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Je sais pas vous mais moi le Moyen Orient je m’y perd un peu, Irak, Iran, Syrie, tous plus ou moins en conflit aujourd’hui ou hier avec les pays occidentaux, avec Israël , ou simplement entre eux. Et sans oublier le Liban un pays sous dépendance d’on ne sait plus trop qui.
Comment expliquer tout ça ?
Pas question d’un cours de géopolitique mais deux livres qui abordent ces pays de biais. Ce sont deux femmes qui seront vos guides dans ces contrées où il leur est difficile de faire entendre leur voix.
Une biographie et un thriller géopolitique passionnant.
Je sais que certains d’entre vous me ressemblent, prêts à s’accrocher à un livre difficile, dur, long, parce que le sujet ou l’art de l’auteur est tellement excellent qu’il n’est pas question de lâcher. Je suis prête à explorer de nouveaux territoires, à faire l’effort du livre scientifique, philosophique mais ........de temps en temps je suis prise d’une envie tenace de lire léger, de lire du romanesque bon teint, celui qui fait vibrer quand on a quinze ans. J'ai entassé dans un coin de ma bibliothèque des livres à ouvrir les jours de morosité totale où ils remplacent avantageusement le Prozac
Je vous avait promis l’Angleterre, la voilà : Un petit village anglais du Sussex, ses maisons très « cosy », ses jardins bien entretenus, bref une sérénité toute bucolique. C’est la retraite du Major Pettigrew, un gentleman pur jus qui coule des jours calmes mais un peu tristounets à Edgecomb St Mary.
Le cottage du Major ou du moins ce que j'imagine
Une épouse aimée mais qui a quitté ce monde depuis plusieurs années, un fils que vous allez détester et que vous ne souhaiteriez pas à votre pire ennemi, quelques amis pour le golf, et ses chers livres parmi lesquels vous ne serez pas étonné de trouver Kipling.
Une épicerie comme celle là
Vous parlez d’un séisme, d’un quasi tsunami lorsque Mme Ali qui tient l’épicerie pakistanaise locale, sonne à sa porte et le découvre en perdition car il vient d’apprendre le décès de son frère.
De fil en aiguille, de tasse de thé en balades en voiture, ces deux personnages vont se découvrir bien des points communs et pas seulement leur âge.
Tradition tradition
Mme Ali prisonnière des traditions familiales et d’un neveu irascible n’a rien à envier au Major qui doit supporter l’envahissement de sa maison et de sa tranquilité par une possible belle-fille américaine et qui voit lui échapper le fusil tant convoité que son frère a oublié de mettre dans son testament.
une paire de Churchill objet de la convoitise du Major
Est-il possible d’envoyer par dessus les moulins nos bonnes vieilles habitudes, de faire fi de la mesquinerie des uns, des manoeuvres des autres ? Plongez dans ce roman charmant, drôle, léger, savoureux. Il y a des scènes croquignolettes, des visites de cottage, des parties de golf et de chasse, et même un grand bal (juste un peu trop long à mon goût mais pffft je chasse ça d’un revers de main)
J’ai souri tout au long de cette lecture, devant ces deux mondes si opposés, ces deux personnages avec qui l’on passe un excellent et tendre moment.
Le livre : La Dernière conquête du Major Pettigrew - Helen Simonson - Editions Nil
L'auteur : Helen Simonson est née en Angleterre, et vit aujourd’hui à New York. Elle a passé son enfance dans l’East Sussex. Dans ce « pays littéraire », où vécurent notamment Henry James, Kipling et Virginia Woolf, elle puise encore une grande partie de son inspiration. La Dernière Conquête du major Pettigrew est son premier roman. Il a reçu, de part et d’autre de l’Atlantique, un accueil unanime à la fois du public et de la critique.
« Je vois des jardins partout est une manière de visiter les jardins de ma vie »
la "cour de récréation" de l'auteur
C’est sans doute la douceur de l’air qui m’a conduit à ce livre. En le feuilletant chez le libraire j’y ai croisé le nom de Vita Sackville-West et du coup la cause était entendue.
Didier Decoin possède deux jardins qu’il entretient (ou fait entretenir, il avoue ...) un jardin pour l’hiver proche de Paris et un plus au nord à La Hague, celui ci c’est son jardin de prédilection, celui qu’il regarde fleurir l’été, il dit joliment que jardiner « C’est avant tout faire confiance à la terre. »
Tout cela remonte à l’enfance, il a passé des heures dans les allées de Bagatelle à faire voguer des bateaux sur les pièces d’eau, le parc lui ayant servi dit-il de « cour de récréation ».
