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A sauts et à gambades - Page 187

  • La Déesse des petites victoires - Yannick Grannec

    Adversité du génie

     

    Quand la difficulté d’être au monde devient force, devient atout.                         

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    Bon commençons au début, Anna Roth est documentaliste, mais pas n’importe où, à Princeton grâce à papa maman qui ont oeuvré pour lui procurer cet emploi persuadés qu’ils sont que leur fille est incapable de se débrouiller seule.

    Anna est chargée d’une mission bien ingrate, tenter de récupérer les écrits, les documents personnels ayant appartenus à Kurt Gödel le grand mathématicien. Jusqu’à ce jour sa veuve, Adèle, s’est refusée à laisser quiconque voir ou lire le Nachlass archives personnelles du savant.

     

    La vieille dame va user et abuser de la patience d’Anna Roth, acariâtre, moqueuse, vulgaire même par moment, elle lasserait la patience d’une sainte, mais bientôt des liens particuliers vont se tisser, la vieille dame va prendre doucement plaisir à leurs échanges.

    Anna offre une présence, une oreille attentive et bienveillante, Adèle de son côté va réveiller Anna en lui donnant le goût de faire face à l’existence et de s’ouvrir aux sentiments.

     

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    Elle va nous transporter dans la Vienne des années trente, celle qui chasse le juif, le savant, l’écrivain, la ville où un homme de culture, un scientifique, un savant tombe amoureux d’Adèle une petite danseuse de revue. 

    Cela pourrait avoir des allures de conte de fées mais c’est sans compter le pied de nez de l’adversité.

    Kurt Gödel, cet homme brillant, génial qui publie à 25 ans  le théorème d’incomplétude, cet homme est aussi paranoïaque, anorexique, en proie à des hallucinations, et sous la coupe de sa famille à qui il n’ose présenter Adèle.

     

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                             Pour en savoir plus c'est ici

     

    Adversité encore lorsque Kurt Gödel tombe malade, lorsque la chasse aux savants le pousse à quitter l’ Autriche et à partir en Amérique. Adèle la fidèle l’accompagne, elle va être son pilier, son soutien, sa femme et son infirmière tout au long des années à Princeton. 

    Elle qui va recevoir ses collègues, ah les dîners avec Einstein, Oppenheimer ou Pauli ! , elle qui va l’aider à obtenir la nationalité américaine,  elle qui renonce pour lui à la maternité. 

     

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       « Je ne vais à mon bureau que pour avoir le privilège de rentrer à pied avec Kurt Gödel » Albert Einstein

     

    Elle a payé le prix fort mais son amour était immense à la taille du génie de Kurt Gödel.

    Adèle est bien la déesse des petites victoires, son combat au quotidien pour porter  son fou de mari est extraordinaire et s’appuie sur une capacité à donner tout à fait exceptionnelle.

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    Premier roman étonnant, passionnant, d’une grande maîtrise narrative, bourré de détails qui rendent le récit d’une crédibilité totale.

    Dieu sait que les mathématiques et moi c’est un peu l’huile et l’eau mais là j’ai avancé tout du long avec bonheur.

     

    L’avis de Pierre Assouline

     

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                               © photo Bruno Charroy /Anne Carrière

     

    Le Livre : La déesse des petites victoires - Yannick Grannec - Editions Anne Carrière

     

     

  • La Survivance - Claudie Hunzinger

    Adversité : Survivre quand tout fou le camp 

    Depuis quelques semaines quand je remplis un formulaire je dois cocher une nouvelle case, de salariée je suis passée à retraitée, c’est certainement ce qui m’a fait vibrer à la lecture de La Survivance.

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    " Nous l'avions peuplée de nos dieux à nous "

    Certes ils ont l’âge de la retraite mais ce n’est pas par choix que Jenny et Sils ferment leur librairie, non c’est plutôt un truc du genre coup du sort, adversité, faillite si vous préférez.

    Le moment où il ne vous reste que les dettes, où vous n’avez même plus de toit car la librairie était aussi logis et les libraires sont rarement des riches imposés à 75% !

    « Qu’est-ce que tu fais de ta vie au moment où la société te lâche pour te balancer à la rue ? » et bien il faut vider les lieux, faire les cartons avec les livres qui échappent aux huissiers, rassembler chienne, l’ânesse Avanie au nom prédestiné et se tourner vers d’autres cieux.

