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Littérature russe - Page 7

  • Avec Tolstoï - Dominique Fernandez

    avectolstoi.gifAvec Tolstoï - Dominique Fernandez - Editions Grasset
    Passion Russie, c’est ainsi que j’aurais pu intituler ce billet,  c’est Dominique Fernandez qui nous invite auprès du
    "plus puissant romancier de tous les temps". Sa lecture à 15 ans de Guerre et Paix l’a laissé à jamais amoureux de la Russie et de Tolstoï " un Zola, aussi puissant mais mille fois plus artiste, qui aurait trempé sa plume dans l'encre de Flaubert..."
    Dominique Fernandez, sans faire oeuvre de biographe, il revient sur différents épisodes de la vie de l’écrivain, sa jeunesse libertine, son mariage et ses malentendus, sa révolte contre la richesse, celle d’un homme qui se reproche sans cesse de " mener une vie contraire à ses idées " et nous fait bien sentir le contraste violent entre sa vie réelle et sa soif d’absolu.
    Il revient en détail sur les romans et les nouvelles avec un grand talent pour nous les rendre proches, intelligibles, accessibles, en faire ressortir les détails, les particularités.
    Rien d’étonnant de consacrer de longues pages à Guerre et Paix, "le plus complet des romans jamais écrits"
    Quand on parle de littérature russe il est fréquent d’opposer Tolstoï et Dostoievski, Georges Steiner l’a fait avec érudition et brio, et Dominique Fernandez se livre aussi à l’exercice.
    Il trouve que Dostoievski est en permanence dans l’outrance alors que pour lui Tolstoï a "cette qualité unique dans la littérature romanesque de dire tout ce qui est et seulement ce qui est".

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    Guerre et Paix au cinéma


    Rien d’étonnant de consacrer de longues pages à Guerre et Paix, "le plus complet des romans jamais écrits"
    Il n’hésite pas à en dévoiler les faiblesses  (le livre IV) mais cela ne diminue en rien son admiration  "Je ne crois pas que, dans toute l'histoire de la littérature, on puisse trouver un autre écrivain qui ait placé ainsi sa confiance dans la force de ce qui est dit plutôt que dans la façon de le dire"
    Il aime la capacité de Tolstoï à nous rapprocher de ses personnages en quelques mots, sa facilité à parler comme eux et il nous fait partager cela dans plusieurs exemples par lesquels il nous montre que " Tolstoï lui seul s’assied tranquillement au gouvernail et raconte ce qui arrive, sans grossir les événements, sans dire plus que ce qui est, sans se mettre en valeur par des recherches d’écriture, sans chercher d’aucune façon à paraître original. Il reste de plain-pied avec la vie, avec les choses, avec nous ".

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    Greta Garbo la sublime



    Les pages consacrées à Anna Karénine sont passionnantes, il admire l’écriture " Il ne dépose jamais sa plume fine pour souligner au fusain. Il ne cherche pas à frapper, à retenir. Il nous éloigne peu à peu du rivage et, captivé par l’immensité de la haute mer dont le spectacle change sans cesse tout en demeurant le même, nous ne pensons plus au but du voyage "
    Fernandez présente aussi les écrits derniers, ceux où l’auteur devient un peu trop prédicateur aveuglé par ses tourments religieux et moraux.

    Depuis son roman sur la mort de Tchaïkovski et son Dictionnaire amoureux on connaît la passion de Dominique Fernandez pour la Russie et Tolstoï en particulier. J’aime beaucoup qu’on me parle de mes écrivains préférés, j’aime les lire bien entendu, mais j’apprécie également qu’un autre me les dévoile, me permette parfois de les lire autrement ou attire mon attention sur l’aspect d’une oeuvre que je n’ai pas su voir.
    Cet excellent livre est une belle réflexion sur la création littéraire et le cheminement qui va d’Homère à Tolstoï et des tragiques grecs à Dostoïevski.


    fernandez.jpgL’auteur
    Dominique Fernandez est né à Paris en 1929. Ecole Normale Supérieur, agrégation d'italien, doctorat ès-lettres. Il écrit régulièrement pour le Nouvel Observateur. Il a obtenu le prix Médicis en 1974.
    Il publie  L'Art de raconter en 2007 et Ramon la biographie de son père en 2009. ( source l’éditeur)

    Une interview de Dominique Fernandez

     

     

    Les livres dans le livre
    Tolstoï ou Dostoïevski - Georges Steine - 10/18
    Tolstoï - Henri Troyat - Fayard
    La délivrance de Tolstoï - Yvan Bounine - Editions de l'oeuvre
    Guerre et Paix
    Anna Karénine
    Maître et serviteur