Village des Costwolds
Amoureux impénitent il arpente les jardins du monde en compagnie de sa femme et d’un groupe de fanatiques joliment dénommé La cinquième saison et qui font « leur festin annuel » des jardins d’Angleterre, d’Irlande, ou d’Ecosse.
On est pris d’une envie furieuse de se promener avec eux dans les allées de Westwell Manor ou de Hidcot Manor et bien entendu à Sissinghurst et même de découvrir un cimetière magnifique dont Didier Decoin ne se lasse pas.
Westwell Manor « Au terme d’une allée de bouleaux blancs, d’un entrelacs de petites sentes dessinant comme un réseau de capillaires irriguant des chambres de fleurs, des bouquets de peupliers baumiers fleurant bon la résine et le printemps »
Son regret ? n’avoir pas une cabane de jardiner dans les Costwolds ou dans le Lake district « Royaume de la campagnarde (elle revendiquait ce titre) Beatrix Potter ».
« Saint Just in Roseland, en Cornouailles britanniques est peut-être le plus beau cimetière du monde et un jardin nimbé de magie. »
Il y a des passages absolument savoureux dans ce livre, en particulier les retours de visites pour tous ces amateurs de jardinage prêts à voyager avec des plantes sur les genoux, des boutures dans le bagage à main et à séduire l’hôtesse effarée de voir monter dans son avion « vingt trois personnes, toutes porteuses de fleurs en pots ou d’arbustes ».
Le jardin blanc de Vita Sackville-West à Sissinghurst
Et si vous avez dans votre jardin un arbre fruitier qui refuse de donner le moindre fruit attendez de connaître l’histoire du prunier à quetsches de l’auteur.
Suivez le de parcs en domaines, de jardin normand en manoirs très très anglais, avec malgré tout un petit détour par les jardins de Versailles en compagnie d’Alain Baraton le jardinier en chef ou ceux du sud : le jardin de Villa Noailles ou de Serre la Madone à Menton.
Menton Jardins de Serre la Madone
Je dédie ce billet aux amateurs, à ceux qui pensent que
« Jardiner, c’est penser avec un sécateur, des semelles gadouilleuses, un mal de dos et des engelures aux doigts. Ou un coup de soleil sur le nez. »
Mango avait elle aussi une envie de balade rejoignez là à Versailles
Le livre : Je vois des jardins partout - Didier Decoin - Editions JC Lattès 2012
Pour terminer cette incursion dans le domaine des sciences je vous propose une petite énigme scientifique.
Le monde de la physique quantique, celui de la théorie des neutrinos, sont des mondes qui fascinent à défaut de les comprendre vraiment.
Soyez tranquille le livre que je vous propose n’est pas destiné aux as de la physique sinon je ne serai pas allée au bout. Ill y est question de physique quantique de principe d’incertitude et d’un homme, une sorte de savant fou.
Que penseriez-vous d’un homme d’exception qui du jour au lendemain disparaît sans laisser la moindre trace ? d’un génie de la physique qui refuse de publier ses travaux ? d’un homme envié de toute la communauté scientifique mais qui ne souhaite que rester discret pour ne pas dire secret ?
Ettore Majorana 1906-1938
Nous sommes en Italie dans les années vingt et trente, années où la physique a chaussé des bottes de sept lieues.
Ettore Majorana après des études d’ingénieur intègre l’équipe du physicien Enrico Fermi.
Enrico Fermi
Majorana surprend tout le monde par son génie fulgurant, il se joue des difficultés mais refuse obstinément de publier ses travaux, « distant, renfermé dans ses pensées » il se lie très difficilement mais apprécie la « direction savante et stimulante » de Fermi. Sa famille est mis à mal par un procès long et injuste durant ces années là.
Il travaille sur ce qui deviendra une nouvelle théorie de la physique : la mécanique quantique. Il passe une année à Leipzig en 1933 pour travailler auprès d’Heisenberg le père du Principe d’incertitude, il semble que ce temps fut une période heureuse et fructueuse. Il apprécie Werner Heisenberg qu’il décrit comme « une personne extraordinairement courtoise et sympathique »
En 1937 il occupe un poste d’enseignant à Naples, se réfugie souvent dans la lecture, aime parler d’autres choses que de ses recherches.
Werner Heisenberg
Brutalement en mars 1938 il disparaît. Il monte sur un bateau et se volatilise, il disparaît sans laisser la moindre trace.
