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Ciel et terre et ciel et terre et ciel - jacques Roubaud

Ciel et terre et ciel et terre et ciel - Jacques Roubaud - Editions Argol
C’est un enfant qui court dans la garrigue, « son territoire personnel, la tranquillité sans menaces, la solitude, son bien.»
Un enfant rêveur qui se cache parce qu’on est en 1943 et qu’on devine que l’enfant n’est pas d’ici. Il aime regarder le ciel, les nuages qui le font voyager « Il pouvait reconnaître en eux à volonté, des navires, des barques, des goélettes, des steamers, des yachts, des pirogues, des radeaux, des îles. » il voudrait les conserver intacts dans sa mémoire.
Dans la chambre où il est réfugié avec sa mère, il y a au mur quatre tableaux qui lui permettent de quitter la chambre par l’imagination, de faire accélérer le temps, il leur donne des noms à lui et quand il ferme les yeux il peut les reconstituer « la rivière, la prairie, le moulin, la barque ». C’étaient des images d’Angleterre, un pays qui rimait avec liberté si sa mère et lui y parvenaient.

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Clouds study with birds John Constable - Yale Center of British Art

Quarante ans ont passé et M Goodman regarde un ciel d’Ecosse, il étudie le ciel, c’est un scientifique, il veut comprendre les nuages et un jour il voit un tableau « Clouds study with birds » un tableau de John Constable mais les tableaux du peintre n’évoque rien pour lui, ne lui rappellent rien, jusqu’au jour où « un coin de voile d’oubli opaque qui plus de quarante ans auparavant était tombé devant ses yeux se leva. Il se souvint. »

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La Charette de foin - John Constable - Londres National Gallery

Lors d’un voyage sur les traces de Constable « Peu à peu, par pans entiers, les images de son passé qui s’étaient refusées à lui obstinément, par vagues successives l’envahirent. Il revit la garrigue et ses nuages,  il revit l’écluse du canal, il revit la maison où il était resté des semaines attendant le départ pour l’Espagne »

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Le moulin de Statford - John Constable - Londres National Gallery
 

Une réconciliation avec le passé par le filtre de la peinture, la force de l’oubli des événements tragiques, c’est ce qu’offre Jacques Roubaud dans un magnifique récit construit comme une énigme.
Il évoque comment les images de l’enfance sont transformées, recomposées par la mémoire, la fascination qu’exercent les nuages, il nous permet de cerner le génie de Constable qui « avait fait d’une quête du temps la forme centrale de sa peinture, et découvert, là était son génie, une solution picturale à son mystère dans le contraste entre ciel et terre, entre une terre peuplée des images fixes du passé, des lieux de l’enfance, et un ciel peuplé des images mobiles du présent perpétué en futur, les nuages »

Ce livre avait déjà été publié aux éditions Flohic en 1997.

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L’ auteur
Né en 1932 à Caluire, Jacques Roubaud est mathématicien de profession et membre de l'Oulipo depuis 1966. il a consacré des études qui ont fait date à l’histoire du vers français ou à la poésie des troubadours. Il est également traducteur, de l’anglais et du provençal.

 

Commentaires

  • J'aime beaucoup observer les nuages, en peinture ou en nature. Cette étude de Constable est magnifique. Merci pour le lien vers Qui-vive?

    Trois fois "ciel", deux fois "terre", quatre fois "et", le titre de Roubaud est-il une équation à résoudre?

  • @ Tania : J'ignorais que Constable avait fait des études de nuages, partout on voit ses tableaux les plus connus , j'ai aimé cette alternance de la terre et du ciel mais l'équation n'est pas résolue

  • C'est fascinant! L'histoire comme les tableaux d'ailleurs - et surtout le premier!

  • Mathématicien, oulipo? Allez, c'est noté, tu est tentante!

  • Une première édition chez Flohic est un gage de qualité : Sylvie Germain a publié une très belle étude sur Vermeer chez eux (Ateliers de lumière, un petit bijou !), http://www.evene.fr/livres/livre/sylvie-germain-ateliers-de-lumiere-16725.php

  • @ Margotte , j'ai fait sur ce blog un billet sur le livre de Sylvie Germain qui j'aime beaucoup mais qui est aujourd'hui non réédité, le livre sur Constable avait été publié à l'époque dans la même collection et il est repris ici pour notre plaisir

  • Superbes nuages....Comment ne pas penser à Baudelaire, à l'Etranger? Allez, je te le mets.
    "- Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère?
    - Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
    - Tes amis?
    -Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
    - Ta patrie?
    - J'ignore sous quelle latitude elle est située.
    - La beauté?
    - Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
    - L'or?
    - Je le hais comme vous haïssez Dieu.
    - Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger?
    - J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages!"

    Ton livre "Feuilles d'olivier", m'a inspirée pour l'ouverture de mon nouveau blog, tu trouveras l'adresse sur l'ancien (qui n'est pas encore fermé!!!)

  • @ Colo : Baudelaire bien sûr , avec son titre Roubaud a tout de l'homme énigmatique qui aime tant les nuages
    Un nouveau blog c'est une nouvelle période qui s'ouvre, vive le changement, je te fais une visite prochaine

  • C'est une bonne idée cette réédition, je suis passée complètement à côté la première fois (la seconde aussi d'ailleurs si tu n'en parlais pas, merci). Les tableaux sont splendides.

  • @ Aifelle : ce genre de livre noyé par les sorties massives passe forcément inaperçu, c'est bien là tout le travail des libraires quand ils mettent en avant ce type de livre, c'est en le feuilletant que j'ai réalisé l'avoir déjà vu autrefois, cette rencontre après coup m'a enchanté

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