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A sauts et à gambades - Page 187

  • En mémoire de la forêt - Charles T Powers

    Chers Voisins : le retour du passé

     

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    « Il sera question d’un village polonais, de péripéties locales, de corruptions mineurs en vue de profits douteux, de châtiment et de pardon, d’un passé que l’on respecte ou que l’on redoute »

    Attention on est chez Sonatine donc tout commence par un meurtre, celui de Tomek Powierza, eh oui autant vous habituer tout de suite aux noms car nous sommes en Pologne « vieux pays de la vieille Europe »

    Leszek est son ami, ils habitent un village, un gros bourg du nom de Jadowia, le corps de Tomek est retrouvé dans la forêt, le crâne enfoncé. Il n’était pas clair Tomek mais de là à le tuer ! Leszek veut en avoir le coeur net et va mener sa petite enquête.

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                              Dans la forêt profond

     

    Nous sommes quelques années après la chute du communisme, plus personne n’a peur de rien et  les magouilles vont bon train. 

    Mais il est toujours difficile de faire table rase du passé, et à l’occasion de ce meurtre et de l’enquête qui va suivre, les secrets enfouis vont ressortir au grand jour. Vous savez il y a toujours un voisin qui s’en ait mis plein les poches grâce au Parti, l’autre s’est enrichi avec des marchés publics truqués.....Vous avez l’impression d’être en pays de connaissance ? on se demande pourquoi !

     

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                       attention au charme trompeur

     

    Charles T Powers prend son temps pour installer son intrigue, pas question de nous livrer un polar clé en main, il y va à l’économie. Cette lenteur fait monter doucement la tension, les personnages se dessinent peu à peu : petits truands, paysans matois, élus prévaricateurs, bref une commune comme les autres, sauf que.....nous sommes en Pologne et pendant la dernière guerre des événements ont eu lieu ici dont personne n’a très envie de souvenir. 

    Leszek est obstiné et va gratter là où ça fait mal et il va aller de surprise en surprise. 

     

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                      Que sont ces voisin devenus ?

     

    Rien de tel qu’un village pour garder un secret, on dénoncerait bien le voisin mais ce serait se dénoncer soi-même alors ...

    C’est un polar qui n’entre pas dans la catégorie des romans haletants, le récit est sombre, c’est la mémoire qui domine, la mémoire d’un pays où il ne fut pas toujours facile d’être un bon voisin !!!

     

    L'avis d'Aifelle : Un excellent roman, à la fois distrayant, instructif et très bien écrit.

     

    Le Livre : En mémoire de la forêt - Charles T Powers - Traduit par Clément Baude - Editions Sonatine

     

  • La Peur -L'antisémitisme en Pologne après Auschwitz - Jan T Gross

    Chers voisins : quand ils se font bourreaux

     

    Un sujet grave et diffcile, celui de l’antisémitisme en Pologne après la Seconde Guerre mondiale. La Pologne a perdu 90% de sa population juive et rares sont les survivants qui sont revenus se réinstaller dans leur pays d’origine. Quand ils reviennent ils sont accueillis non seulement froidement mais avec une réelle animosité. 

    Ces personnes qui viennent de passer des mois en camps de concentration ou en exil en URSS, qui ont pour la plupart perdu toute leur famille, sont à nouveau victime d’antisémitisme.

     

    Et l’incroyable se produit, alors que chaque famille polonaise eût à souffrir de l’occupation nazie, une hostilité se manifeste à l’égard des juifs survivants. 

    Il va y avoir plus de juifs tués après la fin de la guerre qu’avant celle-ci. Des pogroms eurent lieu dans plusieurs villes, presque en toute impunité. Ce qui paraît impossible et impensable a pourtant lieu. Il y eut sans doute plus d’un millier de victimes dans tout le pays.

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               La ville de Kielce aujourd'hui

     

    Lorsque l’on cherche les causes de ce déferlement de violence la première raison invoquée est un soi-disant soutien apporté par les juifs au communistes lors de l’invasion d’une partie de la Pologne par l’URSS en 1939.