Enlèvement, fuite à l’étranger, meurtre, retrait dans un monastère : toutes les raisons possibles de cette disparition ont été étudiées mais bien peu sont crédibles.
C’est à cette énigme que le livre tente de répondre, cet homme, le « Rimbaud de la physique », cet homme dont Enrico Fermi dit « Majorana est celui qui m’a le plus frappé par la profondeur de son intelligence », cet homme a-t-il choisi délibérément de disparaître ?
On a tout dit de Majorana, qu’il était en avance de plusieurs dizaines d’années sur les découvertes du moment mais qu’ il était aussi un homme qui avançait sur le fil du rasoir.
Le monde des quantas, le principe d’incertitude qui veut que l’on peut connaître la position d’une particule ou sa trajectoire mais jamais les deux à la fois ! et ce fichu chat de schrödinger qui est et qui n’est pas !!
Il faut avouer que c’est un monde qui a pu mettre à mal l’équilibre d’un homme.
« La science comme la poésie, se trouve, on le sait, à un pas de la folie. » dit Sciascia.
Il le décrit comme en proie à « sentiment de désarroi, d’impatience, de fureur » et Sciascia émet une hypothèse : Majorana a-t-il anticipé sur les dangers potentiels des découvertes en cours et vu « l’épouvante dans une poignée d’atomes » ?
J’ai entendu pour la première fois le nom de Majorana dans une émission de radio avec Etienne Klein comme invité, avec son talent de conteur il évoquait la personnalité de ce génial physicien.
L’ enquête menée est passionnante et brillante, Sciascia voit sa disparition comme « une architecture minutieusement calculée et risquée » et défend une thèse tout à fait convaincante.
ce livre fut publié pour la première fois en 1975 et il est réédité aujourd’hui chez Allia.
Nourrir vos rêves, votre imaginaire, célébrer les parfums, la beauté, les couleurs, le goût ou la musique, voilà le programme que je vous propose.
Célébration de nos cinq sens en un livre riche, odorant, plein de sons et de saveurs et habilement mis en scène par Diane Ackerman.
L’auteure est une scientifique, elle aime la diversité, la littérature, la poésie, aussi son livre marie-t-il les connaissances et la sensibilité, le corps et l’esprit. « Pour vivre, nous sommes tenus en laisse par les sens. Ils nous rendent plus vastes et cependant, nous limitent, nous restreignent. ».
Elle explore tous les registres, depuis le folklore jusqu’à l’expérience scientifique. Le voyage démarre avec l’odorat, je dois vous dire que c’est vraiment mon préféré peut être parce que les odeurs réveillent notre mémoire de façon intense.
Avez-vous remarqué qu’il est très très difficile de décrire une odeur à quelqu’un qui ne la connaît pas ! Pourquoi manque t-on à ce point de mots pour décrire les odeurs ? L’odeur si volatile de la violette, celles infinies des roses , odeurs qui rendent si difficile le travail d’un nez qui doit pour créer un parfum :
« choisir parmi un océan de fleurs, de racines, d’herbes, d’huiles »
Les odeurs sont un véritable grand conservatoire pour les écrivains : Colette et son jardin, Proust et sa madeleine et bien d’autres.
Au pays du goût vous apprendrez que nous avons papilles 10 000 papilles, plus que les perroquets qui n’en ont que 400 mais bien moins que les vaches qui en ont 25 000, pas étonnant qu’elles fassent des festins d’herbes !!!
Un petit détour par les banquets romains , la course aux épices et pour finir par le dieu du goût et de la gourmandise : le chocolat. Je recommande d’avoir à portée de main une tablette sinon la lecture des pages se révèle être une pure torture.
Diane Ackerman est parfois où on ne l’attend pas, dans le chapitre sur l’ouïe c’est le chant des baleines qui illustre le propos, pour chaque sens elle essaie d’ouvrir vers le monde animal.
Le chapitre le plus sensuel est celui sur le toucher, seul sens qui ne se rattache pas à un organe mais à la peau qui nous enveloppe.
Un sens où les tabous sont nombreux et qui est aussi celui qui nous entraîne vers la douleur. Pour la science on fait un tour vers les banques d’épiderme, mais l’art revient vite en force avec une visite à l’atelier de Rodin.
Curieusement elle propose pour illustrer la vue, de nous parler du ciel nocturne et des constellations ! Nous décrit le monde de la lumières et s’étonne que les couleurs n’aient pas de but.
