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Le Temps des offrandes - Patrick Leigh Fermor

L' Europe de Londres à Esztergom

 

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Mon troisième billet européen sera double car Patrick Leigh Fermor a écrit deux volumes qui se font suite et je ne pouvais pas vous parler de l’un sans l’autre

Un jour de décembre 1933, un jeune homme de dix-huit ans décide de partir à pied « Comme Childe Harold ! » pour traverser l’Europe, de la Corne de Hollande jusqu’au Bosphore. 

Patrick Leigh Fermor, écrivain-voyageur d'origine britannique a retracé ce voyage en deux livres magnifiques Le temps des offrandes  et Entre fleuve et forêts 

 

Patrick Leigh Fermor in 2008. Photograph - Eamonnb McCabe.jpg

Toujours à la recherche de récits de voyage quand ces livres sont parus en 1991 je les ai achetés sans savoir qu’il serait mes préférés dans une bibliothèque pourtant riche de livres de ce genre. 

Un peu plus tard je découvrais chez Bernard Pivot le visage de l’auteur, ce n’était plus évidemment le jeune homme fringant du livre mais je dois dire qu’il portait encore beau. 

Récit de voyage et journal d’un jeune homme qui jusque là s’est contenté de vivre en dilettante, c’est donc en même temps un récit initiatique, celui de l’entrée dans un monde d’adultes, une pérégrination dans une Europe aujourd’hui disparue.

 

Après une scolarité très chaotique, échappant de peu (trop mauvais en math) à Sandhurst, le jeune homme s’interroge sur son avenir quand l’hiver par trop mélancolique fut venu. 

Examinant les cartes il décide d’abandonner l’Angleterre et de

« traverser l’Europe comme un clochard ». 

 

Le temps de rassembler un sac à dos, un bâton de marche, de glisser dans le sac carnet, crayons, une anthologie de vers et un petit Horace de poche, il débarque un matin de décembre à Rotterdam où « la neige s’empilait sur les épaules de la statue d’Erasme ».

Dans une taverne il annonce sa destination : Constantinople ! le patron  « me fit signe d’attendre, produisit deux petits verres, les remplit d’un liquide transparent issu d’une longue bouteille en grès. Nous trinquâmes ; il vida le sien d’un coup et je l’imitai. Les oreilles pleine de ses souhaits de bon voyage et l’estomac brûlé par le bols, la main broyée par sa poignée d’adieu, je me mis en chemin. »

 

Dès les premiers jours il trouve chaque soir un gîte sans problème, parfois dans une grange, un édredon chez l’habitant ou dans une cellule de prison offerte aux voyageurs pauvres. 

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« Dès que pointait une ferme ou un village, j’entrais dans le monde de Pierre Brueghel.»
Les chemins glacés, des landes couvertes de neige « la couleur, la lumière, le ciel, l’amplitude de l’espace, l’étendue et les détails des villages et des villes s’entremêlaient pour tisser un charme merveilleusement consolant et réparateur. »

 

La Hollande vite traversée il entre en Allemagne « La barrière était peinte en noir, blanc et rouge, et je discernai bientôt le drapeau écarlate avec son disque blanc et sa croix gammée. »

 

La journée il marche en déclamant tout ce qu’il sait de poésie anglaise, de tirades de shakespeare, Pour passer le temps en marchant, il récite à haute voix « la plupart des Odes de Keats » ainsi que  Tennyson, Browning et Coleridge. De la poésie française et quand la journée est longue il a recours au latin, Virgile et son Enéïde, la Pharsale et bien sûr Horace toujours présent.

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Le soir il respecte un rituel « je m’installais devant une lourde table d’auberge, avec ma neige fondante, des fourmillements dans tout le corps et, à portée de la main, du pain, du vin, du fromage et mes papiers, mes livres et mon journal. »

Il est heureux !!

 

Les haltes sont parfois un rien coquines, quelques jours passés chez deux jeunes filles où il écluse la cave du propriétaire des lieux sans vergogne tel un « bois-sans-soif  »

 

Il est à Ulm un jour de marché, une ville magnifique où il se serait attardé s’il avait pu deviner que « les trois quarts de la vieille ville périraient dans les flammes et les bombes quelques années plus tard »

 

A Munich une halte un peu trop prolongée à la Höfbrauhaus lui valut une superbe Katzenjammer, son vocabulaire allemand s’est brutalement élargi jusqu’à la gueule de bois.

Ayant déposer tous ses bien dans une auberge de jeunesse avant cela, le lendemain est dur, tout à disparu, le sac, son argent, son journal.

Le gouvernement bienveillant de sa Majesté lui permit de poursuive sa route en lui allouant un prêt. 

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            Munich et la Höfbrauhaus 

 

Ici intervient la première halte d'un genre nouveau et qui va devenir un rituel.

