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Littérature allemande - Page 2

  • Olga - Bernard Schlink

    Depuis Le Liseur j’ai lu un peu Bernard  Schlink mais sans jamais être totalement emportée.
    Avec ce roman j’ai retrouvé sa patte, un personnage hors norme et un récit très prenant.
    Le traducteur de ce roman est gage de qualité avant même la lecture.

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    Le Traducteur Bernard Lortholary

    Olga est née en Silésie mais la mort de ses parents l’envoie vivre chez une grand-mère en Poméranie. Rude changement. L’enfant refuse de se plier aux traditions locales, refuse de voir germaniser son prénom en Helga.

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    Rattachement d'une partie de la Silésie à L'Allemagne

    Elle va faire preuve partout et toujours de cette même détermination face à ceux qui prônent des études minimum pour une fille. La lecture lui sert d’exutoire et d’échappatoire.

    Contre vents et marées elle devient institutrice. Lorsqu’elle rencontre Herbert Schröder dont elle tombe amoureuse mais qui est issu d’une famille dans laquelle il est impensable d’admettre une petite orpheline pauvre.
    Olga fait face à ce refus des conventions. 

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    Ecole en Allemagne autour de 1914

    Mais l’amoureux n’est peut-être pas aussi amoureux qu’on pourrait le croire, il a envie d’aventure, de réussite, de gloire, d’héroïsme, ses rêves sont aussi ceux de l’Allemagne de l’époque.
    L' Afrique puis l’Arctique vont tour à tour servir ses rêves bien loin d’Olga qu’il retrouve pour de furtifs instants amoureux lors de ses permissions.
    Quand il disparait lors d’une expédition au Spitzberg, Olga, va tenter d’entamer une correspondance avec son amour lointain.

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    Spitzberg dans les années 30

    Olga est une insoumise de nature et elle va connaitre seule les deux guerres, le nazisme, elle va faire face, jamais elle n’abandonne la pensée d’Herbert dont l’amour irrigue toute sa vie. 
    Elle est et reste une femme observatrice, courageuse.

    Le roman est comme Le liseur un roman qui recèle une forme de secret que je vous laisse découvrir. L’émotion bien que distanciée par moment est présente un peu comme le feu sous la glace. Un roman qui m’a fait renouer avec l’auteur 

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    Le livre : Olga - Bernard Schlink - Traduit par Bernard Lortholary - Editions Gallimard

  • La maison allemande - Annette Hess

    1963 à Francfort.

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    Eva Bruhns va présenter Jürgen schoormann, son futur mari, à ses parents. 
    Jürgen est l’héritier d’une riche société de vente par correspondance, ce qui est curieux car son père a été interné en camps de concentration pour son appartenance …au parti communiste aujourd’hui le père est doucement atteint de démence sénile.

    La famille Bruhns est une famille simple, aimante, les trois frères et soeurs se chamaillent mais s’adorent. Leur restaurant marche bien mais il est situé dans la partie la moins sélecte de la ville ce qui donne des complexes à Eva. La fille ainée Annegret est infirmière et travaille auprès des nourrissons à l’hôpital, Eva, elle, est interprète.

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    Le Procès 1963

    Quelques jours avant noël Eva est convoquée pour traduire du polonais, il s’agit du témoignage d’un survivant du camp d’Auschwitz. En l’absence de tout autre interprète disponible on lui demande de participer au procès qui va se tenir à Francfort sous la responsabilité du procureur Fritz Bauer. 

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    Le Procureur Fritz Bauer

    Tout son entourage se ligue pour la pousser à refuser de participer à ce procès.
    Les arguments sont simples : il faut laisser le passé où il est, cela n’est pas convenable pour une jeune fille, Jürgen tente même de lui interdire de participer au procès en tant que futur époux. Vous avez dit droits de la femme ? Refus de se confronter au passé ?

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    Un film qui raconte la préparation du procès

    Eva va, après quelques hésitations, suivre son instinct et défier famille et fiancé. 
    C’est un choc pour la jeune fille qui ignore tout des atrocités nazis, ce procès va changer sa vie et changer aussi irrévocablement le pays tout entier en particulier la génération née après la guerre.

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    Roman basée sur le procès réel qui fut le premier initié et mené par les allemands eux-mêmes.
    Le procureur général de Hesse, Fritz Bauer avait voulu confronter le public allemand avec son passé, dénoncer les crimes et permettre aux victimes de faire entendre leur voix.

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    Moments de détente des officiers à Auschwitz 

    L’auteur propose des personnages qui personnifient parfaitement les réactions de la population lors de la tenue de ce procès. Colère, incompréhension, effarement et volonté farouche de laisser le passé loin derrière. 
    Une sensation d’oppression, d’étouffement poursuit le lecteur.
    Les personnages sont eux pleins de contradictions et d’impuissance.