    Le Père Serge
    Résurrection

  • Roman - Vladimir Sorokine

    roman.gifRoman - Vladimir Sorokine - Traduit du Russe par Anne Coldefy-Faucard - Editions Verdier
    Est-ce que j’ai aimé ce livre ? Aimé n’est pas le bon mot.
    Est-ce que je le garderai en mémoire ? Absolument il me sera impossible de l’oublier et pourtant j’ai beaucoup de mal à en faire un résumé tellement ce livre m’a laissé ahurie, hébétée, ayant de la peine à croire ce que je lisais, étant encore aujourd’hui, plusieurs jours après avoir terminé ma lecture, terrifiée par ce texte.

    Tout d’abord il faut vous dire que Roman est le nom du héros, Roman Alexeïevitch pour être précis. Le choix du patronyme est le premier gravillon dans la chaussure glissé par Sorokine mais au début on ne se méfie pas.
    Vous voilà à la fin du XIX ème siècle, dans la Sainte Russie, la Russie éternelle, celle de Tchékhov, de Tolstoï, de Tourgueniev.
    Tout le roman russe défile pendant 500 pages, avec maestria Sorokine convoque tous les grands écrivains, toute " l’âme Russe " et il le fait avec une habileté diabolique. On est pris, on s’attache aux personnages, on lit avec bonheur des pages de description d’une nature magnifique.

    Roman, est un jeune aristocrate qui lassé d’être avocat revient dans la propriété où il a passé son enfance. Un retour aux sources, il revient vers la superbe Zoïa dont il est amoureux fou mais qui peut être ne l’a pas attendu.
    Il a décidé de consacré sa vie à la peinture. Toute la famille est heureuse de le voir, les oncles, les tantes, les cousins, le vieil instituteur, le docteur, le père Agathon, les voisins, les domestiques, tout le monde lui fait fête.
    On baigne dans une atmosphère plus Russe que Russe, c’est éblouissant, tout est en place, le samovar fume, le héros retrouve le goût des nourritures de son enfance " Esturgeon et saumon, caviar pressé et jambon fumé, sandre en aspic et brochet farci, tomates au sel, lactaires délicieux, bolets, pommes macérées, chou aigre aux airelles, tout s’entassait sur des assiettes et des plats à touche-touche, formant un fantastique paysage, au milieu duquel pointaient, ici ou là, les tours de cristal multicolore des carafons de vodka, de vins, de liqueures en tous genres"
    Après les gourmandises c’est le retour à la nature qui va combler Roman " le jardin était obscur et frais. C’était une douce nuit de printemps, au ciel bas, dans les tons de violet foncé, effleuré ça et là par des étincelles d’étoiles que l’on distinguait à peine" La passion de la chasse lui revient " il marchait, scrutant ces lieux si familiers et si chers que son coeur cessait de battre dans sa poitrine et que des larmes lui montaient aux yeux."

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    Félix Levitan - Les Cloches du soir

    C’est romanesque à souhait non ? Bien sûr Zoïa l’ingrate l’a oubliée, deuxième petit gravier semé par Sorokine,  mais elle est vite oubliée au profit de Tatiana, la magnifique Tatiana, qui bien que de condition modeste comble toutes les attentes, foin de la différence de milieu et de fortune.
    Voilà vous avez lu plus de 400 pages, et vous commencez à trouver qu’il y a quelque chose d’étrange dans ce récit, l’auteur serait-il en train de vous piéger ? Mais non, soulagement tout s’accélère soudain, un accident de chasse, la préparation d’un mariage, vite, vite, tout doit se faire rapidement , tellement rapidement que vous ne voyez pas la fêlure, du moins vous ne la comprenez pas vraiment, et c’est fini pour vous, vous êtes livré à Sorokine pieds et poings liés.
    Il vous reste 100 pages à lire, le récit devient apocalyptique, sidérant, l’écriture se fragmente, les mots volent en éclats, vous continuez de lire un peu hypnotisé mais stupéfait, effaré, jusqu’au dénouement.

    A lire les critiques, Sorokine est présenté comme un auteur qui dérange, comme l’enfant terrible des lettres russes, c’est vraiment peu dire ! Il dit de son roman " C’est un livre sur la mort, et le crépuscule d’une civilisation, celle de l’ancienne Russie", je dirais que l’auteur fait exploser cette image à coup de mots avec une puissance extraordinaire.
    La quatrième de couverture évoque une maestria éblouissante, un dénouement stupéfiant laissant le lecteur effaré, et bien pour une fois c’est  en dessous de la vérité.
    Un roman fou, halluciné, un roman choquant, inquiétant mais en même temps remarquable et inoubliable. Ames sensibles s’abstenir !

