14.06.2011
La Berge des rennes déchus - Jovnna-Ánde Vest
Voyage au pays Same
Les lectures faites dans l’enfance sont de celles que l’on oublie pas, Frison-Roche m’avait emporté chez les sames il y a bien longtemps et j’ai fait avec lui un voyage au pays des lapons (Le rapt et La Dernière migration) romans sans doute un peu folkloriques mais que je n’ai jamais oublié.
Me revoilà aujourd’hui en Laponie Finlandaise avec un auteur né dans le petit village de Roavesavvon.
Jovnna-Ande Vest nous fait franchir d’un bond le temps et l’espace, il nous introduit dans une société de l’immédiate après-guerre loin au nord du nord.
C’est son père le héros de ce récit largement autobiographique, un père pour le moins extraordinaire, aimé et honni à la fois par son fils.
Loin de l’attachement permanent aux traditions, ce père est un précurseur, lui le lapon qui vit et fait vivre sa famille de la pêche au saumon, de l’élevage des rennes est en même temps un passionné fou de technique et de modernité « Il était porté par la fascination fantasque du progrès technique. »
La fascination du père s’exerce d’abord sur une moto, mais la fièvre le tient et il passe ensuite à des voitures pour lesquelles il lui faut tenter cinq fois le permis car « Il réussissait chaque fois l’épreuve écrite, mais quand on abordait la conduite les choses se gâtaient. »
Bien sûr il a le premier magnétophone à cassettes, il apprend le suédois à distance, fait l’acquisition d’une machine à écrire. Mais la modernité a un prix : l’incendie de la maison « En somme, nous avions gagné la lumière, mais le feu détruisit nos habitations. »
Même dans les activités traditionnelles, comme la cueillette des mûres arctiques, le père est un incorrigible rebelle :

« Papa était un cueilleur de moréales hors pair, mais je ne me rappelle pas qu’il ait une seule fois rempli un seau d’airelles ou de myrtilles au point d’en recouvrir le fond.(...) On connaissait bien sûr des marais dans lesquels il poussait toujours des moréales, pour peu que ce fût une bonne année à moréales. Mais ces marais-là n’intéressaient guère mon père. Il voulait chercher et découvrir lui-même ses coins à moréales. Du fait de son obstination, plus d’une moréale a échappé à notre cueillette. »
D’essai en fiasco total, le père curieux impénitent entraîne sa famille dans ses tribulations. Se dessine une vie marquée par la fracture entre traditions et vie nouvelle, entre regrets et espoir.
J’ai beaucoup aimé ce récit-témoignage, entre conte drôlatique et souvenirs émouvants, entre histoires truculentes et péripéties pitoyables. La langue dont la traduction est assurée par l’épouse de l’auteur, spécialiste des langues nordiques, est riche, inventive et reflète la truculence du personnage.
Souhaitons que l'éditeur publie la trilogie du même auteur.
Le livre : La berge des rennes déchus - Jovnna-Ande Vest - Traduit par Jocelyne Fernandez-Vest - Editions Cénomane
L’auteur : Né en 1948, en Laponie finlandaise, Jovnna-Ánde Vest est écrivain et traducteur. Son premier roman, La berge des rennes déchus (1988), est aussi le premier traduit en français. Sa trilogie Les héritiers (Árbbolaččat, 1997-2006), a été nommée en 2006 pour le Prix de Littérature du Conseil Nordique. Vest a traduit en same plusieurs romans d’écrivains finnois et scandinaves, dont ceux de Timo K. Mukka.(source l’éditeur)
05:00 Publié dans Littérature Finlandaise et Same, Tour du monde | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note
24.05.2011
Le livre rouge - Meaghan Delahunt
Croyez-vous au destin ?

