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  • En découdre avec le pré sur Philippe Jaccottet - Miche Crépu

    Sur le pré

     

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    Un petit essai éclatant d’admiration et d’émotion que Michel Crépu fait partager ici dans cet opuscule au titre combattant.

     

    Comment exprimer l’admiration que l’on ressent pour l’oeuvre d’un poète ? Comment raconter la trajectoire qui nous a mené à lui ? 

    Michel Crépu remonte le temps pour se souvenir de sa première rencontre avec Philippe Jaccottet  « Je pris la Semaison et j’entrais ainsi dans cette oeuvre qui ne m’a pas quitté depuis. »

     

    Cette voix nouvelle, cette relation à la nature, à la beauté et au langage de Jaccottet est une expérience forte et un enchantement.

    Il aime dire que les écrits de Jaccottet sont des enquêtes «  le poète Jaccottien tient du détective. Ses promenades, ses rêveries sont des enquêtes »

    Il s’agit des les comprendre, de capter le sens d’un poème, de rendre compte de l’émotion sans tomber dans le dithyrambe ou l’emphase.

    Il nous ouvre les portes de Philippe Jaccottet poète, traducteur et passeur de poésie « De combien de poètes pourrions-nous dire qu’ils ont si bien parlé des autres ? » demande Michel Crépu. 

     

     

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    Son sentiment personnel est fort, il le revendique « Si je cherche à mettre un mot sur l’émotion de mes premières lectures de Jaccottet, c’est l’expression de condition humaine qui me vient à l’esprit et je voudrais bien voir qu’on m’interdise de l’utiliser encore. » 

     

    Il parle d’expérience spirituelle, d’expérience d’enchantement, ce n’est en rien un décorticage de l’oeuvre, une interprétation érudite, non c’est plutôt une transcription de sensations, un parcours en amitié poétique.

    Après toutes ces années de proximité avec le poète ce qui le touche c’est que chez Jaccottet « la simplicité puisse aller ici aussi aisément de pair avec le raffinement, l’élégance »

     

    Au fil des pages vous aurez besoin d’avoir sous les yeux La Semaison ou mon préféré La promenade sous les arbres et bien sûr L’entretien des muses.

    Votre envie de lire Philippe Jaccottet se fera prégnante.

     

    Témoignage d’une « amitié de lecture » ce petit livre rend aussi compte des interruptions ou des éloignements que Michel Crépu a pu connaitre dans sa relation avec le poète  mais qui, toujours, est resté son poète de chevet qui lui donne le « sentiment (…) d’être fortifié ».

     

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    Si vous voulez entendre Philippe Jaccottet, le mieux comprendre, approfondir sa lecture, ce petit livre est celui qu’il vous faut.

     

    Le livre : En découdre avec le pré - Michel Crépu - Editions des Crépuscules

  • Les hautes herbes - Hubert Voignier

    Printemps des poètes 2013

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    C’est d’abord un bel objet que ce livre, c’est ce qui le fait prendre en main dès qu’on le voit. 

    Une couverture à la fois d’une grande simplicité et d’une grande recherche. La texture de la couverture, le choix des verts pour l’impression et les dessins légers d’Estelle Aguelon qui illustrent le texte. 

    La poésie est déjà présente.

    Le mondes des herbes s’ouvre pour nous.

     « Aller à la découverte des hautes herbes, au détour de paysages » se laisser saisir par la diversité des couleurs et accepter de céder à la tentation de s’enfoncer et de s’égarer dit le poète parmi ces plantes, ces hautes herbes.