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    A Francfort, en Allemagne, une performance artistique en hommage aux victimes du camp nazi de Katzbach,
    mortes lors d'une marche forcée vers les camps de Dachau et de Buchenwald.
    Photo Kai Pfaffenbach. Reuters
       

    C’est très réussi, Annette Hess est scénariste et ça se sent ( la série Berlin 56 par exemple) 
    L’alternance entre le déroulement du procès et la vie quotidienne est très bien rendue. 
    Eva stupéfaite par l’absence de remords et de honte des prévenus, par l’horreur des faits rapportés, va peu à peu s’émanciper, s’éloigner des opinions de son entourage et faire preuve d’indépendance. 

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    L'auteure et scénariste Annette Hess

    Un roman que j’ai beaucoup aimé où j’ai retrouvé l’émotion ressentie avec le film Le labyrinthe du silence, film que je vous recommande absolument et qui est centré sur la préparation de ce procès avec toutes les difficultés auxquelles le Procureur fut confronté.Un roman parfait pour que la jeune génération chez nous n’oublie pas le passé.

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    Le livre : La maison allemande  Annette Hess - Traduit par Stéphanie Lux - Editions Actes sud 

     

  • Quai du polar 2019 et ses noires trilogies

    J’ai décidé de fêter à ma manière le festival Quai du Polar. 
    Je dis à ma manière parce que très peu pour moi des queues interminables pour apercevoir un auteur et plus encore l’écouter parler. Foin de la foule qui se presse en masse pour acheter le dernier Connelly ou Bussy. 

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    Non je me suis plongée dans des eaux noires bien à l’abri, dans mon fauteuil mais je dois dire que j’ai malgré tout frissonné un rien.

    Je vous propose de faire connaissance avec deux flics, deux trilogies, deux pays et deux époques.
    Je me garde toujours un polar ou deux sous le coude pour les jours de disette : disette d’envie de lire, disette de livres à lire (euh ça c’est plus rare) voilà comment j’ai fait connaissance de l’Inspecteur Wisting et de Franck Stage.

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    Le passé en premier, Cay Rademacher nous transporte dans l’immédiat après-guerre à Hambourg. La ville a subi des bombardements pendant des mois, le décor est sinistre, tout est dévasté et le premier opus de la trilogie se passe en plein hiver par moins vingt degrés.

    Voilà le cadre est posé, le flic de service Franck Stage, après avoir montré patte blanche auprès des autorités anglaises, prouvé qu’il n’avait jamais été nazi, est en charge de la brigade criminelle. Sa femme est morte dans les bombardements et son fils engagé dans les SS, lui, a disparu. 

    Il est secondé, parce que les alliés sont moyennement confiants à cette époque, par un lieutenant de l’armée britannique Mac Donald et il peut aussi trouvé de l’aide auprès du procureur Erlich, un chasseur de nazis.

    Trois enquêtes donc très réussies. Le marché noir, la prostitution des enfants, la faim, la peur car ce fut l’Apocalypse à Hambourg :

    « Dans la tempête de feu de 1943, le goudron bouillait. Des femmes et des enfants qui fuyaient leur domicile en flammes y sont restés englués. Ils se sont débarrassés de leurs chaussures collées au bitume, se sont remis à courir, pour quelques enjambées seulement : leurs pieds nus se sont enfoncés jusqu’aux chevilles dans cette masse bouillonnante. Puis les flammes des incendies les ont rattrapés. »

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    Le binôme anglo-germanique fonctionne bien, le tableau de cette Allemagne à terre est juste, le temps est en quelque sorte suspendu mais les meurtres eux ne s’arrêtent pas et les conditions d’enquête sont très difficiles. Comme il se doit l’histoire personnelle du héros évolue aussi et l’on prend plaisir à suivre le parcours de cet homme qui tente de se relever, d’oublier, de vivre à nouveau. 

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    Le tableau n’est pas manichéen et l’auteur nous fait pénétrer dans les tréfonds d’une ville en décrépitude avec les bassesses, les faiblesses et parfois ici ou là un rien d’espoir. C’est très réussi. 

     

    D’un coup d’aile je vous transporte de nos jours en Norvège, ben oui Quai du polar cette année met les nordiques à l’honneur. 
    Question nordique on ne fait pas mieux avec l’inspecteur Wisting un veuf tranquille dont la fille Line partage la vie d’un mauvais garçon. 

    Nous sommes dans la Norvège qui est au top 5 des rêves pour réfugiés. Un pays magnifique …euh à part le climat, moi il me convient mais je vous prévient vous allez grelotter évidement.

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    beau mais frais

    Les enquêtes sont classiques mais pas fades du tout, on se prend au jeu facilement. J’ai lu les trois romans pffff dans la foulée.

    Le premier opus se passe sur une commune où notre inspecteur à un chalet, lieu magnifique mais qui va vite se transformer en scène de crime.
    La construction des trois enquêtes est habile, les personnages sont prenants et l’on finit vite par être captivé par l’énigme posée.

    Dans le second roman Wisting est mis en cause sur une ancienne enquête qu’il aurait bidouillé, my god ! Il va lui falloir se défendre en plongeant dans les archives aidé par sa fille Line qui j’avais oublié de vous le dire est journaliste d’investigation.