Croyez vous au destin ? aux coïncidences ? croyez vous que les humains sont les maillons d’un chaîne et que chaque maillon est indispensable à la chaîne ?
Ce sont les images qui me sont venues en lisant ce livre. Comme le disent les bouddhistes : tout est connecté, tout est lié.
Parce qu’enfin qu’est-ce qui peut attacher une photographe australienne reconnue professionnellement à un enfant domestique dans une riche famille ou à un écossais hanté par la violence et poursuivi par le démon de l’alcool ?
Le destin, le destin qui prend la forme de la terrible catastrophe humaine et écologique, le nuage toxique de la sinistre usine d’Union Carbide qui détruisit Bhopal et fit des milliers de victimes en 1984.
Bhopal et ses habitants qui attendent encore la justice
Françoise la photographe vient à Bhopal pour participer avec d’autres artistes à la réalisation d’un monument à la mémoire des victimes, cette participation lui tient à coeur car c’est la photo terrible d’un enfant de Bhopal qui a décidé de sa vocation « parfois on voit une image qui vous montre votre avenir, qui vous met sur votre voie. »
Arkay notre écossais fait des efforts « J’ai acheté deux livres du Dalaï Lama, je me suis assis sur le balcon dominant la vallée, un livre ouvert sur les genoux ; une douzaine de bouteilles sous ma chaise. » et espère trouver son salut dans le bouddhisme.