     

    Chercher tous les lieux où elles croissent, dans la campagne, les jardins, les talus, les bords des routes

     

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    « sous les vergers sans âge, dans les prairies en pente »

     

    Cette recherche « est un bonheur comparable à celui de se lever tôt pour constater que le soleil règne en maître absolu sur la campagne, avant que ses rayons, frappant de plein fouet les yeux du promeneur matinal, à peine éveillé, ne le jettent, l'esprit à moitié sonné, sur le carreau éblouissant des routes… »

     

    Pourquoi ne pas se laisser envahir par cette « prolifération végétale » et déambuler, s’ouvrir « aux sensations d’odeurs, de touchers, aux bruissements minuscules et aux froissements et tintements de toute forme d’herbes »

     

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    Albrecht Dûrer

    « Les hautes herbes sont un corps entier et complexe, une unité multiple à déchiffrer dans la continuité du visible. »

     

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    « On aimerait bien, suivant les traces de Rousseau à l’île Saint-Pierre ou bien celle d’Hugo à Guernesey, s’attacher simplement à énumérer et à décrire de façon exhaustive les différentes sortes de plantes graminées et de fleurs présentes dans un coin donné. »

     

    Ce petit livre, cinquante pages tout au plus, est superbe, c'est « une parenthèse lyrique et magnifique, élaborée et érudite » qui invite en cette fin d’hiver à retrouver la vie, la fertilité, le jaillissement d’une praire, d’un jardin car nous dit le poète « les hautes herbes mènent réellement au seuil d'un pays intérieur, ouvrent la voie à une autre dimension, un envers ou un endroit confiné du monde. »

     

    Si vous aimez la poésie faites une place à ce livre dans votre bibliothèque

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    Le livre : Les Hautes herbes - Hubert Voignier - Illustrations Estelle Aguelon - Cheyne Editeur 2011

  • L'Autre vie d'Orwell - Jean-Pierre Martin

    L'auteur et son héros

     

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    Un grand saut dans le temps pour passer du siècle des guerres de religion à un auteur du XXème siècle.

    Si un auteur est emblématique de ce siècle tourmenté c’est bien George Orwell. 

     

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    L’essai de Jean-Pierre Martin n’est pas une biographie, c'est le récit de quelques mois de la vie d'un homme.

    C’est un écrivain en marge, ses prises de position antifascistes, sa participation et ses écrits sur la Guerre d’Espagne l’on rendu à la fois connu mais aussi impopulaire car à contre courant. 

    Les journaux lui refusent ses articles, il a pris position pour l’indépendance de l’Inde, il affiche un anti stalinisme très peu orthodoxe pour l’époque. 

    C’est un homme fatigué, il vient de perdre sa femme, il est marqué par la tuberculose qui finira pas l’emporter et en 1946 il éprouve le besoins de vivre à l’écart du monde pour pouvoir se consacrer à l’écriture. 

     

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    Il choisit pour sa retraite l’île de Jura en Ecosse, une île loin de tout, le voyage prend plusieurs jours, de bateau en bateau, de petites routes en chemins. 

    Il va vivre environ deux ans dans la ferme de Barnhill, une île envahie par les cerfs et très peu peuplée mais qui fabrique un Single Malt très prisé des connaisseurs.

    Chose plus étrange encore Orwell s’installe sur l’île avec un très jeune enfant, son fils adoptif alors que la maison est tout juste habitable : pas de chauffage, pas d’électricité ...

    Il va réinventer sa vie, se transformer en agriculteur, il sème, il plante, il retourne la terre, il crée un poulailler, achète une vache, crée un potager, se fait menuiser, plombier, bref en quelques semaines il peut vivre en autarcie.  La soeur d’Orwell et quelques amis feront le voyage jusqu’à Barnhill.

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                                         Barnhill farm

     

    Un très bel essai qui révèle une facette de cet écrivain surprenante et qui s’interroge sur les raisons de ce retrait.

    JP Martin a tenté de comprendre cette volonté de vivre loin de tout, coupé du monde, il s’est rendu à Jura et il dit :

    « maintenant que je peux imaginer l'homme oscillant entre la main à plume et la main à charrue, entre la chambre où s'invente Big Brother et cette vie du dehors livrée aux éléments, à l'écart de l'Histoire, je ne vois pas davantage de raison majeure, de raison tout court qui l'emporterait, qui puisse justifier cette fugue, mis à part ce qui dépasse la raison, une pulsion profonde, une intériorité exigeante, radicale »

     

    L’auteur nous permet de voir vivre Orwell, échapper ainsi à la pression de Londres, aux polémiques, aux demandes en tous genres. Il nous le montre heureux de s’occuper de son fils Richard et peu gêné par la rudesse des conditions de vie, s’adonnant à la chasse et à la pêche pour améliorer l’ordinaire. 

