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A sauts et à gambades - Page 200

  • Berthe au grand pied - Martina Kempff

    En remontant les siècles : an 741

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    Bertrade ou Berthe de Laon dite Berthe au Grand Pied
    Le jardin du Luxembourg - Paris - France

    Amateurs de romans historiques vous avez tapé à la bonne porte!
    Avant l’an mil les rois occupaient les chroniques qui se transmettaient de bouche à oreille, viols, mariages, adultères étaient (déjà) très à la mode.
    Saviez vous que la mère du grand Charlemagne eut une jeunesse quelque peu aventureuse. Mais au fait la mère de Charlemagne vous la remettez ? Berthe ! Berthe au grand pied.
    D’ailleurs ce n’est pas vraiment son nom, si on veut être exact c’est de Bertrade de Laon qu’il va s’agir ici.
    En plein VIII ème  siècle, au temps des maires du palais, des luttes fratricides pour le pouvoir.

    Sa voie est toute tracée, elle doit épouser Pépin le Bref, les unions de l’époque avaient peu avoir avec les sentiments mais tout à voir avec le tracé des frontières, l’accroissement des domaines, le maintien ou la naissance des dynasties.



    C’est à ce moment qu’intervient Martina Kempff.
    Bertrade à qui l’on a promis qu’elle serait un jour « épouse et mère de rois » est pour le moment victime d’un complot ourdi par Liutberga sa sœur de lait. Evincée, contrainte de prendre la fuite, Bertrade trouve refuge auprès de Bertrade l’Ancienne son aïeule. Elle vit à ses côtés à l’abbaye de Prüm.

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    Abbaye de Prüm dans le Palatinat allemand

    Le roman nous raconte sa survie auprès des plus humbles où elle va apprendre l'art de guérisseuse, son parcours de l’abbaye au lit de Pépin le Bref, sa conquête du pouvoir. Son ambition est non seulement de reconquérir sa place mais de faire couronner Pépin roi des Francs. Elle a appris auprès de son aïeule à diriger une abbaye, elle va mettre son savoir au service de la couronne.

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    Sacre de Pépin le Bref par le pape Etienne III à Saint Denis, François DUBOIS

    Musée National du château et des Trianons de Versailles.

    L’époque est rude, trahisons, batailles, meurtres, luttes fratricides, négociations diplomatique, la dynastie carolingienne est en train de naître, l’Empire d’occident prend forme.
    Un roman très réussi qui allie la savoir faire de conteuse de Martina Kempff et la réalité historique dont l’auteur remplit les blancs avec une grande habileté.
    Bertrade apparaît comme une femme avide de pouvoir et pleine d’amour pour ses enfants, sachant faire preuve de diplomatie, de ruse et douée d’une vitalité extraordinaire. Discutant d’égal à égal avec les rois ou les papes, participant aux tractations politiques de l’époque.
    Quel portrait attachant et flamboyant de cette femme qui fut sans doute une grande reine.

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    Martina Kempff tient le pari d’allier histoire et roman de la plus belle façon qui soit; elle a publié plusieurs autres romans historiques, j’espère que les éditions Actes Sud  nous donnerons les traductions.

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    Le Livre : Berthe au grand pied - Martina Kempff -  Traduit de l'allemand par Claude-Cyrille Laurent - Editions Actes Sud

    L’auteur : Martina Kempff, journaliste allemande, a publié son premier roman historique en 1988. Depuis elle a publié de nombreux romans historiques dont des policiers.   


  • Le Concile des maudits - Peter Tremayne

    En remontant les siècles  an 670, an 741, an 1394...............

     

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    Dans la série des bons polars historiques cela vaut la peine de faire connaissance avec soeur Fidelma et frère Eadulf.
    Un couple marié au temps où l’Eglise n’avait pas encore imposé le célibat ! Ces deux là s’aiment, sont complices, et appliquent la loi de l’égalité des sexes, avouez qu’ils ont tout pour être sympathiques !
    Un polar qui se situe avant que le Vatican soit le Vatican , à l’époque où les différentes Eglises tentaient de garder une indépendance vis à vis de Rome.

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    En 670 un concile se prépare à Autun, tous les chefs des Eglises européennes et particulièrement les représentants des Eglises Celtiques (déjà l’Europe) doivent se réunir et débattre de grands problèmes théologiques.

    Nos deux héros sont invités en Bourgogne comme conseillers juridiques.
    Les chefs des délégations n’en sont pas moins des hommes aussi la première journée est-elle  marquée par des conflits, jeux d’influence, inimitié, deux représentants en viennent aux mains. Sacrés moines !
    Le lendemain c’est un meurtre qui est commis, doublé de la disparition curieuse d’une femme de la congrégation.

    Soeur Fidelma a déjà joué le rôle d’enquêtrice auprès d’un évêque présent à Autun, aussi le couple se voit-il confier la mission de trouver le meurtrier. Pour se faire on leur attribue un statut particulier car dans ce monastère hommes et femmes sont séparés selon les nouvelles règles imposées par Rome.