Naga lui, soigne sa soeur « Depuis la nuit de la catastrophe, les sensations dans ses mains et ses pieds hésitent entre picotements et engourdissement total » c’est une des victimes du gaz toxique qui « chaque fois que le vent soulève le rideau, revit cette nuit là »
Il faut à Meaghan Delahunt bien du talent et une profonde chaleur humaine pour faire avancer ces personnages les uns vers les autres sans que cela n’apparaisse jamais comme artificiel. Elle nous fait voyager de Delhi au Rajasthan, d’ Ecosse jusqu’au Tibet.
Les couleurs du Rajasthan
Les liens vont se tisser peu à peu, à travers une Inde particulièrement bien évoquée, riche d’images et de couleurs. Mais le voyage est aussi un voyage dans le temps, car les liens entre les personnages forment un réseau qui couvre plusieurs années.
L’auteur parvient à retracer l’histoire de cette catastrophe sans jamais se livrer à un long plaidoyer, sans aucun voyeurisme, mais toujours en nous plaçant au centre de l’événement, là où se situe la responsabilité de tous. Elle trace avec une écriture ample et simple à la fois, le parcours d’une recherche spirituelle, la quête d’une sagesse.
Un beau livre dont je ne livre pas plus car c’est au lecteur à tisser son réseau, à se sentir maillon de la chaîne.
Vous pouvez lire l’avis d’Aifelle qui dit que « C'est le genre de lecture où l'on ralentit un peu vers la fin pour ne pas la quitter. » Keisha elle dit : Une écriture sobre et efficace. Des personnages profondément humains.
Le livre : Le livre rouge - Meaghan Delahunt - Traduit par Céline Schwaller - Editions Metailié
L'auteur : Meaghan DELAHUNT est née à Melbourne et vit actuellement à Edimbourg. Elle a été finaliste du Orange Prize, Le Livre rouge est son deuxième roman, et son premier publié en France. (source l'éditeur)
05:39 Publié dans Littérature Australienne, Tour du monde | Lien permanent | Commentaires (47) | Envoyer cette note
28.04.2011
Deux voix, une mer, une île, un homme, un livre
Un billet à deux voix, deux voix et deux langues pour parler d’une mer, d'une île, d'un homme et de son livre.
Colo et Dominique se sont alliées pour vous faire naviguer vers Majorque, quatre mains pour le billet qui est publié sur nos deux blogs , des photos de Colo et de Israel Pampín un livre lu par Dominique , un petit bouquet du savoir de
Colo sur son île et ses histoires d'invasions et de pirates......Pour les aficionados de la langue espagnole le billet chez colo est bilingue !! .................vous êtes prêts ?
" Chaque jour de chaque été se lève et la lumière ne semble pas venir des cieux, mais s’élever, légère, fraîche, insolente, de la terre : les arbres et les talus s’amplifient lentement et se parent d’une délicate tonalité. Puis le soleil se renverse : les monts et les vallées se teignent d’un doré si intense, si clair qu’il stupéfie. "
L’homme de l'île
Né à Majorque, dans le village d’Andratx en 1937, décédé en 2009, fils d’une famille d’agriculteurs et pêcheurs, B. Porcel décida jeune qu’il voulait être écrivain.
"Il a construit son monde magique et mythique autour de la terre, pauvre, d’Andratx avec des contrebandiers, des émigrants de Cuba, des marins intrépides, des histoires fantastiques et crédibles qu’il a rendus actuels avec les changements du tourisme et de la corruption" (El País 2009).
Il a publié un grand nombre de romans et sa vie fut intense, vous pouvez lire une belle biographie de lui dans le Magazine Littéraire
Tout comme dans son livre sur la Méditerranée, dans Baleares , il offre avec beaucoup d’amour non dénué d’une touche d’ironie et d’un bon sens critique, une vision historico-socio-artistique des îles et un très grand nombre de photos.
Le livre de la mer
Baltasar Porcel est l’auteur d’un livre monde, un livre qui tisse des liens historiques, artistiques, littéraires entre les pays, les villes qui bordent la Méditerranée. Un livre pour conter sept mille ans d’histoire de cette mer vecteur de civilisation.
Comme un très grand récit de voyage il nous emmène de la Grèce au delta du Nil, d’Istambul à l’Andalousie, de Corfou à Jérusalem, de Malte à ...Venise... car il prend aussi quelques libertés avec la géographie. On navigue et l’on marche d’île en île de ports en ports.
Une autre île : Capri photo © Laurent Dubreuil
C’est un guide tout à fait extraordinaire car les escales sont nombreuses, Porcel aime le vagabondage aussi bien historique que littéraire et l’on est comblé. Tous les héros de cette Méditerranée sont conviés, les Romains, les armées de Scipion l’Africain, Barberousse et les chevaliers de Malte, Soliman le magnifique, sans oublier Ulysse et Achille au plus fort de la bataille.
Le monde littéraire est là aussi : Pline racontant l’éruption du Vésuve, les poètes Andalous, Lampedusa le sicilien célébrant la mort de son monde.
