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Colette, une certaine France - Michel del Castillo

Colette, une certaine France - Michel del Castillo - Editions Folio Gallimard


colette une certaine france.gifMichel del Castillo est habile à vous faire aimer un écrivain, son essai sur Dostoïevski m’avait beaucoup plu, la relecture et l’écoute de Colette m’ont donné envie d’en savoir un peu plus sur Colette.
L’image que j’avais gardé était celle de l’enfance campagnarde en Puisaye, le mariage avec Willy qui va s’approprier la paternité du premier « Claudine », le parfum du scandale de Colette nue sur scène et de sa liaison avec Mathilde de Morny, puis la femme assagie et la naissance de l’enfant chéri surnommée Bel Gazou, enfin la notoriété et la vieille dame du Palais Royal.

Ce livre n’est pas une biographie au sens habituel du terme mais plutôt un portrait et comme tout bon portrait il est fidèle mais n’épargne pas les traits gênants.
Michel del Castillo s’intéresse à l’entourage de Colette, à la correspondance de celle-ci et la réalité qu’il nous fait entrevoir est assez éloignée de la légende, « Peu d’auteurs auront travaillé avec autant de persévérance à l’élaboration de leur mythe » dit-il.
Il ne s’agit pas seulement de petits détournements ou de petits arrangements avec la vérité, mais dans bien des circonstances Colette apparaît dure, égoïste et rancunière. Les portraits que fait Michel del Castillo de Willy, de Mathilde de Morny, et surtout de Colette de Jouvenel dite Bel Gazou, sont autant de pierres dans le jardin de Colette. Il s’interroge sur le paradoxe d’une auteure qui chante si bien la nature mais aime surtout la vie mondaine, qui sait magnifiquement parler de Sido mais n’assiste pas aux obsèques de sa mère, qui chante les enfants mais qui ne fut pas une mère exemplaire. Il dit son amour de l’argent, son ingratitude, son ambition balayant tout.

 
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Mais ce portrait est aussi un exercice d’admiration, égoïste Colette ? certes « on n’aura beau l’aimer et tenter de la défendre par tous les moyens, on ne réussira pas à enlever Colette à son égoïsme » mais géniale égoïste ou comme l’appelait François Mauriac une « joyeuse ogresse ».
Michel del Castillo est touché par la quête perpétuelle du paradis de l’enfance de Colette, lui l’enfant meurtri et déchiré par son enfance. Lorsqu’il lit Colette il est emporté « A cet instant une page m’empoigne, me bouleverse par sa cadence exacte, par sa mélodie simple et savante » « Par la magie de cette poésie à la fois simple et raffinée. »
Il aime sa sensualité animale,  sa véritable «vocation du bonheur », sa prose est « l’une des plus concrètes, des plus charnelles, avec celle de Montaigne, que la France ait produites »
Il n’aime pas tout dans l’oeuvre de Colette mais « Sido et la Naissance du jour témoignent d'une maîtrise inégalée »
Colette sort de ce portrait habillée d’ombres et de lumière sûrement plus proche de la réalité que dans les biographies idolâtres.
Pour Michel del Castillo « Elle ne prétend à rien d’autre qu’à raconter et à charmer par ses histoires. Elle veut dispenser le plaisir de lire, l’émerveillement et l’émotion, par les moyens les plus simples.(...) Par moments, ce chant nous arrache à nous-mêmes, nous transporte, nous plonge dans une béatitude comblée. »




L’auteur
micheldelcastillo2od3.jpgLa biographie de Wikipedia répondra à vos questions.
Je préfère signaler les trois livres de Michel del Castillo que je préfère  :
Tanguy le récit de son enfance, Mon frère l’idiot essai sur Dostoïevski où comment la littérature lui a sauvé la vie et Colette une certaine France.

Commentaires

  • Ton billet sur Cheri et Gigi en livre lu m'avait donné envie de lire Colette. J'avais tenté au collège (il y a longtemps longtemps ...) mais ça ne m'avait pas plu. Finalement, je vais d'abord lire celui-là pour découvrir la femme. Est-ce que le portrait de Dostoievski est du même genre ? ou est-ce que c'est plus un essai ?

    Je note aussi Mon frère l'idiot ... Que de livres que de livres ...

  • C'est encore moi ... Si j'ai bien compris Mon frère l'idiot et l'essai sur Dostoievski c'est le même livre. Ça fait déjà moins de livres. Mais du coup je ne comprends pas trop comment cela se présente ...