    Une longue interview dans le dernier numéro du Matricule des Anges il dit " J'ai essayé de dégager les relations existant entre notre conscience russe saturée de références littéraires et la vie rurale désespérée, primitive, de la province"

    250px-Vladimir_sorokin_20060313.jpgL'auteur
    Connu dans les milieux non-conformistes depuis la fin des années soixante-dix, Vladimir Sorokine, né en 1955, devient un écrivain russe majeur après l’effondrement de l’Union soviétique.
    Ses romans, nouvelles, récits et pièces de théâtre sont de véritables événements, suscitant louanges, critiques acerbes, contestations, indignation. Écrit dans les années 1985-1989, Roman est un des chefs-d’œuvre de l’auteur. (source l'éditeur)

     

  • La Perle - Douglas Smith

    laperle.gifLa Perle - Douglas Smith - Traduit de l’Anglais par Geneviève Brzustowski - Editions Autrement
    C’est dans la Russie de Diderot et de Voltaire que je vous propose de voyager, la Russie impériale, celle de Catherine II.
    Ce livre pourrait être un grand roman historique à la Dumas et pourtant l’histoire qu’il raconte est bien réelle et le livre est le fruit du travail d’un historien.

    Le 27 Février 1803 un carrosse funèbre parcours les rues de Saint Pétersbourg jusqu’ au monastère Alexandre Nevsky. Là est inhumée une jeune femme qui vient de mourir de tuberculose peu après avoir donné je jour à un enfant. 
    Cet enfant est l’héritier de la famille la plus riche de Russie, son père est Nikolaï Cheremetiev et sa mère dite " La Perle" est née sur le domaine de Kouskovo, dans une isba, son père est l’un des serfs de la famille Cheremetiev.
    La Perle nous conte les amours illicites et le mariage secret du Comte Nikolaï Cheremetiev , le plus riche aristocrate de son temps et de Praskovia Kovalyova la plus grande Diva d’opéra de l’époque.

    Nikolaï Cheremetiev est né en 1751, quand je vous ai dit qu’il était riche j’étais en dessous de la réalité, la famille Cheremetiev possède 210000 serfs soit l'équivalent de la population de Moscou à l'époque, ses terres s'étendent sur 800 000 hectares. Comparativement à beaucoup de propriétaires sur ses domaines les serfs sont correctement traités, nourris, ne sont pas soumis à des châtiments corporels et peuvent parfois acheter leur liberté.
    Parmi leurs propriétés deux domaines magnifiques : Kouskovo et Ostankino près de Moscou.
    Son ami d’enfance est le Grand Duc Paul, futur Tsar, lorsqu’il donne une fête au domaine de Kouskovo toute la noblesse russe est là et parfois même l’Impératrice. Il est un des hommes les plus cultivés de sa génération, mais il est plus à l’aise sur son domaine qu’à la cour. Musicien accompli il rêve d’un palais dédié aux arts, sa fortune lui permet de réaliser certains de ces rêve.
    Comme d'autres nobles  à l'époque, le comte Cheremetiev crée sa propre compagnie de théâtre, une troupe au complet : acteurs et actrices, chanteurs, danseurs et musiciens composé de ses serfs, tous formés dans sa propre école.
    Toute la noblesse russe et européenne est invitée à entendre des opéras dans son théâtre. C’ est ainsi que Praskovia devint célèbre.

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    Le Domaine de kouskovo au temps de La Perle

    Elle n'avait que sept ans lorsqu’elle fut retirer à sa famille, un couple de serfs vivant sur le domaine, elle fut éduquée, elle appris des langues étrangères, la comédie et le chant pour former une voix prometteuse.
    Elle fait ses débuts dans un opéra à l'âge de dix ans.
    En Juin 1787 lorsque la Grande Catherine est en visite à Kouskovo elle très émue par La Perle nom de scène de Praskovia, elle lui fit cadeau d’une bague splendide. Célèbre ou pas elle n’en reste pas moi la « propriété » du comte une femme asservie.
    Elle devient très jeune la maîtresse de Nikolaï, pratique habituelle bien éloignée d'un sentiment romantique mais la liaison va se transformer en amour véritable.