    Cette explication est largement insuffisante  « Il est surprenant que les tenants de cette explication, prompts à dénoncer l’accueil chaleureux que les Juifs réservèrent prétendument aux Soviétiques en 1939, n’évoquent jamais la joie que manifesta une frange de la population lors de l’arrivée des nazis, dans l’est du pays, en 1941… »

     

    Jan Gross pense qu’une « des racines fondamentales du conflit entre les Polonais et les Juifs après la guerre, était l’appropriation illégale de biens appartenant à des Juifs pendant la guerre. »

    Un peu partout des pillages avaient eu lieu lors de la déportation des familles juives, vols et pillages souvent perpétrés par ....leurs voisins. Des polonais occupèrent les appartements et des maisons des Juifs Polonais déportés, certains même passèrent de spectateur à délateur auprès des autorités nazies.

    Après guerre des questions se posaient « qui s’était enrichi au dépens des juifs et dans quelles proportions ? » d’ailleurs l’administration n’avait pas été en reste dans cette main mise sur des biens juifs.

     

    En juillet 1946 à Kielce un jeune garçon de 8 ans fugue pour aller rejoindre des amis à quelques kilomètres, il rentre le soir même à son domicile mais le lendemain le père porte plainte accusant les juifs d’être à l’origine de l’enlèvement de son fils.

    La foule se rassemble, un homme juif est suspecté, des immeubles sont perquisitionnés sans rien trouver et tout dégénère.

    La foule s’arme de barre de fer, de pierres, des juifs sont défenestrés, des coups de feu sont tirés.

     

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               Les victimes

     

    Les personnes hospitalisées ont peur de représailles et craignent une attaque de l’hôpital par la foule.

    « Tout au long de la journée, dans toute la ville, des hommes en uniforme, des soldats, des policiers, des scouts des cheminots, poursuivirent, agressèrent, frappèrent et tuèrent des Juifs »

    Le Parti communiste avait tout à gagner aux dissensions entres les communautés, le PC local suggéra après le pogrom que « l’on crée une institution pour faciliter le départ des Juifs de Pologne »

     

     

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                     Les blessés 

     

    L’Eglise catholique quant à elle ne trouva pas nécessaire de s’adresser à ses fidèles par une lettre pastorale et en réponse à 9 journalistes étrangers qui l’interrogeait, le Cardinal Hlond précisa « J’ai enquêté sur les faits et je n’ai pas découvert d’éléments justifiant la publication d’une lettre ». Plus tard il y eu une condamnation vague pour les « violences » commises, sans pour autant parler de pogrom ou de juifs.L’Eglise ferma les yeux une nouvelle fois.

    Pas d’éléments ?  43 personnes furent tués ce jour là à Kielce.

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                      La population juive après le pogrom

     

    Jan Gross livre une étude extrêmement précise et détaillée du pogrom de Kielce qui eût lieu le 4 juillet 1946 et d’une façon générale de la vague de violence qui se produisit, des réactions officielles, des mesures prises ou plutôt l’absences de mesures. 

    C’est un livre d’historien, tout est passé au crible, les documents policiers de l’époque, les enregistrements des témoignages, les interrogatoires des polonais spectateurs ou acteurs. Il montre les réactions de toutes les instances. : administration, Parti Communiste Eglise catholique, justice.  « Là où il devrait y avoir une culpabilité et une honte absolues il n’y a qu’un silence gêné »

     

    115926.jpgJan Gross est américano-polonais ce qui lui donne une crédibilité certaine. Il fut la cible de procès en Pologne pour diffamation et incitation à la violence ! Les charges furent finalement abandonnées.

    Il a publié un livre qui porte pour titre Les Voisins, porte sur les réactions du village Jedwabne dans lequel en 1941, les Polonais, inspirés par les Allemands, ont brûlé des centaines de juifs. 

