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A sauts et à gambades - Page 235

  • Le poids des secrets - Aki Shimazaki

    le poidsdessecrets.gifLe poids des secrets - Aki Shimazaki - Editions Actes Sud Babel
    Chacun des cinq tomes de cette série porte un nom différent, tous un peu mystérieux ce qui ajoute à l’atmosphère de mystère et de secret de ce récit.
    Bien que l’auteure soit Canadienne d’adoption c’est bien le Japon le centre de ses romans, le Japon avec ses codes, ses traditions et son histoire.
    Par un tissage savant et sensible l’auteure lie l’histoire d’un pays à l’histoire d’une famille, elle trouve cinq façons de la raconter et de faire appel à la mémoire, cinq mensonges aussi et pour le lecteur cinq regards portés pudiques et émouvants.

    Tout commence lors d’un tremblement de terre et par le choix que fait une femme de changer de nom et de nationalité, le temps passe et nous assistons à une adoption, à un adultère, à un amour interdit entre deux adolescents, à la perte d’un frère, d’un père, au terrible besoin de faire justice sois-même devant une trahison inacceptable.
    A travers le destin et les souvenirs de Mariko, Yukio, Tsubaki l’auteure explore les sentiments de perte liés à l’exil, la souffrance engendrée par la quête des origines, le racisme ordinaire avec son côté irrationnel mais aussi la fidélité par delà le temps illustrée très poétiquement par un coquillage.

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    Tout l’art de Aki Shimazaki réside dans ces changements de perspectives, le personnage central est différent à chaque roman, un même événement est vu ainsi par un personnage jeune puis par une femme âgée, par un homme puis par une femme, au fil des romans le tissu du récit s’enrichit et prends des reflets différents.
    J’ai aimé ces récits et j’ai apprécié l’art de Aki Shimazaki pour restituer en filigrane l’histoire de son pays, y compris les épisodes les plus douloureux comme la destruction de Nagasaki et les plus honteux comme la chasse aux Coréens installés au Japon.

    Bientôt la fête des mères ce coffret est une jolie idée de cadeau

    Vous pouvez trouver sur les blogs un billet pour chaque tome, chez Aifelle par exemple mais chez bien d’autres car cette série a connu un grand succès.

  • Green River - Tim Willocks

    greenriver.gifGreen River - Tim Willocks - Traduit de l’Anglais par Pierre Grandjouan - Editions Sonatine
    Avec les éditions Sonatine c’est tout l’un ou tout l’autre, réussite comme avec "Seul le silence" ou déception avec par exemple les romans de Steve Mosby.
    Ici c’est la réussite, totale et forte, plus qu’un thriller c’est un excellent roman sur l’univers glauque et violent de la prison. Publié une première fois en 1995 sous un autre titre  L’odeur de la haine.

    Bienvenue à Green River, le neuvième cercle de l’enfer,  un pénitencier du Texas (ça ne pouvait pas se passer ailleurs !) tout de pierre et d’acier, une prison où il ne fait jamais nuit, où sont enfermés plusieurs centaines d’hommes blanc, noirs, latinos, coupables ou innocents, tous à la fois victimes et tortionnaires.
    Même l’infirmerie est un lieu d’agressions, de tortures, de viols, un lieu où sévit la haine et le meurtre.
    Le maître des lieux : John Campbell Hobbes, fou à lier et sadique mais directeur de la prison, son ingénieuse idée, la dernière qui a germé dans sa cervelle malade : faire éclater une émeute, faire s’entretuer tous ces hommes, provoquer le chaos.
    Les héros maintenant : Ray Klein chirurgien condamné pour viol et qui travaille à l’infirmerie, il vient d’obtenir sa liberté conditionnelle, Coley l’infirmier enfermé ici depuis 30 ans, Juliette Devlin psychiatre qui va se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.
    Lorsque l’émeute éclate la prison est plongée dans un bain de feu et de sang, les condamnés n’ont rien à perdre (certains sont condamnés à trois peines de prison à vie consécutives....) les haines raciales se réveillent, la folie est partout jusque dans les égouts. On pense au film  Les évadés mais en plus violent et plus noir !

