15.04.2009
Colette, une certaine France - Michel del Castillo
Colette, une certaine France - Michel del Castillo - Editions Folio Gallimard
Michel del Castillo est habile à vous faire aimer un écrivain, son essai sur Dostoïevski m’avait beaucoup plu, la relecture et l’écoute de Colette m’ont donné envie d’en savoir un peu plus sur Colette.
L’image que j’avais gardé était celle de l’enfance campagnarde en Puisaye, le mariage avec Willy qui va s’approprier la paternité du premier « Claudine », le parfum du scandale de Colette nue sur scène et de sa liaison avec Mathilde de Morny, puis la femme assagie et la naissance de l’enfant chéri surnommée Bel Gazou, enfin la notoriété et la vieille dame du Palais Royal.
Ce livre n’est pas une biographie au sens habituel du terme mais plutôt un portrait et comme tout bon portrait il est fidèle mais n’épargne pas les traits gênants.
Michel del Castillo s’intéresse à l’entourage de Colette, à la correspondance de celle-ci et la réalité qu’il nous fait entrevoir est assez éloignée de la légende, « Peu d’auteurs auront travaillé avec autant de persévérance à l’élaboration de leur mythe » dit-il.
Il ne s’agit pas seulement de petits détournements ou de petits arrangements avec la vérité, mais dans bien des circonstances Colette apparaît dure, égoïste et rancunière. Les portraits que fait Michel del Castillo de Willy, de Mathilde de Morny, et surtout de Colette de Jouvenel dite Bel Gazou, sont autant de pierres dans le jardin de Colette. Il s’interroge sur le paradoxe d’une auteure qui chante si bien la nature mais aime surtout la vie mondaine, qui sait magnifiquement parler de Sido mais n’assiste pas aux obsèques de sa mère, qui chante les enfants mais qui ne fut pas une mère exemplaire. Il dit son amour de l’argent, son ingratitude, son ambition balayant tout.

Mais ce portrait est aussi un exercice d’admiration, égoïste Colette ? certes « on n’aura beau l’aimer et tenter de la défendre par tous les moyens, on ne réussira pas à enlever Colette à son égoïsme » mais géniale égoïste ou comme l’appelait François Mauriac une « joyeuse ogresse ».
Michel del Castillo est touché par la quête perpétuelle du paradis de l’enfance de Colette, lui l’enfant meurtri et déchiré par son enfance. Lorsqu’il lit Colette il est emporté « A cet instant une page m’empoigne, me bouleverse par sa cadence exacte, par sa mélodie simple et savante » « Par la magie de cette poésie à la fois simple et raffinée. »
Il aime sa sensualité animale, sa véritable «vocation du bonheur », sa prose est « l’une des plus concrètes, des plus charnelles, avec celle de Montaigne, que la France ait produites »
Il n’aime pas tout dans l’oeuvre de Colette mais « Sido et la Naissance du jour témoignent d'une maîtrise inégalée »
Colette sort de ce portrait habillée d’ombres et de lumière sûrement plus proche de la réalité que dans les biographies idolâtres.
Pour Michel del Castillo « Elle ne prétend à rien d’autre qu’à raconter et à charmer par ses histoires. Elle veut dispenser le plaisir de lire, l’émerveillement et l’émotion, par les moyens les plus simples.(...) Par moments, ce chant nous arrache à nous-mêmes, nous transporte, nous plonge dans une béatitude comblée. »
L’auteur
La biographie de Wikipedia répondra à vos questions.
Je préfère signaler les trois livres de Michel del Castillo que je préfère :
Tanguy le récit de son enfance, Mon frère l’idiot essai sur Dostoïevski où comment la littérature lui a sauvé la vie et Colette une certaine France.
08:36 Publié dans Biographies | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note






















































































































































































































































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Commentaires
Je note aussi Mon frère l'idiot ... Que de livres que de livres ...
Écrit par : CecileSBlog | 15.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : CecileSBlog | 15.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 15.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Ys | 15.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 15.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Aifelle | 15.04.2009
Répondre à ce commentaireSon écriture m'enchante. Je ne m'ennuie jamais à relire "Le blé en herbe" ou "La chatte", "La naissance du jour" (entre autres).
Écrit par : Tania | 15.04.2009
Répondre à ce commentaire@ Tania, je crois que le paradoxe souligné par del Castillo c'est l'écart entre image que Colette s'ingéniait à donner et réalité, ce qui n'enlève rien à son talent
Écrit par : Dominique | 15.04.2009
Répondre à ce commentaireEn quoi son attitude, sa manière de vivre, ses amours, choqueraient-ils de nos jours?
Écrit par : claudialucia | 15.04.2009
Répondre à ce commentaireCela dit, comme j'aime l'œuvre de Colette, je suis assez tentée de découvrir ce livre.
Écrit par : Leiloona | 15.04.2009
Répondre à ce commentairebonne lecture si vous vous décidez
Écrit par : Dominique | 16.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Nanne | 18.04.2009
Répondre à ce commentaireMême dans les "Claudine" il y a des passages sublimes...notamment la grosse araignée qui descendait le soir le long de son fil pour boire le chocolat chaud qui tiédissait sur la table de nuit ...
Malgré les critiques Michel del Castillo rend hommage à Colette il la fait revivre, il la fait descendre de son piédestal et nous la rend accessible...
Mon rêve : relire tout Colette et partir quelques jours à Saint Sauveur en Puisaye...
Écrit par : Patricia L | 28.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 28.04.2009
Répondre à ce commentaireJ'aime beaucoup ces correspondances d'écrivains : les lettres ont été éditées après le décès de Colette par Henry de Jouvenel.
Sido a écrit ces lettres entre 1905 et 1912, année de sa mort : à les lire on mesure tout ce que Colette a appris de sa mère...on y trouve une Sido vieillissante, malade, privée de sa fille chérie...
Écrit par : Patricia L | 29.04.2009
Répondre à ce commentaireça m'intéresse la référence de votre édition car chez les bouquinistes ou sur Abebook j'ai une chance de la trouver !
Si vous souhaitez échanger plus longuement n'hésitez pas à vous servir de l'email ivredelivres@gmail.com
bonne soirée
Écrit par : Dominique | 29.04.2009
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