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A sauts et à gambades - Page 138

  • Aucun homme ni dieu - William Giraldi

    Les loups, les loups ......

     

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    Quand la nourriture manque les loups se rapprochent des habitations, du moins c'est ce qu'on dit.

    En Alaska deux enfants ont ainsi disparus. Lorsque le fils de Medora Slone disparait elle fait appel à un spécialiste : Russel Core, un connaisseur et défenseur des loups, il accepte de venir à Keelut et de vérifier si l’enfant a bien été victime des loups. Il écoute le récit de la mère et s’enfonce alors dans l’immensité blanche à la poursuite de la meute de loups alors qu’en son for intérieur il est sûr que les loups ne sont pour rien dans cet enlèvement.

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    La vie du village a des accents claniques, tous sont plus ou moins liés et parents, Core apparait comme un intrus. L’administration d’ailleurs se tient un peu en réserve et la loi du silence est la règle.

    Ce que va découvrir Russel Core a de quoi surprendre et les faits vont s’enchainer à vive allure. 

     

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    « Les cabanes étaient peu nombreuses, rangées sur deux lignes bien distinctes. La plupart d’entre elles n’avaient qu’une seule pièce de plain-pied. Quelques-unes comportaient un étage et un toit en pente raide hérissé d’antennes radio qui grésillaient dans le froid. Les collines surgissaient tout autour, protectrices, ou bien juste prêtes à se refermer comme un étau sur le village. »

     

    Bon voilà vous êtes plongés dans le grand froid, la glace, la neige, les ours, les loups. Comme Core vous allez devoir survivre dans une nature hostile et puissante.

    Je vous préviens malgré le froid vous allez persister car ce roman est non seulement très original mais totalement passionnant. 

    La sauvagerie, la peur, la culpabilité, les hallucinations, tout est fait pour vous plonger dans un monde où la morale est reléguée loin des hommes, où l’on se sent plus proche de l’animal que de l’être humain.

    Vous participerez à une traque où la terreur vous guidera et ou la civilisation s’effacera petit à petit de votre radar. 

     

    Un roman très réussi, ambitieux, efficace et dont l’issue est surprenante. L’écriture sert parfaitement le propos. Un nord très très inquiétant.

     

     

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    Le Livre : Aucun homme ni dieu - William Giraldi - Traduit par Mathilde Bach - Editions Autrement 2015

     

  • Berezina - Sylvain Tesson

    « Sombres jours ! l'empereur revenait lentement,

    Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.

    Il neigeait. L'âpre hiver fondait en avalanche.

    Après la plaine blanche une autre plaine blanche » ¹

     

    Ca vous rappelle quelque chose non ?

    Vos cours d’histoire ? 1812 et la Grande armée aux prises avec le Général Hiver ? bref la Retraite de Russie.

    Pas question ici d’un cours d’histoire mais plutôt d’un récit épique où sur les pas des grognards, trois français et deux russes, vont nous refaire la retraite.

     

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                             © Photo Thomas Goisque 

     

    Ils ont décidé d’utiliser des side-cars, si vous ne voyez pas à quoi ça ressemble repassez-vous la Grande vadrouille, et de suivre le trajet suivi par l’armée napoléonienne  quittant Moscou où le Tsar les a piégé.

    Sylvain Tesson aime les défis et avec deux acolytes avec qui il a déjà bourlingué : Cédric Gras et Thomas Goisque et Vassili et Vitaly côté russe, il va nous refaire la retraite en hiver ! 

    Cette marche forcée véritable course contre la mort se répète deux cent ans après à bord de trois Oural, arborant fièrement un drapeau impérial et Tesson coiffé d’un bicorne et dans ses fontes des livres des livres des livres.

    Les étapes sont celles de 1812 : Smolensk, Minsk, le passage de la Berezina, Vilnius ...On suit en parallèle l’épopée napoléonienne et celle de nos cinq grognards d’aujourd’hui.

    La route est parfois dangereuse pour les side-cars et la visibilité du conducteur souvent voisine de zéro.