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    L'enfer - Jérôme Bosch

    Le roman de Willocks est une réussite, c’est peu dire que le portrait qu’il trace des prisons est terrifiant, c’est d’une violence inouïe mais pas gratuite, il ne nous laisse pas une minute de répit, ses personnages sont superbement fouillés et certains vous resteront longtemps en mémoire.
    Willocks est psychiatre et manifestement les théories sur l’enfermement et les travers du système carcéral n’ont pas de secret pour lui. Un grand roman sur le monde de la prison. Je me promet de lire son second roman traduit : La Religion


    L’auteur
    tim_willocks_2.jpgTim Willocks est né en 1957. Grand maître d’arts martiaux, il est aussi chirurgien, psychiatre, producteur et écrivain. Scénariste, il a travaillé avec Steven Spielberg et Michael Mann. Souvent comparé à James Ellroy ou Norman Mailer, il est l’auteur de six romans, parmi lesquels La Religion (Sonatine, 2009). Il vit en Irlande. (source l'éditeur)

  • L'apprentissage de la marche - Jean-Louis Hue

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    L’apprentissage de la marche - Jean-Louis Hue - Editions Grasset
    Le premier de la série, un précis d’apprentissage de la marche à travers la littérature, et pas n’importe laquelle, sont au rendez-vous : Rousseau, ça bien sûr tout le monde le devine, Thoreau l’infatigable, Stevenson et Modestine, Basho au Japon, et beaucoup moins connus comme illustres marcheurs : Pétrarque , Flaubert, Wordworth et plus surprenant encore Louis XIV en ses jardins.

     

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    Sur les pentes du Ventoux avec Pétrarque

    Jean-Louis Hue invite à mettre nos pas dans les leurs, à flâner à leurs côtés, à grimper sur les sommets en peinant derrière eux car tous ces hommes étaient de redoutables marcheurs, des étapes de plus de cinquante kilomètres étaient chose courante.
    Accompagnez le pour une petite balade en forêt de Fontainebleau ou carrément plus ambitieux pour Compostelle. Randonnez en pays camisard avec Modestine et la pipe de Stevenson.

     

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    Le Pont de Montvert du chemin de Stevenson


    Vous ferez la route avec lui et au de retour, dans un fauteuil avec un breuvage à portée de main, vous irez retrouver Pétrarque ahanant sur les pentes du Ventoux, Flaubert et Maxime Du Camp par les champs et par les grèves de Bretagne soignant le soir leurs ampoules avec du suif , Jacques Lacarrière sillonnant la France du nord au sud.
    Jean-Jacques Rousseau disait « la félicité est une question d'altitude» alors n’hésitez pas et grimpez derrière Saussure sur les pentes du Mont Blanc.
    Un livre de bonne santé, savourez le et  prenez votre temps car comme le dit l’auteur « L'art de marcher est l'aboutissement d'une longue patience...»

     

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    L'ile Saint Pierre du lac de Bienne


    chemindelivres.jpgLes livres dans le livre
    Rousseau - Les Confessions et les Rêveries du promeneur solitaire - GF
    Pétrarque - L’Ascension du Ventoux - Mille et unes nuits
    Stevenson - Voyage avec un âne dans les Cévennes - 10/18
    Thoreau - Les forêts du Maine - José Corti
    Lacarrière - Chemin faisant - Fayard
    Flaubert - Par les champs et par les grèves - Droz

  • La Vie - Fabrice Caravaca

    la vie.gifLa vie - Fabrice Caravaca - Editions Les Fondeurs de briques
    De temps en temps on lit un texte et on ressent une envie urgente d’en parler. J’aime la poésie qu’elle soit en vers ou en prose.
    Je viens de refermer ce petit livre et je veux vous faire partager mon enthousiasme et mon émotion.
    Il est parfois difficile de dire ce qui plaît dans un livre, une écriture, mais avec la poésie c’est encore plus compliqué car cela touche au plus intime, au plus personnel mais je vais essayer.

