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A sauts et à gambades - Page 230

  • Vent printanier - Hubert Haddad

    vent .jpgVent printanier - Hubert Haddad - Editions Zulma
    Un billet court aujourd’hui, non pas parce que j’ai peu à dire mais ces quatre courtes nouvelles sont tellement denses et tellement magnifiques que je voudrais tout vous dire et prendre ainsi le risque de déflorer un peu le sujet.

    Un marchand de jouet, un vieux photographe, un joueur de violon, un vieux juif, un enfant Rom ..........Leur histoire à chacun, chacun de ces personnages porte en lui le destin de milliers d’autres, on ne sait plus s’il s’agit d’une histoire rêvée ou de la réalité, si cela se déroule aujourd’hui ou hier. Mais par delà le temps et les pays les personnages sont proches les uns des autres malgré la dureté de leur vie, ils ont tous en commun l'amour, amour d'une mère, d'un jouet, d'un souvenir, d'une musique.

     

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    En lisant Haddad je ne peux m’empêcher de penser à Boris Cyrulnik et à la résilience possible pour tout être humain qui a souffert et pour qui s’ouvre une possibilité de vivre à nouveau à condition que quelqu’un lui tende la main.

    Aifelle a fait un très bon billet sur ce livre avec quelques extraits et vous pouvez lire aussi la chronique de Clara donc je ne vais pas renchérir mais en ces temps d’avalanches littéraires faites une place à ce livre dans votre bibliothèque

    Une interview de l’auteur

  • Parle-leur de batailles - Mathias Enard

    Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants - Mathias Enard - Editions Actes Sud - 2010
    Un roman qui se place sous la protection de Kipling ne peut pas être mauvais, le titre magnifique étant de bon augure j’ai entamé ma lecture avec détermination.
    Un saut de puce pour se retrouver à Florence en 1506, à ma droite Michel-Ange, face à lui Jules II et ça ne se passe pas bien du tout, Michelangelo Buonarroti, pour le nommer correctement, travaille pour le Vatican depuis des mois mais l’argent n’arrive pas, le pape est très mauvais payeur, conscient de sa valeur et très en colère, Michel-Ange décide de quitter Florence et de partir pour Constantinople où le Sultan lui fait miroiter une fortune pour construire un pont sur le Bosphore.
    Qui résisterait ?
    Malgré la peur, Jules II est puissant et un peu teigneux si vous me pardonnez l’expression, c’est bien tentant, d’autant plus que le grand Léonard s’est proprement cassé les dents sur le projet. Alors pour Buonarotti c’est un appel irrésistible, s’enrichir ET damer le pion à Léonard de Vinci.
    Voir son nom retentir comme celui qui a dessiné les plans du pont sur la Corne d’Or et l’appat du gain l’emportent  sur la crainte qu’il éprouve envers les sbires de Jules II et envers sa peur de la mer et des naufrages.

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    La cour du Sultan Bajazet

    L’orient est une belle découverte même si l’inspiration côté architecture n’arrive pas aussi vite que prévu. Michel Ange flâne avec délices dans le coeur de la ville orientale, il a un guide cultivé et ..épris de lui, le poète Mesihi, une amitié teinté d’un peu d’amour se fait jour, mais Michel Ange est en proie à d’autres tourments car en homme de la Renaissance il a encore peur de satan et de l’enfer.
    Un séjour dangereux malgré tout car Vizir et Sultan ne badinent pas plus avec les engagements que le chef du Vatican.

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    Quand  Istambul s'appelait Constantinople

    Après le très violent et assez époustouflant Zone  voilà un roman paré des douceurs et tentations de l’orient, une part méconnue dans la biographie de Michel Ange, le portrait est plutôt réussi, une bio-fiction si vous me passez cette expression dont bien malin celui qui fait la part de l’invention de Mathias Enard et la part de l’histoire.
    C’est intelligent, c’est élégant sans afféterie, les chapitres sont courts et se lisent sans effort.
    Un défaut ?  un manque de souffle peut être mais je le dis sans vraie conviction.

