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A sauts et à gambades - Page 233

  • Voyage en Orient - Alphonse de Lamartine

    9782869598300FS.gifVoyage en Orient - Alphonse de Lamartine - Editions Arléa
    En juillet 1832 un homme politique français, un poète honoré dans l’Europe entière, le père d’une enfant adorée et en mauvaise santé, s’embarque à Marseille pour un voyage en Orient de plusieurs mois.
    Une femme, trois amis, dix neuf hommes d’équipage, une bibliothèque de 500 livres et « un arsenal particulier de fusils, de pistolets et de sabres » sont aussi du voyage.
    Il vient d’être battu aux élections législatives, il espère le climat de l’orient profitable à son enfant, le chrétien en lui aspire à voir les lieux saints, le poète romantique est en quête de nouveaux paysages, il résume ainsi les motifs de son entreprise « Amour, poésie et religion »
    Donnons tout de suite la parole à l’auteur, à Monsieur Alphonse de Lamartine «  Toute ma vie l’Orient avait été le rêve de mes jours de ténèbres dans les brumes d’automne et d’hiver de ma vallée natale. »
    L’itinéraire est somptueux, la Grèce, Malte, Chypre, le Liban et la Palestine, Jérusalem et Damas, Constantinople et les Balkans.

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    L'itinéraire de Lamartine ( Source l'éditeur)


    Dès le début du voyage il sait faire preuve de sincérité, inutile de voir en lui le romantique béat prêt à s’extasier sur tout. Athènes et le Parthénon seront la première déception « L’effet de cet édifice, le plus beau que la main humaine ait élevé sur la terre, au jugement de tous les âges, ne répond en rien à ce qu’on en attend (...) vous voyez s’élever irrégulièrement de vieilles murailles noirâtres, marquées de tâches blanches. »
    Le regard critique ne l’empêche pas d’admirer la Grèce et « la grandeur colossale d’un peuple ».
    La goélette « Alceste » dépasse Rhodes et Chypre, sur le bateau Monsieur de Lamartine lit, l’histoire du Liban, celle d’Hérode.
    L’arrivée au Liban est un enchantement, il part à la recherche d’une maison, on devrait plutôt dire d’un palais, pour que amis et famille puissent se reposer, c’est de ce palais que Lamartine partira pour un périple à l’intérieur de la Syrie et de la Palestine.

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    Palais de Lamartine Hammana

    Il va longuement sillonné la Palestine, la Syrie, la Galilée ...Tyr, le Mont Carmel, Acre qu’ Ibrahim Pacha  a « récemment réduit à un monceau de ruines » Jéricho, Jérusalem enfin où il ne peut pénétrer à son aise en raison d’une épidémie de peste.
    Le voyage est ici interrompu car sa fille chérie meurt au liban dans la maison où la famille s’était établie.
    Le voyage se prolongera plusieurs mois vers Damas et Baalbek mais le coeur n’y est plus.

    Le journal de voyage d’Alphonse de Lamartine est un document passionnant. Curieux de tout, il sait apprécier l’hospitalité des chefs arabes, faire revivre l'Empire Ottoman d'alors, son esprit ouvert fait en permanence le parallèle entre Orient et Occident.
    Il fait des rencontres importantes : l’Emir Béchir l’homme fort du Liban de l’époque qui le reçoit, la connaissance qu’il tirera de ces observations le rendront de retour en France, l’homme politique ayant la meilleur connaissance de cette partie du monde qui déjà en 1830 était une vrai poudrière.
    1-Lady-Hester-Stanhope.jpgAu moment du voyage de Lamartine, un personnage défraie la chronique européenne, Lady Esther Stanhope, nièce de M Pitt le Premier ministre britannique. Fixée dans les montagnes du Liban, sa fortune perdue, après avoir été proclamée « Reine de Palmyre » elle vit en ermite et ne reçoit personne. Obstiné Lamartine obtient d’être reçu et le courant passe. En de longues pages il décrit sa rencontre avec cette femme vieillissante qu’il admire et dont il comprend le besoin de solitude.

