29.02.2012
Voyages dans le Reich - Oliver Lubrich
Taire ou dénoncer dans le Berlin des années trente

Ils sont nombreux les écrivains, journalistes, intellectuels qui ont fait le voyage en Allemagne après l’accession au pouvoir d’Hitler ou pendant la guerre, entre 1933 et 1945.
Qu’ont-ils vu ? quelles ont-été leurs réactions ? Etaient-ils des sympathisants, au contraire ont-ils fait savoir ce qu'ils voyaient, ont-ils alerté ? Certains furent horrifiés mais d’autres fascinés.
Le livre se compose d’un grand nombres d’écrits, de longueur très variable, rassemblés par Oliver Lubrich qui enseigne la littérature à Berlin.
L’intérêt de cette anthologie c’est la variété, la diversité des visiteurs, certains très connus, d’autres moins, Belges ou Suisses, Anglais ou Américains, ils sont en Allemagne pour des raisons diverses qui vont du travail pour William Shirer, à un voyage d’agrément pour Virginia Woolf. Ecrivains, diplomates, journalistes, scientifique ou simple voyageur.

Incendie du Reichstag Berlin 27 février 1933
Christopher Isherwood qui choisit lui de quitter Berlin en 1933 :
«Tous les soirs, je vais m'installer dans un grand café d'artistes à moitié vide, près de l'église du Souvenir. Des juifs et des intellectuels de gauche y rapprochent leurs têtes au-dessus des tables de marbre, s'entretenant à voix basse, angoissée. Beaucoup d'entre eux s'attendent à être arrêtés, aujourd'hui, demain ou la semaine prochaine.» et il ajoute que presque tous les soirs des SA investissent le café pour quêter, chacun étant obligé de contribuer.
Georges Simenon en Allemagne au moment de l’incendie du Reichstag et de la terreur en Allemagne
« Des envoyés spéciaux écrivaient sans rire Il est impossible que le parti de la violence l’emporte
Il ne faut pas leur en vouloir, c’était la première fois qu’ils mettaient les pieds en Allemagne et ces milliers de chemises brunes, ces autos avec des mitrailleuses, les impressionnaient vraiment. »
« Le Führer était bien tranquille au milieu de son état-major, au Kaiserhof, je l’ai rencontré dans l’ascenseur. »
« Au Kaiserhof, à Berlin , personne n’était ému, ni inquiet, ni étonné »
1933 Défilé des SA sous la porte de Brandebourg
Virginia Woolf
Au passage de la douane elle dit « Nous nous montrons obséquieux (...) première courbette de notre part. »
« Des gens se rassemblaient au soleil...plutôt sur commande, comme pour le sport à l’école. Bannières tendues dans les hauteurs en travers de la rue “le juif est notre ennemi“ “Il n’y a pas de place pour les juifs“ Nous avons donc filé à toute vitesse, jusqu’à ce que nous soyons hors de portée de la foule docile dans son hystérie. »
Denis de Rougemont en mars 1936 évoque la fascination de la foule lors des meetings et tente d'expliquer.
«Un coup de projecteur fait apparaître sur le seuil un petit homme en brun, tête nue, au sourire extatique. Quarante mille hommes, quarante mille bras se sont levés d'un coup. L'homme s'avance très lentement, saluant d'un geste lent, épiscopal, dans un tonnerre assourdissant de Heil rythmés.»
« Cela ne peut se comprendre que par une sorte particulière de frisson et de battement de coeur — cependant que l’esprit demeure lucide. Ce que j’éprouve maintenant, c’est cela qu’on doit appeler “l’horreur sacrée“. Je me croyais à un meeting de masses, à quelques manifestations politiques. Mais c’est leur culte qu’ils célèbrent. »
La montée de la terreur
Le Français Jacques Chardonne est invité à Weimar par Goebbels en 1941 en compagnie de Ramon Fernandez, Marcel Jouhandeau et Drieu La Rochelle. Chez lui c'est l'admiration envers le régime nazi qui l'emporte.
« Voici des notables d’une sorte nouvelle (...) L’impression qu’ils me donnèrent immédiatement et qui n’a pas changé, je la traduirai par le mot élégance, et j’en ai trouvé plus tard la raison : ces hommes vivent au plus haut d’eux-mêmes. Cette transfiguration c’est le national-socialisme. »
Des textes également d’ Albert Camus, Samuel Beckett, Karen Blixen et Jean Genet
Les témoignages portent parfois sur la vie quotidienne et parfois sur les grands-messes du nazisme, sur l’ambiance dans les rues, la propagande du régime, les milieux artistiques. On y entend la colère, l’indignation, la surprise, mais parfois aussi une certaine sympathie voire de la fascination.
A travers ces textes c’est l’Allemagne qui se dessine dans les premiers temps du nazisme puis dans les débuts de la guerre, on y voit la vie dans le Reich, l’emprise du parti nazi sur la population, l’ enthousiasme parfois délirant de la foule, la peur et la terreur pour certains.
J’ai apprécié que pour chaque texte soit donné un éclairage sur les circonstances d’écriture. Une courte biographie de chaque témoin se trouve en fin de volume.
Si vous êtes curieux, intéressé par cette période, ce livre devrait vous passionner.
Le livre : Voyages dans le Reich - Oliver Lubrich - Actes Sud 2008
05:29 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (34) | Envoyer cette note
25.02.2012
Quand les lumières s'éteignent - Erika Mann
Taire ou dénoncer : paroles d'exil