    La citation complète de Kipling :
     « Puisque ce sont des enfants, parle-leur de batailles et de rois, de chevaux, de diables, d’éléphants et d’anges, mais n’omets pas de leur parler d’amour et de choses semblables. »

  • Promenades littéraires en Provence

    En Avignon et à Fontaine de Vaucluse
    fontaine-histoire-petrarque.jpgQu’il est tentant de suivre le jeune Pétrarque dans ces ruelles qui n’ont pas changé depuis le 6 avril 1327, jour où, sur le parvis de l’église Sainte Claire, il entrevit Laure, Provençale blonde. « Des cheveux d’or flottaient sur ses épaules, son teint était d’une blancheur éclatante, sa bouche n’offrait que de perles et des roses, sa taille était fine et souple. » Elle portait une robe de soie verte semée de violettes et l’atour, sorte de béguin, encadrait son visage.

    Vauvenargues
    Le doux et sensible Vauvenargues, disent les manuels de littérature.
    Doux et sensible, certes, mais aussi amoureux et résolu, machiavélique et ambitieux. Ce moraliste qu’on veut nous faire passer pour tiède est d’abord un conquérant. C’est le capitaine Fracasse de notre littérature.
    Tandis que le mistral chantait dans les pins et que les ruisseaux murmuraient à mes pieds, j’ai ouvert au hasard le petit recueil scolaire où j’ai fini par marquer d’une croix presque toutes les maximes. (...) Il est des écrivains qui me forcent à penser, d’autres qui m’émeuvent. Sa pensée si droite, sa poésie si profonde atteignent l’âme et l’esprit.

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    Vauvenargues - Le Château

    Le livre : Ma route de Provence - Raymond Dumay - Editions La Table Ronde

  • Sanctuaires ardents - Katherine Mosby

    sanctuaires ardents.gifSanctuaires ardents - Katherine Mosby - Traduit de l’américain par Cécile Arnaud - Editions Quai Voltaire
    Dans une petite ville de Virginie, une ville du vieux Sud, celui de Scarlett, de Scout et Atticus, celui qui jouit de la plus grande considération c’est bien Willard Daniels, propriétaire des « Hauts » le plus beau domaine de Winsville.
    Il revient là avec sa belle épouse, Vienna, belle et cultivée elle suscite beaucoup de curiosités et cancans. Excentrique, libre, farouchement attachée à son indépendance, la belle Vienna va de thé en cocktails se mettre toute la gente féminine à dos. Les hommes eux la croient simplement folle surtout quand il la voit promener son cheval en laisse et on disait même "qu'elle était socialiste, peut-être communiste, qu'elle aimait les Nègres et fumait des cigarettes" et puis n’a-t-elle pas fait fleurir une deuxième fois la glycine ?
    Malgré la naissance de deux enfants, Willard Daniels un beau jour quitte Winsville pour ne plus revenir, Vienna va devoir faire face à l’éducation de Willa et Elliott.
    Elliott petit lutin passionné par les oiseaux, Willa déjà libre et indocile comme sa mère. Plusieurs personnages vont venir prendre place autour d’eux, John Aimes le voisin, le médecin de famille capable aussi bien de vous accoucher que de soigner discrètement une blessure par balle, Gray l’étudiant de passage féru de latin, Vienna enfin qui vit au milieu des livres la tête parfois dans les étoiles.

