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Littérature allemande - Page 2

  • L'affaire Collini - Ferdinand Von Schirach


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    Je guette régulièrement les parutions de littérature allemande car souvent j’ai eu de bonnes surprises. Je viens de tirer un bon numéro.

     

    Un auteur célèbre outre-Rhin, un roman brillant qui se lit comme un polar mais avec une précision documentaire, un roman à l’écriture d’une grande économie presque sèche mais ô combien efficace. 

     

    Comment vous en dire un peu mais pas trop ? 

    Un avocat débutant est commis d’office auprès d’un meurtrier, Fabrizio Collini. Il est soupçonné d’avoir assassiné sauvagement Hans Meyer un homme très connu et très respecté du milieu d’affaire. Très vite le jeune avocat s’interroge, ne devrait-il pas se récuser en raison de ses liens avec la famille de la victime ? En face de lui l’avocat de l’accusation est brillant mais rusé et retord. L’accusé reste muet et refuse même de répondre aux questions de son avocat. Pauvre maitre Leinen sa première affaire se présente mal. 

     

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    Un livre court et concis que j’ai littéralement dévoré mais qui demande immédiatement à ce qu’on relise certains passages pour bien s’assurer de notre compréhension.

    L’auteur est lui-même avocat et cela se sent. On ressort de là avec des questions sur la justice et son fonctionnement, sur notre responsabilité, sur celles des élus qui votent les lois.

    Ce roman a fait un tabac en Allemagne, je ne peux que lui souhaiter le même succès en France.

    L’auteur a publié une série de nouvelles que je vais m’empresser de lire.

     

    Voici ce qu'Eeguab dit des nouvelles : 

    Un très bon livre,signé de quelqu'un dont l'expérience technique évidente court au long d'un volume qui reste cependant un bel objet littéraire

     

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    Le livre : L’affaire Collini - Ferdinand Von Schirach - Traduit par Pierre Malherbet - Editions Gallimard 2014

     

    AVT_Ferdinand-von-Schirach_8465.jpgL'auteur 

  • Brûlures d'enfance - Ursula Hegi

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    « Un matin d’hiver de 1934. Imaginez le givre sur les vitres de cette école de village sur le Rhin, des fleurs laiteuses de givre. Imaginez le froid glacé sur les nuques des garçons dans la salle de classe de Fraülein Jansen. Ressentez leur effroi parce que c’est aujourd’hui le premier anniversaire de l’incendie qui a détruit le siège du parlement de Berlin, un incendie qui a roussi leurs rêves dans un whouch de jaune et de rouge, déchiqueté et rapide, si rapide qu’on dirait un fouet, comme un vent chaud, qui s’agrippe aux poutres jusqu’à ce qu’elles s’affaissent. »

     

    Depuis quelques mois le drapeau à croix gammée flotte sur les bâtiments officiels, le salut nazi est devenu une obligation.

    A Burgdorf l’institutrice Fraülein Jansen cherche comment permettre à ses élèves de s’exprimer sur le sujet sans débordement, sans en faire une commémoration car elle ne doute pas vraiment du côté « fabriqué » de l’évènement. 

    Elle est consciencieuse la petite institutrice,Thekla, elle veut bien faire, elle veut plaire aux parents, elle a mal vécu la mise à l’écart des enfants juifs et aussi de l’institutrice qui l’a précédée Fraülein Siderova. Elle va devoir remplir son ahnenpass puisque c’est obligatoire.

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    ahnenpass 

     

    Cela l’attriste mais pas au point de s’insurger, pas au point de montrer son désarroi. Et puis parmi les familles il y a des nazis convaincus et parmi les enfants de la classe plusieurs sont inscrits aux Jeunesse Hitlériennes et elle est prête à soutenir Bruno Stostick dont les parents s’oppose à son adhésion.

    Faire la classe devient un casse-tête : il y a tous les auteurs interdits, utiliser les cartes murales devient un tour de passe passe car l’Allemagne n’y apparait pas à la même échelle que les autres nations !

    Autour d’elle la peur s’est installée mais Thekla ne veut rien voir.

    Chaque élève apprend par cœur le poème de Hitler à sa mère

    « Un mauvais poète, se dit Thekla. Il a échoué en tant que peintre. Il a essayé d’écrire un opéra car il voulait être un autre Wagner. Et maintenant ces rimes bourratives qui n’auraient jamais trouvé place dans l’anthologie d’Echtermeyer. En art, le sentimentalisme n’est pas seulement insincère mais impardonnable. » mais elle obéit.