« La vie dans notre ville suivait son cours. La vieille place du marché aux maisons colorées encerclant la statue équestre,n’avait pas changé au cours des siècles. Au visiteur de passage s’offrait un tableau paisible et envoûtant. »
La guerre n’a pas encore éclatée, imaginons un touriste se promenant dans une petite ville riante, proprette, fleurie, une petite ville disons ...de Bavière. Un étranger qui la visite la trouverait pimpante, une ville où il fait bon vivre, « seuls les drapeaux rouges bruissaient dans le vent ».Ce n’est pas tout à fait une ville comme les autres.
C’est le premier récit du livre qu’ Erika Mann écrivit en 1940.
Comment faire comprendre, expliquer, dénoncer ce qu’est devenu son pays sous la botte nazie ? Erika Mann va tenter de le faire à travers une dizaine de récits qui vont petit à petit passer de la douceur trompeuse, à l’inquiétude, à l’incompréhension, à la peur jusqu’à la terreur pure.
1935 Congrès du parti nazi à Nuremberg
Que va faire le patron d’une usine qui découvre que sa secrétaire, dont il est tombé amoureux, est à moitie juive ?
Pouvait-on imaginer qu’un paysan soit arrêté parce que dans le gosier de ses poules on a trouvé de l’orge, nourriture interdite par le régime en place, cela pourrait prêté à sourire si ...
Quand la bêtise s’en mêle une jeune fille est poussé au suicide par les ragots....
Que penser de cet homme qui la nuit falsifie ses livres de comptes non pour cacher des bénéfices mais au contraire pour enfler son chiffre d’affaire par crainte de voir son entreprise désignée comme inutile.

"De jeunes SS, sanglés dans leurs uniformes élégants,
défilaient dans les rues en ordre parfait"
Pas de grand plaidoyer, c’est à travers des scènes de la vie quotidienne d’une ville sans nom que l’on voit petit à petit se mettre en place le système qui broie les individus, qui les rend lâches, qui les pousse à l’indifférence coupable ou à la résistance héroïque. La délation devient la règle, la bêtise est récompensée,
Pasteur, professeur d’université, médecin, tous les citoyens sont soumis au même dilemme, sont tentés par la même lâcheté.
Une préface et une post-face présentent très bien les circonstances dans lesquelles fut écrit ce livre, le parcours de son édition. Il est traduit pour la première fois en français.

Le livre : Quand les lumières s’éteignent - Erika Mann - Traduit par Danielle Risterucci-Roudnicky - Editions Grasset
L’auteur : Erika Mann en 1933 choisit avec son frère Klaus et son père Thomas Mann, de fuir l’Allemagne. La famille trouve refuge en Suisse puis aux Etats-Unis. Toute sa vie Erika Mann parcourera le monde comme reporter de guerre.
05:28 Publié dans Histoire, Littérature Allemande | Lien permanent | Commentaires (53) | Envoyer cette note
22.02.2012
Marcel - Erwin Mortier
Taire ou dénoncer