     

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    "Imperturbable Avanie avançait"

    La montagne n’est pas loin et là une maison leur appartient, la Survivance, dans le Brézouard « montagne des merveilles »  C’est le gîte assuré, pour le reste on verra.

    Une maison ? plutôt une ruine à 1000 mètre d’altitude car en la regardant bien on remarque tout de suite « Un trou béant dans sa toiture, l’air d’avoir été fendue d’un coup de hache, en deux.» 
    L'eau de la source pas de facteur ni d'électricité.

    Il va falloir se faire charpentier, menuisier, maçon, Sils « était devenu un bloc d’énergie »  Il allait falloir s’inventer une nouvelle vie.  

    Les années communes ont tissé une complicité forte car c’était maintenant une « vie de pionniers », tenter de vivre en autarcie, cueillette, potager et frugalité. le mot confort est à rayer du vocabulaire, un coq et des poules sont venus tenir compagnie à l’ânesse et à la chienne Betty.

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    Printemps, été, c’est possible mais tiendront ils l’hiver venu ?
    L’hiver est long et dur dans les Vosges, Sils a fait du bûcheronnage et il y a les livres fidèles compagnons « On a du bois, des livres, du riz, beaucoup de riz…». Il faut apprendre à vivre « violemment ». 

    Les cerfs magnifiques observés de loin doivent être chassés quand ils s’en prennent au potager. Quand rien ne va plus, Jenny, comme on se défait d’un bijou de prix, vend un livre rare ce qui permet de prolonger un peu la survie.

     

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                             Brézouard " montagne des merveilles"

     
    Quelle belle lecture, Cathulu à raison c’est un livre à ranger sur le rayon des indispensables. Il transforme l’adversité en une rude mais belle expérience. Hymne à la lecture, à la littérature, à la nature. On ne peut s’empêcher de fredonner la chanson de Brel en les regardant vivre.

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    En voyant le nom de Claudie Hunzinger ma mémoire s’est mise à carburer à cent à l’heure.....mais oui c’est l’auteur de Bambois la vie verte, ce livre qui m’a tant fait rêver dans les années soixante dix. En lisant Claudie Hunzinger j’ai eu l’impression d’un seul coup d’enjamber les années. 

     

    merci à Cathulu sans elle je serai passée à côté de ce livre

     

    Le livre : La Survivance - Claudie Hunzinger - Editions Grasset 

     
  • Le Dernier lapon - Olivier Truc

    Adversité du peuple sam 

     

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                Laponie qui chevauche les frontières © Pascal Belion

     

    Certains l’ont appelé le pays du Père Noël, quelle ironie pour parler d’un pays où le noir dure plusieurs mois, où un partie de la population est encore aujourd’hui à part

    Quel plaisir que l’auteur de ce polar ait réussi à montrer cet aspect de la Laponie tout en nous réjouissant avec un roman extra.

     

    Pfft sautez directement l’automne et vous voilà en plein hiver à Kautokeino dans la toundra, le jour où le soleil va réapparaître et les hommes récupérer leur ombre.

     

    Klemet Nango et sa coéquipière Nina Nansen n’ont pas vraiment le temps d’admirer ce retour du soleil car ils ont à gérer à la fois le vol au centre culturel de la ville d’un tambour de chaman, un objet de valeur mais plus que cela, un symbole de la civilisation sami, et le meurtre d’un vieux lapon éleveur de rennes.

     

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    Klemet et Nina appartiennent à la police des rennes, l’un est expérimenté et d’origine lapone, l’autre une jeune femme tout juste sortie de l’école de police, ils vont devoir faire preuve d’obstination, de doigté, d’autorité pour résoudre ces deux affaires qui se révèlent liées entre elles.

    L’enquête s’oriente vers les éleveurs dont les querelles autour de la propriété des troupeaux sont permanentes. Berit une femme malmenée par le sort et qui est la seule témoin du vol, en sait-elle plus qu’elle ne veut bien le dire ? 

     

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    Sami : le peuple éleveur de rennes 

    Vous voilà plongé en pleine nuit polaire et je vous assure que vous ne lâcherez pas ce polar !

