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  • Les arbres et la forêt

    Dire que l’arbre est, de tous les objets que produit la terre, le plus grand et le plus beau n’est pas lui faire un éloge exagéré.


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    L’une des beautés du peuplier d’Italie, et qu’il est presque le seul à prodiguer, tient à la ligne ondoyonte que le vent lui fait décrire. La plupart des arbres, dans la même situation, ne sont que partiellement agités, un côté demeurant au repos, tandis que l’autre est pris de mouvement. Mais le peuplier italien ondule d’un seul tenant de la cime au pied, comme une plume d’autruche sur le chapeau d’une dame.

     

     

     

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    La ramure de chaque espèce recèle beaucoup de variété, comme aussi celle de chaque individu. Elle présente tant de lignes élégantes, tant d’oppositions et de riches entrecroisements de toutes parts, qu’il existe peu d’objets naturels d’une beauté comparable à la ramure d’un arbre.
    En été son effet est incontestablement supérieur, mais pour ce qui est de la beauté, et de l’agrément, je crois que je le préfère en hiver.


    Le livre

    Le paysage de la forêt - William Gilpin - Editions Premières Pierres

  • Mon vieux et moi - Pierre Gagnon

    monvieux.gifMon vieux et moi - Pierre Gagnon - Editions Autrement
    C’est la photo qui m’a attiré, il était touchant ce vieux avec son pantalon godaillant et sa cravate de traviole.
    Les vieux je connais pour en avoir soigné pendant quelques années et puis parce que j’y vais vers le vieillesse à une vitesse sidérante et qui me fait peur.
    Le narrateur de cette histoire saugrenue est un jeune retraité qui ne rêve ni " de posséder un bateau ou une maison de campagne " , il a une vieille tante pensionnaire d’une maison de retraite, là il a fait connaissance de Léo et il verrait bien Léo lui tenir compagnie, remplir sa vie, il se dit "Je l’aimerai comme un enfant, sans avoir à l’éduquer" donc c’est décidé et une fois que les tracasseries administratives sont derrière lui le voilà avec un colocataire.
    La vie à deux s’organise " Léo est très agréable à côtoyer, fait jamais la gueule. Volontaire il participe à tout" bien sûr parfois il ne fait rien et reste là sans bouger devant la fenêtre " ça s’appelle vieillir. Jamais on ne raconte ses choses là, bien sûr. Ca n’intéresse personne"
    Les deux hommes s’apprivoisent de parties de cartes en virées au marché aux puces, le partage des tâches "Je fais le café, il grille le pain".

     

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    Oui mais voilà avec les vieux il suffit d’un rien pour que tout bascule " Il a suffi d’une chute et il est devenu vieux" et la vie se fait plus difficile, le quotidien est devenu pesant. Léo ne reconnaît plus ses mains, prend le hamster pour un chat, chantonne toute la nuit, sème de l’urine dans toute la maison.  Les nuits sont longues " Un soir, je me suis allongé près de lui et j'ai lu, à haute voix, Le Vieil Homme et la Mer" notre narrateur est épuisé...parce que c’est dur les vieux, ils  " ne dorment plus la nuit, dorment trop le jour (...) gênent le passage, s’emmerdent, souhaitent mourir et n’y parviennent pas"

    Un tout petit livre qui sans avoir l’air d’y toucher aborde tous les thèmes du plus léger au plus grave. L’humour fait tout passer même le plus difficile.
    A faire lire à tous les enfants qui ont de vieux parents, à tous les parents qui seront de vieux enfants, à toutes les familles, à tous les soignants, bref un livre à déclarer d’utilité publique.



    L’auteur
    Pierre Gagnon est né le 13 mai 1957 à Arthabaska. Il vit à Québec depuis 1960. D’abord musicien, il publie en 2005 5-FU (éditions L’Instant même), qui s’élève en haut du palmarès des meilleures ventes au Québec. Mon vieux et moi est son quatrième livre.

  • Où j'ai laissé mon âme - Jérôme Ferrari

    9782742793204FS.gifOù j’ai laissé mon âme - Jérôme Ferrari - Editions Actes Sud
    Un roman très court à deux personnages. Deux soldats en 1957 en Algérie à l’époque des attentats du FLN et de la mise à contribution de l’armée française pour obtenir des renseignements et arrêter les chefs du FLN à n’importe quel prix.
    Le Capitaine André Degorce, ancien résistant passé par les interrogatoires nazis, héros d’Indochine,  le Lieutenant Andréani, plus jeune, compagnon de captivité du capitaine dans les camps du Viêt-minh avec qui il a des liens très forts.

