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Littérature russe - Page 9

  • La librairie des écrivains - Mikhaïl Ossorguine

    Gardiens des livres - Mikhaïl Ossorguine - Traduit par Sophie Benech - Editions Interférences

    gardiens.gifParfois quelques minutes volées au temps vous rendent très heureux.
    Lors de la journée passée au salon du livre, en fin d’après midi quand tout le monde se presse pour faire des photos, pour apercevoir tel auteur à succès, j’ai flâné chez les petits éditeurs, ceux où il n’y a pas foule, pas de grand nom qui dédicace.
    Attirée par les couvertures magnifiques des éditions Interférences, j’ai feuilleté et emporté 3 petits livres, celui-ci est le premier lu et je souhaite vous faire partager mon plaisir et mon émotion.

    Tout d’abord il ne s’agit pas d’un livre à la mode, ni de ces livres distribués largement à tous les chroniqueurs de blogs et de Navarre pour qu’ils en fassent un compte rendu dithyrambique...non c’est un petit volume datant de 1994, qui dit en quelques pages comment dans la tourmente de la révolution russe, quelques écrivains ont tenu ouverte une librairie, se sont organiser pour venir en aide à des écrivains démunis, ont permis à des propriétaires de bibliothèques de vendre leurs livres et ainsi d’échapper pour un temps à la famine.

    Mickaïl Ossorguine raconte comment un petit groupe va faire vivre cette « Librairie des écrivains »

     

     

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    Mikhaïl Ossorguine (à gauche) en exil à Paris

    Il le raconte avec une simplicité pudique, à ceux qui s’étonneraient de la tolérance des autorités, Ossorguine répond

    « pourquoi nous tolérait-on ? Sans doute parce qu’au début, nous étions passés inaperçus, ensuite, on ne comprit pas très bien quelle sorte d’institution nous étions, ou peut-être estima-t-on malséant de s’en prendre à des écrivains travaillant sur les bases d’une coopérative sans employer de salariés. Une fois que la librairie eut acquis sa popularité, on la toléra par inertie, tout simplement. »

    L’inflation les obligeait à changer le prix de livre chaque jour aussi l’inscrivaient-ils au crayon et convertissaient-ils les prix devenus fous en denrée alimentaire, le livre valait une livre de farine, un litre d’huile.
    L’argent étant uniquement consacré à acheter des livres, l’aménagement de la librairie recourait au système D.


    « Un menuisier fabriqua d’après nos plans des bibliothèques pour lesquelles nous extorquâmes des planches à une coopérative. Sur les rayonnages s’alignèrent des livres transportés à dos d’homme, certains venant de maisons d’édition survivant encore, d’autres de chez nous – de nos réserves, dont nous étions contraints de nous séparer – d’autres enfin de chez des amis. En guise de caisse, une boîte en carton, en guise de vitrine, une planche inclinée devant une fenêtre qui se couvrait de givre le soir et se réchauffait vaguement au matin. »
    Mais qu’on ne s’y trompe pas c’était une vraie librairie :  « Les classiques, russes et étrangers, occupaient à eux seuls une pièce entière. »

    marina.jpgOssorguine agrémente son histoire d’anecdotes parfois cocasses ou émouvantes et dresse en annexe la liste des livres publiés par la libraire en effet lorsque papier et la possibilité d’imprimer ont disparus, les écrivains vont vendre leurs livres sous forme de manuscrits, formidables défis et volonté hors du commun.

    vous trouverez en fin de volume des reproductions d’illustrations et des fac-similés en particulier des poèmes de Marina Tsvétaïeva ainsi publiés.

     

    Faites une place à ce livre, hommage magnifique aux écrivains, aux libraires et à tous les amoureux des livres, de la poésie et de la littérature.

    Une pièce de théâtre à vue le jour inspirée par le livre

     

  • Sur mon Père

    sur mon pere.gifSur mon père - Tatiana Tolstoi - Editions Allia

    Cette petite collection Allia recèle des trésors, voici un livre écrit en français par la fille aînée de Tolstoï en 1928 Inspiré par ses souvenirs d’enfance, ce récit intimiste, s’appuie sur les lettres familiales, les passages des journaux intimes du couple Tolstoï.

    Le mariage de Sophia et Léon Tolstoï fut heureux pendant environ vingt ans, treize enfants sont nés de cette union, Sophia a abandonné une vie brillante à Moscou par amour pour son époux, pour le soutenir et l’aider dans la conduite du domaine d’ Iasnaïa Poliana et dans ses travaux littéraires.
    Dès le début du mariage l’écrivain est absorbé totalement par l’écriture de « La Guerre et la Paix », sa femme s’occupe de mettre au propre les écrits de la journée.
    Leurs caractères sont opposés, l’une est pessimiste, facilement découragée, jalouse, l’autre est un optimiste forcené animé d’un puissant désir d’être bon et tenaillé par une quête spirituelle.
    L’une regrette la vie à Moscou, l’autre voudrait vivre au milieu des paysans ...