On sait tous que la réaction devant des événements exceptionnels peut être très différente d’un homme à l’autre, d’un pays à l’autre. Il y a toujours ceux qui se taisent, collaborent et ceux qui dénoncent, se battent.
Je vous propose un roman qui pourrait porter en sous-titre : Quand on choisit le silence...........
La Flandre, un pays qui dans les années 70 vit encore sous le poids d’une histoire que beaucoup voudraient oublier.
Une ville flamande comme les autres, une maison qui « ressemblait à toutes les autres de la rue : plus très d’aplomb après deux siècles d’occupations, de tempêtes et de guerres ».
Une famille flamande presque comme les autres.
Le narrateur vit chez sa grand-mère, une maîtresse femme qui « a rarement tord », elle connaît tout le monde dans la ville, Andréa, elle occupe toute la place dans ce roman.
La vie s’écoule doucement « personne ne se déplaçait librement dans la maison. Chacun suivait le chemin de son habitude »
Dans une petite ville les langues vont bon train, quand Mademoiselle Veegaete, l’institutrice, vient pour renouveler sa garde robe, c’est l’effervescence car c’est une cliente privilégiée, on sort le service à liséré d’or, les magazines de mode. Ces jours là le narrateur voudrait « être une petite souris qui voit tout et n’oublie rien ».
Parfois on fait des visites « la grand-mère nous avait empaquetés, le grand-père et moi comme une cargaison vivante », l’occasion de découvrir de nouvelles photos : « Une multitude de visages d’hommes (...) Au dessus des têtes, une houle de bras levés »
Ce jour là le narrateur découvre qu’il ressemble à Marcel.
Le même Marcel qui trône dans la vitrine où la grand-mère aligne les photos de tous les morts de la famille. « Dans leurs cadres chic, pareils à de précieux carrosses ils paraissaient faire la queue à la douane ».
Une kyrielle de tantes, d’oncles, tous disparus. Chaque photo raconte une histoire. Andréa époussette les cadres avec soin, elle va entretenir leurs tombes au cimetière. Elle raconte sans se lasser l’histoire de chacun. Sauf pour Marcel, parce que,Marcel, si il y a bien sa photo dans la vitrine, il n’y a aucune tombe à fleurir au cimetière et personne ne connaît la date de sa mort.
L’enfant aime le grenier et tout ce qu’il y trouve, c’est sa curiosité qui va déclencher la tempête, quand pour un travail scolaire il se sert d’une lettre ornée d’un aigle magnifique...
Les héritiers !
Un roman court, sobre et habile pour restituer cette part de l’histoire longtemps cachée. Le monde de l’enfance est décrit avec virtuosité et est empreint de trendresse mais le passé que l’auteur explore à travers ce récit est marqué de sentiment de culpabilité.
Voici ce que dit l’auteur dans une interview :
« Marcel était pour moi l'occasion de m'exprimer en tant qu'arrière-petit-neveu d'un collaborateur mort en Russie, sur le front de l'Est. Âgés de vingt ans, mes grands-parents ont sympathisé avec les Allemands. Ce passé a marqué mon enfance, même si je suis né vingt ans après la fin de la guerre.» © La Libre Belgique 2003
La langue est superbe et la traduction a value à Marie Hooghe un prix bien mérité.
Si le sujet vous intéresse retrouvez chez JEA plusieurs articles ici et là
Le livre : Marcel - Erwin Mortier - Traduit du néerlandais (Flandres) par Marie Hooghe - Editions Fayard
L'auteur :
Né en 1965, en Belgique (Flandre), Erwin Mortier est écrivain, journaliste et historien d'art. Il est l'auteur deMarcel (Fayard, 2003, prix de traduction Amédée Pichot 2003), Ma deuxième peau (Fayard, 2004), Temps de pose(Fayard, 2005) et Les Dix Doigts des jours (Fayard, 2007), tous traduits du néerlandais par Marie Hooghe.
05:27 Publié dans Histoire, Littérature Néerlandaise et Flammande | Lien permanent | Commentaires (42) | Envoyer cette note
19.02.2012
Candidats en campagne - Campagne des candidats
De Rome à aujourd'hui : le bréviaire du candidat