    Les enfants jouent le rôle de sentinelle partout, à l’école, chez eux et n’hésitent pas à dénoncer leurs parents pour prouver leur courage, à mettre à sac la bibliothèque qu’ils aimaient, quoi de plus malléable qu’un enfant ? 

    Pourtant une petite musique résonne au fond de Thékla par la voix d’Henri Heine « là où l’on brûle des livres on finira par brûler des gens »

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    Autodafé perpétré par les étudiants de l'Université de Berlin, les 10 et 11 mai 1933

    Archives fédérales allemandes

    L’écriture est simple comme une rédaction enfantine, le rythme est lent mais s’accélère au fur et à mesure que la peur monte. 

    Le ton volontairement uniforme de l’auteur est là pour nous rappeler que les discours peuvent apparaitre comme lénifiants, parfois endormir notre vigilance, il est souvent plus facile de jouer les naïfs et de suivre le troupeau, mais aussi qu’à vouloir être trop obéissant il arrive que le destin vous rattrape. 

    Son ami communiste tente de l’alerter mais c’est son ancienne institutrice, exclue pour cause de judéité, celle dont elle a pris la place, qui va lui ouvrir les yeux.

    Je ne vous dis rien volontairement de plusieurs évènements, ressorts même du récit alors chut .....

     

    Vous pouvez retrouver des récits très proches avec le livre d’Erika Mann ou celui d’Erik Larson ou encore le livre si émouvant d'Anna Seghers

     

     

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    Le livre : Brûlures d’enfance - Ursula Hegi - Traduit par Guillaume Villeneuve - Editions Galaade Version numérique 2012

     

    hegi_ursula-by_gordon_gagliano.jpgL’auteur : Née en 1946 en République Fédérale d’Allemagne, Ursula Hegi passe sa jeunesse dans une petite ville près de Düsseldorf. Elle a dix-huit ans lorsqu’elle part pour les États-Unis. Elle étudie l’écriture à l’Université du New Hampshire, puis enseigne à la Eastern Washington University pendant quinze ans.

    Après avoir d’abord consacré son écriture à des histoires situées aux États-Unis, elle se met à écrire sur l’Allemagne dans une réflexion sur le passé de son pays d’origine pendant la Seconde Guerre mondiale. Critique littéraire pour le New York Times, le Los Angeles Times et le Washington Post, Ursula Hegi a reçu, depuis la parution de son premier roman Intuitions en 1981, de nombreux prix littéraires, notamment le Prix des lecteurs du Livre de Poche en 2010 pour Trudi la naine (Galaade, 2007). Brûlures d’enfance est son deuxième livre traduit en français.

    Elle vit actuellement près de New York. (source l’éditeur Galaade)

  • La Corde - Stefan aus dem Siepen


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    Je n’ai pas lu de littérature allemande depuis quelques temps. Aujourd’hui je vous propose un roman qui a connu un vrai succès en Allemagne.

    Un roman qui m’a totalement envoûté et que j’ai lu d’une traite, il faut dire qu’il est court (150 pages).

     

    Dans un village en bordure d’une forêt profonde, à la veille des moissons, la découverte par Bernhardt d’une corde dont il n’a jamais vu la pareille. Le lendemain soumis à la curiosité du village il tente de voir d’où vient la corde mais sans succès .

    « La corde est longue ! croyez-moi ! j’ai fait un bon bout de chemin, mais je n’ai pas trouvé l’autre extrémité ».

     

    L’envie de savoir gagne peu à peu le village, oubliant les moissons les hommes décident de pénétrer dans la forêt pour en avoir le coeur net. 

    « Plus d’une douzaine d’hommes, sac plein de provisions sur l’épaule, couteau de chasse et outre d’eau en cuir à la taille,étaient rassemblés, impatients, prêts au départ, étreignant leurs femmes d’un geste distrait. »

     

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    La durée de cette incursion dans la forêt prévue pour la journée, passe à deux puis trois journées.

    Les femmes inquiètent guettent le retour des hommes à l’orée de la forêt

    « Une lune gris pâle se leva au-dessus des arbres, indifférente. Sachant pourtant que leurs maris ne reviendraient plus ce soir-là, les femmes trouvèrent réconfortant de patienter encore un petit moment ».

     

    Une communauté villageoise en proie à l’obsession, à une curiosité irrépressible qui lui fait tout oublier. Un groupe sensible à une parole habile, séductrice, véhiculée par l’instituteur Rauk qui a trouvé là le plaisir de prendre une revanche sur des paysans plus ou moins incultes. C’est un peu le joueur de flûte du conte.