    Tolérant aux coutumes, désireux de comprendre les habitudes des peuples de l’endroit : Maronites, Druzes, Turcs, il fait preuve d’une étonnante ouverture d’esprit et d’une absence totale de jugement condescendant. Il s’inquiète du jeu des grandes puissances qui ont toutes un oeil vers l’Orient. « Un tel pays, serait encore la terre de promission aujourd’hui si la providence lui rendait un peuple, et la politique du repos et de la liberté ».
    Plus étonnant encore de la part de ce chrétien convaincu,  son admiration et son amour pour l’Islam et pour le Coran « J’aime ce peuple, car c’est le peuple de la prière ».

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    David Roberts - Nazareth

    C’est un livre riche que ce « Voyage en Orient » pour le lecteur c’est un récit de 700 pages, la plume très alerte de Lamartine fait oublier les propos parfois un peu trop lyriques ou trop emphatiques.
    L’acuité du regard, la curiosité, la témérité parfois, le rendent très sympathique, on oublie le noble riche et oisif pour s’attacher à l’homme couchant à même le sol et ignorant la peste pour pénétrer dans Jérusalem, au père dévasté par la mort de son enfant.
    J’ai savouré mon plaisir à suivre le poète tout au long de son voyage. Je vous engage à le suivre à votre tour car il est « de la famille des grands voyageurs et, sans doute, l’un des plus intelligents, des plus sympathiques et des plus intéressants aussi, parce que l’un des plus délicieusement bavard ». *


    * Robert Mattlé - Lamartine voyageur  (1936)

  • Le journal d'un homme de trop - Ivan Tourguéniev

    le-journal-dun-homme-de-trop.jpgLe Journal d’un homme de trop - Ivan Tourguéniev - Traduit du Russe par Françoise Flamant - Editions Mercure de France
    Une nouvelle des débuts de Tourguéniev en littérature. Une nouvelle qui lui va comme un gant lui qui toute sa vie a été « obsédé par le contraste entre un jeune homme nerveux, faible, et une jeune fille passionnée, volontaire ; entre un homme qui s’analyse trop et une femme qui, au contraire, s’abandonne courageusement à la vie. » Ce sont les mots d’André Maurois et ils illustrent parfaitement la nouvelle de Tourguéniev.
    Un homme jeune va mourir, le médecin vient de lui annoncer,  Tchoulkatourine se retourne sur sa courte vie et comme il s’ennuie et est incapable de profiter de ses derniers jours, il décide d’écrire son journal et de faire le récit de sa vie.
    C’est un homme qui a eu une enfance bien terne « pénible et morne », une famille sans ambition et une vie provinciale bien falote.  Alors rien n’est survenu dans sa vie ? rien qui soit digne d’être distingué ?
    Si, son amour pour Elisabeth Kirillovna, mais son tempérament indécis l’a empêché d’exprimer son amour, il a craint les rebuffades « telle demoiselle russe aux sentiments élevés peut avoir une façon si dominatrice de se taire que même chez un homme averti ce spectacle provoque parfois des grelottements  » il n’a pas su accordé ses actes à ses sentiments et la demoiselle s’est tournée vers un autre. Une seconde chance lui sera offerte mais il ne saura pas la saisir.
    C’est dans la tenue du journal que pour la première fois le jeune homme prend sa vie en main, il s’est aveuglé toute son existence et l’approche de la mort lui donne quelque lucidité. Il a accepté de petites humiliations, il fait preuve envers lui même d’une cruelle ironie, d’amertume et de désenchantement  « Ma petite comédie est terminée. Le rideau tombe. En rentrant dans le néant, je cesse d’être de trop… »

    tourgueniev.jpgCe n’est pas un véritable héros que Tchoulkatourine, on éprouve de la pitié pour lui, son incapacité à vivre réellement, à faire preuve de passion le tient en marge de la vie, son impuissance devant le destin qu’il subit nous empêchent d’éprouver de la sympathie.
    Tourgueniev a un grand sens du récit et il sait à merveille raconter : un duel, une simple promenade sous le tilleuls, un bal.
    Ce qui rend cette nouvelle marquante c’est que Tourgueniev fait en partie son portrait dans celui de cet « homme de trop » , ses amours avec Tatiana Bakounine ou Pauline Viardot ont la couleur de l’échec et ce portrait d’un homme peu doué pour le bonheur c’est un peu le sien, il dit lui même « Je n’ai jamais pu rien créer qui vînt seulement de mon imagination. Il me faut pour faire un personnage un homme vivant. »

    En lisant « Un homme de trop » vous aurez peut être envie de connaitre un peu mieux Tourguéniev.