    Le récit est ponctué des témoignages et mémoires des soldats de 1812 et des vicissitudes mécaniques de 2012.

     

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    C’est tout à fait réussi, on se prend au jeu.

    Cet hommage aux « petits, les obscurs,les sans-grades. (...) qui marchions fourbus,blessés,crotté,malades, sans espoir de duchés ni de dotation » ²

    Ces grognards qui ont suivi Napoléon depuis l’Egypte et qui vont pour survivre « vivement, avec un peu de neige, encor » se faire « un sorbet au sang de cheval mort » ³

     

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    C’est environ 400 000 personnes qui ont perdu la vie lors de cette retraite, on sent Sylvain Tesson admiratif devant leur courage et leur abnégation, il sait parfaitement remettre quelques pendules à l’heure. La Berezina n’est pas un fleuve extraordinaire, non c’est une simple rivière et non malgré la connotation qui s’attache à ce nom, il ne s’agit pas d’une défaite française mais bien d’une tragédie « La retraite de Russie repose ainsi sur ce paradoxe, une armée marche, de victoire en victoire, vers son anéantissement total. »

     

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    Mikhaïl Koutouzov l'adversaire 

     

    Vous l’aurez compris j’ai aimé ce livre avec juste le petit bémol des bouteilles de Vodka qui défilent à croire que cela lui sert de carburant ! 

    C’est un petit livre réjouissant, parfois drôle, qui donne envie de lire les mémoires du Sergent Bourgogne ou une biographie de Caulaincourt seul homme de l’entourage de l’Empereur à garder la tête froide et bien entendu de lire ou relire Guerre et Paix.

     

     

    Citations ¹ Victor Hugo   ² ³ Edmond Rostand L’Aiglon

     

    Tout savoir sur la Berezina 

     

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    Le livre : Berezina - Sylvain Tesson - Editions Guérin 

  • Grossir le ciel - Franck Bouysse

    Un bon petit roman noir grâce auquel d’un seul coup je me suis sentie transportée au pays de l’Epervier de Maheux, au fin fond des Cévennes.

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    C’est un lieu dit : les Doges. Deux hommes vivent chacun dans deux fermes très proches, il a Gus qui a passé sa vie dans cette ferme isolée en compagnie de son chien Mars et il y a Abel, plus vieux que Gus et son presque ami, ils se prêtent un peu de matériel, ils boivent la goutte ensemble mais ça s’arrête là parce que leurs familles ont toujours été en bisbille et que cela ne s'efface pas si facilement.

    Les relations entre les deux hommes se mettent subitement à changer, Gus se sent un peu menacé sans savoir pourquoi, le lecteur aussi perçoit le changement et d’un seul coup la nature elle même devient angoissante.

     

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    Il y a une grande habileté dans le récit, la vie fruste de ces deux hommes est parfaitement mise en scène, l’auteur distille juste ce qu’il faut pour que le contour des personnages change peu à peu, qu’y a t-il sous la carapace de ces deux là ? 

    L’hiver est parfait dans cette contrée : froid, gel, neige, solitude, juste ce qu’il faut pour ajouter encore à l’angoisse à côtoyer ces deux taiseux.

     

    Je vous laisse jouir de ce roman que j’ai trouvé excellent, il est de la famille du Vampire de Ropraz de Chessex ou de Colline de Giono.

     

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    Le livre - Grossir le ciel - Franck Bouysse - Editions La Manufacture des livres

  • le coeur de l'hiver

    Février le coeur de l'hiver

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    je vous propose un petit roman noir dans un pays de froidure et pour ceux qui ont le goût de l'aventure, une balade dans le froid et la neige sur près de 4000 km et enfin un roman au nord du nord

    Vous êtes prêts ? 

  • Annabel - Kathleen Winter

    Après deux livres autour de l'enfance restons y pour un livre encore.

    Qu'arrive-t-il quand un enfant n'est pas comme les autres ?
    Sur un sujet difficile une vraie réussite littéraire.