    Le groupe doit trouver assez vite de quoi se nourrir et est en proie aux tentations communes à tous les hommes : rancune, colère, envie. La violence n’est pas loin. Certains vont choisir de faire demi-tour.

     

     

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    « Rauk se leva de sa place et, ce qui le fit paraitre plus chétif encore, se plaça devant le tronc épais du tilleul afin de pouvoir embrasser du regard ses compagnons assis.»

     

    Un roman très habile qui porte sur les obsessions humaines, sur « l’avidité et la folie des hommes »

    Impossible de fermer le livre, on est comme le groupe obsédé par cette corde, curieux nous aussi de la suite et inquiet que le retour à la normalité soit impossible.

    Interroger sur un parallèle avec la montée du nazisme l’auteur dit non ce n’est pas ce qu’il a voulu même si certains mécanismes à l’oeuvre dans le roman aient pu être ceux utilisés par les nazis.

    La traduction est parfaite et fait ressortir une belle langue, riche, fine, expressive, recherchée.

     

    Une belle parabole que je vous invite à découvrir.

     

     

    Le Livre : La Corde - Stefan aus dem spielen - Traduit par Jean Marie Argelès - Editions Ecriture

     

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    Stefan de la Siepen | © DTV / Bernd Schumacher

     

    L'auteur : Travaille au ministère des Affaires Etrangères. Il a été en poste à Moscou, à Shanghai. 

  • La Splendeur de la vie - Michael Kumpfuüller

    L'amour à mort

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                                          Dora Diamant

    J’ai dans ma bibliothèque le journal et les romans de Kafka. Autant le dire, j’aime le journal mais je suis toujours restée imperméable à ses romans 
    Ce roman m’a attiré car il apporte un éclairage sur l’écrivain sans être une vraie biographie.

     

    Ici nous abordons aux rivages de la fin de vie de l'écrivain. Malade, tuberculeux, lors d’un séjour au bord la Baltique, nous sommes à l’été 1923, il fait connaissance avec Dora Diamant, elle est immédiatement séduite par le Docteur, comme elle l’appelle, il a quarante ans et elle vingt cinq mais qu’importe. Il va mourir de tuberculose dans les mois qui suivent. Ils décident de vivre ensemble à Berlin

    C’est la grande dépression, pas facile de se loger et de vivre et les déménagements seront nombreux. L’antisémitisme montre le bout de son nez. Kafka se remet à l’écriture de nouvelles et de temps à autre Max Brod passe prendre ses écrits pour les faire publier. Il écoute Dora pour qui les traditions juives tiennent une place dans sa vie, elle la « juive de l’est » comme l’apelera la mère de Kafka. Elle sagement écoute ses amis, assiste à des représentations théâtrales, lit ce que Franz Kafka lui donne à lire.

    Elle le nourrit, l’apaise, le rassure sans poser beaucoup de conditions est là lorsque son souffle se fait court. Elle est la mère, la femme, l’amante, l’infirmière. L’argent manque mais c’est le bonheur. Quant la maladie rattrape Kafka, quand il ne peut plus respirer, plus avaler, il faut partir à la recherche d’un sanatorium et l’on est un peu transporté chez Hans Castorp sur la Montagne magique de Thomas Mann.

     

     

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                                         une page du journal 

     

    L’auteur nous propose un kafka amoureux mais toujours sous l’emprise de sa famille. Toujours accablé par le mépris de son père, par la sévérité des ses proches. 

    Dora, elle, est la femme un peu soumise mais follement amoureuse, prête à tout par amour, par abnégation.

    Dès la première rencontre on devine que la fin est proche. Kafka souffre de solitude et pourtant pas question pour lui de retourner à Prague au sein de sa famille.

     

    Aujourd’hui pas la moindre trace de cet amour car la famille de Kafka et peut être Dora elle-même ont fait disparaitre les lettres échangées.

    L’auteur s’est donc inspiré de la vie de Kafka, avec intelligence et sensibilité il parvient à nous restituer ces derniers mois de la vie de l’écrivain. Une magnifique histoire d’amour un peu sombre mais magnifier par Dora Diamant prête à tout donner, tout accepter. 

     

    Eeguab parle lui de lecture "précieuse et vivace" 

     

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    Le livre : La splendeur de la vie - Michael Kumpfmüller - Traduit de l'allemand par Bernard Kreiss - Editions Albin Michel 

     

  • Une matinée chez le libraire - Carl Jacob Burckardt

    Liber, libraire, librairie........