     

    Pour moi un livre utile « Un livre écrit avec passion par un auteur engagé » qui a le mérite d’informer sur des faits passés sous silence. Comme dans de nombreux pays occupés, comme en France, comme dans les Pays Baltes, il est bon que des livres comme celui-ci paraissent. Ce n’est pas en niant le passé que l’on peut en éviter le retour. Ce n’est pas en niant l’antisémitisme qu’on le fera disparaître.

     

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    Le livre : La peur - L’antisémitisme en Pologne après Auschwitz - Jan T Gross - Editions Calmann-Lévy

     

  • Le frémissement de la grâce - Jean Christian Petitfils

    Anniversaire 

     

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    J’avais promis hommage ET anniversaire donc passons à l’épisode 2

     

    Il y’a cent ans Henri Fournier publiait le Grand Meaulnes sous le pseudonyme d’Alain-Fournier. 

    Convenez que ça se fête ça !! 

    Le roman unique, le roman d’une vie, l’auteur d’un seul roman mort avant d’avoir pu connaître son apothéose.

     

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    Le grand amour d'Alain-Fournier

    Quand j’ai croisé chez le libraire cette biographie, dont le titre superbe est emprunté à Alain-Fournier, je me suis précipitée. Si vous attendez de moi un conseil, c’est vite vu : je vous invite à relire le Grand Meaulnes et à laisser de côté cette biographie. 

    Non qu’elle soit mal écrite ou pas documentée, non, c’est plutôt que je n’ai rien appris de vraiment important. J’aime que les biographies m’aident à mieux comprendre les oeuvres de l’auteur, à m’immiscer dans sa vie pour en suivre les méandres.

    Ici j’ai appris des choses, oui, mais des détails, on sait tous que l’héroïne du roman est aussi le grand amour d’Alain-Fournier, qu’il a transposé dans son oeuvre  « l'ineffable nostalgie d'un amour impossible »

    On sait aussi que l’école qu’il décrit dans les premières pages du roman c’est celle où ses parents ont vécu et travaillé.

     

     

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    Enfin personne n'ignore sa fin dans les premières semaines de la Grande Guerre

     

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    Certes on a quelques informations sur l’enfantement du roman, sur la vie d’Henri Fournier dans les années qui précédent, mais sa vie de l’époque, ses relations dans le milieu littéraire sont largement plus intéressantes au travers de sa correspondance avec Jacques Rivière son ami et beau-frère.

    Si vous voulez retrouver celle qui illumina la vie de l’auteur, si vous voulez retrouver le chemin du domaine découvert par Augustin Meaulnes : lisez-le , relisez-le ou écoutez le roman et faites l’impasse sur cette biographie.

     

    Le site du Grand Meaulnes

     

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    Les livres : Le frémissemnt de la grâce - Jean-Christian Petitfils - Editions Fayard

    Choisissez plutôt : Une amitié d'autrefois - lettes choisies - Gallimard folio

    ou le livre audio lu par Yves Belluardo 

  • L'automne d'un poète : Jean Mambrino

    L’automne du poète 

     

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    Jean Mambrino vient de mourir et cette nouvelle m’a touché. J'ai appris en lisant les articles qui lui sont consacrés sur internet, que cet homme était jésuite, j’ai cru tombé de ma chaise, un poète membre de la Compagnie de Jésus ! surprenant.

    Sa poésie est sans doute empreinte des signes de sa foi mais je ne connais mal sa poésie, je connais mieux le passeur, le chroniqueur littéraire, le guide indispensable pour vous faire faire un voyage parmi les écrivains, les poètes qui parlent à son âme et qui je vous l’assure parleront aussi à la vôtre.

     

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                                      ©(CIRIC / Stéphane Ouzounoff)

     

     

    J’ai deux livres de Jean Mambrino dans ma bibliothèques et ce sont deux parcours superbes.