    Des textes écrits à la première personne du pluriel, c’est surprenant, d’habitude le poète dit Je, mais là non, c’est Nous et du coup on se sent tout de suite partie prenante " Nous nous sommes avancés dans la nuit "
    Je fais partie d’un groupe, d’une collectivité, celle des hommes et je me suis reconnue dans cette fraternité. Car c’est de fraternité qu’il est question, une fraternité conquérante " Nous allons changé le monde "

    On se sent comme embrassé par le texte, comme porté par une espérance possible  " Nous sommes ivres déjà de beauté " et Fabrice Caravaca à la façon des taoïstes et autres maîtres de l’instant, nous invite à profiter de l’ici et du maintenant.
    " C’est de lumière tout le long du jour dont nous avons besoin. Et de petites choses. Une main sur une tasse. Un bouton de chemise qui se défait. Une mèche de cheveux. A l’infini. Petites choses à l’infini qui forment une éternité. Qui sont notre salut. "

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    Une grande joie et une grande sérénité se dégagent de ces textes et une invitation à combattre pacifiquement pour la vie
    C’est magnifique et généreux.
    " Nous avons du souffle et nous sommes fidèles. Nous nous sentons frères et nous sommes du parti des accolades et des baisers. Nous sommes vraiment vivants et dans chaque seconde de nos éternités nous palpitons. "
    Emouvant et reconnaissant.
    " Nous voulons célébrer le monde. Nous avons en nous tous les mots des poèmes lus et entendus. Ils vibrent et sont lumière. Ils déchirent le voile posé sur les choses. Nous sortons d’une longue nuit. "

    Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque, véritable cadeau poétique car dans un livre de poésie " C’est le coeur de l’homme qui rayonne " Vous pouvez trouvez un autre billet et quelques extraits chez Claude

  • Conscience contre violence - Stefan Zweig

    Conscience contre violence - Stefan Zweig - Editions du Castor Astral

    « Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme ».

    conscience.gifCette phrase est de Sébastien Castellion, un nom qui est absent des livres d’histoire, il fut " l’homme le plus savant de son époque " il fut aussi et c’est lui qui le dit " le moucheron contre l’éléphant " dans sa lutte contre Jean Calvin et sa dictature religieuse, il fut pour la liberté de pensée et la liberté religieuse.

    En 1536 de façon démocratique Genève choisit la religion réformée.  Calvin va s’imposer comme chef spirituel " Cet homme sec et dur, enveloppé dans sa robe noire et flottante de prêtre" homme de pouvoir, rigide, fanatique certain du bien fondé de sa doctrine, il va imposer à tous une " tentative d’uniformisation absolue de tout un peuple "
    Les fêtes sont supprimées, la musique est bannie, sourire lors d’un baptême peut vous valoir la prison ! on légifère sur la longueur des robes des femmes, les enfants sont invités à dénoncer les turpitudes de leurs parents. Il est interdit d’écrire à l’étranger, interdit aux époux de se faire des cadeaux  " interdit, interdit, interdit: on n’entend plus que cet horrible mot" et quand l’intimidation, l’encouragement à la délation et l’appel au meurtre ne suffisent pas, on utilise l’emprisonnement et le meurtre.
    Pour que triomphe sa doctrine Calvin "intellectuel délicat et pieux" impose un régime de terreur à la ville perdant "toute mesure et tout sentiment humain"
    Les Genevois subissent le joug sans révolte.  La couardise des chefs religieux pendant l’épidémie de peste qui fait rage trois années durant sera la première interrogation sérieuse sur l’infaillibilité de Calvin et de son entourage, mais insuffisante pour mettre à mal son pouvoir.
    Lorsque Michel Servet est condamné au bûcher en 1553 pour avoir défendu des thèses considérées comme hérétiques par Calvin,  des voix s’élèvent.
    Cette condamnation était une nécessité politique pour Calvin, son autorité était défiée. Le procès fut une caricature inique et ridicule, la mort fut barbare et Calvin se garde d’y assister.