Sortant juste du Dictionnaire de Xavier Darcos mon attention a été attirée par l’émission de France Culture Concordance des temps, au menu : les campagnes électorales dans la Rome antique et un texte bien fait pour retenir l'attention : Lettre à mon frère pour réussir en Politique en VO cela donne : Commentariolum petitionis.
Rédigé il y a plus de 2000 ans par un spin doctor portant la toge
Franchement un livre plus qu’utile, un livre indispensable, le prix ne fera pas perdre le moindre A à votre budget (2,80 €) L’éditeur malin le présente sous le format d’une carte d’électeur !! vous pourrez l’emporter dans l’isoloir si vous doutez au dernier moment.
Je ne vais pas vous faire le coup de l’information tronquée, Marcus Cicéron veut être élu Quintus Cicéron va l'aider de ses conseils, c’est son frère donc ça ne sort pas de la famille.
Parmi les 58 conseils avisés pour être certain d’être élu et d’en tirer tout le bénéfice attendu voici ceux que j’ai savouré
Toute ressemblance avec la campagne actuelle...............................
Il faut faire pression même sur ses amis
ou bien
« faire comprendre par des avertissements, par des prières, par tous les moyens possibles (...) à ceux qui veulent t’obliger que l’heure est venue de le faire »
Avoir des appuis d’hommes (ou de femmes) illustres
« Pour l’apparence, des hommes illustres par leurs charges et par leur nom, qui, même s’ils ne font rien pour le recommander, apportent cependant au candidat un supplément de considération »
Avoir des meetings parfaits
« Tâche que toute ta campagne se déploie magnifiquement, qu’elle soit brillante, pleine d’éclat, populaire, qu’elle ait une tenue et une dignité hors pair … »
Organiser la participation spontanée

« Cela contribue beaucoup à la réputation, au prestige d’un candidat que d’avoir tous les jours autour de lui, quand il descend au forum, un cortège nombreux. »
Montrer que l'on connait tout le monde
« Cela exige que l’on connaisse les électeurs par leur nom, qu’on sache les flatter, qu’on soit assidu, qu’on soit généreux, qu’on excite l’opinion, qu’on éveille des espérances politiques. »
Mensonges et tromperie
« Les hommes sont plus sensibles à l’air et aux paroles dont on les accueille qu’à la réalité du bienfait lui-même »
« La ruse, les embûches, la perfidie sont partout. »
Ne plus penser qu’à ça
« C’est presque chaque jour qu’il te faut, en descendant au Forum, méditer ces pensées : je suis un homme nouveau, je brigue le consulat, ma cité est Rome. »
Avoir des ennemis repoussants c’est bon pour sa propre image
« Antoine et Catilina sont redoutables ? Non point : un homme actif, habile, irréprochablement honnête, éloquent, bien vu de ceux qui exercent les fonctions de juge, doit souhaiter pareils compétiteurs, tous deux assassins dès l’enfance, tous deux débauchés, tous deux dans la misère. »
Flatter flatter cela peut rapporter gros
« la flatterie s’impose : elle a beau être avilissante et mauvaise dans la vie ordinaire, elle n’en est pas moins, quand on est candidat, une nécessité. »
Des promesses, des promesses .......
« ce qu’il ne t’est pas possible de faire, ou bien refuse-le aimablement, ou bien même ne le refuse pas du tout ; après tout la première attitude est celle d’un homme bon, la seconde d’un bon candidat. »
Le livre : Lettre à mon frère pour réussir en politique - Quintus Ciceron - Editions Les Belles Lettres
05:26 Publié dans Littérature grecque et latine | Lien permanent | Commentaires (47) | Envoyer cette note
17.02.2012
Dictionnaire amoureux de la Rome antique - Xavier Darcos
La sagesse des anciens ?

Une fois n’est pas coutume je vous livre mes impressions alors que je n’ai pas terminé le bouquin, ceci dit c’est un peu normal pour un dictionnaire.
Ici pas de guide de l’histoire romaine, pas de leçon de littérature, plutôt un ensemble varié et personnel pour « exprimer mon adhésion, mon amour, pour le monde romain, tout en gardant une grande rigueur historique. » dit Xavier Darcos.
300 entrées possibles vous comprenez que c’est pour moi l’occasion de lire « à sauts et à gambades » Je n’ai pas encore tout exploré mais ce que j’ai lu m’a plu.
La plupart des articles sont courts, ce n’est pas une leçon mais plutôt une invitation à aller ensuite en savoir plus, à fouiller les bibliothèques, à lire des BD, manifestement l’auteur connaît toutes les BD qui ont trait à Rome ! Voir ou revoir les séries télé ou les péplums incontournables.

La littérature d’abord, je suis allé jeté un oeil sur Virgile, Lucrèce et la nature. Il y a bien sûr du convenu là dedans mais aussi de jolies surprises ainsi un bel article sur les abeilles qui font passer nos ancêtres pour les premiers écolos !!
je me suis attardé sur Ovide dont l’auteur est un spécialiste, je suis fan, et là de fil en aiguille j’ai poursuivi ma quête, Virgile m’envoie voir Géorgiques et ainsi de Métamorphose en Enéïde j’ai refait un tour littéraire à Rome à coup de Carpe diem.