Des amis de sa famille ont écrit un peu partout en Europe pour que l’on accueille ce vagabond dissipé. Ces étapes de schloss en palais sont les bienvenues après le confort précaire des granges, une hospitalité pleine de noblesse, un bain chaud, parfois un bon whisky et toujours l’accès à de somptueuses bibliothèques.

Un petit Horace in-12 est venu remplacé celui disparu et « il ennoblit aussitôt le clochard que j’étais en fait »

 

En janvier 1934 il est à Salzbourg, il lorgne sans espoir vers les sommets enneigés rêvant de ski, un nouveau Schloss, une nouvelle recommandation et le soir il paie son écot en racontant son voyage.

Faisons des sauts, Linz, l’abbaye de Melk

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Vienne enfin,  Vienne, « La splendeur d’une capitale et l’intimité familière d’un village.» 

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Là, grâce à un compagnon de rencontre, il va gagner quelques sous en crayonnant des portraits mais n’oubliera de voir ni le ring, ni la crypte des capucins, ni les musées. Trois jours se transforment en trois semaines, il est temps de reprendre la route.

 

Il va devoir ajouter deux langues à son répertoire dans les villes et villages traversés

« le petit brouhaha de magyar et de slovaque étaient noyé par les voix parlant allemand prononcé à l’autrichienne ou avec l’accent invariable du hongrois. Le plus souvent on conversait en Yiddish, dont l’inflexion allemande me faisait toujours croire que j’allais saisir un semblant de sens. »

A Vienne il a fait connaissance de Hans qui est tchèque et qui va lui proposer un détour jusqu’à Prague.

Trois jours bénis où il tombe amoureux de la ville, Prague dont Patrick Leigh Fermor dit « Aujourd’hui quand je regarde les photos de cette belle ville perdue, le charme opère encore »
A l’heure ou PL Fermor écrit Prague est encore une ville derrière le rideau de fer !

 

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La fin de cette première grande étape arrive, l’hiver s’en est allé, notre vagabond va faire une dernière halte dans un château, chez le Baron Pips qui l’accueille un livre de Proust en main « J’ai commencé le premier volume en octobre et j’ai poursuivi ma lecture tout l’hiver.(...) Je me sens si proche de tous ces personnages, je suis au désespoir à l’idée de les quitter » 

 

Les boiseries de la bibliothèque sont invisibles sous les livres, le baron à un air de Charles Haas et fait un peu l’éducation du jeune homme «  Ces jours passés à Kövecses furent une période de complet bonheur et une étape importante dans mon évolution personnelle. »

 

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                       Esztergom sur le Danube

 

Quelques villages hongrois, des douaniers qui le prennent pour un contrebandier et notre Child Harold va passer sa première nuit à la belle étoile, le printemps est là, les cigognes sont revenues, et le dimanche de Pâques au milieu de la foule endimanchée il va atteindre Esztergom

« sur le quai, les quelques personnes encore sur l’embarcadère se hâtaient toutes dans la même direction, je leur emboîtai le pas à mon tour. Je ne voulais pas être en retard. »

 

Dans le prochain billet la fin du périple et une petit biographie de l’auteur

 
Le livre : Le Temps des offrandes - Patrick Leigh Fermor - Editions Payot 1991

Commentaires

  • Ca fait rêver, ce genre de voyage, et la façon de voyager.... Et si je plaquais tout et que je partais, comme ça, avec mon petit sac à dos ?
    Merci pour la référence (et tous les billets sur l'Europe).
    Bonne journée !

  • @ Bonheur du jour : ce type de livre donne des envies furieuses !

  • Ils sont dans ma PAL depuis une éternité. J'avais commencé et abandonné, ce n'était pas le bon moment. Maintenant, je crois que ce serait bien. J'ai connu Prague derrière le rideau de fer et Esztergom aussi .. vieux souvenirs. Merci pour les photos.

  • @ Aifelle : ce sont deux livres magnifiques, avec une belle écriture, une érudition folle, une joie de vivre d'adolescent
    un des meilleurs livres de voyage qui soit

  • J'ai adoré ce livre qui a une certaine parenté avec celui de Rumiz! Toute une éageère, Fermor, Durrell, Lacarrière, Rumiz, Maspero....

  • @ miriam : ils sont de la même famille, ce qui fait le charme particulier de PL Fermor c'est que pour lui ce fut un voyage initiatique

  • alors même que Vienne la Rouge tombait (février 1934) et que Hitler - au pouvoir depuis un an - s'est donné pour objectif (entre autres) d'annexer l'Autriche...

  • @ JEA : écrit alors que PL Fermor était un adulte, il tente de faire revivre son étonnement, son effroi devant cette présence nazie, il fut plus tard un valeureux combattant pendant la guerre

  • Ce "vagabond dissipé" me fait rêver : partir comme ça, en plus vers Contantinople (j'y suis allée deux fois, mais en voiture !!!), à une époque où les voyages étaient de réelles découvertes... Et ces photos... Je me sens sous le charme, vivement la suite ! brigitte

  • @ Plumes d'Anges : un voyage qu'on garde au coeur très longtemps

  • Le temps des offrandes et Entre fleuve et forêt font partie de ces livres qu'on peut relire sans se lasser. Les photos que tu as choisies les accompagnent parfaitement. On continuerait bien ce beau périple en Europe.

