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  • la plume de Thomas Mann

     

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    San Michele  - Francisco Guardi

    C'était Venise, l'insinuante courtisane, la cité qui tient de la légende et du traquenard, dont l'atmosphère croupissante a vu jadis une luxuriante efflorescence des arts et qui inspira les accents berceurs d'une musique aux lascives incantations. Il semblait à l'aventureux promeneur que ses yeux buvaient à la source voluptueuse d'autrefois et que son oreille recevait la flatterie de ces anciennes mélodies.

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    Thomas Mann - Mort à Venise - La Bibliothèque des arts 

     

  • Rêves arctiques - Barry Lopez

    « Il est possible de vivre avec sagesse sur la terre, et d’y vivre bien »

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                                              © AFP Mario Hoppman 

    Il y a des livres dont jamais la lecture ou la relecture ne vous déçoit. J’ai puisé au fil des années dans les livres de nature writing avec plaisir mais parfois avec un enchantement total. 

    Rêves arctique est dans ma bibliothèque depuis 1987 et pour écrire cette chronique j’ai fait ma troisième lecture de ce livre magnifique.

    Barry Lopez est biologiste et entraine son lecteur de l’Alaska à la Sibérie, du Groenland au grand nord canadien. Il épouse ainsi les mers et les territoires du froid, les animaux qui peuplent ces mers prisent par les glaces ( moins aujourd’hui hélas), bref mon imaginaire depuis que je suis enfant. 

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    « Ce qui rend si stupéfiante l'aurore boréale, pâle rideau arachnéen de lumière qui semble onduler à travers le ciel, c'est en partie sa timidité »

    Des chapitres consacrés à la glace, à la neige, à la lumière de l'arctique, au boeuf musqué ou au narval. 

    La dent du Narval est fascinante, il faut dire qu’enfant j’ai fréquenté ce qu’on appelait alors l’Ecole dentaire histoire de redresser une mâchoire caractérielle, et dans la salle d’attente des vitrines exposaient des trophées peu sympathiques mais ....il y avait une dent de Narval qui resta pour toujours dans ma mémoire, mes antennes ont frétillé en lisant les pages que Barry Lopez lui consacre.

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    Les esquimaux qui sont partout présents, parfois victimes, souvent témoins indispensables de la connaissance de ces lieux où l’obscurité et la lumière si convoitées, se succèdent sans fin. C’est un livre tout à fait complémentaire de celui de Jean Malaurie : les Derniers rois de Thulé.

    Si vous ne connaissez rien ou presque à la conquête de l’Arctique, Barry Lopez y consacre un chapitre parfois très critique, lorsqu’exploration était surtout synonyme de commerce, mais aussi des pages emplies d’admiration pour des hommes que la curiosité et l’intérêt scientifique poussaient de plus en plus loin au péril de leur vie.

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    ça c'est aujourd'hui !

    Ce qui rend son livre si fort c’est l’alliage et l’alliance entre les données scientifiques, les fulgurances poétiques, les observations méticuleuses et les interrogations humanistes. Une quantité d’informations scientifiques sidérantes mais qui ne pèsent jamais, auxquelles vous reviendrez si vous le souhaitez mais qui à jamais laisseront une trace chez vous, pour que le mot Arctique résonne d’une façon différente

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    ce qui les attend

    Si vous êtes amoureux de l’hiver, de la neige, des paysages du Grand Nord...

    Si notre planète vous tient à coeur, si comme moi vous n’irez jamais aux confins de l’Arctique mais que son devenir vous importe...

    Alors ce livre doit figurer dans votre bibliothèque et peu importe son année de parution, non seulement il ne s’est pas démodé mais ses mises en garde, ses inquiétudes nous talonnent aujourd’hui.

    Un beau manifeste pour une planète préservée.

    Keisha l'a lu aussi 

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    Le livre : Rêves arctiques - Barry Lopez - traduit par Dominique Dill- Editions Albin Michel - Réédition Gallmeister 

     

  • Bribes des grands froids

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    Cette année là où l’hiver refusait de finir, je suis descendu vers l’Amérique, tel un point sombre dans la blancheur infinie des Grandes Plaines du Nord, une fourmi dans la neige.
    C’est ainsi que je me voyais parfois lorsque mon esprit se détachait, s’envolait, battant un moment des ailes au-dessus de moi tandis que mes pieds continuaient d’avancer machinalement. La seule sensation m’assurant que j’avançais, que j’était réellement en train de traverser la Prairie hivernale était le crissement de mes pas sur la glace.