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    "Puis elle avait peint la grange en bleu. Elle était entrée à la quincaillerie Henshaw en demandant de la peintre couleur lapis-lazuli. Il avait fallu cinq questions et quatre personnes pour découvrir ce qu'était le lapis-lazuli — Tout ça pour une grange ! "

     

    Un très beau portrait de femme qui fait des choix personnels et une belle évocation du sud encore tourmenté par la ségrégation et une morale qui craque aux coutures. Les descriptions d’une nature luxuriante, d’une ivresse permanente tant la vie peut être don et plénitude, sont superbes.
    Les failles pourtant ont commencé, la volonté de Vienna d’afficher sa différence va avoir des conséquences.
    Lisez ce livre, vous ne serez pas déçu, c’est le roman dans toute sa splendeur, du souffle, de la tendresse, de l’émotion, du suspense.
    Si vous avez aimer Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ou l’héroïne du film Loin du paradis, lisez ce livre, vous ne serez pas déçu, c’est le roman dans toute sa splendeur, du souffle, de la tendresse, de l’émotion, du suspense.

    katherinemosby.jpgL’auteur
    Katherine Mosby enseigne à l'université de Columbia et collabore au New Yorker et à Vogue.
    Poète, elle est l'auteur de quatre romans. Sous le charme de Lillian Dawes a figuré dans la sélection pour le National Book Award et pour le prix Pulitzer.  

  • Je suis complètement battue- Eléonore Mercier

    jesuiscompletement.gifJe suis complètement battue - Eléonore Mercier - Editions P.0.L

    Éléonore Mercier est « écoutante » dans une organisation qui se préoccupe des violences conjugales. C'est à dire qu'elle prend les communications des femmes en état de détresse qui appellent pour pouvoir parler, être écoutées. Elle fait cela depuis plus de quinze ans. Prenant en note sur des cahiers ces entretiens, elle a eu l'idée de réunir en un recueil la première, et seulement la première phrase dite, l'entrée en matière en quelques sorte, la phrase inaugurale par laquelle va commencer l’échange, celle qui dit tout, celle sur quoi va s'appuyer le reste. Cela donne un livre sidérant. Sidérant d'abord pour le témoignage brut, immédiat qu'il constitue, sans pathos, sur un pan honteux de nos sociétés. Sidérant ensuite pour sa teneur littéraire...(l’éditeur)

    1653 façons de se livrer, 1653 aveux de personnes non coupables, 1653 appels à l’aide pour soi ou pour les autres

    « Cette première phrase dit tout » dit Eléonore Mercier et elle déroule pour nous les mots de la douleurs comme une litanie incantatoire on y entend la peur, la honte, la terreur, la violence physique celle qui se voit et celle qui se cache, le silence, la solitude, le déni, l’impuissance, la douleur, l’angoisse, l’existence détruite, le corps cassé.

    J’ai choisi de vous livrer quelques unes de ces phrases illustrées par des affiches, photos, images de toute l’Europe; ce livre est français mais les femmes battues sont de tous les pays.

    Ecoutez les, entendez leurs voix derrière les mots.

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    « J'ai honte de partout ».
    « Je voudrais partir loin »
    « Je ne peux plus tenir »
    « Je lutte, je téléphone »

    France

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    « J’ai du mal à parler j’ai reçu un coup de clé sur la mâchoire »
    « j’appelle au nom de ma soeur »
    « Je subis des violences non visibles »
    « Je crains d’avoir trop attendu "

                                                                                     Espagne

     

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    « Je connais une dame traitée comme une esclave »
    « Mon mari m’a coupé les cheveux dans la nuit »
    « Je me sens traquée »
    « Je croyais qu’il allait changé »

     

    Allemagne

     

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    « Je crois que j’ai ouvert les yeux »
    « Je suis complètement battue »
    « Je suis détruite »
    « Je pense que je suis victime de violences psychologiques ».

                                                                                     Suisse

     

    Un livre recueille la paroles des femmes et la porte quand elles ne peuvent plus le faire, lisez ce petit livre de dignité offerte.