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    Je ne peux pas dire mon plaisir mieux que Marine Landrot sur Télérama : 

    « Un livre cher qu'on partage avec les personnes dignes de confiance, qui auront interdiction d'exprimer la moindre déception sous peine de vous blesser déraisonnablement. Annabel fait partie de ceux-là »

     

    Dieu que le sujet était difficile pourtant ! Né(e) en 1968 au fin fond du Labrador, l'enfant n’est ni fille ni garçon, mais les deux à la fois. Relisez les Métamorphoses c'est ce qu'on appelle l'hermaphrodisme.

    Le secret n’est partagé que par trois personnes, Thomasina qui l’a aidé à venir au monde et ses parents. 

    Une décision est prise, ce sera un garçon que ses parents appellent Wayne mais que la mère en secret nomme Annabel

    Séjour à l’hôpital et traitement hormonal à vie voilà le lot de Wayne jusqu’à ce qu’à ce que la personne qui tente de s’épanouir derrière ce prénom brise conventions et tabous pour tenter de devenir une personne assumée, désirable, indépendante. 

     

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    C’est chez In Cold Blog que j’ai vu le livre et depuis je m’étais promis de le lire; rien ne pressait et je l’ai ouvert je dois le dire avec un préjugé favorable, mais mon plaisir de lecture est allé bien au-delà. 

    C’est un roman splendide et qui ne s’en tient pas à un sujet un peu hors norme, les liens familiaux, les relations parents/enfants, l’idéal que les parents rêvent pour leurs enfants, l’adolescence, tout est traité magnifiquement jusqu’à la nature de ce Labrador si dur de climat et qui fabrique des hommes et des femmes comme Treadway et Jacinta.

    Il faut un talent très sûr d’écrivain pour parvenir à toucher les lecteurs, les faire s’interroger sur leurs attentes, leurs a priori , leurs angoisses face à la différence. 

    C’est plus que réussi alors accordez lui une place dans votre bibliothèque

     

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    Le livre : Annabel - Kathleen Winter - Traduit par Claudine Vivier - Editions Christian Bourgois

  • Intempérie - Jesús Carrasco

    Il fait partie des romans de cette rentrée de janvier et répond à mon envie de me tourner un peu plus vers la littérature espagnole.

     

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    Oubliez l’hiver et sa froideur, le roman nous installe sur un plateau pelé sec et poussiéreux.

    La sécheresse prolongée a vidé les villages, sous le couvert des buissons un enfant se terre, il a fuit droit devant pour échapper aux adultes qui le poursuivent et que l’on devine immédiatement violents.

    S’il est repris la punition sera terrible « Lui revint à l’esprit l’image du père empressé et servile en compagnie de l’Alguazil »

    Dans sa fuite désespérée l’enfant croise la route du vieux chevrier.  Celui-là connait les  astuces pour survivre, les points d’eau et partage ses provisions. « Comme oreiller, le vieux avait installé sa bardelle rembourrée de paille de seigle. Le garçon y posa la tête avec précaution, et s'installa du mieux possible sur la laine râpeuse

     

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    Les liens se tissent, l’enfant reste en retrait mais pour supporter la faim, la soif et la peur il va devoir faire confiance au vieux berger. Il va apprendre à harnacher le baudet, à rassembler le maigre troupeau de chèvres, à trouver les sources.

     

    Une intrigue minimaliste et pourtant le récit est riche. On sent la chaleur, on a la bouche sèche avec un goût de poussière, on sent l’odeur du lait chaud de chèvre. Le rythme est inexorable, pas de retour en arrière possible, l’obligation d’avancer, de fuir. 

     

    J’ai tout aimé dans ce roman : le ton, le rythme, l’écriture sèche et précise, les dialogues laconiques. La violence sous jacente qui refait soudain surface. 

    Sandrine a aimé aussi ce roman par contre je n’y ai pas senti pour ma part de trace de roman un peu apocalyptique. 

    J’ai surtout pensé à ces personnages plein de dignité qui font face à l’adversité.

    J’ai pensé aux romans de Miguel Delibes 

     

     

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    Le livre : Intempérie - Jesús Carrasco - Traduit par Marie Vila Casas - Editions Robert Laffont