Xavier Darcos invite aussi à lire les historiens, là il faut que je m’y essaie je n’en connais que des extraits. Tite-Live mais surtout Tacite emportent les suffrages de l’auteur. Un article vengeur sur Cicéron que manifestement il n’aime pas et une belle réhabilitation de César en un article très complet et particulièrement intéressant. Mais on croise aussi Agrippine et Néron, Hadrien et son mur, Marc-Aurèle ou Pompée, Cléopâtre et bien sûr Hannibal et ses éléphants.

Rome en série
Dans plusieurs articles les réflexions prennent un tour plus politique et sont fort intéressantes en particulier sur l’identité du citoyen romain par exemple qui pourrait bien inspirer certains de nos candidats.
Il aime aussi tordre le cou à certaines erreurs, je vous recommande l’article sur la décadence et vous serez heureux d’apprendre que les candidats qui ne tenaient pas leurs promesses électorales étaient passibles d’une forte amende ...réjouissant non ?
Nos sommes devenus très pacifiques si l’on songe que la plupart des empereurs sont morts empoisonnés ou trucidés, attention que cela ne vous donne pas d’idées dangereuses !
Vous avez bien compris que j’ai aimé, j’ai aimé les clins d’oeil qui font mêler hier et aujourd’hui, j’ai aimé l’érudition du spécialiste mis à portée du profane, j’ai aimé la clarté, la concision et cet amour des anciens qui « nous ont donné notre lexique, notre droit, nos rites, nos canons esthétiques, nos figures légendaires. »
Vous avez peut être déjà des dictionnaires amoureux sur vos étagère, n’hésitez pas à ajouter celui-là

Le livre : Dictionnaire amoureux de la Rome antique - Xavier Darcos - Editions Plon 2011
05:25 Publié dans Histoire, Littérature grecque et latine, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (43) | Envoyer cette note
14.02.2012
En lieu sûr - Wallace Stegner
Pas de frontière à l'amour et l'amitié : direction les US

Plus précisément le Wisconsin
Comment sait on dès les premières lignes que l’on vient d’ouvrir un très bon roman ?
L’histoire avance lentement mais vous ne remarquez pas cette lenteur, vous êtes suspendu aux mots, ils vous tiennent en haleine. En quelques paragraphes les héros semblent faire partie de votre univers depuis toujours.
Un roman sans armes à feu, sans passions exacerbées, sans divorce, sans drogue, rien de spectaculaire ici.
Des vies pleines, riches, parfois difficiles, une amitié qui repose sur de fortes différences et qui pourtant ne vacille pas même dans la tempête.
Il est temps de faire connaissance avec les deux couples d’universitaires car vous allez passer la moitié d'un siècle avec eux.
Dans les années trente, Larry Morgan, le narrateur, vient d’épouser Sally qui attend un bébé.
Il a obtenu un poste à Madison, Wisconsin, ils sont désespérément fauchés et Larry s’acharne à l’écriture de nouvelles qu’il espère vendre à des magazines.
La rencontre avec Sid et Charity Lang va changer le cours de leur vie. Le couple Lang représente la notoriété, la richesse, les relations mondaines. C’est une véritable adoption plénière qui va avoir lieu, ils vont tout partager : Les soirées à parler littérature, les espoirs des uns et des autres, les pique-niques qui deviennent un rituel mémorable, les naissances, les vacances dans le Vermont, la guerre, les échecs.
Les vacances dans le Vermont
Des liens fort se créent qui gomment les différences et font accepter les contraintes de la vie quotidienne.
Tout n’est pas parfait, Sid rêve d’écrire de la poésie mais pragmatique et ambitieuse Charity le pousse à écrire des articles et livres pour servir sa carrière, elle organise tout, est indispensable à tous, mène d’une poigne de fer toute sa tribu et les Morgan très vite en font partie. Larry regimbe parfois devant tant d’autorité mais toujours les quatre amis sont soudés face aux réussites joyeuses comme aux accidents de l’existence. L’amitié encaisse tout les chocs car dit Larry :
« Mon sentiment pour eux est une part de moi-même avec laquelle je ne me suis jamais querellé, même si mes rapports avec eux ont pu être plus d’une fois quelque peu raboteux. »

