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Les Âmes mortes - Nikolaï Gogol


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En route en britchka

 

Un grand classique de la littérature Russe que j’ai lu il y a très longtemps mais dont je gardais un souvenir mitigé. J’ai mis la main sur une édition de 2009 avec une traduction renouvelée et des illustrations de ...Marc Chagall, c’était l’occasion de repartir à la rencontre de Tchichikov le

héros de Gogol. 

 

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le héros vu par Chagall

Dans tous les livres sur la littérature russe vous trouverez résumé et analyse de ce roman, les plus grands s’y sont collés et Nabokov en premier lieu grand admirateur de Gogol. Donc un résumé très succinct et quelques impressions pour vous donner envie de partir sur les traces de ces Âmes mortes.

 

Pavel Ivanovitch Tchichikov écume la région dans sa britchka et se fait présenter à tous les notables du coin, du moins à tous ceux qui sont propriétaires d’âmes, le nom pudique donné aux moujiks que leur propriétaire peut à l’envi, vendre, louer, ou exploiter.

Il veut racheter des âmes mortes, ces hommes et femmes qui sont morts dans le servage mais qui apparaissent encore dans les états du recensement ce qui obligent les propriétaires à payer des impôts dont ils se passeraient bien.

 

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un village de Gogol

 

Le mécanisme par lequel Tchichikov pense s’enrichir avec ces achats est un peu mystérieux et il se heurte parfois au refus des propriétaires. Mais c’est un malin, c’est même pour le dire franchement Satan lui-même. C’est un maître de la flatterie, il connait les points faibles de tous ses interlocuteurs : l’argent, le jeu, le billard ou la boisson c’est au choix.

C’est le diable certes mais un diable bien policé, bien masqué qui sait fort à propos perdre son interlocuteur dans un discours sur la loi, le devoir et l’intérêt.

 

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les personnages loufoques

 

On est loin ici du sérieux des romans de Tolstoï ou de l’écriture torturée de Dostoïevski. Les héros sont menteurs, voleurs, pratiquent l’arnaque à petite ou grande échelle.

On nage dans le grotesque, au est au royaume de l’absurde; le comique est décapant, Gogol use à profusion de métaphores animalières, tous les types humains sont représentés, le couard, le colérique, l’envieux et leurs noms même en Russe provoquent l’hilarité ce que la traductrice à chercher à rendre avec une grande réussite. 

Le tableau de la société provinciale russe est subversif et inoubliable. La satire est dure mais aussi loufoque ce qui adoucit un peu le trait.

 

 

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                     Au dessus de Vitebsk - Marc Chagall

 

Les illustrations de Marc Chagall sont parfaites et Anne Coldefy-Faucard nous dit que sans doute le peintre reconnu sous la ville de N...de Gogol le Vitebsk qu’il a connu.

 

 

Voici la voix de Nabokov qui conteste le caractère russe du roman.

« Il serait aussi vain de chercher dans les Âmes mortes un arrière plan russe authentique que d’essayer de se faire une idée du Danemark à partir de la mince affaire qui se déroula jadis dans les brumes d’Elseneur. »

 

Mais s’incline devant la richesse du roman.

« Les Âmes mortes offrent au lecteur attentif une collection d’âmes bouffies (..) décrites avec brio (..) et cette foison de détails singuliers qui élèvent l’oeuvre au niveau d’un fantastique poème épique » 

 

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Les livres

Les âmes mortes - Nicolaï Gogol - Illustré par Marc Chagall - Traduction de Anne Coldefy-Faucard -Editions du Cherche-midi 2009

Littératures - Vladimir Nabokov - Editions Bouquins Robert Laffont

 

L'auteur (source l'éditeur)

220px-Портрет_Гоголя.jpgAprès des études médiocres, il s'établit à dix-neuf ans à Saint-Pétersbourg, où il trouve une place d'expéditionnaire dans un ministère. Instable, il abandonne bientôt son emploi et se met à écrire. Il se lie alors avec Pouchkine, qui sera pour lui un excellent conseiller. Un roman, Tarass Boulba, lui vaut une chaire d'histoire à l'université de Saint-Pétersbourg. 

Gogol donne alors une série de nouvelles pétersbourgeoises qui mettent l'accent sur le divorce existant entre le rêve et la réalité. De 1841 date son chef-d'oeuvre, qui introduisit le thème de la pitié sociale dans la littérature russe, Le Manteau. En 1841, il rentre en Russie pour la publication de son roman Les âmes mortes dont la seconde partie ne fut pas publiée. 

