Le temps des bâtisseurs
Au XII ème siècle un moine mandaté par Bernard de Clairvaux se rend à Notre-Dame de Florielle pour organiser la mise en chantier d’une future abbaye.
Il arrive par Avignon et les Alpilles et fait halte à Montmajour.
© ivre de livres
« Le jour de la saint Jean de Damas nous nous sommes arrêtés à Montmajour »
Sur le futur emplacement le défrichement de la forêt a déjà commencé. Le chantier est né. Il est le maître d’oeuvre et va dans les mois qui suivent organiser le travail.
La préparation est ingrate, longue et nécessite l’embauche de tous les corps de métier nécessaires : carriers, forgerons, potiers, bûcherons.
Il faut en premier lieu construire des bâtiments annexes où loger les moines, les convers et tous les ouvriers. Il faut essarter, labourer, semer, créer potager et verger, pressoir et moulin à huile, bergerie et étable, le nécessaire pour assurer la subsistance de tous. Un jardin des simples pour soigner.
Un potier est en charge des tuiles qui couvriront les bâtiments. Des charpentiers préparent les longues poutres et solives qui serviront à la charpente.
Le travail est lent
« Dans les meilleurs conditions, six années seront consacrées à à l’extraction et à la taille. » les matériaux choisis ne sont pas ceux auxquels les tailleurs de pierre sont habitués, il y a là des pierres fragiles, d’une couleur inhabituelle, des « pierres sauvages ».
Abbaye du Thoronet
Contre tous il choisit de monter les murs sans utiliser de mortier pour garder toute sa beauté à la pierre, mais cela exige un travail plus difficile, la taille doit être parfaite.
Il est alternativement confiant et inquiet mais pour lui « la difficulté est l’un des plus sûrs éléments de la beauté » il tente de ne jamais oublier les vertus nécessaires « Patience, Persévérance et Humilité ».
Il ne peut oublier son rôle spirituel, faire vivre ensemble des hommes différents, les uns sont de simples ouvriers, les autres voient là une mission de foi.
Il lui faut respecter les prérogatives de chacun, ménager la susceptibilité des uns et des autres. Il est garant de la règle de Saint Benoît tout autant que de la bonne avancée des travaux et parfois le souci du chantier le pousse à accepter quelques entorses à la règle sacro-sainte.
Les accidents, les intempéries, la dégradation de sa santé le font parfois douter de la réussite du projet, doutes et regrets l’assaillent, il aurait voulu avoir le temps pour « Etudier, observer, contrôler, revenir en de nombreux repentirs, afin d’atteindre une perfection certaine. »
Ce journal de la construction de l' abbaye du Thoronet est d’une austérité toute bénédictine, le récit est âpre, rude, à l’image du futur édifice. C’est dans le même temps une chronique très vivante et une méditation sur la volonté qui portait ces hommes pour affirmer la puissance divine par une oeuvre belle, simple, qui rende présent l’invisible.
Un très beau roman, un acte de foi dans l’architecture, l’art et la main de l’homme.
Si vous voulez en savoir plus sur l'abbaye du Thoronet
Fernand Pouillon un architecte contreversé
Le livre : Les pierres sauvages - Fernand Pouillon - Editions du seuil et Points Seuil
Commentaires
Bien, bien. Je suis aussi au 12ème siècle dans mes lectures, hier à la cour d'Aliénor ...
@ Keisha : Aliénor voilà une belle idée de lecture, j'attends ton billet
Quelle GRANDE époque ! Qu'est-ce-qui a porté ces hommes à voir si grand en visant la perfection ? C'est vraiment extraordinaire !
Je connais un peu Fernand Pouillon, son village des Sablettes, le couvent de Cotignac, je ne savais pas qu'il y avait un site sur son œuvre, je me régale à l'avance de toutes ces découvertes. Merci Dominique, que de choses intéressantes dans ce monde !!! Belle journée à toi. brigitte
@ Plumes d'Anges : c'est un nom lié à un scandale pour moi en premier lieu mais ceci est très ancien, ensuite il y eu ce roman que j'ai trouvé magnifique de sobriété, de foi, de spiritualité
"pierres sauvages"...
ainsi celles taillées en forme de fauves ou qui prennent des couleurs fauves à certaines heures inspirées
à propos, Malraux écrivait :
- "Un art sauvage ne se maintient que dans la sauvagerie qu'il exprime, et l'intrusion d'un art civilisé le détruit."
@ JEA : j'accroche la citation à mon carnet évidemment
J'aime beaucoup ta manière de présenter le récit en disant qu'il a l’âpreté de l'édifice dont il parle. J'adore les histoires de construction, les pierres me fascinent depuis toujours, et le MA est la période que je connais le moins bien. Merci de ce chouette billet
Belle journée Dominique.