  • @ Mon frère l'idiot est un portrait de Dostoievski mêlé d'autobiographie de Del Castillo qui a dans son enfance été enfermé dans un bagne pour enfants et c'est là qu'il a lu dostoievski pour la première fois, c'est un essai que j'aime beaucoup mais ce n'est pas là non plus une vraie biographie bonne découverte

  • Je préfère ce genre de biographies qui ne sont pas un exercice d'admiration, c'est souvent usant.

  • @ D'accord avec toi Ys, les hagiographies sont fatigantes, ici del Castillo dit son admiration pour l'écrivain mais est sévère pour la femme

  • Je me souviens d'une émission sur France Inter ou sur France Culture lorsque ce livre est paru. Michel Del Castillo en parlait très bien, je l'avais noté. J'aime beaucoup les livres ou Colette évoque la nature et Sido.

  • Colette est un personnage, c'est sûr. Son égoïsme? Celui des autres n'est-il pas toujours plus clair que le nôtre? Quant à être exemplaire...
    Son écriture m'enchante. Je ne m'ennuie jamais à relire "Le blé en herbe" ou "La chatte", "La naissance du jour" (entre autres).

  • @ Aifelle mes préférées : la naissance du jour, sido, le blé en herbe

    @ Tania, je crois que le paradoxe souligné par del Castillo c'est l'écart entre image que Colette s'ingéniait à donner et réalité, ce qui n'enlève rien à son talent

  • Je ne connais pas bien la vie de Colette et je n'ai pas lu la bibliographie de M de Castillo mais je me demande si elle n'a pas eu eu tout simplement le tort de naître trop tôt. ( à une époque où la femme devait corresponde à un stéréotype, celui de mère et d'épouse)
    En quoi son attitude, sa manière de vivre, ses amours, choqueraient-ils de nos jours?

  • Démarche intéressante en effet ... cela dit je suis étonnée de l'étonnement de Michel del Castillo. Ils sont nombreux les auteurs dont la vie ne reflète pas vraiment leurs œuvres. L'écriture peut aussi être là pour pallier un manque / faire surgir un fantasme / se projeter ailleurs que dans la réalité.
    Cela dit, comme j'aime l'œuvre de Colette, je suis assez tentée de découvrir ce livre.

  • @ Leiloona, Claudia : sans doute que le regard porté sur Colette a évolué avec l'évolution des mentalités mais ce qui est mis en avant ici , en tout cas tel que je l'ai senti ce n'est pas un jugement sur la femme mais sur le fait de vouloir avec une grande ténacité donner une image de soi très éloignée de la réalité
    bonne lecture si vous vous décidez

  • C'est une autre façon de (re)découvrir Colette que je n'apprécie pas particulièrement ... Je crois que cette hagiographie pourrait bien me plaire ! Une vision plus réaliste sur qui était réellement Colette !!

  • J'ai bien aimé cette biographie "iconoclaste" de Colette: sa vie n'était certainement pas exemplaire mais quel talent d'écrivain !
    Même dans les "Claudine" il y a des passages sublimes...notamment la grosse araignée qui descendait le soir le long de son fil pour boire le chocolat chaud qui tiédissait sur la table de nuit ...
    Malgré les critiques Michel del Castillo rend hommage à Colette il la fait revivre, il la fait descendre de son piédestal et nous la rend accessible...
    Mon rêve : relire tout Colette et partir quelques jours à Saint Sauveur en Puisaye...

  • @ Patricia : la relecture et la lecture de colette est un bonheur, je me joindrai volontier à vous pour le pélérinage littéraire :-))

  • Dominique : je retrouve dans ma bibliothèque les lettres de Sido à sa fille, Colette; j'ai trouvé ce livre chez un bouquiniste à Redu (le village du Livre en Belgique), il y a des lettres inédites de Colette à Bel-Gazou, à son mari , à des amies...
    J'aime beaucoup ces correspondances d'écrivains : les lettres ont été éditées après le décès de Colette par Henry de Jouvenel.
    Sido a écrit ces lettres entre 1905 et 1912, année de sa mort : à les lire on mesure tout ce que Colette a appris de sa mère...on y trouve une Sido vieillissante, malade, privée de sa fille chérie...

  • @ Patricia quelle chance un livre pareil, j'ai bien une édition des lettres mais elle est très limitée ( aux éditions des femmes) et en plus le brochage est de très mauvaise qualité, je ne vais pas tarder de perdre des lettres par ci par là
    ça m'intéresse la référence de votre édition car chez les bouquinistes ou sur Abebook j'ai une chance de la trouver !
    Si vous souhaitez échanger plus longuement n'hésitez pas à vous servir de l'email ivredelivres@gmail.com
    bonne soirée

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