On comprend en le lisant l’attrait qu’exerce la Méditerranée depuis des siècles et comment elle a su prendre dans ses filets aussi bien Byron le héros de Missolonghi que Nietzsche réfugié à Rapallo. Son récit à le lyrisme des grandes épopées et l’érudition d’une encyclopédie.
Baltasar Porcel qui
présidait un Institut de recherche sur la Méditerranée, était un homme de convictions et il réussit parfaitement à vous convaincre sans jamais ennuyer. La vie économique, les batailles, les inventions, la mythologie le livre couvre tous les champs sans jamais nous égarer.
Il cherche tout ce qui relie, qui rassemble : les paysages, les mêmes oliviers, les orangers, les forêts de châtaigniers, et le parfum de thym de la garrigue.
Un hymne bercé par les musiques du sud, car B Porcel veut croire que malgré les conflits du passé, les guerres civiles et elles furent nombreuses et sanglantes, le bassin méditerranéen peut être une terre d’unité et de solidarité.
Le livre se termine chez lui à Majorque avec une touche intimiste qui vibre de son amour pour sa terre natale.
"Je marche au milieu de l’herbe verte, masse souple, pleine de chardons tendres qui seront beaux et agressifs. Il souffle un vent très léger et majestueux, qui apporte de vagues parfums de mer et de sève. Les dernières fleurs de l’amandier, fermeté laiteuse, sentent le miel. Mais l’arbre fruitier le plus généreux est le citronnier, avec sa succession constante de citrons, la merveille jaune et son parfum enivrant."
Le livre : Baltasar Porcel - Méditerranée, Tumultes de la houle Baltasar Porcel Traduit de l’espagnol par Nelly Lhermillier - Actes Sud 1998
L’île en Méditerranée
L'histoire de Majorque
Bref historique des premières invasions basé sur le livre Baleares de B. Porcel qui n'existe qu'en langue espagnole.
Comme la plupart des îles de la Méditerranée, Majorque, et malgré qu’on l’appelle « Isla de la calma », a toujours vu arriver des vagues de visiteurs-envahisseurs.
Avant 992
, date de l’occupation arabe qui dura jusqu’en 1229, l’île fut « visitée » tour à tour par les grecs, les romains qui fondèrent Palma et Pollença, les vandales et les byzantins.
Les arabes apportèrent énormément sur le plan de l’agriculture, de l’extraction de l’eau, ces moulins à vent que vous pouvez encore voir partout dans la plaine.
Et de tous temps, des pirates de tous bords. Ce qui décida le Roi Jaime I de chasser les arabes de l’île.
" La conquête de Jaime I, roi de la Couronne catalano-aragonaise, en 1229, a été due en bonne partie à la piraterie qu’exerçaient sur les navires catalans les maures de l’archipel, alors les Almohades."
Moros y Cristianos © Israel Pampín
Nombre d’entre eux venaient d’Afrique du Nord ou même de Turquie pour piller.
B. Porcel écrit que les arabes, excellents navigateurs, arrivaient sur de petites embarcations pour voler ou kidnapper des paysans, ce qui les intéressait bien plus que combattre, tandis que les turcs, moins habiles en mer, étaient des lutteurs féroces.
Mais ne croyez pas, ajoute-t-il, que les insulaires étaient des anges ! Non seulement ils se défendaient mais ils rendaient visite aux arabes pour essayer de récupérer les chrétiens pris en esclavage, Cervantès par exemple.
Que les côtes soient des endroits dangereux a eu d’innombrables conséquences : les villages sont intérieurs, seuls quelques pêcheurs vivaient au bord de mer, les habitants, méfiants, vivent repliés sur eux-mêmes dit Porcel, l’alimentation en est affectée…
(un autre billet suivra qui parlera de culture et cuisine, oui !)
Moros y Cristianos © Israel Pampín
Je terminerai ce billet par une fête commémorative, historico ludique qui a lieu en divers endroits de la Méditerranée et de Majorque, Moros y Cristianos .
Au village de Sóller elle a lieu de second lundi de mai et elle commémore l’exploit réalisé en 1561 quand la population locale s’opposa à une attaque de pirates turcs et algériens. Si elle a une base religieuse c’est son côté théâtral qui frappe le plus. Imaginez : la moitié de la population, principalement les jeunes, s’habille en maures, l’autre en chrétiens de l’époque (on dit que les habitants préfèrent être maures, mais… ?). Les combats commencent au port où débarquent les pirates qui gagnent les deux premières batailles. Se croyant déjà vainqueurs ils se rendent dans la ville où, sur la place, un guet-apens leur est tendu et le combat final est remporté…par les chrétiens.
Dans ce chaos les femmes jouèrent un rôle important : elles tuèrent deux pirates avec une barre en fer et elles sont honorées pour ce haut fait.
Si vous voulez les images et le son c'est par là
Moros y Cristianos © Israel Pampín
Rendez-vous est pris avec Colo pour tout savoir sur la culture et la gastronomie de son île nous vous attendons nombreux !
07:02 Publié dans Histoire, Littérature Espagnole, Tour du monde | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note
05.03.2011
Les Empires de l'Indus - Alice Albinia
Venez remonter un des plus grands fleuves du monde