  • L'Acropole

    L’impression que me fit Athènes est de beaucoup la plus forte que j’aie jamais ressentie. Il y a un lieu où la perfection existe (..)
    Je savais bien avant mon voyage que la Grèce avait créé la science, l’art, la philosophie, la civilisation ; mais l’échelle me manquait. Quand je vis l’Acropole, j’eus la révélation du divin. (Ernest Renan)

     

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    L'Acropole


    Elle était à ma droite, assise sur des collines légèrement élevées, et les ombres des montagnes, qui se prolongeaient jusqu’à elle, la détachaient vivement de tout le reste. C’était le Parthénon ; la ville entière restait cachée dans les replis du terrain et derrière les rochers de la citadelle. Il est difficile de peindre ce que je ressentais alors. Les regards attachés pendant de longues soirées sur ces pierres, dont je ne pouvais distinguer la forme, je ne sais quel charme prodigieux, et qui ne ressemblait à nul autre, m’attirait de ce côté. (Edgar Quinet)

     

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    Le Parthénon

    C’était donc à cette tribune que Périclès, Alcibiade et Démosthène firent entendre leur voix.

    J’ai vu du haut de l’Acropolis le soleil se lever entre les deux cimes du mont Hymette : les corneilles qui nichent autour de la citadelle, mais qui ne franchissent jamais son sommet, planaient au-dessus de nous : leurs ailes noires et lustrées étaient glacées de rose par les premiers reflets du jour; des colonnes de fumée bleue et légère montaient dans l’ombre, le long des flancs de l’Hymette.
    Athènes, l’Acropolis et les débris du Parthénon se coloraient des plus belles teintes de la fleur du pêcher (...) au loin, la mer et le Pirée étaient tout blancs de lumière ; et la citadelle de Corinthe, renvoyant l’éclat du jour nouveau, brillait sur l’horizon du couchant, comme un rocher de pourpre et de feu. (Chateaubriand)


    Le livre
    Vu sur l’Acropole - M Chateaubriand, Edgar Quinet, Ernest Renan - Editions La Bibliothèque

  • L'île - Giani Stuparich

    lile.gifL’île - Giani Stuparich - traduit de l’italien par Gilbert Bosetti - Editions Verdier poche
    Ce roman de Stuparich m’a été soufflé par Claude et je lui dis un grand merci car j’ai pris un très grand plaisir à cette lecture.
    L'Ile est un court récit qui évoque la relation entre un père malade et son fils. Ils sont venus sur l'île de Lussinpiccolo, juste en face de Trieste, pour passer pour la dernière fois quelques jours ensemble.
    Ce voyage c’est le père qui le souhaite, il veut retourner sur son île natale « s’installer les jambes pendantes sur la jetée et oublier le monde » et surtout partager encore quelques moments avec son fils. Le fils a quitté la côte Triestine depuis longtemps, il préfère la montagne, il vit loin.
    Le fils a longtemps regardé son père comme un héros distant et intouchable « Le visage lumineux, la voix retentissante, avec des manières de conquérant. » Mais le père a vieilli, il est malade et maintenant « ses épaules semblaient veiller à maintenir son corps qui se serait affaissé sans la ferme volonté qui le dominait encore. »
    Le père lui regarde son fils avec affection « il le voyait suivre sa route d’un pas assuré, et il en était fier. »
    Chacun d’eux fait un voyage vers l’autre, les souvenirs partagés, les silences, les gestes simples, les objets, le père qui clot ainsi son existence et le fils qui lui ne fait qu’entamer le voyage.
    L’auteur écrit que l’homme né sur une île est fait pour « courir le monde et ne revenir qu’à la dernière extrémité. »

     

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    L'île de Lussinpiccolo en Istrie vers 1900

    Giani Stuparich sait à merveille évoqué cette inversion constante et parfois insupportable : enfant et parent échangeant leurs rôles, l’enfant devenant celui qui protège, le père celui qui a besoin d’aide.
    Il écrit un récit lent, poignant, épuré, limpide et sobre. Un chef d’oeuvre de la littérature italienne à découvrir.
    Il y a beaucoup de similitudes entre ce roman et celui d’Arzo  Maison des autres que j’ai lu très récemment mais aussi avec le beau roman de Anna Luisa Pignatelli  Noir toscan qui a concouru pour le Fémina étranger.