En 1848, il part pour Jérusalem afin de travailler, dit-il, à sa perfection spirituelle. Il en revient dans un état d'exaltation religieuse extraordinaire, et mène désormais une vie de prière et de jeûne. Épuisé, il meurt d'une fièvre typhoïde en 1852.

Commentaires

  • Comme toi, je l'ai lu il y a longtemps. Mais où trouver le temps de lire tout ce qui fait envie aujourd'hui et de relire ce que l'on a découvert trop jeune ? Ou du moins, qui mérite d'être revu avec plus de maturité.

  • @ Aifelle : je fais l'impasse sur beaucoup de romans récents car je suis souvent déçue et après une déception je retourne à des textes plus "sûrs"
    On évolue beaucoup au fil du temps et ce roman que je n'avais ni aimé ni compris a vraiment gagné à être relu

  • Très beau billet!passionnant et comme Aifelle, j'aimerais relire ce roman. Il me faudra donc faire des choix :)

  • @ Louise : certains lecteurs ne relisent pratiquement jamais, je suis tout à l'opposé et je choisis parfois relecture plutôt que lecture nouvelle

  • Tu me motives également, et moi (aïe, je ressors ma boite à lacunes), je ne l'ai pas lu, donc j'ai tout intérêt à le faire; et à te lire, je sens que ça va beaucoup me plaire !

  • @ Laure : pas de regrets car je crois que c'est un roman qui demande d'avoir déjà pas mal lu avant pour se faire apprécier

  • J'avais aimé Les âmes mortes en un temps lointain où je dévorais les grands Russes. Ce conte de l'absurde changeait effectivement des immenses mais impressionnants auteurs que tu évoques. A ce moment de ma vie je n'ai encore pratiquement relu aucun livre quelqu'il soit. Il y en a tant.Illustré par Chagall ce doit être un régal. Merci et à bientôt.

  • @ Eeguab : je suis épatée quand tu dis que tu ne relis pas, je n'arrive pas à m'en empêcher et tant pis pour ce que je ne lis pas de nouveau
    peut être bien un effet de l'âge :-)

  • Je pense que je l'avais lu trop jeune. Je n'avais trouvé aucun sens à cette histoire .
    Je n'avais pas su "capter " le génie de Gogol à l'époque
    Peut être devrais-je le relire mais il y en a tant à lire et jamais que 24h dans une journée

  • @ Aloïs : tu as du comme moi passer à côté, cela dit même aujourd'hui parfois la prose de Gogol apparait trop pleine, les élucubrations trop ahurissantes mais on entre bien dans le récit et l'on rit, certes un peu jaune parfois, les similitudes avec nos politiques sont ....surprenantes

  • Illustré par Chagall ! Mon exemplaire est un petit livre souple de la collection "L'école des lettres" (Seuil). Je viens de l'ouvrir sur ce passage enthousiaste près de la fin où Gogol, après un hymne à la Russie, fait ce bel éloge du voyage : "Dieu, que tu peux être belle, route lointaine ! Que de fois, comme un homme qui se noie, à la dernière extrémité, j'ai eu recours à toi, et tu m'as toujours sauvé ! Que de belles pensées, que de rêves poétiques, d'impressions merveilleuses ai-je connus en te parcourant."

  • @ Tania : la traduction de mon exemplaire donne un texte final un peu différent mais guère, on éprouve une même sensation d'amour pour la terre russe.

  • Finalement cette deuxième lecture t'a plus parlé?

  • @ Keisha : totalement, comme quoi les jugements à l'emporte pièce sont mal venus !

  • Les âmes mortes illustrées par Chagall cela me fait envie et me les ferait sans doute relire. J'en garde un bon souvenir et j'aimerais relire ce livre comme bien d'autres... Et le problème c'est qu'il y en a beaucoup de nouveaux à découvrir. Grave dilemme !!!!

  • @ nadejda : dilemme partagé par plus d'un lecteur ! je n'avais plus sous la main mon livre de poche aussi cette édition s'est un peu imposée et je ne le regrette pas : les dessins de Chagall sont drôles et illustrent à merveille le texte très vivant

  • A relire! Les illustrations de Chagall sont superbe

  • @ miriam : superbes et tellement adaptées au texte qu'elles sembles sorties de l'imaginaire de Gogol

  • La description des caractères de ces âmes mortes rappelle étrangement celle de nos politiques :-)!