« L'un des plus longs fleuves du monde, l'Indus, a été vénéré tel un dieu pendant des millénaires, il est celui qui arrose des déserts, des terres fertiles, qui traversent l’inde, le Tibet et pour finir le Pakistan »
Alice Albinia a fait seule ce long voyage du delta de l’Indus à sa source, doublant ce voyage géographique d’une remontée dans le temps, du Pakistan d’aujourd’hui à la conquête d’Alexandre.

Delta de l'Indus - Photo de Tariq Mamhood
Elle ouvre ainsi son récit « Dans un pays où il pleut rarement, une rivière est aussi précieuse que l'or. L'eau est puissante: elle ruisselle à travers les rêves de l'homme, imprègne la vie, dicte l'agriculture, la religion et la guerre. »

Juste pour situer
Le voyage dans le temps commence avec la partition en 1947 , Alice Albinia tente en interrogeant les habitants de collecter les souvenirs de cette période qui vit naître un Pakistant « mutilé et manger aux mites » qui vit dix millions de personnes être déplacées et qui vit se perpétrer des massacres opposant deux communautés religieuses, musulmans et hindouistes qui jusque là vivaient dans une paix relative.
Remontant toujours le cours du fleuve et du temps, nous voici après avoir quitté un delta de l’Indus moribond pour cause de barrages mulitiples, nous voici dans le Sind que les anglais eurent tant de mal à conquérir, des terres devenues fertiles par le miracle de l’irrigation. Remontant toujours plus loin, elle flirte dangereusement avec la frontière de l’Afghanistan d’où sont venus d’autres conquérants tel Babur descendu d’Ouzbékistan.

Le temple d'Amritsar situé en Inde
Elle rencontre la communauté Sikh écartelée entre deux pays, dont les traditions vieilles de cinq millénaires prévoient un pèlerinage à Amritsar dans son temple d’or surmonté de dôme et de flèches mais ...situé en Inde.
Poussant encore le voyage plus au nord c’est la célèbre Khyber Pass, puis les Territoires du Nord fief des Talibans et le pays où Alexandre célébré par les grecs à l’égal d’un Dieu est sans doute parvenu.
C’est l’occasion pour Alice Albinia de quelques mises au point qui détruisent un peu la légende mais qu’elle fait avec verve et érudition. Le périple se termine sur les plateaux tibétains après une marche harassante.

Aux sources du grand fleuve
J’ai été impressionné par le courage de cette intrépide jeune femme, n’hésitant pas à prendre des risques dans ces zones où la vie et a fortiori la vie d’une femme ont peu de prix. Revêtant la burqa pour être reçue partout, parlant couramment l’ourdou ce qui lui ouvre bien des portes. Ses rencontres très diverses : Imam, étudiants, femmes et toujours empreintes d’une grande attention et écoute.
Elle ne fait pas silence sur les exactions, les massacres, les destructions de temples et de statues, les attentats. Ni sur le sort des populations.
Elle prédit un avenir noir à la région, aux pêcheurs, aux cultivateurs, le fleuve Indus se réduit comme peau de chagrin, les nombreux barrages l’ont presque détruit le delta « Un jour lorsqu’il ne restera plus que des lits asséchés et de la poussière, on entendra des lamentations amères ».
Son travail d’historienne est passionnant et fait apparaître sous un jour nouveau les conflits actuels et l’avenir politique de cette région.
Le livre : Les Empires de l’Indus - Alice Albinia - Editions Actes Sud 2011
L’auteur
Alice Albinia a fait des études de littérature anglaise à l'université de Cambridge, avant de présenter un Masters à la "School of Oriental and African Studies" de Londres.Elle a travaillé pendant plusieurs années comme journaliste à Delhi et réside actuellement dans le Sussex.(source l’éditeur)
05:12 Publié dans Histoire, Récits de voyage, Tour du monde | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note
19.02.2011
La Route de Tôkaidô
Bon oui c’est vrai ce n’est pas tout à fait un livre de voyage mais dans la série Tour du monde il a sa place et voici votre guide

Hiroshige je vous ai déjà proposé de faire connaissance avec lui. Aujourd’hui il nous sert de guide sur la Route de Tôkaidô Célèbre route qui reliait Tokyo à Kyoto au XIXème siècle.
d'abord la carte de votre voyage
Parsemée de relais cette route était un grand axe de communication parcourue par des coursiers qui assuraient les échanges entre la Cour et les Shoguns.

Votre 3ème étape : Kawasaki
Pas vraiment faite pour le tourisme, elle est empruntée malgré tout par les paysans, les pêcheurs, des bonzes, des soldats. Et comme il faut bien se sustenter on trouve aussi nombre d’auberges. On pouvait aussi y croiser des processions en route vers un pélerinage.

Mitsuke votre 29ème étape
Tout au long des saisons tout un petit peuple parcourt cette route et fait étapes dans une des 53 stations.