En plusieurs retours vers le passé Wallace Stegner décrit à merveille la vie qui s’écoule, le partage permanent, la mémoire des instants heureux. Voilà ce qu’il dit de ses intentions à la parution de ce qui fut son dernier roman :
« Je voulais faire toucher du doigt une vérité moins fardée encore que d’habitude, une vérité vraiment nue. Faire entendre une musique qui ne remuerait que de tout petits bruits, mais dont les échos iraient un peu plus loin. » , il tient parole je vous l'assure.
Un roman pour lequel un critique américain parle de « rasade de sagesse » j’aime bien l’expression. Un livre qui est une belle méditation sur l’amitié, la création littéraire, la compassion et l’amour entre les êtres, servi par une écriture sans effet, dépouillée
mais jamais mièvre.
Vous pouvez le trouver sur les sites de livres d’occasion, je viens de le relire avec un plaisir intact, je vous propose de lui faire une place dans votre bibliothèque.
D’autres romans de Wallace Stegner sur la toile : La Bonne grosse montagne en sucre ou Angle d’équilibre tous chez Phébus

Le livre : En lieu sûr - Wallace Stegner - Traduit de l’américain par Eric Chédaille - Editions Phébus - 2003
L'auteur :Il est né en 1904 dans l'Iowa. Il grandit à Great Falls dans le Montana ainsi qu'à Salt Lake City dans l'Utah. De 1946 à 1971 il dirige l'atelier d'écriture à l'Université de Stanford, il enseigne également à l'université de Harvard. Stegner compte parmi ses étudiants Thomas McGuane, Raymond Carver, Larry McMurtry, Edward Abbey.
Wallace Stegner a écrit une soixantaine d'ouvrages, pour la majeure partie des biographies et des livres d'histoire.
05:21 Publié dans Littérature Américaine | Lien permanent | Commentaires (40) | Envoyer cette note
11.02.2012
Fée d'hiver - André Bucher
Quand l'amour et l'amitié se mêlent cela fait parfois d'excellents romans

En voici un dont vous pourriez penser que je l’ai choisi pour être en accord avec la météo, et bien pas du tout, je l’ai choisi d’abord pour l’auteur dont j’avais lu deux romans qui m’avaient laissé un très bon souvenir, et puis mon oeil a été attiré par l’éditeur dont je surveille les publications car mes lectures de Walden et du Pays des petites pluies m’ont rendu très attentive.

Un haut pays, celui déserté et à moitié sauvage d’une Drôme où vit l’auteur de ce roman.
Quatre personnages vont aller les uns vers les autres, comme pour un rendez-vous secret, au gré d’enfances saccagées, de vies marquées par la malchance, gâchées par la violence.
1965 Deux frères se retrouvent orphelins, la violence a été telle que Daniel ne parlera plus et que Richard et lui vivront un jour reclus dans leur misérable ferme des Rabasses. Daniel s’occupe de son troupeau de brebis et Richard s’est fait ferrailleur mais il lui arrive de gratter la guitare et écoute Bob Dylan en boucle.
Alice aussi est du pays, les deux frères l’ont vu grandir, ils l’aiment bien, elle est même capable de créer des liens avec Daniel le mutique qui écrit dans son journal « Alice, c’était ma fée d’hiver ». Ses frères Robert et Pierre, c’est pas pareil, des méchants, des tordus ceux là.
Le temps passe et Alice se marie avec Louis un lointain cousin et travaille à la scierie familiale.
1998 Et voilà qu’apparaît le dernier personnage du quatuor : Vladimir, bûcheron clandestin arrivé des Balkans. Il a fuit un passé douloureux, a traversé un pays dévasté « Il traversait de maigres villages déserts, croisait des fermes éparpillées ou de muets hameaux juchés à flanc de coteaux, tous accablés. Il longeait des terres sans horizon, sans un seul arbre, un paysage morne et moribond, où même le silence semblait s’être retiré ».
Après les passages de frontières, la clandestinité un beau jour il sait qu’il est arrivé
« De minces particules de lumière peignant les ombres convergeaientt vers la ligne de partage des eaux, entre la vallée de l’Ouvèze et celle de la Méouge »
Ils vont marcher les uns vers les autres, affronter le passé, se créer une nouvelle vie. Ils vont se tenir chaud, se protéger, s’apprivoiser, fraterniser en faisant fi des cicatrices qu’ils portent tous.
J’ai appris en lisant sa biographie chez l’éditeur qu’André Bucher est un grand lecteur de Jim Harrison et Rick Bass, rien d’étonnant que je me sois sentie si bien dans ce roman.
L’écriture donne un grand plaisir, le genre de roman qu’on lit lentement en se délectant des images, on s’attache aux personnages, on partirait bien à la découverte des lieux pour y voir filer les saisons. Un roman que l'on garde précieusement.
Le livre : Fée d'hiver - André Bucher - Editions Le Mot et le Reste
L’auteur : Écrivain-paysan, André Bucher est né en 1946. Après avoir exercé mille métiers (bûcheron, docker, berger), il s’installe à Montfroc, dans la Drôme, en 1975, où il vit toujours. Il est un des pionniers de l’agriculture bio en France. Il est aussi l’une des voix les plus singulières de la littérature française contemporaine.
05:00 Publié dans Littérature Française, Nature | Lien permanent | Commentaires (52) | Envoyer cette note
08.02.2012
La tristesse du Samouraï - Víctor del Árbol
Nord et Sud
Après le froid du Danemark cap au sud direction l'Espagne

