22.02.2012
Marcel - Erwin Mortier
Taire ou dénoncer

On sait tous que la réaction devant des événements exceptionnels peut être très différente d’un homme à l’autre, d’un pays à l’autre. Il y a toujours ceux qui se taisent, collaborent et ceux qui dénoncent, se battent.
Je vous propose un roman qui pourrait porter en sous-titre : Quand on choisit le silence...........
La Flandre, un pays qui dans les années 70 vit encore sous le poids d’une histoire que beaucoup voudraient oublier.
Une ville flamande comme les autres, une maison qui « ressemblait à toutes les autres de la rue : plus très d’aplomb après deux siècles d’occupations, de tempêtes et de guerres ».
Une famille flamande presque comme les autres.
Le narrateur vit chez sa grand-mère, une maîtresse femme qui « a rarement tord », elle connaît tout le monde dans la ville, Andréa, elle occupe toute la place dans ce roman.
La vie s’écoule doucement « personne ne se déplaçait librement dans la maison. Chacun suivait le chemin de son habitude »
Dans une petite ville les langues vont bon train, quand Mademoiselle Veegaete, l’institutrice, vient pour renouveler sa garde robe, c’est l’effervescence car c’est une cliente privilégiée, on sort le service à liséré d’or, les magazines de mode. Ces jours là le narrateur voudrait « être une petite souris qui voit tout et n’oublie rien ».
Parfois on fait des visites « la grand-mère nous avait empaquetés, le grand-père et moi comme une cargaison vivante », l’occasion de découvrir de nouvelles photos : « Une multitude de visages d’hommes (...) Au dessus des têtes, une houle de bras levés »
Ce jour là le narrateur découvre qu’il ressemble à Marcel.
Le même Marcel qui trône dans la vitrine où la grand-mère aligne les photos de tous les morts de la famille. « Dans leurs cadres chic, pareils à de précieux carrosses ils paraissaient faire la queue à la douane ».
Une kyrielle de tantes, d’oncles, tous disparus. Chaque photo raconte une histoire. Andréa époussette les cadres avec soin, elle va entretenir leurs tombes au cimetière. Elle raconte sans se lasser l’histoire de chacun. Sauf pour Marcel, parce que,Marcel, si il y a bien sa photo dans la vitrine, il n’y a aucune tombe à fleurir au cimetière et personne ne connaît la date de sa mort.
L’enfant aime le grenier et tout ce qu’il y trouve, c’est sa curiosité qui va déclencher la tempête, quand pour un travail scolaire il se sert d’une lettre ornée d’un aigle magnifique...
Les héritiers !
Un roman court, sobre et habile pour restituer cette part de l’histoire longtemps cachée. Le monde de l’enfance est décrit avec virtuosité et est empreint de trendresse mais le passé que l’auteur explore à travers ce récit est marqué de sentiment de culpabilité.
Voici ce que dit l’auteur dans une interview :
« Marcel était pour moi l'occasion de m'exprimer en tant qu'arrière-petit-neveu d'un collaborateur mort en Russie, sur le front de l'Est. Âgés de vingt ans, mes grands-parents ont sympathisé avec les Allemands. Ce passé a marqué mon enfance, même si je suis né vingt ans après la fin de la guerre.» © La Libre Belgique 2003
La langue est superbe et la traduction a value à Marie Hooghe un prix bien mérité.
Si le sujet vous intéresse retrouvez chez JEA plusieurs articles ici et là
Le livre : Marcel - Erwin Mortier - Traduit du néerlandais (Flandres) par Marie Hooghe - Editions Fayard
L'auteur :
Né en 1965, en Belgique (Flandre), Erwin Mortier est écrivain, journaliste et historien d'art. Il est l'auteur deMarcel (Fayard, 2003, prix de traduction Amédée Pichot 2003), Ma deuxième peau (Fayard, 2004), Temps de pose(Fayard, 2005) et Les Dix Doigts des jours (Fayard, 2007), tous traduits du néerlandais par Marie Hooghe.
05:27 Publié dans Histoire, Littérature Néerlandaise et Flammande | Lien permanent | Commentaires (42) | Envoyer cette note
























































































































































































































































Trackbacks
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Commentaires
Écrit par : Aifelle | 22.02.2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 22.02.2012
Écrit par : keisha | 22.02.2012
Répondre à ce commentaireune découverte à faire
Écrit par : Dominique | 22.02.2012
J'ai lu Sommeil des dieux du même auteur.