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    Quand l'Eglise se rassemble

    L’intrigue va de rebondissement en rebondissement, disparitions mystérieuses, poison, portes déroblées, souterrains, tout y est pour rester accrocher à la robe de bure de Fidelma qui est pleine d’audace et sait faire entendre sa voix dans un monde d’hommes.
    Le récit est fidèle à une certaine réalité historique et vous découvrirez comment le célibat des religieux devint à la mode.
    Je n’avais jamais lu Peter Tremayne et je me suis bien amusée.

    Tout savoir sur Fidelma (site en VO)

    Le livre : Le concile des maudits - Peter Tremayne - Traduit par Hélène Prouteau -  Editions 10 /18

  • Cent poèmes - Thomas Hardy

    Cent poèmes  Thomas Hardy épisode 4

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    Tout le monde connaît l’écrivain mais beaucoup moins le poète, faute de traduction disponible sans doute.
    La parution de cette anthologie bilingue datant de 2008 est venue à point.
    Les deux traducteurs sont enseignants en Suisse et c’est un éditeur Suisse qui permet cette parution.
    Dans l’introduction les traducteurs font la longue liste des admirateurs du poète :  Virginia Woolf, D.H. Lawrence, W.H. Auden, Ted Hughes, Philip Larkin, Seamus Heaney, certains d’entre eux le considère comme un modèle.

    Le poète plein d’empathie pour les expériences humaines, se fait chantre universel de l’homme, de ses rêves, des sa sensibilité.
    On retrouve dans les poèmes des thèmes abordés dans les romans : généalogie, mémoire, tourment de l’homme révolté,  et tout l’amour de Thomas Hardy pour les landes et les forêts, les animaux "Les plus humbles créatures de Dieu! Eux connaissent des secrets de la Terre que moi, je ne connais pas"
    Ils sont nombreux chez Thomas Hardy " Un faucheux, un papillon de nuit et un scarabée" ce sont des invités permanents " Mes hôtes barbouillent la ligne que je viens d’écrire"

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    Thomas Hardy et sa seconde femme Florence

     

    Des poèmes  hommages :  à son éditeur Leslie Stephen (père de Virginia Woolf) , à « La poussière de l’alouette que Shelley entendit » poème hommage à Gibbon dont il admire l’oeuvre.
    Poèmes influencés par les poètes antiques, Ovide, Horace...

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    La Voie Romaine s’avance droite et nue,
    A travers la lande. Et des hommes pensifs
    Opposent son Aujourd’hui à son Jadis


    Sa femme Emma est à la source de plusieurs écrits celle qui « Ouvrit pour moi la route du Romanesque » et très souvent le thème de la maison où vivre :

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    Je veux bâtir un manoir sans tarder.
    Et l’orner de deux tourterelles,
    Et d’un large escalier à pilastres,
    Et d’un puits frais pour de l’eau cristalline;
    Oui je vais bâtir un manoir sans tarder,
    Planter des rosiers qui nourrirons l’amour,
    Et des pommiers et des poiriers.


    Les poèmes sont classés par thèmes : jeunesse, guerre, la mort, la méditation ....
    L’anthologie est enrichie de repères biographiques et d’un cahier de photographies des lieux habités par Thomas Hardy et pour les amateurs le livre est accompagné d’un CD proposant une sélection de poèmes bilingues.

    Le livre : Cent poèmes - Thomas Hardy - Choisis et traduits par Eric Christen et Françoise Baud - Editions de L’Aire

  • Loin de la foule déchainée - Thomas Hardy

    Autour d'un auteur  Thomas Hardy Episode 4

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  • Le Maire de Casterbridge - Thomas Hardy

    Autour de Thomas Hardy - Episode 3  

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    Le roman s’ouvre sur une scène ignoble, la vente d’un être humain, Michael Henchard imbibé de rhum vend aux enchères sa femme Susan et sa fille Elizabeth-Jane, les enchères sont emportées par un marin de passage.
    Vingt ans plus tard nous retrouvons Michael Henchard, devenu un riche propriétaire,  il vit à Casterbridge une bourgade du Wessex dont il est le maire et dont les administrés ignorent évidemment tout de son passé.
    Susan est à la recherche de Henchard, Newson son mari a disparu en mer, découvrant la fulgurante élévation sociale de celui qui jadis l’a vendue, elle va tentée de se rapprocher de cet homme qui peut assurer une vie confortable à sa fille.

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     Le film hélas unisquement en anglais

    Henchard a cherché toutes ces années à retrouver femme et fille, le remords l’a hanté et il a fait serment de ne plus boire, ses recherches étaient restées vaines.
    Dans le même temps un personnage fait son apparition : Donald Farfrae, régisseur de Henchard. L’intrigue se complique ensuite et je ne veux pas déflorer l’histoire en révélant trop de détails.