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    Le livre : Loin de la mer, A pied à travers les Grandes Plaines - Wolfang Büscher- La libraire Vuibert éditeur - 2014

  • L'Infinie patience des oiseaux - David Malouf

    Certaines parutions déclenchent aussitôt une alarme dans ma tête. Le nom de David Malouf a suffi.
    Le roman est  ancien en fait (1982) mais traduit pour la première fois.
    Une rançon est pour moi un texte magnifique et c'est avec quelque appréhension que j'ai plongé dans cette Infinie patience des oiseaux.

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    Un court roman qui se déroule en Australie dans le Queensland à la veille de la Première Guerre.
    Deux personnages vont occuper l'espace, Jim Saddler un garçon de vingt ans à l'avenir incertain, un peu marginal, un peu paumé, son plaisir il le prend dans les marais à observer les oiseaux.

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    « Là-bas, derrière lui, à l'endroit où tous ces marécages se déversaient dans le Pacifique, il y avait le sable des dunes, maintenu par du pourpier violet et des buissons bleus, puis l'océan : sur des milles et des milles. L'on pouvait marcher pendant des heures le long de la blancheur sifflante des vagues sans jamais rencontrer âme qui vive. Rien que des bandes de mouettes et des huîtriers à long bec s'affairant au-dessu de la lumière humide »     

    Il n'en croit pas ses oreilles quand Ashley Crowther riche héritier revenu s'installer sur les terres auxquelles les marais appartiennent, lui propose de créer un sanctuaire pour les oiseaux, dont lui, Jim, serait le responsable.
    Et le miracle s'accomplit, le diplômé de Cambridge et le paumé s'entendent, Jim fait faire la découverte des marais aux amis d'Ashley.
    Deux jeunes hommes amoureux de la nature, de la beauté des oiseaux, émerveillés et fascinés par ce monde étrange des migrateurs.

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    « Cela l'émerveillait. Une chose pareille. De pouvoir par une chaude journée de novembre avec le soleil lui brûlant le dos, la terre fourmillant sous lui et le paysage tout entier étincelant et stridulant, observer une créature qui, à peine quelques semaines plus tôt, se trouvait de l'autre côté de la Terre et avait trouvé sa route jusqu'ici en traversant toutes les cités d'Asie, franchissant des lacs, des déserts, des vallées encaissées entre de hautes chaînes de montagnes, survolant des océans sans le moindre point de repère, pour se poser précisément sur cette berge  »

    Bientôt Imogen Harcourt vient se joindre à eux, c'est la photographe qui fait de beaux clichés des oiseaux, qui permet de découvrir « de l'intérieur la vie unique de l'animal. Ça aussi ce pouvait être un don »

    C'est Août l'époque des grandes migrations celle où arrivent « les premiers réfugiés, comme les appelait Miss Harcourt »
    Ce ne sont pas les migrateurs qui arrivent mais la guerre, Jim et Ashley s'engagent. Le bateau, l'Angleterre puis les Flandres et les tranchées. Jim va faire partie de la piétaille, Ashley lui intégré le corps des officiers, ils étaient ensemble dans leur Eden peuplé d'oiseaux, l'absurdité de la guerre les lie à tout jamais.

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                    « L’Australie a promis à la Grande-Bretagne de lui fournir 50 000 hommes de plus.
                                                  Allez-vous nous aider à tenir cette promesse »


    La seconde partie du livre est terrible, David Malouf a les mots justes pour décrire l'horreur qui s'est brutalement matérialisée « Vous êtes entré dans la guerre par un trou ordinaire dans une haie » et de l'autre côté c'était l'indicible.
    Horreur et absurdité de toutes les guerres, comme dans Une rançon, on retrouve ici la prose magnifique de David Malouf, toute de sobriété.
    La force du livre c'est ce décalage entre un avenir tout juste entrevu au Queensland et la réalité des tranchées.
    David Malouf écrit le récit de cette guerre comme un ralenti de cinéma, les images faites de boue, de froid, de sang répondent comme le négatif d'une photo aux images poétiques, bucoliques des marais.

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    Vous ouvrez ce livre et ne le quittez plus. Il faut une plume exceptionnelle pour ainsi passer d'un monde à l'autre, pour transformer le lecteur d'ornithologue attentif en soldat dans la boue des Flandres.
    Quel magnifique livre, quel grand auteur !

    Le livre : L'infinie patience des oiseaux - David Malouf - Traduit par Nadine Gassic - Editions Albin Michel

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