    Tout y est : des héros superbes comme Aslak le lapon qui refuse la modernité, qui vit comme ses ancêtres et protège sa femme atteinte de folie, un chanteur de Joïks, chants traditionnels qui disent la joie ou le malheur du peuple sam et un vieux savant français 

    compagnon de Paul-Emile Victor pas moins !!!

     

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                La transhumance encadrée par ...des motoneiges

     

    Tout est excellent dans ce polar, l’atmosphère, les personnages, les paysages. 

    C’est écrit de façon très efficace, d’une plume bien vigoureuse, il faut ça pour se réchauffer ! On apprend des tas de choses sur la culture sami et les enjeux économiques de cette région qui chevauche les frontières. On est loin du piège à touristes et des rennes du Père Noël. Une réussite.

     

    L'avis sur le blog Le sang noir est tout aussi positif

     

    Le livre : Le dernier lapon - Olivier Truc - Editions Métaillié 

     

     

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    L’auteur :

    Olivier Truc est journaliste depuis 1986, il vit à Stockholm depuis 1994 où il est le correspondant du Monde et du Point, après avoir travaillé à Libération. Spécialiste des pays baltes, il est aussi documentariste pour la radio et la télévision. (l’éditeur)

  • Appalaches - André Pronovost

     Equipée sauvage à l'est 

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    " La nature reprenait la Sixième symphonie de Beethoven. Les papillons fôlatraient d'une primevère à l'autre, animant les vieux prés de leur vol vif et farfelu."

     

    Depuis longtemps j’avais envie de vous parler d’un livre dont j’ai conservé un très vif souvenir. D’un coup d’un seul nous voilà à l’est des US en compagnie d’André Pronovost sur l’Appalachian Trail 

    Cette longue très longue randonnée dans les Appalaches fait partie de ma bibliothèque depuis 1992, le livre était introuvable mais a été réédité en 2011.

     

    Qu’est-ce qui pousse quelqu’un à parcourir sac au dos 3500 kilomètres à travers 13 états américains, de la Géorgie du sud au Maine plutôt nordique ? 

     

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     "De Springer Mountain en Géorgie, à Katahdin dans le Maine"

    Pour André Pronovost c’est  une peine de coeur mais plus que cela un mal de vivre «  J’avais besoin de me retrouver, de passer à autre chose, et que le diable emporte le reste !  » dit-il.

    Le chemin va le changer « Ce sentier digne de l'époque des pionniers, qui renonce aux compromis d'une siècle au bout de son rouleau, et qui remonte sans faire de bruit le subconscient de l'Amérique. ».
    Les 4 mois passés sur l’Appachian Trail vont se transformer en une expérience personnelle irremplaçable.

    Des péripéties il y en a à foison, rien que la météo donne de quoi jaser pendant des pages,  en quatre mois c’est un vrai calendrier météorologique qui défile : pluie, neige, grêle, tempête, chaleur, boue, moustiques ... 

    « Le vent donnait des coups de balai. Les teintes du sentier étaient celles de mes rêves. Ce fut en blasphémant et en glissant dans la gadoue, et en comptant ces putains de milles, que je passai le lac Sunfish, ses grisailles et ses outardes. »

     

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    Ne pas oublier que, qui dit sentier, dit balisage, ce qui implique inévitablement de se perdre, de faire de savants demi-tours, de rater le gîte tant convoité. 

    Une faune très présente aussi, de l’ours dont la rencontre est redoutée aux bestioles qui perturbent les nuits du randonneurs.

    Particularité du sentier des Appalaches, il est difficile d’accès d’où des problèmes de ravitaillement récurrents mais qui valent aussi à André Pronovost quelques unes de ses plus belles rencontres. Car s’il est seul la plupart du temps, des amis viennent faire un bout du parcours avec lui, quelques miles, quelques jours, il rencontre des hommes et des femmes qui viennent dresser un tableau de l’Amérique de ces années là.

     

    La vie de l’auteur fut changée par l’Appalachian Trail, un chemin à la saveur unique mais qui n'empêche pas une belle lucidité « La personnalité des États-Unis va des abysses de la folie aux sommets de la bonté, des moussons du lamentable au soleil du merveilleux, du dédoublement narcissique à l'amour oblatif.» Voilà c’est dit, amoureux mais pas naïf. 

    C’est un journal de route riche, coloré, au vocabulaire est plein d’expressions québecoises est très réjouissantes.