    Un temps de pose où il redevient Eric Blair avant que la maladie le rattrape.

     

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    Lisez cet essai qui donne fortement envie de lire une biographique de George Orwell et de le retrouver sur le Quai de Wigan ou en Catalogne

     

    Dans cette même collection vous pouvez retrouver le livre de Pierre Bergounioux sur Faulkner chez Marque-pages

     

    Le livre : L’Autre vie d’Orwell - Jean-Pierre Martin - Editions Gallimard L’un et l’autre 

  • Et qu'un seul soit l'ami La Boétie - Jean-Michel Delacomptée

    L'un et l'autre : Montaigne et La Boétie

     

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                                           Sarlat maison de La Boétie

     

    Dans une courte présentation de ce livre Olivier Barrault parle de fraternité d’élection pour cette collection on peut étendre l’expression à l’amitié dont il est question ici.

    L’amitié de Montaigne et La Boétie tient de la légende pourtant La Boétie reste un peu mystérieux, seul persiste son Discours sur la servitude volontaire. 

     

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                                     "Parce que c'était lui "   © Pascal Moulin

     

    Jean-Michel Delacomptée se dit insatisfait des protestations d’amour de Montaigne pour La Boétie, il revient ici  sur la personnalité et la vie de La Boétie et sa rencontre avec Montaigne.

    La Boétie était laid mais pourtant « jouissait d’une autorité naturelle qui, malgré sa modestie, le portait sur le devant » 

    C’est un beau personnage ! une « extrême droiture » et un « extrême souci du bien public ». 

    On ne sait pas précisément ce qui le poussa à écrire et plusieurs hypothèses sont envisagées mais les convulsions de l’époque sont nombreuses et trois évènements peuvent être à l’origine du Discours : un soulèvement des gabelous en Guyenne écrasé dans le sang,  la condamnation au bûcher d’Anne du Bourg conseiller au Parlement, les abus d’autorité du roi. 

    Son Discours sera repris ensuite par les protestants comme un étendard pour leur cause et la défense de leurs droits.

     

    La Boétie et Montaigne ont à peu de chose près le même âge, entre un gentilhomme campagnard qui est encore loin de l’homme de lettres et ce « Rimbaud de la pensée » qui écrivit à 20 ans un texte subversif qui aujourd’hui encore réveille les passion, l’amitié naît dès la première rencontre « toujours la seule qui compte. Si elle imprime en nous, si elle nous dicte sa loi, c’est que l’amitié, comme l’amour, consiste en une fidélité à une émotion initiale, à une grâce, manière de figer le temps en se restant identique à soi-même ».

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                                         "Parce que c'était moi"

     

    Une amitié qui « tend à la fusion des biens et des mots ». Une amitié floue car « jamais Montaigne ne décrit concrètement un moment qu’ils auraient partagé, un épisode, un acte, un décor, des propos quotidiens » 

    L’auteur nous dit que chez Montaigne, La Boétie n’est qu’un esprit « c’est le pur esprit d’une amitié pure »

    Il occupera finalement une place assez réduite dans les essais, le superbe chapitre sur l’amitié et le récit de son agonie. 

    Une amitié de peu d’années qui laissera à Montaigne l’écriture en héritage, un héritier qui sera alors capable dit Jean-Michel Delacomptée « de passer du lui au moi »

     

    Un très bel essai qui éclaire la personnalité de celui qui fut « l’ami parfait ».

     

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    Le livre : Et qu'un seul soit l'ami  La Boétie - Jean-Michel Delacomptée - Editions Gallimard l'un et l'autre