     

    Lire comme on se souvient est le plus ancien. Il date de 2000 est un recueil d’articles courts sur des écrivains de tous les pays, certains très célèbres comme Karen Blixen, Ray Bradbury ou Jean Giono, d’autres plus confidentiels qui furent de réelles découvertes pour moi comme Gustav Janouch ou Walter Pater.

    Dans la préface Jean-Pierre Sicre dit joliment qu’« il n’est pas beaucoup de livres dont on ait, dès la première approche, le sentiment qu’ils sont là pour rendre les gens heureux » . Je souscris totalement à ce sentiment à la lecture de Jean Mambrino, il n’est pas besoin d’être un grand connaisseur de la littérature, les textes sur chaque auteur sont courts mais pleins de sucs, ils les a lus, relus, il en a fait son miel et à son tour il nous transmet son savoir, son plaisir.

    A son propos Claude Roy disait qu’il réconciliait réflexion et émotion. 

    Avec lui vous aurez rendez vous avec Kawabata, Jünger, Pa Kin ou Jorge Amado. 

     

    Le second volume La Patrie de l'âme est du même ordre mais là les parcours proposés sont moins nombreux et plus denses. Il rend visite à une vingtaine d’écrivains et poètes du XXème siècle, on y trouve Proust bien entendu, Canetti et Nikos kazantzakis, Simone Weil ou Joseph Brodsky

    Je ne choisirai pas entre ces deux livres, je les ai lus tous les deux avec bonheur, relus et feuilletés très souvent 

    Il me reste à découvrir le poète, en attendant voici quelques extraits pour vous mettre en appétit.

     

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    A propos de Rilke 

    « Valéry disait de Rilke après sa mort : « Ses yeux très beaux voyaient ce que je ne voyais pas ». Lui qui fut le poète même de la solitude, il est devenu l’ami innombrable de tous ceux qui ne succombent pas au tintamarre du siècle, unissant l’amour du monde et l’intériorité du coeur. »

     

    A propos de Le Clézio

    « Lire ces histoires qui ne racontent rien d’autre que les merveilles de l’Univers, c’est comme respirer dans le droit fil du vent, au coeur d’une large colonne de brise se déplaçant avec la pensée. C’est comme boire une eau si glacée et si pure qu’on ne sait plus entre les paumes et dans la gorge, si elle est lourde ou légère. »

     

    A propos d’Adalbert Stifter 

    « Un beau vieux livre, d’une lenteur profonde où remuent les songes. Un livre musical et tragique dont la douleur ultime laisse poindre une incompréhensible et tremblante lumière, à l’instant même où elle décline et disparaît. »

     

    A propos de Jules Supervielle

    « Il a fait un pacte avec le silence. Il est de connivence avec lui. Il pourrait faire sien le mot magnifique de Léon Bloy  « Le silence est ma patrie » .

     

    A propos de la poésie de Joseph Brodsky

    « Toutes les réalités du monde et de la vie, les minuscules, les grandioses, les mesquines, les sordides comme les plus sacrées, et les pays de la planète, les terres du soleil ou du froid, et les vieux âges au fond des brumes dorées de la mémoire, sont ainsi par bribes rassemblées. »

     

    Les deux livres sont édités chez Phébus 

  • Neige - Maxence Fermine

    Soleil levant : paysages de neige 

     

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    J’ai annoncé trois livres et hop je vous en offre un de plus, pour le plaisir, pour peupler vos voyages ou vos nuits de personnages superbes.

    Je sais, je sais, vous êtes nombreux à avoir lu Neige, vous l’avez aimé ça j’en suis certaine, et peut être comme moi l’avez vous offert autour de vous.

     

    Alors pourquoi ne pas l’écouter ? 

    Vous retrouverez Yuko et l’île d’Hokkaido, les haïkus, la poésie et la neige qui inspire les peintres japonais

     

     

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    Un conte magnifique tout en finesse, épuré comme un Haïku, éblouissant comme la neige et tout en équilibre sur un fil mince qui menace de se rompre à chaque instant.