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    L’auteur
    stuparich.jpgGiani Stuparich est né à Trieste en 1891 et mort à Rome en 1961. Sa mère était juive et son père Istrien d’origine slave et autrichienne.
    À la naissance de Stuparich, Trieste est une ville de l’Empire austro-hongrois : il fera ses études ausi bien à Florence qu’à Prague, où il devient l’ami de Masaryk, futur président de la République tchécoslovaque.
    Lors de la Seconde Guerre mondiale, marié à Elody Oblath, qui appartient à la communauté juive de Trieste, et lui-même identifié comme résistant, il sera interné par les SS, en compagnie de sa mère et de sa femme, dans le camp de San Sabba en 1944. (source l’éditeur)

  • La Gloire de mon père

    gloire de mon père.jpgLa Gloire de mon père - Lu par Marcel Pagnol - Editions La Librairie sonore Frémeaux et associés
    « Je suis né dans la ville d'Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers » Lorsque la voix de Marcel Pagnol entame le récit de son enfance, c’est toute la Provence qui s’invite. Les plus beaux passages du livre sont dans toutes les mémoires : Joseph le petit instituteur si fier de son fils, l’amour filiale de Marcel pour Augustine la jolie couturière, l’oncle Jules fameux propriétaire du parc Borély, le déboutonnage de Tante Rose et surtout  surtout l’arrivée à la Bastide Neuve dressée au milieu d’un « désert de garrigues »

    Ecouter Pagnol lire « La Gloire de mon père » c’est pendant un moment être transporté au pays de l’enfance heureuse, retrouvé le petit Paul qui « abordait le soir dans son lit, la philosophie des Pieds Nickelés. » , c’est partir en escapade avec Lili des Bellons.
    Tous les personnages sont extraordinairement vivants auréolés des souvenirs de nos lectures, on ressent au fond de soi la fierté du fils pour son père bouliste amateur et on est impatient de refaire avec Joseph le magnifique doublé de bartavelles.

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    Un désert de garrigues

    Même si vous l’avez lu de nombreuses fois, laissez vous séduire par la voix de Pagnol qui dit Patrick Frémeaux  « nous révèle un imaginaire intemporel qui est l’un des plus beaux chants d’amour à la Provence de notre patrimoine littéraire; un véritable hymne à la vie devenu l’un des fleurons de la mémoire collective des Français de toutes générations."


    Retrouver le livre chez Bénédicte

  • Ermitage

    L’homme que le malheur a plongé dans la peine, qu’il n’aille pas à la légère se raser la tête ou se livrer à d’autres caprices, mais que plutôt, il ferme discrètement l’huis sur soi et vive sans rien attendre de ses nuits et ses jours. (1)

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    A l’approche de la soixantaine , à l’âge où la vie devient aussi fragile que la rosée, j’ai cependant construit de nouveaux un abri pour mes vieux jours.
    Au printemps je vois les glycines en fleur; elles s’étalent à l’ouest comme un nuage violet. En été j’entends le chant des coucous; et chaque fois, j’ai l’impression de faire un pacte avec eux pour qu’ils me servent de guides au suprême passage de la montagne de la mort. En automne, mes oreilles sont pleines du chant des cigales, qui semblent déplorer le caractère éphémère et fuyant de ce monde. En hiver, je contemple la neige, qui s’accumule ou fond, comme nos pêchés qui apparaissent et disparaissent. (2)




    Le livre :

    Les heures oisives - Urabe Kenkô   (1)
    Notes de ma cabane de moine  Kamo no Chômei (2)
    Ces deux textes publiés en un volume aux éditions Gallimard