     

    Un autre livre raconte cette même randonnée avec aux manettes Bill Bryson, vous pouvez lire tout le bien qu' en pense Cathe ou Keisha il m'a plu mais sans doute un peu par nostalgie je continue de préférer André Pronovost. 

    Le chemin en VO 

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    Le livre : Appalaches - André Pronovost - Editions Boréal 1992 ou XYZ Editions 2011

    L’auteur Né à Saint-Vincent-de-Paul, au nord de Montréal, André Pronovost possède une maîtrise en psychologie animale. II a publié un recueil de poèmes et cinq romans.

    En 1978, il a parcouru d'un bout à l'autre, seul, le sentier des Appalaches

     

  • Célébrations de la nature - John Muir

    L'équipée sauvage de John Muir

     

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    Son biographe dit de lui « il allie la sûreté scientifique du jugement à une expression poétique qui donne à ses écrits un charme singulier. »

     

    John Muir car c’est de lui qu’il s’agit, est un des pères de l’écologie et de la protection de l’environnement, mais avant tout un amoureux de la nature, un observateur hors pair et un homme de plume qui sait communiquer son admiration, son émotion devant la nature avec un grand N.

    John Muir n’a publié que très peu de livres de son vivant, la plupart des éditions datent d’après sa mort.

    Si il a écrit très peu de livres, il a publié beaucoup d’articles qui représentent l’essentiel de son oeuvre.

     

    Ce recueil est une sorte d’inventaire savoureux et magnifique, ses randonnées en montagne, les paysages, la faune et la flore, tout est objet d’admiration. Il faut dire qu’il a échappé à la mort lors d’un accident et son regard change de ce jour là son admiration devient de la dévotion car dit-il « Avec l’âge, les sources de plaisir se ferment l’une après l’autre, mais celles de la Nature ne se tarissent jamais. » 

     

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    C’est l’ouest américain qui est son terrain de jeux et en particulier les Rocheuses. La plupart du temps ses randonnées sont solitaires, parfois dangereuses car la nature n’épargne personne et un orage peut se transformer en catastrophe 

    C’est un homme qui marche léger, peu pou pas de vivres, les nuits à la belle étoile enroulé dans une couverture, pas de tente, pas ou peu de cartes.

    On le suit dans ses promenades de géologue, dans la découverte du Yellowstone où « Mille merveilles proclament  : regarde en haut, en bas et tout autour de toi », on le suit lors de ses vagabondages dans ce « cher vieux pays des merveilles ».

    Lisez son article sur l’écureuil de Douglas et sa « force de caractère » le mouton sauvage ou le cincle « petit bonhomme singulièrement allègre » qui donne des leçons de courage car il « vocalise en toute saison, même dans la tempête  »

     

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                   « Sauvez ce qui reste encore des forêts » John Muir 1897 NPS photo

     

    Bref de séisme en orage, d’avalanches en tempêtes de neige, du Yosemite au Grand Canyon du Colorado,  John Muir célèbre les beautés de la nature sans mots inutiles, simplement, sobrement mais avec une belle intensité car pour lui c’est oeuvre divine.

    Lisez les 17 textes, odes à la nature ou textes engagés de ce militant de la préservation des forêts, des rivières qui  fut à l’origine de la création des premiers parcs naturels et en particulier le Yosemite et le Sequoia park

     

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    Yosemite National park   © Mary Lundin photographe

    « Quelqu’un a dit un jour que  le Grand Canyon pourrait glisser douze Yosemite dans sa poche de gilet » 

     

    Ses randonnées étaient quête spirituelle et pour nous elles sont une leçon de nature car il avait fait de ses régions « son domicile, son quartier général. Il passait l’été et l’automne à explorer les montagnes ; l’hiver à reprendre ses notes, à étudier tempêtes et avalanches ainsi que les mœurs des oiseaux et d’autres animaux. Durant ses plus longues randonnées, quand les dernières miettes de pain étaient épuisées, il redescendait jusqu’au point le plus rapproché de la zone de possible ravitaillement et remplissait son sac, avant de se volatiliser à nouveau dans la nature  » (John Swett biographe de J Muir)

     

    John Muir chez " en lisant en voyageant "  ou chez Mango

     

    Le livre : célébrations de la nature - John Muir - Traduit par André Fayot - Editions José Corti

  • Journal des canyons - Arnaud Devillard

    L'équipée sauvage au fond des canyons

     

    Si il y a un lieu qui m’a fait rêver depuis l’enfance c’est bien l’Arizona, Monument valley ou le grand Canyon, j’ai toujours aimé les westerns, les films sur l’ouest américain et leurs paysages. Outre les récits d’Edward Abbey, j’ai lu il y a quelques années le journal de John Wesley Powell qui fut le premier à descendre le Colorado pour le goût de l’aventure mais aussi pour le cartographier.

