10.05.2009
Chasses fragiles - Patrick Reumaux
Chasses fragiles - Patrick Reumaux - Editions Phébus
Je vous convie à une balade champêtre en compagnie de Patrick Reumaux et de ses amis botanistes. Une randonnée qui s’étend des Ardennes au Var en passant par le plateau des Glières, le grand air vous donnera des couleurs.
Autant vous prévenir, ils sont tous fous, dingues, cinglés, leur recherche de l’ophrys Champagneuxii ne connaît aucune limite, ils aiment « brigander sur les terrains de chasse propices au brigandage », ils acceptent la pluie, la caillasse, la chaleur mais n’oublient pas les pauses restauration. Pour assouvir leur passion ils peuvent affronter les douaniers suisses pour possession de glacière et denrées périssables, délit hautement répréhensible chez nos voisins helvètes.
Attention de ne pas les confondre avec des écologistes qu’ils détestent, qui « ne rient jamais » qui « se déplacent dans la nature en chuchotant, comme les touristes turcs dans la cathédrale Saint Pierre(...) capables de vous tirer à vue s’ils vous voient ramasser une pâquerette. » mais qui sont capables, et c’est la vengeance douce de P Reumaux, de faire infuser des racines de Veratrum album ou de manger en salade de l’éthuse petite cigüe !
On peut les suivre pendant trois de leurs chasses, à la poursuite de l’Inule Sicula « longue fleur maigre qui a la raideur d’un héron » en quête de cortinaires et de russules pour remplir leurs besaces selon la saison.

Inule Sicula « longue fleur maigre qui a la raideur d’un héron »
et les accompagner dans leur recherche obstinée de l’Ophrys miroir, ou de la magnifique

ophrys papilionacea
Fous certes mais spécialistes patentés, la liste des oeuvres mycologiques de Patrick Reumaux, est là pour le prouver. Vous saurez tout sur « La synonymie plaie des sciences naturelles », le classement botanique figé à tout jamais par Linné « à l’esprit à peu près aussi souple que de béton armé » et vous assisterez à des rencontres pas toujours pacifiques avec d’autres amateurs de sociétés Linnéennes.
J’ai aimé l’alliance entre poésie et humour corrosif, entre hymne à la nature et digressions acides. L’érudition est toujours camouflée, légère.
Aujourd’hui quittez votre bibliothèque et partez butiner, flâner et remplir votre herbier.
L’auteur
Romancier, traducteur (Dickinson, Powys,)
poète lauréat du prix Max Jacob en 1982
Patrick Reumaux est aussi naturaliste et mycologue
14:00 Publié dans Nature (3) | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
16.02.2009
Le koala tueur et autres maléfices - Kenneth Cook
Le koala tueur et autes histoires du bush - Kenneth Cook - Traduit par Mireille Vignol - Editions Autrement
Un petit tour en Australie aujourd’hui, un pays pour lequel j’ai une attirance très forte depuis la lecture de Bill Bryson et de son récit de voyage chez « Nos voisins du dessous » plein d’humour et de bestioles peu recommandables.
Le titre des nouvelles de Kenneth Cook du coup m’a immédiatement attiré, le bush, les grands espaces et ..les bestioles. Je ne suis pas une fan des nouvelles mais là vraiment je ne regrette pas mon achat.
15 nouvelles tirées de faits réels, des faits tellement incongrus, incroyables, loufoques, horribles ou terrifiants, que vous aurez du mal à les croire.
Au gré des nouvelles vous découvrirez la faune australienne, ses koalas plus dangereux que prévu, ses serpents tueurs, ses aventuriers buveurs de bière, et bien sûr le redoutable, l’énorme crocodile.
Le narrateur a vraiment le chic pour se retrouver dans des situations improbables, pas sportif ni aventurier pour un sous mais ne sachant rien refusé à ses amis, le voilà guettant les amours tonitruantes des crocodiles, plongeant dans des fonds sous-marins coralliens, visitant un peu longuement à son gré un puits de mine, où transformé en vétérinaire administrant un lavement à une éléphante.......
Vous l’aurez compris on ne s’ennuie pas une seconde j’ai retrouvé dans ces nouvelles la verve et l’humour de Gérald Durell et ses histoires familiales. Ce recueil a rencontré un énorme succès en Australie, Kenneth Cook sait se moquer gentiment des travers de ses amis et de lui-même.
Rires et dépaysement garantis. Si vous voulez connaitre l'avis de Bernard Poirette sur RTL écoutez