Si vous pensez que ce roman se passe au Japon, oubliez tout de suite !
Nous sommes à Barcelone en Mai 1981, la tentative de coup d’état contre la démocratie date de quelques mois.

Antonio Tejero le 23 février 1981
à la tribune du parlement espagnol © AFP
Une femme, qui sait que sa mort est proche, livre les détails de sa vie. C’est une brillante avocate qui a envoyé sous les verrous un inspecteur jugé coupable d'une grosse bavure policière. Ce qu’elle ignorait alors c’est que quelqu’un tirait des ficelles dans l’ombre et que, comme une marionnette, elle avait fait ce qu’on attendait d’elle et comme Pandore elle avait lâché la folie et le vice dans les rues.
Pour comprendre comment tout cela a commencé il faut faire un saut dans le temps et l’espace.
Mérida en Estrémadure 1941
Une ville qui bruit encore de la lutte entre républicains et phalangistes. Une femme attend sur un quai de gare, elle est belle, elle est la femme d’un dignitaire franquiste et donc du côté des vainqueurs. Un enfant l’accompagne, c’est son fils, le plus jeune, car l’aîné elle l’a tout bonnement abandonné.
Isabel, c’est son nom, n’atteindra jamais sa destination, l’enfant sera confié à son père, son père qui le hait. Un instituteur de village s'est épris de cette femme qu’il n’aurait jamais du regarder , tel le « ver de terre amoureux d’une étoile » et ce pêché il va le payer au prix fort.
Entre ces deux dates l’auteur nous plonge dans la période sombre de l’Espagne, la terrible guerre civile, le franquisme, les débuts de la démocratie à deux doigts d’être confisquée.
Quarante années pendant lesquelles d’aucuns ont laissé libre cours à l’ambition, à la haine, d’autres ont paufiné leur vengeance, certains enfin sont assaillis par la culpabilité.
Vous allez écouter la voix de María qui va revenir sur ces temps où les assassinats sont la façon simple d’éliminer un gêneur, où la torture se pratique en toute impunité.
De quel côté se situent les descendants, les héritiers ? y a t-il un rachat possible ?
Tombes des soldats de la Division Azul
Ce livre est un polar oui mais il est beaucoup plus : une histoire rouge sang où victimes et bourreaux se croisent, se reconnaissent.
Pour filer la métaphore japonaise je dirais que l’intrigue se déplie comme les origami, chaque pliure dévoile un peu de l’intrigue, les liens entres les personnes apparaissent.
Ce qui est certain c’est que, composé comme une tragédie antique, ce livre est fait pour être dévorer, des geôles franquistes à la Division Azul, des amours impossibles à la vengeance inéluctable, on est totalement pris par le récit. Une vraie réussite
Le livre : La Tristesse du Samouraï - Víctor del Árbol - Traduit de l’espagnol par Claude Bleton - Editions Actes Sud
L’auteur : Victor del Árbol est né à Barcelone en 1968. Après avoir étudié l'Histoire, il travaille dans les services de police de la communauté autonome de Catalogne. Il est l'auteur de deux romans (source l’éditeur)
08:49 Publié dans Histoire, Littérature Espagnole, Policiers | Lien permanent | Commentaires (41) | Envoyer cette note
05.02.2012
Organes vitaux - Elsebeth Egholm
Nord et Sud
Des meurtres sous la neige ou sous le soleil
Direction le Danemark