    Des risques incensés pris par un groupe d’hommes à bord de bateaux en bois, partis avec 3 mois de vivres !! 

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    Les pionniers 

    Ce livre m'avait étonné d’autant que Powell s’y révélait très respectueux de la nature et, plus rare à l’époque, des tribus indiennes rencontrées  qui l’aidèrent à terminer son parcours.

    Ce livre publié en 1995 chez Actes Sud n’est plus disponible mais si vous êtes anglophones vous pouvez le télécharger sur vos ebooks   ou encore en MP3

     

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    « Avec la chevauchée fantastique, John Ford remet à la mode le western et fait de Monument Valley un mythe de cinéma »

     

    Tout ce préambule pour vous expliquer que j’ai sauté sur le livre d’Arnaud Devillard qui est parti avec sa compagne sur les traces d’Edward Abbey « Quarante ans après Désert solitaire » et a pendant tout son périple tenu un journal où très simplement il nous raconte ses journées.

     

    Il y met de belles doses d’humour et de rage qui font très bon ménage.

    Je saute allègrement son étape New-Yorkaise et je le rattrape dans sa voiture de loc sur les routes de l’Arizona vers l’Ouest mythique, brûlant sous le soleil mais à l’abri dans un énorme 4x4 climatisé « le genre d’engin que nous n’avons pas arrêté de critiquer »avoue-t-il, mais fournaise oblige.

     

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                                          Tout est balisé 

     

    Et commence ce qui va devenir un rituel :  l’entrée dans un parc national où un ranger vous remet « la liste des sentiers de randonnée avec description et niveau de difficulté  »  trouver un place pour la voiture, acheter un pique-nique à la supérette et ... suivre le flot des touristes. 

    Car comme l’avait prévu Edward Abbey « les parcs nationaux sont devenus des parc d’attractions, des centres commerciaux » et les visiteurs se sont multipliés

    « En 1956, le parc des canyons accueillait 30.000 visiteurs par an. Déjà la foule pour Edward Abbey. Aujourd’hui, Arch Canyon attire entre… 900.000 et 1 millions de touristes !"     

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    « C’est John Wesley Powell qui donne son nom au lac formé par le barrage du Glen Canyon »

     

    Mais voilà nos deux touristes ne perdent ni le moral ni le sens de l’humour et le programme est énorme : Le lac Powell, le désert Moab, Bryce Canyon, Monument Valley et bien sûr le Grand Canyon 

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    « Le Grand Canyon, balafre géante sur la face du monde »

     

    Ils sont en permanence partagés entre, l’admiration totale devant les paysages grandioses ou « Tout est trop grand » un « Désert de poussière gris-rose » un « Océan de grès rouge » et la colère devant les complexes hôteliers, les autoroutes du tourisme et leurs embouteillages, les hordes de touristes en tongs et canettes de coca là où il faut chaussures, sac à dos et litres d’eau !! 

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    Bryce Canyon « Tout autour, à perte de vue, le désert rouge, des dômes, des bosses et des arêtes sur un plateau tordu comme un tôle sortie d’un brasier »

     

    Pourtant jamais ils n’oublient qu’ils font eux aussi partie de cette horde,

    « foule acceptée, accueillie avec nécessité par les autorités pour remplir les caisses et rentabiliser les investissements. Tout cela au détriment de la nature, réduite à l’état de pur produit marketing, déclinée en produits de merchandising dans les boutiques de souvenirs. »

     

    Partez avec Arnaud Devillard à la poursuite d’Edward Abbey, de John Muir et des westerns de votre enfance, c’est un livre sympathique et réjouissant.

     

    Je dédie ce billet à Eeguab l'amoureux fou des US de sa littérature et de ses films

     

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    Le livre : Journal des canyons - Arnaud Devillard - Editions Le Mot et le Reste  2012