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    Scène de crime à la norvégienne

    Dans le troisième c’est une série de disparitions à quelques vingt années d’intervalle qui va faire peser sur la police une pression distillée par les médias.
    Jorn Lier Horst connait parfaitement le système, la police, les médias et la société norvégienne, il a été flic lui-même. Mine de rien il dénonce les dérives qu’elles soient policières ou médiatiques.

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    L'auteur

    Ne cherchez pas d’analyse trop psychologisante, c’es l’efficacité nordique qui est à l’oeuvre.
    J’ai marché pour les trois romans et il parait qu’en fait c’était le 8 ème roman de l’auteur, alors Gallimard a encore quelques titres à nous offrir. 

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    Les Livres de Cay Rademacher traduits par Georges Sturm - Editions du Masque

    1 L’orphelin des docks

    2 L’assassin des ruines

    3 Le faussaire de Hambourg

    Les livres de Jorn Lier Horst Traduits par Hélène Hervieu et Céline Romand Monnier- Editions Gallimard et folio

    1 Fermé pour l’hiver

    2 Les chiens de chasse

    3 L’usurpateur

  • Bribes de promenades

    Un visage rond d’enfant, comme divisé en son milieu par l’éclair, les joues teintées d’une légère rougeur, les yeux bleus, la moustache courte, d’un blond doré. Les tempes déjà grisonnantes. Le col cassé et la cravate de guingois.

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    Lorsqu’il aperçoit une auberge d’aspect engageant, une ferme cossue ou une église au clocher baroque en forme d’oignon, il tombe en arrêt et murmure : « Que c’est beau – que c’est charmant ! » Il est comme grisé par le paysage vallonné, par la paix solennelle du dimanche.

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    Le promeneur solitaire inspire à pleins poumons l’air limpide de l’hiver. 
    Et voilà que soudain, son cœur marque un temps d’arrêt.
    Le mort couché dans la neige, au pied de la pente, est un poète qu’enchantèrent l’hiver et la danse légère et joyeuse des flocons – un authentique poète qui nourrit en son cœur d’enfant la nostalgie d’un monde de silence, de pureté et d’amour : Robert Walser.

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    Le livre : Promenades avec Robert Walser - Karl Seelig - Editions Rivages

  • Une vie entière - Robert Seethaler

    Pour votre compagnon amateur de Ramuz et Giono

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    1933 au cœur des Alpes autrichiennes

    Andreas Egger orphelin est recueilli par un oncle, une brute qui le maltraite. Il gardera d’ailleurs des séquelles, il boitera toute sa vie

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    Andreas Egger appartient au monde des obscurs, des petites gens   il fait le dur travail de garçon de ferme jusqu’au démarrage du chantier du téléphérique. Là sa force, son application et son absence de peur du vide va lui permettre de gagner sa vie honnêtement.

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    Il est amoureux du travail bien fait.
    Un homme riche de tendresse et de délicatesse qui va faire la plus magnifique des demandes en mariage à Marie sa bien-aimée.

    Andreas est un taiseux, il n’a jamais crié sa joie, il s’est forgé un petit pécule de mots qu’il utilise avec parcimonie, il est dur au travail et dur à la douleur.
    Quand arrive la guerre il veut s’engager et sera finalement envoyé plus tard sur le front de l’est au Caucase.

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    La montagne réclame parfois son dû, les évènement aussi et il pourtant il survit  « à son enfance, à une avalanche et à la guerre ».

    Quand il rentre au pays celui ci a bien changé : « A son retour, à la place des croix gammées les géraniums ornent les fenêtres des maisons ».
    La montagne s’est ouverte aux touristes et il sera un peu  guide de montagne

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    Une vie d'homme faite de petits bonheurs et de grands malheurs, et pourtant jamais il ne désespère

    « Beaucoup de choses étaient restées inaccessibles ou lui avaient été arrachées à peine obtenues. Mais il était toujours là. Et dans les jours qui suivaient la première fonte des neiges, quand il traversait le matin le pré humide de rosée devant sa cabane et s’étendait sur une des dalles rocheuses qui le parsemaient, avec dans son dos la fraîcheur de la pierre et sur le visage les premiers chauds rayons de soleil, il avait l’impression qu’il ne s’en était tout de même pas si mal tiré. »

    Tout le vingtième siècle est là avec ses guerres, la fée électricité, l’installation des téléphériques qui vont rendre accessible la montagne, la télévision

    Un court roman qui enchantera un lecteur qui aime Ramuz ou Giono, les personnages simples et les destins particuliers.

    Une belle découverte et une bonne traduction et votre carte bleue vous dira merci

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    Le livre : Une vie entière - Robert Seethaler - Traduit par Elisabeth Landes - Editions Folio 

     

  • Bribes de Rilke

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    Que ce soit le chant d’une lampe ou bien la voix de la tempête, que ce soit le souffle du soir ou le gémissement de la mer, qui t’environne – toujours veille derrière toi une ample mélodie, tissée de mille voix, dans laquelle ton solo n’a sa place que de temps à autre.
    Savoir à quel moment c’est à toi d’attaquer, voilà le secret de ta solitude.

     

    Le livre : Notes sur la mélodie des choses - Rainer Maria Rilke - Traduit par Bernard Pautra - Editions Allia