Tous les articles de son odyssée des sens, pétillent d’intelligence et sont une masse folle d’informations variées et attrayantes toujours d’une grande clarté. Les pages sont truffées de rapport d’expériences sensorielles parfois connues mais souvent totalement surprenantes, Elle n’hésite pas à réquisitionner écrivains, peintres, musiciens pour soutenir son propos et lui donner chair.
Une belle façon d’aborder un domaine dit scientifique pour transformer cette étude en un parcours fléché où l’on court d’un point à un autre, prêt à nourrir nos sens avec bonheur.
Le livre est indisponible chez l’éditeur mais présent sur plusieurs sites d’occasions et peut-être dans votre bibliothèque
Le livre : Le livre des sens - Diane Ackerman - Traduit de l’américain par Alexandre Kalda - Editions Grasset
Le fonctionnement du cerveau c’est à la fois fascinant et un peu stressant. Oliver Sacks et Antonio Damasio sont les scientifiques que j’ai lu sur le sujet, ils me passionnent et j’admire la qualité de leur argumentation et le respect du lecteur dont ils font preuve en nous prenant ni pour des enfants ni pour des neurobiologistes confirmés.
A son habitude Oliver Sack ( vous avez peut être déjà lu « L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau » ) part de cas de patient qu’il a connus et qu’il a pris en charge. Rien de vaut les exemples concrets pour remplacer le jargon scientifique.
Son propos est de nous faire comprendre les interactions entre la vue et le cerveau.
Que se passe t-il lorsque quelque chose dysfonctionne sur le chemin entre l’oeil et le cerveau ? comment les personnes dans ce cas contourne les difficultés, luttent contre elles ou les compensent.
D’abord un préalable, pour tous ceux qui pensent que le sujet est lourd et triste, j’affirme qu’il n’en ai rien, c’est bien au contraire un constat réconfortant qui s’impose devant les fascinantes possibilités de notre cerveau.
Que pensez-vous qu’il arrive à une pianiste atteinte d’agnosie visuelle ( oui je fais un peu la neurologue ) qui se révèle incapable de lire sa partition mais conserve en mémoire toutes les partitions apprises et peut les restituer avec talent, puis quelques années plus tard devient incapable de déchiffrer un texte ou faire la différence entre un verre et une bouteille ?
Est-il possible d’imaginer une personne incapable de voir en 3D, aucun relief, les paysages observés sont plats tels des tableaux, peut-on penser qu’un aveugle est capable de réparer la gouttière de son toit ?
Comment font les personnes qui sont incapables de reconnaître les visages ou de s’orienter dans un bâtiment ? Oliver Sacks est particulièrement bien placé pour en parler, il est atteint de ces troubles depuis toujours.
Imaginez un écrivain incapable subitement de déchiffrer le moindre mot, tout ce qu’il lit lui apparait aussi obscure que du Coréen ou du serbo-croate ?
Oliver Sacks nous fait partager le quotidien des ces hommes et de ces femmes qui vont prendre leur handicap à bras le corps, qui vont développer des stratégies pour que ce manque, cette difficulté, cette défaillance de la machine humaine ne les prive pas des joies élémentaires ou de leurs capacités personnelles.
Ce que peux le cerveau est loin d’être totalement élucidé et dans beaucoup de ces exemples on est frappé par les capacités de celui-ci et par le courage et la détermination des patients.
Lilian la brillante pianiste compense pendant très longtemps son handicap, se sert d’une série d’astuces pour ne pas être prise au dépourvu et trouve de la joie dans la musique.
L’écrivain découvre qu’il peut écouter au lieu de lire, qu’il peut dicter au lieu décrire, Sue qui ne voyait pas en 3D entame une rééducation et un jour enfin ne voit plus la neige comme sur un écran plat mais « Mais maintenant, je me sentais à l'intérieur, parmi les flocons de neige. J'étais submergée par une profonde sensation de beauté. »
Des leçons d’espérance, une dose d’empathie aussi haute qu’une montagne, une chaude humanité, ce qui pourrait être un livre triste et pesant devient un parcours fascinant et profondément humain à travers cette étrange machine qui nous fait vivre.
Passionnant essai qui me donne envie de revoir le film L'éveil tiré de l'expérience d'Oliver Sacks lorsque jeune neurologue il s'est trouvé confronté à une sorte de maladie du sommeil dont il va chercher à guérir ses patients
Ecoutez l’émission Sur les épaules de Darwin sur le sujet, Jean Claude Ameisen est un conteur magnifique profitez en
Le livre : L’oeil de l’esprit - Oliver Sacks - Traduit par Christian Cler - Editions du seuil