Depuis quelques temps les polars viennent du nord, celui là ne déroge pas à la règle et comme j’ai passé un bon moment je vous livre quelques bribes mais rien de trop pour ne rien gâcher de votre plaisir.
Direction le Danemark où un tueur semble attiré par les femmes, les terrains de foot, les yeux de ses victimes et les tuyaux de PVC.
Dans la ville d’Aarhus au cours d'un match de football une jeune femme est retrouvée morte, elle a été sauvagement battue.
L’affaire est confiée à l'inspecteur John Wagner et cela démarre très fort pour la police qui passe à côté d'une info capitale, l’enfant qui a trouvé le corps a filmé la scène avec son téléphone portable !!
Pour vous mettre dans l'ambiance
Dicte Svendsen qui vient d’être nommée rédactrice en chef de son journal est prévenue du meurtre par son compagnon Bo,photographe de presse, elle est immédiatement en délicatesse avec la police ayant réussi à mettre la main sur le film en question.
Très utile ce compagnon, qui soit dit en passant a dix ans de moins que notre brillante journaliste, il parvient à dénicher deux autres affaires très ressemblantes et du coup l’enquête s’élargit vers la Pologne et le Kosovo.
Elle cache bien des choses cette journaliste, allez vous étonner après ça qu’on tente de faire pression sur elle, un détenu prétend détenir des informations et va exercer un subtil chantage sur Dicte Svendsen.

l'auteur © Ole Lind
Bon je vous explique pas tout mais vous connaissez : flics et journalistes vont chercher les points communs, les similitudes, les recoupements possibles. Un récit assez classique mais bien ficelé et correctement écrit.
Si vous cherchez une lecture légère passez votre chemin, ici on baigne dans le sang et le macabre du début à la fin.
Elsebeth Egholm est très populaire au Danemark, cela ne m’étonne pas et je vais remonter le temps et lire le premier polar de cette dame prometteuse.
Le livre : Organes vitaux - Elsebeth Egholm - Traduit du danois par Didier Halpern - Editions Le Cherche Midi
05:04 Publié dans Littérature Scandinave, Policiers | Lien permanent | Commentaires (32) | Envoyer cette note
02.02.2012
Michel Strogoff - Jules Verne
A travers la steppe

Oui d’accord il n’a fait que 5000 km, mais ...à pieds, pas de Transsibérien pour lui !
C’est le film qui m’a d’abord fait rêver, je devais avoir 10 ans et Kurt Jurgens me paraissait magnifique, je n’étais pas en capacité de voir qu’il n’avait pas franchement l’âge du rôle, mais qu’importe, le voir courir la steppe, risquer sa vie pour faire son devoir et déjouer les plans d’Ivan Ogareff, le traître Ogareff qui rêve d’assassiner le grand-duc, voyager incognito déguisé en marchand sibérien, accompagné de la belle Nadia, quel homme !!

Michel Strogoff franchit l'Ienisseï : " Il réussit à passer, mais le courant était si fort, les tourbillons si brutaux, qu'il n'accosta à l'autre rive que onze verstes en aval, soit quelques quatorze kilomètres" Dominique Fernandez Transsibérien
Il faut le voir se jouer de tous les obstacles pour atteindre Irkoutsk assiégée par les tartares, franchir l’Oural, naviguer sur le Baïkal , risquer sa vie pour la gloire du Tsar et tomber aux mains du traître.....
Les médias sont déjà présents, Alcide Jolivet et Harry Blout rivalisent de rapidité pour informer leurs journaux respectifs et c’est à qui sera le premier au bureau du télégraphe. Les femmes ne sont pas oubliées de la prude jeune fille à la vieille mère sans oublier la femme fatale.

Les deux reporters dans une version de la télévision :
Vernon Dobtcheff et Pierre Vernier
Très au fait des goûts du public Jules Verne publia Michel Strogoff sous la forme d’un feuilleton juste à temps pour honorer la venue du Tsar à Paris, c’est ce qu’on appel un coup médiatique non ?
Le roman est devenu légende, encore aujourd’hui le roman est très prisé par les russes. Et si vous doutez de l’exactitude des descriptions de Jules Verne, vous le pourriez car il n’a jamais mis un pied en Russie, voilà ce que dit Dominique Fernandez
« J’ai observé par la fenêtre du train ces montagnes, en comparant ce que je voyais avec les descriptions de Jules Verne. Celui-ci n’était jamais allé en Russie. Il soumit le manuscrit de Michel Strogoff à Tourgueniev, qui ne releva, paraît-il, qu’une seule erreur »
Et vous voudriez passer à côté de ce chef-d’oeuvre du roman d’aventures ? Ecoutez un extrait pour finir de vous convaincre
ou alors choisissez le DVD

la version qui a fait mon bonheur
Et pour les possesseurs de liseuse sur ce site vous pourrez télécharger l'oeuvre de Jules Verne
Le livre audio : lu par Antoine Blanquefort, Sandrine Briard, Eric Boucher, Victor Vestia- Editions SonoBook
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