  • @ Nadejda : la plus grosse déception c'est l'interruption du récit trop tôt, sinon comme tu le dis je l'ai relu pour écrire ces billets avec encore plus de plaisir, comme celui du voyageur qui sait qu'au sommet de la colline la vue est magnifique

  • Rien à la bibli... mais aifelle les a dans sa PAL... une lueur d'espoir, donc...(je suis une affreuse!)

  • @ keisha : achète les , emprunte les , je n'ose dire vole les ...mais lis les !!!

  • Je les ai aussi découverts un peu par hasard et ils font maintenant partie de mon Panthéon personnel des livres de voyage aux côtés de "L'usage du monde " !!!! Merci de mettre en avant ces magnifiques récits :-)

  • @ Cathe : je sais que tu les as lu, je me souviens d'un de tes commentaires à l'ouverture de mon blog
    Pour moi aussi ils sont sur le rayon des indispensables, des livres pour une île déserte

  • Quel régal de lire ce billet, superbement illustré aussi.
    J'attends la suite...merci!

  • @ Colo : le voyage continue dans quelques jours

  • j attends ton billet avec impatience
    et je mets ce livre dans ma mémoire
    Luocine

  • @ Luocine : je crois qu'il fait partie des livres qui devraient te plaire

  • Superbe.

    Bien amicalement,
    K.

  • @ Karol : ses pas ne le porte pas jusqu'en Pologne mais sa traversée de la hongrie et de la Roumanie est superbe

  • Bien aimé les paroles du Baron Pips, merci. Plus d'une année de voyage, quelle expérience, que de découvertes ! Voyons la suite.

  • @ Tania : la suite est toute aussi attrayante

  • Ce livre (et sa suite), je l'avais lu avant d'emménager en Hongrie il y a plusieurs années. Quelle belle écriture! Quel savoir (amélioré, naturellement, pendant les dizaines d'années qui séparent le voyage du livre), et quel creve-coeur quand on pense a tout ce qui a été détruit depuis, meme si certaines choses avaient bien besoin de disparaitre. Il est vraiment dommage que PLF soit décédé l'année derniere avant d'avoir pu compléter le dernier volume (celui qui aurait du traiter de son arrivée a Constantinople) mais, pour ceux qui lisent l'anglais, il semblerait qu'une édition du troisieme volume établie a partir des versions manuscrites existantes soit en projet. Par ailleurs, les éditions John Murray publient une biographie de PLF cet octobre. Toujours en anglais, mais l'homme vaut le détour pour ceux qui le peuvent, a mon avis!
    J'en profite pour vous remercier des deux précédents billets: ce Rumiz en particulier m'attire beaucoup!

  • @ Passage de l'est : merci pour ce long commentaire
    j'avais lu qu'effectivement PL Fermor avait travaillé à la fin de sa vie à une suite mais jusqu'à ce jour rien n'a été confirmé hélas
    Mon anglais est précaire mais je ne doute pas que cette bio soit un jour ou l'autre traduite en français car PL Fermor a de nombreux lecteurs en France

  • Bien intéressant billet qui me fait découvrir un auteur-voyageur comme je les aime, en espérant trouver ses livres à la bibliothèque. Modestement, je te propose un tag uniquement littéraire, si tu veux.

  • @ Mango : tu devrais pouvoir les trouver en bibliothèque c'est un classique de la littérature voyageuse
    Merci de penser à moi mais je décline ton invitation faute de temps et pour ne fâcher personne

  • J'ai entendu parler de ce livre qui doit sortir bientôt en anglais, pourriez vous m'en communiquer le titre dès qu'il sera sorti?
    miriampanigel@gmail.com ou sur les blog de Dominique

  • Je me permets de répondre ici a Miriam au cas ou d'autres seraient tentés de lire sa bio en anglais. Il s'agit de "Patrick Leigh Fermor: An Adventure" d'Artemis Cooper aux éditions John Murray, qui doit sortir le 11 octobre. Il est en pré-vente sur internet. Quant aux rumeurs d'un troisieme volume, elles viennent d'un site qui lui est dédié - http://patrickleighfermor.wordpress.com/2012/07/19/volume-three-of-patrick-leigh-fermors-trilogy-to-be-published-in-autumn-2013-and-called-the-broken-road/ qui l'annonce pour l'automne 2013.

  • Tout comme chez Keisha on est certains de trouver chez toi des lectures qu'on ne trouvera nulle part ailleurs... Ton billet fait rêver et je dirais même qu'il me donne des fourmis dans les jambes, exactement comme à l'auteur !! J'ai beaucoup apprécié les extraits que tu donnes et tu as réussi à me convaincre : voilà ce titre dans ma LAL (mais est-il encore disponible ??)

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