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  • Et qu'un seul soit l'ami La Boétie - Jean-Michel Delacomptée

    L'un et l'autre : Montaigne et La Boétie

     

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                                           Sarlat maison de La Boétie

     

    Dans une courte présentation de ce livre Olivier Barrault parle de fraternité d’élection pour cette collection on peut étendre l’expression à l’amitié dont il est question ici.

    L’amitié de Montaigne et La Boétie tient de la légende pourtant La Boétie reste un peu mystérieux, seul persiste son Discours sur la servitude volontaire. 

     

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                                     "Parce que c'était lui "   © Pascal Moulin

     

    Jean-Michel Delacomptée se dit insatisfait des protestations d’amour de Montaigne pour La Boétie, il revient ici  sur la personnalité et la vie de La Boétie et sa rencontre avec Montaigne.

    La Boétie était laid mais pourtant « jouissait d’une autorité naturelle qui, malgré sa modestie, le portait sur le devant » 

    C’est un beau personnage ! une « extrême droiture » et un « extrême souci du bien public ». 

    On ne sait pas précisément ce qui le poussa à écrire et plusieurs hypothèses sont envisagées mais les convulsions de l’époque sont nombreuses et trois évènements peuvent être à l’origine du Discours : un soulèvement des gabelous en Guyenne écrasé dans le sang,  la condamnation au bûcher d’Anne du Bourg conseiller au Parlement, les abus d’autorité du roi. 

    Son Discours sera repris ensuite par les protestants comme un étendard pour leur cause et la défense de leurs droits.

     

    La Boétie et Montaigne ont à peu de chose près le même âge, entre un gentilhomme campagnard qui est encore loin de l’homme de lettres et ce « Rimbaud de la pensée » qui écrivit à 20 ans un texte subversif qui aujourd’hui encore réveille les passion, l’amitié naît dès la première rencontre « toujours la seule qui compte. Si elle imprime en nous, si elle nous dicte sa loi, c’est que l’amitié, comme l’amour, consiste en une fidélité à une émotion initiale, à une grâce, manière de figer le temps en se restant identique à soi-même ».

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                                         "Parce que c'était moi"

     

    Une amitié qui « tend à la fusion des biens et des mots ». Une amitié floue car « jamais Montaigne ne décrit concrètement un moment qu’ils auraient partagé, un épisode, un acte, un décor, des propos quotidiens » 

    L’auteur nous dit que chez Montaigne, La Boétie n’est qu’un esprit « c’est le pur esprit d’une amitié pure »

    Il occupera finalement une place assez réduite dans les essais, le superbe chapitre sur l’amitié et le récit de son agonie. 

    Une amitié de peu d’années qui laissera à Montaigne l’écriture en héritage, un héritier qui sera alors capable dit Jean-Michel Delacomptée « de passer du lui au moi »

     

    Un très bel essai qui éclaire la personnalité de celui qui fut « l’ami parfait ».

     

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    Le livre : Et qu'un seul soit l'ami  La Boétie - Jean-Michel Delacomptée - Editions Gallimard l'un et l'autre
  • La Grandeur Saint-Simon - Jean-Michel Delacomptée

    L'un et l'autre 

     

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    En Pléiade c’est 8 ou 9 volumes, pas certaine que vous êtes prêts à vous embarquer dans une aventure aussi longue, aussi je vous propose une version raccourcie, très très raccourcie.

    Jean Michel Delacomptée est le spécialiste chez Gallimard des microbiographies, j’ai lu avec grand intérêt son livre sur Ambroise Paré et j’ai dans ma bibliothèque plusieurs essais de lui. 

    C’est une vraie gageure de parler de Saint Simon de façon aussi simple et percutante et en un nombre de pages très réduit. C’est un art et l’auteur y excelle.

    Comment s’y prend t-il pour nous faire entrer dans le coeur de l’oeuvre ? 

    Il nous le situe dans son siècle, sa vie même et il s’interroge sur le projet que Saint Simon mêne à bien à un âge déjà avancé, il nous dit « A partir de quel moment un écrivain, chargé d'un projet longuement fermenté mais qui lui résiste, finit par se lancer et, d'une traite, le réalise ? »

     

    Songez que Saint-Simon commence à écrire vraiment alors qu’ il a plus de soixante ans  « A soixante quatre ans (...) Louis de Saint-Simon rompant les amarres, s'élança dans l'océan »

    Son oeuvre s’achèvera pratiquement avec sa vie.

     

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                           Le château en 1668 Pierre Patel

     

    Il nous présente des Mémoires de Saint-Simon les portraits les plus incisifs, ces portraits tantôt méchants, tantôt méprisants de la cour et des courtisans avec lesquels il partageait le vivre et le couvert. Si vous avez vu le film tiré du roman de Chantal Thomas, Les adieux à la Reine, vous avez eu une idée de ce qu’était la vie quotidienne à Versailles. 

    Saint-Simon  a l’oeil qui traîne partout et la dent dure, la santé à l’époque était précaire mais il a pour le moins conservé une bonne mâchoire, ses coups de dents sont saignants. Son mariage lui permet de résider au château de Versailles, d’être un courtisan, de ceux qui peuvent approcher le Soleil.

     

    Le tout est mis en mots avec une langue extraordinaire « Une langue écrite par le vieil homme, mais qui était si neuve, si vibrante de passion, si chargée de la grandeur même du règne dont il blâmait les tares. »

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    Les courtisans 

     Cet homme d’une fidélité exemplaire, il admire Louis XIII qui pour lui fut « chaste, désintéressé, modeste, sobre, charitable »  Il est aussi capable d’inimitiés terribles et de rancunes tenaces et il dit de Louis XIV que c'était un roi à l'esprit  « au dessous du médiocre »

    A la mort du Grand Dauphin il sait que la place sera libre pour Philippe d’Orléans qui est son ami et il le dit « Il me semblait, avec une évidence encore plus parfaite que la vérité, que l'État gagnait tout en une telle perte. Parmi ces pensées, je sentais malgré moi un reste de crainte que le malade en réchappât, et j'en avais une extrême honte. »

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                              Louis de Rouvroy Duc de Saint-Simon

     

    Jean-Michel Delacomptée avec un titre parfaitement choisi, nous dresse un portrait tout en nuances « Grandeur modeste par son altruisme, ambitieuse par son objectif, audacieuse par l'exposition de soi , avec pour clé de voûte la franchise, la véracité des faits rapportés et l'honnêté morale » 

    Son portrait m’a rappelé celui de La Fontaine par Marc Fumaroli, une même célébration de la langue, une même admiration de l’homme, une même nostalgie d’un passé révolu et magnifiquement ressuscité.

     

    Le livre : La Grandeur Saint-Simon - Jean-Michel Delacomptée - Editions Gallimard collection l’un et l’autre