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    Praskovia La Perle

    Il est hors de question pour un noble à l’époque d’épouser une serve, si la liaison est parfaitement admise, le mariage ferait scandale, pendant des années Nikolaï va tergiverser, il craint la réaction de ses amis et plus encore la réaction du Tsar.
    Après plusieurs années de liaison, il finit par "libérer" Praskovia, et le 6 novembre 1801 en secret le couple se marie.
    Atteinte de tuberculose ce qui l’a contraint à abandonner la scène, Praskovia meurt trois semaines après avoir mis un fils au monde.
    C’est seulement dans les dernières semaines que Nikolaï Cheremetiev annonce son mariage et la naissance de son fils.
    On ne sait rien des sentiment de Praskovia tout au long des années fautes de traces écrites. Ce que l'on apprend est toujours par la bouche de Nikolaï.

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    L'église Saint Siméon Stylite où fut célébré en secret le mariage

    La Perle apporte un éclairage fascinant sur le monde de l'aristocratie russe, l’attitudes des russes envers le servage.
    La vie dans la Russie de Catherine la Grande est très bien explorée et l’extraordinaire histoire des théâtres de serfs est à découvrir absolument.
    Mais surtout, le livre raconte une magnifique histoire d'amour. " La perle est un livre que j'ai toujours voulu voir écrire - Le portrait de la plus grande et de la moins connue des histoires d'amour de l'histoire européenne " dit Douglas Smith
    Tout au long du récit Douglas Smith s'appui sur des documents mais ceux ci sont peu nombreux car une grande partie a sans doute été détruite par la famille Cheremetiev pour effacer la trace de ce mariage, dans bien des cas Douglas Smith émet des hypothèses probables sur le déroulement des évenements.
    C'est une lecture passionnante et enrichissante


    Avec le temps Praskovia est entrée dans la légende, elle a inspiré des chansons chantées par des millions de paysans à travers la Russie. A la fin du XIXe siècle, tout le monde avait entendu parler de la pauvre jeune fille serve qui avait épousé un riche aristocrate.
    Sous le régime soviétique, Praskovia a été transformé en héroïne socialiste, symbole de l’exploitation du peuple.

    Il est possible aujourd’hui de retrouver Praskovia en visitant les domaines Cheremetiev de Kouskovo et Ostankino ouverts à la visite, vous pourrez tenter d’apercevoir dans les jardins le fantôme de  La Perle tout en récitant les vers qu' Anna Akhmatova lui a dédiés :


    Que murmures tu minuit?
    Paracha est morte; de toute façon,
    La jeune maîtresse du palais.
    La galerie reste inachevée
    Extravagant cadeau nuptial,
    Là où, poussée par Borée,
    J’écrit tout cela pour toi



    L’auteur
    Douglas_Smith.jpgDouglas Smith est un spécialiste de la Russie et du XVIIIe siècle, il a notamment publié la correspondance privée de la Grande Catherine. Il enseigne à l’Université de Washington. (source l’éditeur)

  • Maître et Serviteur - Léon Tolstoï

    Maître et serviteur - Léon Tosltoï - Editions Frémeaux et Associés
    maitreetserviteur.jpgTolstoï a été toute sa vie en proie aux tourments, il a traversé une crise morale et religieuse,  n’arrivant pas à vivre sa foi  ni à réaliser son idéal de pauvreté.
    L’histoire qu’il conte ici en est l’illustration, il traduit l’idée qu’il se fait d’une vie réussie, bénéfique, de l’importance du don de soi.
    Le récit se situe dans un milieu modeste, le marchand Brékhounov se dispose " à se rendre chez un propriétaire du voisinage pour lui acheter une forêt" S’enrichir, faire des affaires, amasser des biens, devenir millionnaire,  voilà sa préoccupation première.

     

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    Le dégel - Fiodor Alexandrovitch Vassiliev - Galerie Trétiakov Moscou

    Nikita son valet va le conduire, il est connu pour son coeur à l'ouvrage, sa bonté, son adresse. Son maître l'exploite honteusement tout en se persuadant qu'il est le bienfaiteur de Nikita. Ils vont entreprendre un voyage en pleine tempête, bientôt perdus dans un univers sans repairs le danger les guette.  Les pensées de Brekhounov sont alors bien éloignées des biens matériels, la peur, la terreur l'envahissent " Il sentait qu'il allait périr au milieu de cet affreux désert de neige mais ne voyait aucun moyen de salut"
    Véritable parabole sur la mort ce récit haletant s'écoute avec bonheur.

    Georges Haldas
    grand connaisseur de Tolstoï dit " C’est la face visible, humaine, d’une angoisse infiniment riche et féconde à la fois."