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    L'armée dans Alger en 1957

    Le roman se déroule durant trois journées, au cours de ces trois jours vont se dévoiler pour chacun des personnages, les sentiments, les convictions, les actions qu’ils mènent, les responsabilités qu’ils portent, le sens que chacun attribue à des mots comme : loyauté, honneur, morale, trahison ou devoir.
    Le Capitaine Degorce catholique pratiquant et ancien déporté, deux raisons de s’opposer à la torture et pourtant de victime il est devenu bourreau, il s’est transformé en tortionnaire. Les lettres à sa femme, la lecture de la Bible ne suffisent plus à lui procurer du réconfort, tiraillé entre son devoir de tout faire pour arrêter les chefs rebelles et ses convictions et une horreur de la torture acquise dans les geôles allemandes, il ne peut se décider. Il donne des conseils glaçants à ses hommes "Messieurs, dit-il,  la souffrance et la peur ne sont pas les seules clés pour ouvrir l'âme humaine. Elles sont parfois inefficaces. N'oubliez pas qu'il en existe d'autres. La nostalgie. L'orgueil. La tristesse. La honte. L'amour. Soyez attentifs à celui qui est en face de vous. Ne vous obstinez pas inutilement. Trouvez la clé. Il y a toujours une clé." Mais fait preuve d’une incompréhensible attitude envers son  prisonnier Tahar Hadj Nacer un des chefs du FLN arrêté grâce à des renseignements obtenus par la torture. Il va même  chercher auprès de lui réconfort et absolution, allant jusqu’à lui faire rendre les honneurs militaires mais... fermant les yeux sur son exécution.

     

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    A la recherche de terroriste

    De l’autre côté écouter Andréani, dans un long monologue il dit toute sa colère et son amertume envers son supérieur, son ami. Il ne le comprend plus. Lui est sûr de son devoir, il revendique ses actions y compris la torture  " Vous vous demandez encore comment il est possible que vous soyez devenu un bourreau, un assassin. Oh, mon capitaine, c'est pourtant la vérité, il n'y a rien d'impossible : vous êtes un bourreau et un assassin. Vous n'y pouvez plus rien, même si vous êtes encore incapable de l'accepter. Le passé disparaît dans l'oubli, mon capitaine, mais rien ne peut le racheter."
    Il explique, il justifie, il y voit son devoir de soldat. Comment pourrait-il rester impassible devant les attentats et leurs victimes, il y a pour lui une logique de la guerre et c’est celle du  "tout est permis" pour atteindre son but. Les prisonniers qui passent par ses mains dans la villa Eugène n’ont à attendre aucune pitié comme ils n’en ont pas eu pour les invités d’une noce tous massacrés ou ces prostituées piégées dans un bordel de la Casbah.
    Il est plein de dépit et se sent trahi par un Degorce pour qui il finit par éprouver de la haine et qu’il invective à travers son monologue, qu’il veut obliger à reconnaiîre ses contradictions, ses lâchetés, sa bassesse

    Quel superbe et douloureux roman, Jérôme Ferrari signe là LE roman de la rentrée, poignant, dense  "porte ouverte sur l'abîme"  pour ces personnages que tout oppose. La brièveté de son roman en augmente la force et nous fait douter de notre propre sentiment.
    Tout naturellement on éprouve une certaine empathie pour Degorce, pour ses errements et sa culpabilité, mais tout l’art de Ferrari est d’inversé le processus et on en vient à préférer l’attitude plus véridique d’Andréani. Rien de manichéen donc mais l’ambivalence qui habite tout homme.
    La construction très aboutie de son roman lui permet de nous faire sentir les tensions intérieures des personnages et leur face à face
    Une lecture forte et exigente, un roman d’une grande profondeur, faites lui une place dans votre bibliothèque
     
    Une interview de l’auteur    le billet de Cathe


    Pour poursuivre : le film de Patrick Rotman  Ennemi intime violences dans la guerre d'Algérie

     

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    jerome ferrari.jpgL'auteur
    Né à Paris en 1968, Jérôme Ferrari, après avoir été, durant quatre ans, professeur de philosophie au lycée
    international d’Alger, vit actuellement en Corse où il enseigne depuis 2007.
    Chez Actes Sud, il a publié quatre romans : Dans le secret (2007), Balco Atlantico (2008), le très remarqué Un dieu un animal (2009, prix Landerneau 2009) et Où j'ai laissé mon âme.