J'avais été emballée.
Sans toi je ne serais peut-être pas revenue vers cet auteur,qui méritent pourtant qu'on lui accorde un peu de notre temps
La guerre est encore présente chez Ewin Mortier à ce que je vois.
Bonne journée sous le soleil je suppose
Écrit par : autour du puits | 22.02.2012
Répondre à ce commentairesi tu as aimé ce roman, lis "Marcel" je pense que tu ne seras pas déçuse
Il est sans doute un peu "habité" par la guerre mais ses antécédents familiaux y sont sans doute pour beaucoup
Écrit par : Dominique | 22.02.2012
Écrit par : kathel | 22.02.2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 22.02.2012
Écrit par : nadejda | 22.02.2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 22.02.2012
Ce passé trouble d'une partie de la population, ce présent si "actif" m'affectent fort, même si ma famille était wallonne...et moi bien loin.
Je ne connaissais pas cet auteur, grand merci donc.
Écrit par : colo | 22.02.2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 23.02.2012
Écrit par : Annie | 22.02.2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 23.02.2012
Merci pour vos liens avec quelques pages qui éclairent de très récentes tentatives visant à mettre sur pied d'égalité collaborateurs et résistants en Belgique. Essais de réhabilitation des premiers et de stigmatisation des seconds. Et ces éponges passées sur l'histoire pour ensuite la réécrire sont tenues par des mains flamandes. Extrémistes.
Si vous le permettez, je souhaiterais préciser que ces manœuvres politiques tendant à flatter un nationalisme flamand ne sont décrites chez moi que parce qu'elles empiètent sur l'histoire au point d'en devenir volontairement révisionnistes.
Dans ce roman, le personnage est jeune. Mort sur le front de l'Est. Qui le lit, est libre d'imaginer un catholique allant combattre le communisme pour sauver son église et sa civilisation européenne (selon l'un des slogans efficaces de l'époque). Soit un idéaliste, soit un jeune homme (la majorité est à 21 ans) influençable ou encore un garçon voulant tout simplement venir en aide matérielle à sa famille, les hypothèses ne manquent pas. Et non un nazillon se voulant plus SS que les SS allemands comme il y en eut, hélas, et qui massacrèrent à l'Est sans commune mesure avec les massacres par chez nous (exception faite d'Oradour...).
@ kathel, auriez-vous déjà lu "Le chagrin des Belges" ?
Écrit par : JEA | 22.02.2012
Répondre à ce commentairele héros qui comme vous le dites est jeune ne comprend pas tout événements du passé, j'ai aimé les interrogations de l'auteur, le regard qu'il porte sur les gens
Écrit par : Dominique | 23.02.2012
Il me semble que les secrets de famille et leurs histoires honteuses mis au jour dans des récits autobiographiques tournent toujours autour du pot. Elles ne facilitent pas la digestion et ne règlent pas grand chose. Pire, elles contribuent à stigmatiser toujours plus un passé et désigner des coupables quand elles devraient plutôt en comprendre les mécanismes afin, qui sait? d'éviter de les reproduire...
Écrit par : Sandrine L. | 22.02.2012
Répondre à ce commentairel'auteur est dans un récit qui raconte ce qui s'est passé, ce qu'il en comprend, il n'y a pas de portrait de monstre mais d'une famille ordinaire, c'est ce qui m'a le plus intéressé
Écrit par : Dominique | 23.02.2012
Écrit par : Tania | 22.02.2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 23.02.2012
Écrit par : Plumes d'Anges | 23.02.2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 23.02.2012
Écrit par : Margotte | 23.02.2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 24.02.2012
Luocine
Écrit par : luocine | 23.02.2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 24.02.2012
Écrit par : sable du temps | 24.02.2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 26.02.2012
Par curiosité, j'ai cherché les traces de mouvements de collaboration en Wallonie: il n'y en a pas peu !
Mon père, prisonnier évadé d'Allemagne, me parlait peu de cela, c'est pourtant à travers lui que vit pour moi l'occupation que je n'ai forcément pas connue.
Écrit par : Christw | 24.02.2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 26.02.2012
Écrit par : Dominique | 24.02.2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 26.02.2012
Écrit par : Mango | 24.02.2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 26.02.2012
Écrit par : Manu | 24.02.2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 26.02.2012
De Bruxelles. Une bise. Une fois. Quoi?...
Écrit par : Armando | 26.02.2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 26.02.2012
Écrit par : Lystig | 26.02.2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Lystig | 26.02.2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 26.02.2012
Je suis Wallone, mon mari d'origine flamande du côté paternel ( une famille bien belge ):-)
Écrit par : Pâques | 26.02.2012
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