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  • Les roses de Samode - Serge Airoldi

    A mi-chemin de la poésie, du récit de voyage, des réminiscences de l’enfance, ce livre doucement mélancolique invite à rêver, à se replonger dans le bonheur et la gravité des souvenirs.

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    Un lien existe entre le voyage en Inde de l’auteur et son enfance, les roses, les roses qui « embaumaient l’air » dont sa grand-mère faisait des bouquets semés dans toute la maison « dans sa chambre, près du missel ».
    Les pétales de roses que sa grand-mère éparpillait et glissait dans des endroits secrets « auge des vaches, dessus de l’armoire, tas de bûches » ces pétales de roses qu’il va retrouver à Samode comme si les lieux de l’enfance et ceux du voyage pouvaient dialoguer par dessus les mers et le temps.

     

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    C’est un livre nostalgique que celui-là, il tisse les brins de la mémoire ensemble, les rassemble et en fait un réseau secret où l’enfance répond au monde d’aujourd’hui, où la tendresse d’une grand-mère reste une musique indispensable devant les dureté des visions de l’Inde, où les paysages de l’enfance sont remplacés par « un minaret, des coupoles et des temples » souvenirs d’autres voyages « de Pienza à Jaïpur »
    La disparition d’un ami trouve son écho dans un bûcher funèbre indien près du Taj Mahal.

    J’ai tout aimé, la poésie, le voyage, les mots, la  « beauté altière » du récit. Un livre que l’on range dans un coin secret de sa bibliothèque pour le rouvrir un soir où le parfum des roses réveillera le souvenir.

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    Le livre : Les roses de Samode - Serge Airoldi -Cheyne Editeur

  • Eloge de l'ombre

     

                       陰翳礼讃

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    Jardins de Kyoto


    D’aucuns diront que la fallacieuse beauté créée par la pénombre n’est pas la beauté authentique. Toutefois, ainsi que je le disais plus haut, nous autres Orientaux nous créons de la beauté en faisant naître des ombres dans des endroits par eux-mêmes insignifiants.

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    Paravent à six feuilles en laque noir décoré au laque d'or. Canton, 18ème siècle

    Je crois que le beau n’est pas une substance en soi, mais rien qu’un dessin d’ombres, qu’un jeu de clair-obscur produit par la juxtaposition de substances diverses. De même qu’une pierre phosphorescente qui, placée dans l’obscurité émet un rayonnement, perd, exposée au plein jour, toute sa fascination de joyau précieux, de même le beau perd son existence si l’on supprime les effets d’ombre.

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    En fait, la beauté d’une pièce d’habitation japonaise, produite uniquement par un jeu sur le degré d’opacité de l’ombre, se passe de tout accessoire.

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     ''La cuisine japonaise, a-t-on pu dire, n'est pas chose qui se mange, mais chose qui se regarde ; dans un cas comme celui-là, je serais tenté de dire: qui se regarde, et mieux encore, qui se médite !''


    Le livre : Eloge de l'ombre - Junichirô Tanizaki - Editions  Verdier

  • La Berge des rennes déchus - Jovnna-Ánde Vest

    Voyage au pays Same

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    Les lectures faites dans l’enfance sont de celles que l’on oublie pas, Frison-Roche m’avait emporté chez les sames il y a bien longtemps et j’ai fait avec lui un voyage au pays des lapons (Le rapt et La Dernière migration) romans sans doute un peu folkloriques mais que je n’ai jamais oublié.
    Me revoilà  aujourd’hui en Laponie Finlandaise avec un auteur né dans le petit village de Roavesavvon.
    Jovnna-Ande Vest nous fait franchir d’un bond le temps et l’espace, il nous introduit dans une société de l’immédiate après-guerre loin au nord du nord.
    C’est son père le héros de ce récit largement autobiographique, un père pour le moins extraordinaire, aimé et honni à la fois par son fils.
    Loin de l’attachement permanent aux traditions, ce père est un précurseur, lui le lapon qui vit et fait vivre sa famille de la pêche au saumon, de l’élevage des rennes est en même temps un passionné fou de technique et de modernité « Il était porté par la fascination fantasque du progrès technique. »

    La fascination du père s’exerce d’abord sur une moto, mais la fièvre le tient et il passe ensuite à des voitures pour lesquelles il lui faut tenter cinq fois le permis car « Il réussissait chaque fois l’épreuve écrite, mais quand on abordait la conduite les choses se gâtaient. »
    Bien sûr il a le premier magnétophone à cassettes, il apprend le suédois à distance, fait l’acquisition d’une machine à écrire. Mais la modernité a un prix : l’incendie de la maison « En somme, nous avions gagné la lumière, mais le feu détruisit nos habitations. »
    Même dans les activités traditionnelles, comme la cueillette des mûres arctiques, le père est un incorrigible rebelle :

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    « Papa était un cueilleur de moréales hors pair, mais je ne me rappelle pas qu’il ait une seule fois rempli un seau d’airelles ou de myrtilles au point d’en recouvrir le fond.(...) On connaissait bien sûr des marais dans lesquels il poussait toujours des moréales, pour peu que ce fût une bonne année à moréales. Mais ces marais-là n’intéressaient guère mon père. Il voulait chercher et découvrir lui-même ses coins à moréales. Du fait de son obstination, plus d’une moréale a échappé à notre cueillette. »

    D’essai en fiasco total, le père curieux impénitent entraîne sa famille dans ses tribulations. Se dessine une vie marquée par la fracture entre traditions et vie nouvelle, entre regrets et espoir.

    J’ai beaucoup aimé ce récit-témoignage, entre conte drôlatique et souvenirs émouvants, entre histoires truculentes et péripéties pitoyables. La langue dont la traduction est assurée par l’épouse de l’auteur, spécialiste des langues nordiques, est riche, inventive et reflète la truculence du personnage.
    Souhaitons que l'éditeur publie la trilogie du même auteur.

    Le livre : La berge des rennes déchus - Jovnna-Ande Vest - Traduit par Jocelyne Fernandez-Vest - Editions Cénomane

    Vest-Jovnna-Ande.jpgL’auteur : Né en 1948, en Laponie finlandaise, Jovnna-Ánde Vest est écrivain et traducteur. Son premier roman, La berge des rennes déchus (1988), est aussi le premier traduit en français. Sa trilogie Les héritiers (Árbbolaččat, 1997-2006), a été nommée en 2006 pour le Prix de Littérature du Conseil Nordique. Vest a traduit en same plusieurs romans d’écrivains finnois et scandinaves, dont ceux de Timo K. Mukka.(source l’éditeur)