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    Sur le thème de la librairie voici un petit livre que j’ai toujours gardé car il me réjouit.

     

    Imaginez deux amis flânant dans les rayons d’un bouquiniste, une vieille vieille librairie « Une boutique étroite et obscure où les livres s’entassaient des deux côtés, jusqu’au plafond. Ils occupaient aussi les longues tables branlantes et recouvraient le sol dans les coins. » 

     

    Le libraire « un petit homme âgé » s’approche à regrets car il a été contraint d’abandonné sa lecture.

    Là commence une conversation qui passe de Ronsard à Nietzsche, on vilipende Malherbe, le temps de s’extasier sur Racine et le libraire finit par poser la question : Qui êtes-vous ? 

    Et la réponse simple du client :  un poète allemand.

     

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                      Rainer Maria Rilke  © dessin de Christian Serrano

     

    Et voilà qu’arrive un autre client. Quelle guigne, mais non simplement la conversation s’élargie.

    Alors c’est l’effervescence et l’on saute allègrement de Villon à La Fontaine, Valéry et Hölderlin. On évalue les qualités des traductions.

    Parfois il y a dissension entre le poète, le libraire et le nouvel arrivant et cela donne lieu à des échanges enflammés. On finit pas se retrouver autour d’une poularde et d’une bouteille de champagne

    Un poète qui n'est autre que Rainer Maria Rilke, un historien, Monsieur Augustin le libraire et Lucien Herr bibliothécaire de l’Ecole Normale supérieure ……C’était dans le Paris de 1924. 

     

    Le livre de Carl Jacob Burckhardt a un charme certain et un peu suranné. Ce texte est complété par des « Souvenirs de Rainer Maria Rilke » 

     

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    Le livre : Une matinée chez le libraire - Carl Jacob Burckhardt - Editions l’Anabase 1994

  • La douceur de la vie - Paulus Hochgatterer

    Le voyage d’hiver 

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    Une si jolie petite ville

    Après deux romans décevants j'ai lu ce livre avec délectation et lenteur. 

    Le roman s’ouvre classiquement sur le crime odieux d’un vieil homme à qui son meurtrier a quasiment supprimé le visage avec une rage et une haine rares. Près du corps sa petite fille Catherine une enfant de six ou sept ans que la découverte a rendu mutique et qui garde enfermés dans sa main, deux petits objets comme si sa vie en dépendait.

    Nous sommes à Furth en Basse Autriche une petite ville comme les autres avec son lac, son hôpital et son église, une ville figée, repliée sur elle-même. 


    Le commissaire Louis Kovacs est chargé de l’enquête, privé de son témoin oculaire il fait appel à Raffael Horn le psychiatre local qui va tenter sortir Catherine de sa sidération.

    Le récit va osciller sur un rythme lancinant de métronome entre ces deux hommes et le prêtre de la petite communauté. 

    Récit polyphonique sur fond de préparatifs de Noël et d’odeur d’encens.

    Nous sommes invités à déplacer notre regard et à observer les différents personnages sous plusieurs angles, l’invitation est faite avec une grande subtilité et joue sur nos nerfs de façon extrêmement efficace. 

    Le flic cherche des indices, interroge, le psy explore la fragilité et les zones d’ombre des hommes. Tous les personnages secondaires ont de l’épaisseur et l'auteur prend le temps de nous les présenter, de nous faire entrer dans leur intimité, de nous dire ce qu’ils aiment, ce qui les inquiète, ils ont eux aussi leur mot à dire.

    Je suis très discrète sur l’intrigue que je vous laisse découvrir.
    Ce livre est une étude sociale autant qu’un polar, le récit est construit très intelligemment, il fait par petites touches monter un sentiment d’inquiétude. Un critique allemand le compare à « des chocolats empoisonnés ». Un portrait en profondeur et sans concession de la société autrichienne qui nous dit qu’il ne faut pas se fier au charme des paysages de montagne.

     

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    Paul Hochgatterer est psychiatre et a rencontré déjà un vrai succès en Autriche et en Allemagne, il y a donc d’autres titres à venir, c’est ce que je j’espère du moins.

     

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    Le Livre : La douceur de la vie - Paulus Hochgatter - Quidam Editeur  2012

    Grand prix de littérature policière allemande en 2007.
    Prix de Littérature de l’Union Européenne en 2009.