@ Sous les galets : amoureuse des pierres ? ce roman est fait pour toi et il est très bien écrit
Je n'ai pas lu ce livre, mais je garde un très beau souvenir d'une randonnée faite au printemps jusqu'à l'abbaye du Thoronet. Ce qui me frappe le plus c'est de penser que des siècles après cette architecture nous parle toujours et nous apaise. Il y a à côté de chez moi une petite abbaye (Boscodon) où j'amène régulièrement famille et amis. C'est toujours un grand moment de paix.
@ Annie : des lieux qui respirent la sérénité, la noblesse, la beauté.
L'Abbaye de Sénanque en hiver sans touristes c'est magique
Un livre avec lequel je me suis régalée il y a quelques années. Je me suis d'ailleurs promis de le relire un jour.
@ Aifelle : ça ne m'étonne pas que tu l'aies lu et aimé, j'ai pensé à le relire après tes billets sur la Provence, tu fus mon inspiratrice
Je le lirai certainement. Merci Dominique.
@ Alba : un livre à découvrir
Nous avons suivi avec passion sur Arte il y a un temps un long documentaire, super passionnant, sur la construction de la cathédrale de Strasbourg. Il abordait les mêmes thèmes que ceux que tu cites.
Et si Aifelle dit aussi qu'elle s'est régalé...plus aucun doutes.
Quelle belle lumières dans tes illustrations, merci Dominique!
@ colo : Les bâtisseurs de cathédrales est un thème infini , je n'ai pas vu ce documentaire mais d'autres sur le sujet avec un régal égal au tien
On imagine souvent la construction des cathédrales, moins celle des abbayes, ce devait être aussi une vaste entreprise...
@ Kathel : ces des cisterciens est parfois antérieur aux grandes cathédrales gothiques, le livre rend parfaitement ce travail acharné et inspiré, dangereux et magnifique
De bien belles photos de la beauté dépouillée de l'architecture cistercienne. Des trois "soeurs provençales" je ne connais que Sénanque et les champs de lavande qui l'accompagne. Peut-être irais-je un jour vers Silvacane et Le Thoronet
En attendant tu me donnes bien envie de lire ce livre.
@ nadejda : ce livre est parfait pour accompagner les visites des trois abbayes, si tu t'asseois sur une pente qui domine Sénanque et que tu ouvres ce livre tu imagine parfaitement le travail de ces hommes, l'importance du choix de l'orientation de l'abbaye, la beauté des pierres
Le moyen-âge est un période passionnante. Une magnifique abbaye qui méritait bien qu'on lui consacre un livre!
@ claudialucia : un bel hommage à une oeuvre architecturale splendide
Bonjour Dominique, j'ai essayé de lire quand il est paru en poche Seuil en 2008 et j'avoue avoir calé très vite, l'écriture peut-être. Je l'ai trouvé ardu. Bon samedi.
@ dasola : je n'utiliserais pas le mot ardu mais plutôt austère, à l'égal du travail fourni pas ces hommes et à la sensation que l'on éprouve dans ces murs
Mais effectivement ce n'est pas un roman avec une intrigue, on est plutôt là dans le roman contemplatif
les trois soeurs cisterciennes de provence...
il y a longtemps, j'ai visité le thoronet... mangifique... et j'y croise mon prof, archéologue médiéval !!!!!
@ Lystig : ça me plairait d'avoir un prof d'archéologie médiévale !
Un billet qui me donne l'envie d'aller faire un arrêt dans cette abbaye du Thoronet !
J'aime les vieilles pierres qui ont toujours quelques choses à nous dire...
Merci pour les lien, j'y cours...
Belle soirée
@ Enitram : une balade que je referai bien aussi si je m'écoutais
je ne l'ai plus...
maintenant, je bosse ;)
il faudrait que je revisite ces trois soeurs !
et saint maximin !
mais d'abord, Quinson pour le petit et les antiques d'Arles et Saint Rémy pour le grand = pour coller à leur programme !!!!
seul souci, dans le coin très peu de trucs médiévaux !!!! mais bcp de vieilleries romaines... et qq unes grecques et avant....
@ Lystig : j'aime assez les vieilleries romaines et grecques, en ce moment je lis un roman qui se passe au temps de Socrate !
J'ai eu le bonheur de visiter cette abbaye, de toucher cette pierre rose. C'est de toute beauté. Un titre à retenir donc.
@ Tania : un beau roman à l'égal des pierres sauvages de l'Abbaye
Le Thoronet n'est pas loin de chez moi et j'y vais de tempe en temps. J'ai lu les pierres sauvages il y a ..... très longtemps et il est resté gravé dans ma mémoire.
Bonne soirée.
@ Bonheur du jour : un livre que l'on garde en mémoire c'est vrai
Quel bel article! citation illustrations
j'ai visité le Thoronet!