    Roman d’initiation plein d’élégance qui trace des portraits délicats, raffinés mais où la violence n’est jamais absente.

    Une vision du monde pleine d’harmonie et de beauté mais aussi de douleur, la voix du lecteur est parfaite et vous emporte au pays de Neige et de Flocon, auprès des poètes et des peintres.

     

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    « Ecrire, c’est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d’un poème, d’une œuvre, d’une histoire couchée sur un papier de soie. »

     

    Et si la Blancheur immaculée vous tente allez la découvrir chez Plume d'Anges 

     

    Le livre audio : Neige - Maxence Fermine - Lu par Marc Hamon - Editions Le livre qui parle

  • Les Chemins de Sata - Alan Booth

    Soleil levant du Cap Soya au Cap Sata


    Il y a plusieurs Japon, celui de Fukushima, celui de Hokusaï, celui de Shei Shonagon, celui des usines Sony, celui des geishas….

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                                                   ou celui d'Hiroshige

     

    Partir cinq mois à la découverte de ce pays c’est ce qu’a fait Alan Booth dans les années 80. Marié à une japonaise il veut en savoir plus sur ce pays, et maîtrisant bien la langue le voilà sac au dos, étirant un voyage du nord au sud du Cap Soya au Cap Sata

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    Accompagnons le sur les chemins d’un Japon méconnu et insolite d dans son parcours à travers les paysages, la littérature, les villes et les villages. 

    Voyageant du Nord au sud il part en juin 

     

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                                     Le point de départ


    « quand a saison des pluies battait son plein. Mais Hokkaido, la plus septentrionale des quatre grandes îles japonaises, étouffait sous une vague de chaleur... C'est sans le moindre enthousiasme que les habitants du cap Soya s'aventuraient sous le soleil brûlant...  »


    Mais très vite la pluie va lui tenir compagnie, pluie chaude de l’été, pluie d’automne parfois glaciale lui faisant bénir les abris bus qu’il rencontre. 

    En bon anglais Alan Booth ajoute des notes humoristiques aux incidents et rencontres quotidiennes ainsi les réveils tonitruants offerts dans les villages 

     

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    « les communautés rurales japonaises ont des moyens efficaces pour vous signaler que vous avez suffisamment dormi. Ce sont des sirènes dont le vacarme vous tire de votre fut on dès la pointe du jour »

     

    La mise en jambe est difficile et  les haltes de midi au noodle shop sont bienvenues et l’occasion de siroter une bière, boisson magique qui incite aux échanges avec les voisins de table.

     

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                                  La halte de midi 


    Comme dans toutes les randonnées l’itinéraire est le souci de chaque minute, l’auteur nous apporte quelques éclairages sur les contrées traversées

    « l’île d’Hokkaido n’a été rattachée au continent japonais que relativement récemment.(…) Encore aujourd’hui elle est considérée comme atypique, de par son climat, ses bancs de glace, la rareté de ses cerisiers »  mais aussi sur les inévitables détours et contours 

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    « Le sentier le long du lac que je m’apprêtais à suivre devait être une invention des cartographes. Au moins deux personnes que j’interrogeai jurèrent qu’il n’avait jamais existé. »

     

    Là ou Booth se révèle excellent c’est sur l’oeil mi-sérieux mi-amusé qu’il porte sur les japonais rencontrés. Les rencontres donnent lieu à des échanges ahurissants entre un anglais qui maîtrise le japonais et un japonais qui s’acharne à lui répondre en anglais car il est impossible qu’un gaijin  parle sa langue ! 

    Des écolières au paysan, du pêcheur aux vieillards, du lutteur de Sumo au calligraphe lettré, c’est un monde qui se dévoile au long des 3000 km parcourus d’île en île : Hokkaïdo, Honshu, Shikoku, Kyushu.