    Je suis certaine que comme moi vous écouterez (ou lirez) ce récit avec passion.

    Claude Lesko issu du théâtre lyonnais prête sa voix à Brékounov et à Tolstoï

  • Fumée - Ivan Tourgueniev

    Fumée - Ivan Tourgueniev - Editions Sillage
    fumée.gifAujourd’hui un peu de chemin avec le plus occidental des auteurs russes, le plus francophile, ami de Daudet, de Zola et de Flaubert, amant de Pauline Viardot musicienne et soeur de la célèbre Malibran, grand voyageur, vivant en France mais n’écrivait que sur la Russie son unique et inépuisable sujet.
    Après  Premier amour où se mêlaient le tragique et la volupté que je vous ai proposé en livre audio, voici un roman plus ambitieux.
    Tourguéniev a suivi sa maîtresse à Baden-Baden et c’est là qu’il situe son roman. C’est une ville où se retrouvent français, russes, anglais, une ville cosmopolite et gaie, légère comme une bulle de Champagne.
    Le héros est un jeune homme : Litvinov, sa fiancée Tatiana et la tante de celle-ci vont le rejoindre à Baden, il est heureux     "  Sa vie lui apparaissait désormais sans obstacle, sa destinée était tracée " Il y a une ombre dans le passé de Litvinov, jeune étudiant il est tombé amoureux fou d’Irène, une beauté au caractère " inconstant, autoritaire et fantasque " Elle  lui a préféré un riche parti, il a tenté de l’oublier mais aujourd’hui elle est à Baden-Baden avec son mari " Elle est toujours aussi ravissante malgré ses trente ans " et Litvinov va retomber sous son charme et tenter d’enfouir l’image de la douce Tatiana sous les ors et le clinquant. Mais peut-on aimer follement deux fois ?

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    Baden Baden au temps de Tourguéniev


    En parallèle de cette intrigue romanesque, Tourgueniev nous invite dans la société du temps et là il s’en donne à coeur joie dans la satire. La société où évolue Irène, celle là même où évolue Ivan Tourguéniev, est l’objet d’une critique acerbe. Il moque les bavardages autour d’une Russie magnifiée et idéalisée.
    A travers une galerie de portraits très sévères il dépeint l’écart entre une Russie attardée et l’Europe civilisée. Il affirme " j’ai foi en l’Europe ou pour parler plus exactement, j’ai foi en la civilisation " La misère des paysans, un système politique tyrannique sont l’objet de ses critiques et de ses craintes "Il viendra un temps où tous auront à rendre compte " Tourguéniev fait preuve de lucidité et les lecteurs russes recevront très mal ce roman.

     

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    La Russie qu'aime Tourguéniev (Isaac Levitan- village en hiver)


    J’ai beaucoup aimé ce roman, son pessimisme, son romanesque un peu désespéré et l’amour inconditionnel de Tourgueniev pour sa patrie malgré ses critiques  " Moi, pour travailler, il me faut l’hiver, une gelée comme nous en avons en Russie, un froid astringent, avec des arbres chargés de cristaux.. " * confie-t-il aux frères Goncourt.

    Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque


    * Tourgueniev - André Maurois

  • Premier amour - Ivan Tourgueniev

    Premier amour - Ivan Tourgueniev - Lu par  Stéphane Freiss - Editions Naïve
    premier amour.jpgJ’ai lu très peu de choses de Tourgueniev et la sortie de ce livre audio m’a décidé à faire plus ample connaissance.
    L’histoire est simple, Vladimir est un adolescent de 16 ans et il va tomber amoureux fou de Zinaïda qui en a vingt et un et vit dans le domaine d'à côté.
    Lui est encore d’une timidité maladive, elle, connaît déjà la vie, elle est belle et sulfureuse et tous les hommes sont à ses pieds.

    Ce n’est pas une histoire romantique et un peu guimauve, Vladimir éprouve des sentiments violents, une jalousie sans bornes attisée par la belle Zinaïda volage, coquette et cruelle.C’est une vraie tragédie familiale dont le cadre est la Russie du XIXième siècle.J’ai beaucoup aimé ce récit d’amour contrarié tendre et délicat mais sans mièvrerie, la lecture de Stéphane Freiss est parfaite.

    Du coup j'ai fait un petit tour sur la biographie de Tourgueniev par Henri Troyat et il semble que cette histoire soit en grande partie autobiographique.
    Le livre a largement été chroniqué sur la blogosphère  : un billet chez Lecture/Ecriture

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    La datcha musée de Tourgueniev