  • @ Pascale : aucun effort à faire pour transposer en effet et c'est pire encore dans sa pièce de théâtre Le Revizor

  • Le relire, j'aimerais bien mais il y en a tellement à lire !!!
    Aurais-je assez de temps ?

  • @ Enitram : non définitivement non on a pas le temps pour tout mais voilà tant pis je choisis souvent la relecture

  • Cette version a l'air très belle. J'avoue ne l'avoir jamais lu, il faudrait que je tente, mais j'ai un peu de mal avec la littérature russe du XIXème...

  • @ Kathel : si tu as du mal il vaut mieux commencer par Tchékhov c'est plus soft et plus proche de nous

  • Je l'ai lu moi aussi il y a longtemps. Gogol a l'art de de pratiquer l'absurde,l'humour et la cruauté. Ces critiques sociales sont féroces.

  • @ Claudialucia : la férocité est là c'est certain et il s'en donne à coeur joie

  • PS : c'est vrai que ce tableau de Chagall paraît être fait pour le livre!

  • @ Claudialucia : Chagall a une parenté certaine avec Gogol, le côté un peu fou et parfois délirant de certains de ses tableaux

  • Est-ce normal qu'aucun de mes deux messages ne soient publiés?

  • @ Claudialucia : si si tout est là , hautetfort devait être en mode ralenti

  • Merci pour ce billet complet et bien illustré sur un grand classique russe.
    Il y a vraiment du Chagall dans ce Gogol là.

  • @ christw : comme l'on dit : les deux font la pair

  • Bonjour Dominique, j'ai lu ce roman il y a plusieurs années, j'avais adoré. J'ai avais aimé le ton et l'histoire et puis c'est facile à lire. Je le conseille encore et toujours. Bon dimanche.

  • @ Dasola : ah voilà une adepte, tu vois j'ai mis longtemps à l'apprécier mais maintenant je suis fan :-)

  • J'ai lu un seul ouvrage de cet auteur et connais trop peu la littérature russe... j'avais justement envie, devant l'arrivée de l'hiver, de lire un petit Tolstoï !

  • @ Margotte : alors regarde du côté de Maître et serviteur si tu ne l'as pas lu

  • Gogol est un souvenir vraiment lointain, ma mémoire volatile me joue encore des tours, qu'ai-je lu à l'époque de cet auteur ? Je ne sais plus... Lumineuse journée Dominique. brigitte

  • @ plumes d'Anges : mémoire à trous peut être ? bienvenue dans le monde troué des lecteurs compulsifs

  • Jamais lu, j'ai honte, honte!
    Mais...mais ton super billet me pousse à ne pas tarder plus d'une minute à le chercher (et trouver, hihihi)!
    magnifiques illustrations, tu es la meilleure!!!

  • @ Colo : non pas honte rien que du plaisir à la pensée de découvrir quelque chose

  • Ah, malheur, je l'ai commencé et en ai lu plus de la moitié...et je ne fais que ça...lire!!! Magnifique, passionnant et des descriptions d'une précision et justesse...j'y retourne, hihihi

  • je me souviens très bien de mon émerveillement à la lecture de ce livre. J'étais étudiante et ne m'attendais pas à un livre aussi vivant, profond et léger à la fois! J'avais adoré! Je voudrais le relire, tiens!

  • @ Mango : moi je l'avais raté ma première lecture mais celle ci m'a enchanté, c'est effectivement tourbillonnant de vie

  • Ah , voilà le seul grand classique russe qui ne me plaisait pas du temps où j'étais une fan absolue de Dostoïevski , il va donc falloir y retourner!

  • @ luocine : selon le moment où tu l'as lu ton avis peut changer

  • J'aime bien apprendre plein de choses quand je viens chez vous. Ainsi, aujourd'hui, qu'il existe une édition des Ames mortes illustrée par Chagall.
    Merci et bonne journée.

  • @ Bonheur du jour : une jolie édition en effet

  • Je n'ai encore jamais lu ce titre. Savoir qu'il a été illustré par Chagall, hum, je t'envie cet exemplaire !

  • @ Marilyne : parfois on est content quand un livre de poche rend l'âme

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