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                                                      La campagne anglaise chère à Thomas Hardy

    Mes lectures de jeunesse de Thomas Hardy m'avaient laissé un souvenir de romans noirs et douloureux, j’ai retrouvé ici un peu les mêmes sensations.
    Les personnages sont les jouets du destin, leurs faiblesses, leurs erreurs sont toujours portées dans la colonne débit mais hélas pour eux la colonne crédit reste desespèrement vide.
    Les tentatives de réparer une faute, de changer de vie, sont vouées irrémédiablement à l’échec. Le ressentiment, la jalousie, la colère et l’égoïsme dominent le récit.
    Les rebondissements nous emportent inexorablement vers le drame.

     Le livre : Le Maire de Casterbridge - Thomas Hardy - Traduit de l’anglais par Philippe Neel Editions Sillage

  • Les Forestiers - Thomas Hardy

    Forêts et landes d'Angleterre Thomas Hardy épisode 2

     

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    Pendant longtemps Thomas Hardy pour moi c’était Tess d’Uberville et Jude l’obscur, les rééditions de son oeuvre offrent l’occasion d’élargir la lecture.
    Encore et toujours Hardy nous emporte au plus près de la nature, ici dans le village de Little Hintock dans une région de forêts et de landes.
    Grace Melbury vient de finir son éducation et revient au village, son père, un simple marchand de bois s’est enrichi et a voulu le meilleur pour elle,  il souhaite lui voir épouser Giles Winterbone  forestier comme lui et envers qui il se sent redevable. Mais la rencontre des deux jeunes gens ne se passe pas comme prévu

    « Comme elle lui souhaitait le bonjour, Grace eut des paroles et des regards un peu contraints, et cela s’expliquait sans doute. Car Giles Winterborne, tout soigné et distingué qu’il était pour un villageois, ne laissait pas de paraître un peu paysan à côté d’elle. »

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     Ce pourrait être une maison de Little Hintock
    Cottage de Thomas Hardy

    Malgré les engagements pris, M Melbury doit se rendre à l’évidence, il ne peut que constater la métamorphose  de sa fille, elle  mérite mieux qu’un bûcheron. Giles Winterbone est de plus accablé par le sort car il perd sa ferme et se retrouve donc sans toit. Il ne voit pas proche de lui Marty Stout jeune ouvrière qui « ne pouvait prétendre à la beauté, sauf toutefois par ses cheveux » amoureuse de lui en silence.
    Grace aspire à une autre vie, une vie qui ressemble à celle de Mme Charmond la châtelaine du pays, celle-ci est frivole, honteusement coquette mais Grace est séduite.

    C’est l’arrivée dans le village d’un nouveau médecin qui va précipiter les événement. Le Dr Edred Fitzpiers a tout pour séduire les jeunes filles, il est beau, galant, ambitieux, il a le profil du séducteur sans scrupules, du coureur de jupons, mais M Melbury flatté qu’un médecin entre dans sa famille, Grace éblouie par un avenir forcément radieux, voient en lui le gendre et le mari idéal.

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    New Forest (England)


    Non vous n’êtes pas dans la collection Harlequin, car ce thème mille fois rebattu, presque mièvre, Thomas Hardy en fait un roman magnifique, déchirant, dont le romantisme apparent est vite balayé par un réalisme noir.
    La volonté d’élévation sociale, les conventions qui enferment les individus dans des mariages ratés, le mépris attaché à l’origine sociale de l’individu, la fatalité qui s’acharne sur les plus humbles, là est le coeur du roman.
    L’analyse psychologique est fine, nuancée et sombre. Il y a dans le roman des moments tout à fait poignants, le sacrifice de sa chevelure par Marty Stout, les regrets ressentis par Grace pour son aveuglement, les efforts désespérés de Giles pour préserver Grace du déshonneur.
    Ce qui rend le livre très attachant c’est aussi la vision de la nature de Thomas Hardy il sait l’accorder à la tonalité du récit :

    « Les hiboux avaient attrapé des souris dans les granges, les lapins qui avaient rongé les choux du jardin, les belettes qui avaient sucé le sang des lapins, découvrant que leurs voisins les hommes commençaient à s’agiter, se retirèrent discrètement de la scène, invisibles et cois en attendant la nuit. »

    La nature est métaphore du destin des hommes:

    « Sur des arbres plus vieux encore poussaient des champignons comme d’énorme verrues. Ici, comme partout ailleurs, s’avérait d’une façon aussi évidente que dans les taudis populeux de nos villes cette impuissance universelle qui caractérise le monde : les feuilles étaient déformées, les courbles malvenues, le galbe imparfait : le lichen rongeait la vigueur de la branche, le lierre étranglais lentement le jeune arbre plein de sève. »

    Laissez vous séduire par Thomas Hardy et ne vous contentez pas de mon avis, voilà ce qu’en dit André Gide
    « Hardy n’a rien écrit de plus intelligent, de plus ému, de plus parfait. C’est une perle sans défaut, d’un orient incomparable. »
     

    Le livre - Les Forestiers - Thomas Hardy - Traduit de l’anglais par Antoinette Six - Editions Phébus Libretto