lui a dédiés :


    Que murmures tu minuit?
    Paracha est morte; de toute façon,
    La jeune maîtresse du palais.
    La galerie reste inachevée
    Extravagant cadeau nuptial,
    Là où, poussée par Borée,
    J’écrit tout cela pour toi



    L’auteur
    Douglas_Smith.jpgDouglas Smith est un spécialiste de la Russie et du XVIIIe siècle, il a notamment publié la correspondance privée de la Grande Catherine. Il enseigne à l’Université de Washington. (source l’éditeur)