    Lorsque survient chez Léon Tolstoï un crise mystique, religieuse, crise existentielle et morale, elle rencontre l incompréhension de son épouse. épuisée par ses grossesses et par la mort d’un de ses enfants. Et le couple se déchire.

    Tatiana montre bien les problèmes de communication entre ces deux êtres et les enfants témoins de scènes violentes et douloureuses. Tolstoi est torturé et il veut appliquer ses croyances, vivre à la hauteur de ses idéaux, Il va se défaire de toute propriété, faire don de tous ses biens à ses héritiers en accord avec ses convictions, renoncer à ses droits d’auteur. La rupture est consommée.

    le portrait fait par Tatiana est loin de celui de quasi mégère dont on affubla Sophia Tolstoi, elle nous dit tous les sacrifices supportés par sa mère, et la vie difficile aux côtés d’un grand homme. En même temps elle est très proche de son père et tente de comprendre ses convictions
    « Un drame est un vrai drame quand il n’y a pas de coupable mais que la situation vous conduit à une impasse » dit-elle

    Les dernières pages témoignent de l’étrangeté des derniers jours du célèbre écrivain avec pudeur et tendresse. Témoignage émouvant et sincère, écrit avec beaucoup de justesse et d’amour pour ses parents. Si elle prend la parole c’est pour défendre sa famille, pour rétablir la vérité sur les relations qu’ont entretenus ses parents, c’est une réhabilitation pour sa mère qu’elle souhaite et qu’elle obtient car ce petit livre éclaire d’une lumière nouvelle la vie d’une famille au côté d’un génie.

    Faites une place à ce petit livre dans votre bibliothèque

     

    Domaine des tolstoi.JPG


    Pour poursuivre votre lecture visiter le domaine des Tolstoï Iasnaïa Poliana en Ukraine et faites un tour sur le blog de Tania qui en parle très bien

  • La vie d'arséniev

    la vie d'arseniev.jpgLa vie d'Arséniev - Yvan Bounine - Editions Bartillat

    L’hiver est la meilleure période pour entreprendre un voyage dans la steppe russe, une troïka, des fourrures et à l’arrivée un énorme samovar.
    C’est ce que je vous propose à travers « la vie d’Arséniev » les souvenirs de jeunesse d’un héros qui ressemble comme un frère à Yvan Bounine.

    la Russie impériale jette ses derniers feux et nous voilà au sein d’une famille de la noblesse terrienne avec sespersonnages hauts en couleurs et attachants.

    La mère effacée, le père qui dilapide au jeu la fortune familiale sans que jamais personne ne semble lui en tenir rigueur, les frères contraints d’aller chercher fortune au loin les soeurs ombres fugitives à peine évoquées.

    L’on suit les tribulations de la famille au gré des pertes de jeu, des héritages, des récoltes, des désastres naturels, des fêtes religieuses, des voyages.
    Le héros dès l’enfance est d’une sensibilité exacerbée, il se tourne à l’adolescence vers l’écriture, la poésie.

    Le récit est fait de petites scènes, de tableaux de la vie russe et de descriptions d’une nature omniprésente.
    La vie campagnarde, les travaux des champs, le passage des saisons, l’antique demeure, les senteurs , les couleurs sont superbement restitués.
    Les descriptions de la nature sont lumineuses, chaleureuses et empreintes d’une grande mélancolie. La mort est très présente aussi, angoissante et marquée de mysticisme ( les fêtes religieuses, les icônes russes ...)

    Lorsque Yvan Bounine écrit « la vie d’Arséniev » il est en exil en France et le monde décrit dans son roman a disparu, balayé par l’histoire. Il sait nous communiquer l’amour de sa patrie, et grâce à une écriture pleine de poésie et de sensualité on est gagné par l’émotion.
    La magie a opéré, j’ai ressenti de façon poignante, la perte, la nostalgie, l’atmosphère d’un bonheur définitivement perdu.

    Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque.



    L’auteur
    Ivan Bounine, prix Nobel de littérature en 1933, a écrit Le Village (1909), Le Monsieur de San Francisco (1915), La Nuit (1925), il composa en exil en France des nouvelles recueillies dans Les Allées sombres.
    Il fait partie des figures emblématiques de l'émigration russe et ses écrits sont des classiques de la littérature de ce pays.


    Extrait
    « A commencer par cette campagne perdue au fond de laquelle s’est déroulée ma petite enfance. Des champs déserts, un manoir solitaire au milieu...L’hiver, un océan de neige à l’infini, l’été, un océan de blé, d’herbes et de fleurs...Et le perpétuel silence de ces champs, leur étrange mutisme..Mais une marmotte ou une hirondelle sont-elles tristes dans un trou perdu plein de silence? Non elles ne demandent rien, ne s’étonnent de rien, elle ne sentent pas cette présence secrète que l’âme humaine perçoit dans le monde qui l’entoure, elles ne connaissent ni l’appel des espaces ni la course du temps. »