    Etrange pays où les séismes donnent lieu à des proverbes

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    «  Selon un vieux proverbes japonais il y a quatre chose vraiment terrifiantes au monde : les tremblements de terre, le tonnerre, les incendies et les papas  »


    mais aussi aux sources thermales bienfaisantes

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     « Un jour j’écrirai un ouvrage sur les sources thermales. Avec la bière et les têtes dans l’océan, elles me procurèrent les seules grands plaisirs corporels de cette folle équipée »

    La nourriture et les haltes du soir rythment les journées, la recherche d’un ryokan (auberge) ou d’un minshuku (chambre d’hôte) réserve bien des surprises, ryokan fermés, hôteliers bougons

     

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                          un ryokan au bout de la journée


    mais aussi accueil sans pareil avec le bain du soir

     

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    « Un bain japonais n’est pas fait pour se laver. On se lave avant d’entrer dans le bain, de manière à être dégagé de toute obligation autre que le plaisir de s’immerger, se sentir revivre, bavarder avec les voisins, somnoler, fredonner, ou écouter tomber la pluie du soir »


    Le bain rituel est l’occasion d’entrevoir un Japon surprenant « c'était un vrai plaisir d'observer ces vieilles dames dont la poitrine tombait jusqu'à la ceinture frotter le dos de leurs maris en gloussant comme des écolières »

    Ajoutez une bière, un saké et c’est le repos du guerrier chaussé de geta et enroulé dans un yukata le kimono que l’on vous offre au sortir du bain. Adieu fatigue, froid, découragement !

    Mais le matin venu retour aux choses plus difficiles « tofu, riz gluant et prune séchée  » en guise de petit déjeuner.

     

    Ces cinq mois de voyage passent en un clin d’oeil. Le récit est très vivant, souvent drôle, parfois surprenant et d’une grande émotion lorsque à Hiroshima il est pris à parti par un homme le prenant pour un américain.

     

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     « J’ai observé le soleil automnal embraser les feuilles des arbres d’Hiroshima. C’est dans ce même ciel sans nuage que la bombe a été larguée - plus aveuglante encore que mille soleils, disent les gens qui l’ont vue.(…) L’humanité n’avait jamais connu au cours de son histoire pareille pluie ni pareils soleils. »

     

    Voici le bout du voyage et la pointe du Cap Sata


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    Je ne peux m’empêcher de vous livrer une des dernières anecdotes du livre car elle résume la sensation éprouvé par notre marcheur tout au long du périple.


    «  Je m'étais mis à discuter avec un vieil homme. Lorsqu'il me demanda où je vivais, je lui répondis que j'habitais Tokyo.

    - Tokyo, ce n'est pas le Japon, me dit-il. On ne peut pas comprendre le Japon lorsqu'on habite Tokyo.

    - Non, acquiesçai-je, c'est pourquoi je désire voir comment on vit ailleurs.

    - On ne peut pas comprendre le Japon d'un simple coup d'oeil.

    - Non, il ne s'agit pas seulement d'observer, comme un touriste pourrait le faire depuis la vitre d'un bus, mais de traverser le Japon à pied.

    - On ne peut pas comprendre le Japon en le traversant à pied.

    - Pas seulement ça, mais aussi parler à tous les gens que je rencontrerai.

    - On ne peut pas comprendre le Japon en parlant aux gens.

    - Alors comment voulez-vous que je comprenne le japon ?

    - On ne peut pas comprendre le Japon. »

     

    Un livre que j’avais aimé à sa première lecture et que j’ai relu avec plaisir pour vous en parler. Epuisé on le trouve malgré tout en bibliothèque bien sûr mais aussi d’occasion.  N’hésitez pas à parcourir le Japon à pieds avec Alan Booth c’est revigorant en diable.


     

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    Le livre : Les Chemins de Sata - Alan Booth - Editions Actes Sud 1992


    L'auteur : Alan Booth était poète et écrivain voyageur, il est décédé très jeune à 46 ans, marié à une japonaise il a travaillé au Japon.