ajout du 7/0409 : une très bonne critique dans le Matricule des Anges d'avril 2009
Extrait
Nous avions traîné la barque à environ cinq mètres du rivage lorsque le crocodile chargea.
C’était effectivement passionnant à observer. Il semble se propulser en l’air d’un bond sur ses pattes trapues et fila sur le sable comme un lézard.
Je lâchai le bateau et saisis mon fusil.
Roger lâcha le bateau et saisit son appareil photo.(....)
J’imagine que l’assaut du reptile ne dura que quelques secondes, mais ce genre de secondes dure des heures, et j’étais conscient des clics de l’appareil photo de Roger et de l’empressement des griffes du crocodile sur le sable que même les tirs répétés du fusil n’arrivaient pas à couvrir. J’entendais la voix de Roger qui hurlait en boucle :
- Stop ! Stop ! C’est une espèce protégée ! (...)
J’avais trois choix. Je pouvais tirer sur Roger pour l’écarter et dégager ma cible (solution la plus attrayante). Je pouvais assommer Roger d’un coup de crosse pour dégager ma cible (solution trop timorée, dans les circonstances). Je pouvais jeter le fusil et m’enfuir en criant (solution la plus probable).
J’hésitai......................
Pour les amateurs retrouvez Gérald Durrell chez Cathulu et Bill Bryson chez Chaplum
L’auteur
Kenneth Cook (1929-1987) est un important écrivain australien.
Les éditons Autrement ont publié trois de ses romans.
07:41 Publié dans Nature (3) | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
22.01.2009
Fou de désert
Un fou ordinaire - Edward Abbey - Editions Gallmeister
Je suis une fana des récits de voyages et de ce que les américains appellent « Nature writing » dans les dix meilleurs livres lus ces dix dernières années il y a deux récits de voyages c’est dire que j’aime ça. J’ai fait la connaissance d’Edward Abbey avec Désert solitaire, j’avais découvert avec lui le désert Américain, sa faune, sa flore, ses couleurs et les dangers qui le menaçait.
Un fou ordinaire est composé de dix récits déjà publiés dans diverses revues et rassemblés ici, dix ballades pour célébrer le grand Ouest de l’Utah à l’Alaska.
Alors pas d’hésitation, faite le plein de votre gourde, emportez trois rondelles de banane séchée, chaussez vous bien car le cactus cholla ne pardonne pas, bouclez votre sac et en avant. Attendez vous à suer, mourir de soif, à croiser des lapins antilopes, des coyotes, je ne parle pas ici serpent à sonnette et autres futilités, car pour suivre le précepte de ce fou ordinaire « ceux qui visitent le monde sauvage doivent le mériter »
Rien à craindre nous avons un bon guide capable de repérer les points d’eau, de lire le paysage, de faire du feu n’importe, un fou des grands espaces et la ballade est magique.
Il nous emmène au pays des canyons, à Monument Valley, dans les Navajo Mountains, vous descendrez avec lui le Grand Canyon du Colorado. Abbey sait aussi bien donner une leçon de botanique sur les saguaros et les cactus cholla nounours, que vous parler du moment merveilleux où le désert se couvre de fleur, qu’en bon géologue décrire la formation des dunes. Son style poétique et lyrique en fait un chantre superbe de l’Ouest mythique, un Ouest de liberté et de beauté.
Vous entendrez sa colère devant les grands barrages contre lesquels il s’est battu et ce lac Powell superbe sur les photos mais sur les berges duquel faune et flore ne peuvent se développer normalement en raison de la grande variation du niveau de l’eau.
Un détour par le Mexique et le désert de Sonora en compagnie d’un ami biologiste, et vous finirez à la recherche du grizzly en Alaska mangé par les moustiques mais buvant l’eau limpide des rivières et vous suivrez les troupeaux de caribous.
J’aime les livres d’Edward Abbey et j’éprouve de la sympathie pour cet éternel contestataire, ses colères, ses frasques et ses provocations.
Abbey est mort en 1989 et conformément à son souhait il est enterré quelque part dans le désert visité seulement par les coyotes et sans doute un cactus pousse t-il sur sa tombe.
Faites une place à ce livre dans votre sac à dos.
Extrait
« Au-delà du mur de la ville irréelle, au-delà des enceintes de sécurité coiffées de fil de fer barbelé et de tessons de bouteille, au-delà des périphériques d’asphalte à huit voies, au-delà des berges bétonnées de nos rivières temporairement barrées et mutilées, au-delà de la peste des mensonges qui empoisonnent l’atmosphère, il est un autre monde qui vous attend. C’est l’antique et authentique monde des déserts, des montagnes, des forêts, des îles, des rivages et des plaines. Allez-y. Vivez-y. Marchez doucement et sans bruit jusqu’en son cœur. Alors… Puissent vos sentes être légères, solitaires, minérales, étroites, sinueuses et seulement un peu en pente contraire. Puisse le vent apporter de la pluie pour remplir les marmites de grès lisse qui se trouvent à quatorze miles derrière la crête bleue que vous apercevez au loin. Puisse le chien de Dieu chanter sa sérénade à votre feu de camp, puisse le serpent à sonnette et la chouette effraie vous distraire dans votre rêverie, puis le Grand Soleil éblouir vos yeux le jour et la Grande Ourse vous bercer la nuit. » « Je me souviens du vent sec et brûlant. De l’odeur de la sauge et du genévrier, du sable et de la lave noire et dure cuisant sous le soleil. Je me souviens de la vue d’un hogan navajo au pied d’un à-pic, de la poussière rouge, d’un cheval solitaire broutant dans le lointain au creux d’un lit à sec, d’une éolienne et d’un réservoir d’eau au croisement de pistes de bétail irradiant vers l’horizon dans une douzaine de directions différentes, et du vert suave des saule, des tamaris et des peupliers de Virginie au fond d’un canyon minéral. »
L’auteur
Edward Abbey est né en 1927 à Indianan Pennsylvanie. Après son service militaire à Naples, de 1945 à 1947, il fréquente l'université A 21 ans, il traverse les Etats-Unis d'est en ouest en auto-stop et découvre l'Ouest. Il tombe définitivement amoureux du désert et le restera pendant 40 ans. Il a travaillé comme guetteur d'incendie ou ranger dans les parcs nationaux, en particulier au Arches National Monument dans l'Utah qui lui servira d'inspiration pour Desert solitaire.
Fondateur du mouvement Earth First Personnage emblématique et contestataire, est le plus célèbre des écrivains de l'Ouest américain. Il a été un éternel contestataire, ses colères,t ses frasques et ses provocations il les a raconté dans les deux récits du Gang de la clé à molette le succès du livre, paru en 1975, a fait de lui une icône de la contre-culture et le pionnier d'une prise de conscience écologique aux États-Unis. ( Source l’éditeur)
18:00 Publié dans Nature (3), Récits de voyage (7) | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note



