    Faites lui une place dans votre bibliothèque

  • La Faute de l'abbé Mouret - Emile Zola

    Avant d'évoquer ce cinquième tome des Rougon Macquart je vous propose une liste récapitulative pour tous ceux et toutes celles qui ne connaissent pas l'ordre exact des romans.
    En regardant cette liste je m'aperçois que j'avais fait des sauts importants entre les romans, j'avais lu l'Assommoir, Germinal et le rêve, mais j'en avais laissé bien d'autres de côté

    Voici la liste et quelques liens vers les titres déjà chroniqués

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    La Fortune des Rougon

    La Curée

    Le Ventre de Paris

    La Conquête de Plassans

    La Faute de l'Abbé Mouret

     

    A venir

    Son Excellence Eugène Rougon       
    L'Assommoir          
    Une Page d'amour            
    Nana
    Pot-Bouille            
    Au Bonheur des Dames            
    La Joie de vivre

    Germinal
    L' Oeuvre                     
    La Terre              
    Le Rêve

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    La Bête humaine

     

     

    L' Argent           
    La Débâcle               
    Le Docteur Pascal

     

    red_sony_reader.jpgLa Faute de l'abbé Mouret - Emile Zola - ebook
    François Mouret on s’en souvient a perdu la bataille contre l’abbé Faujas et tout c’est terminé dans le sang et les larmes.

    Les deux fils de Mouret ont quitté Plassans, l’un pour Paris où nous le retrouverons bientôt et l’autre pour le séminaire où il est rentré influencé par Faujas.
    Devenu prêtre c’est lui qui est le héros de ce cinquième roman. Serge Mouret c’est la piété totale, la chasteté, la charité incarnée, l’ascèse aussi car refusant de vivre dans le moindre confort et vouant un culte à la Vierge Marie.
    L’évêque l’a nommé dans le plus pauvre des villages de l’arrière pays provençal.
    Il vit là avec Désirée sa soeur simple d’esprit qui a développé une passion pour sa basse-cour et Teuse la bonne, rugueuse et acariâtre.
    Il essaie de remettre les brebis égarées dans le droit chemin, ainsi il lui faut convaincre un père de marier sa fille à un « traîne savate » qui l’a mise enceinte ...rude tâche car l’argent passe largement avant la bénédiction de l’Eglise au grand dam de Mouret.

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    Il accompagne un jour son oncle le Docteur Pascal auprès de Jeanbernat un mécréant anticlérical, gardien d’un domaine « Le Paradou » où il vit avec sa nièce Albine.
    Brusquement atteint de typhoïde Mouret va être soigné par les habitants du domaine, la maladie est vite éloignée mais Serge va basculer et connaître pour la première fois l’éveil des sens, son corps, son coeur, son esprit vont être envoûtés par Albine et l'orgie sensuelle du Paradou, il va vivre pendant des semaines une félicité sans égale.
    Le retour à la réalité sera rude et brutal. Il va devoir faire le choix d’une vie selon l’Eglise ou d’une vie selon l’amour.

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    L’histoire est il faut bien le dire, un peu tirée par les cheveux, la rencontre d’Albine et Serge frappée d’invraisemblance mais .......mais je me suis laissée emportée au Paradou, j’ai goûté les descriptions de Zola, j’ai senti sur ma peau la douceur du soleil au sortir de la nuit, les parfums qui s’exhalent, la profusion des plantes, l'exubérance des fleurs..........C’est l’aspect que j’ai préféré.
    Il y a une deuxième lecture de ce roman, c’est la lutte contre la toute puissance de l’Eglise, la tentative pour sortir de son emprise, les interdits violemment appliqués. Zola traine avec lui tout l’arsenal anticlérical Eve tentatrice, la faute que représente la jouissance physique, la culpabilité, l'expiation et enfin la soumission du prêtre. Cette partie du roman est beaucoup moins agréable car je m'en suis sentie très éloignée.

    Je vous engage à lire « La Faute de l’abbé Mouret » ne serait ce que pour vous transporter quelques moments au Paradou

    sur Lecture/Ecriture l'avis de Sibylline