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    Sébastien Castellion


    Sébastien Castellion homme d’une foi profonde s’est déjà heurté au maître de Genève, celui-ci l’a poursuivi de sa hargne, le contraignant à l’exil et à la pauvreté. Il va être le seul intellectuel à s’indigner publiquement.
    Castellion va utiliser la seule arme pacifique à sa disposition, il va prendre la plume contre Calvin, contre " le premier meurtre religieux commis par la Réforme et la première négation éclatante de sa doctrine primitive".
    Castellion est très sévère  " Les premières exhortations de Calvin ont été des injures, la seconde a été la prison et Servet n’a comparu devant les fidèles que pour être hissé sur des fagots et brûlé vif."
    Le tempérament de Castellion le porte vers la conciliation, l’indulgence, mais dit Stefan Zweig " Il faut qu’une voix claire et nette s’élève en faveur des persécutés et contre les persécuteurs."
    Castellion malgré le danger publie un  Traité des hérétiques Calvin s’appuie en permanence sur la Bible ? Castellion va faire de même, il affirme que la notion même d’hérétique n’apparaît pas dans les textes sacrés et que " Nous estimons hérétiques tous ceux qui ne s’accordent avec nous, en notre opinion" il faut ajoute t-il "Mettre fin une fois pour toutes à cette folie qu’il est nécessaire de torturer et tuer des hommes uniquement parce qu’ils ont d’autres opinions que les puissants du jour " Il s’oppose à Calvin au nom de la tolérance qui " seule peut préserver l’humanité de la barbarie."

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    Le mur des réformateurs : Genève honore aujourd'hui Calvin et a oublié Castellion


    Zweig nous le présente comme un homme courageux   "Avec héroïsme il ose élever la voix en faveur de ses compagnons poursuivis, risquant ainsi sa propre vie. Sans le moindre fanatisme, quoique menacé à chaque instant par les fanatiques, sans aucune passion, mais avec une fermeté inébranlable, il brandit telle une bannière sa profession de foi au-dessus de son époque enragée, il proclame que les idées ne s’imposent pas, qu’aucune puissance terrestre n’a le droit d’exercer une contrainte quelconque sur la conscience d’un homme. "
    Sébastien Castellion va payer le prix fort pour son courage, Calvin le harcèle, fait brûler ses écrits, il est injurié, des pamphlets sont écrits contre lui, on le prive de travail et donc de ressources. Seule une mort par épuisement à 48 ans lui épargnera la prison ou le bûcher.

    Stefan-zweig.jpgC’est un grand livre que Stefan Zweig a écrit, un livre qui honore Castellion et Zweig. C’est un plaidoyer, une dénonciation et une mise en garde. Ecrit en 1936 sa dénonciation de la tyrannie, de la suppression d’une pensée libre résonne de façon prémonitoire.
    Zweig fait le rapprochement entre l’action de Castellion et les manifestes pour la liberté que sont ceux de Voltaire en faveur de Calas, de Zola, qu’il admire en faveur de Dreyfus, mais il place Castellion au-dessus de tous car, Voltaire jouissait de l’appui des rois et Zola s’appuyait sur sa notoriété, Castellion lui " eu à souffrir de l’inhumanité furieuse et meurtrière de son siècle"

    En 1936 Zweig espère encore en l’homme et termine ainsi son livre " Il se trouvera toujours un Castellion pour s’insurger contre un Calvin et pour défendre l’indépendance souveraine des opinions contre les formes de la violence"

    Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque

  • La Venise de Suarès

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    Ca d'Oro

    La légèreté et la grâce sont les éléments de l’harmonie à Venise. Beaucoup de petits palais ne plaisent que par le rythme délicieux des vides et des pleins, à la façon des dentelles. Les bords, comme des bandes, font cadre à l’ensemble. La dentelle est venue d’Asie.

     

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    Le Rialto

    A Venise, je pense aux Persans. Les rinceaux, les rosaces, les mufles de lion, les feuillages, autant de points coupés. Le point de rose fleurit tout à tour, chaque rive éclairée du Grand Canal.
    La maison en fleur de pierre est faite pour épouser la vie, et non pour s’en défendre. Elle n’est pas l’asile où l’on s’abrite, le lieu où l’on rentre pour manger et dormir : mais le palais de fête, qu’on a choisi en sa forme et son ornement, pour y vivre avec bonheur et goûter les voluptés qu’on préfère.

    Le livre : Voyage du condottière - André Suarès - Edtions Granit

    Les photos du blog VenetiaMicio qui vous donne envie de partir ou de rêver à Venise et TraMeZziniMag qui vous promet une balade magique