La Route en hiver : Etape à Kambara
Toute sa vie Hiroshige a peint cette route, les étapes, les ponts, les vues de la campagnes environnante et les personnages qui l’empruntèrent au fil du temps.
Il existe environ trente séries d’estampes, certaines plus célèbres que d’autres.

Il ne faut pas craindre les intempéries
Chaque estampe est un petit monde pittoresque, des couleurs très variées selon les séries, des bleus ou des verts violents pour les unes, des couleurs douces presque ternes pour les autres. Les personnages semblent s’animer, certains courent sous la pluie, d’autres plient sous le poids de leur charge.
Il n’existe pas de séries identiques ! Chaque fois Hiroshige reproduit un monde différent.
On dit que les Japonais ont appris à connaître leur pays à travers ces estampes : jolie leçon de géographie
Cette route est toujours empruntée aujourd'hui, c'est le tracé du célèbre Shinkansen et pendant le voyage on peut apercevoir le Mont Fuji comme à l'étape Hara

Hara : vue sur le Mont Fuji
Ces vues magnifiques sont regroupées dans un coffret superbement présenté : un fac-similé du « Petit Tôkaidô » présenté en un long dépliage et qu’il faut lire bien entendu de droite à gauche.
En accompagnement des reproductions de ces mêmes stations mais dans d’autres séries.
C’est facile à suive car le nom des stations est toujours identique et les comparaisons montrent toute la diversité de l’art d’Hiroshige.
Un bel objet et un voyage dans le temps et le Japon d’autrefois.
Dans cette expo de la Bnf vous pouvez faire le voyage (lien du diaporama tout en bas de la page)
Un site anglais très complet où j'ai emprunté ma carte pour le voyage
05:14 Publié dans Art, Tour du monde | Lien permanent | Commentaires (32) | Envoyer cette note
12.02.2011
En Egypte avec Pierre Loti
Dans la série Tour du monde et pour suivre un peu l'actualité direction l'Egypte
J’ai lu beaucoup sur les voyages en Egypte car c’est une destination qui m’a toujours fait rêver. Alors bien sûr j’ai lu Flaubert, Théophile Gautier ou Lady Gordon Duff.
Je n’ai pas résisté à Pierre Loti qui vient d’être publié dans une toute nouvelle collection de récits de voyage.
Nous sommes au début du siècle et Pierre Loti amoureux de l’orient voyage en Egypte, il n’est pas un voyageur ordinaire, d’abord sa plume est celle d’un véritable écrivain mais surtout il a un regard très particulier sur ce qui vient de naitre en Egypte : Le tourisme
Il arpente l’Egypte du Caire à Assouan, de Thèbes aux rives du Nil, de Louxor à Philæ.
Tout son voyage est marqué par le terrible constat, les beautés naturelles, les paysages, les sites : tout va disparaître. L’Egypte et les Egyptiens vont perdre leur âme, en Inde l’auteur avait déjà eu la dent dure contre les anglais, mais ici c’est un réquisitoire en règle, tout y passe : le vol des oeuvres d’art, les maladies apportées à la population, l’exploitation des sites par « les désoeuvrés, les parvenus du monde entier » et que dire des hordes de touristes qui grâce à Monsieur Cook envahissent le désert « jeunes anglaises phtisiques, ou vieilles anglaises simplement un peu gâteuses ».

Philae au temps de Loti

philae aujourd'hui
Le paroxysme est atteint avec l’île de Philae « L'embarcadère pour Philae. Quantité de barques sont là prêtes, car les touristes alléchés par maintes réclames, affluent maintenant chaque hiver en dociles troupeaux. Toutes, sans en excepter une, agrémentées à profusion de petits drapeaux anglais, comme pour quelque régate sur la Tamise; il faut donc subir ces pavois de fêtes foraines, - et nous partons avec une nostalgique chanson de Nubie que les bateliers entonnent à la cadence des rames. »
les pages de Miriam sur Assouan et Philae
Il écrit en polémiste et il invite les Egyptiens à se rebeller « Réagissez avant qu’il soit trop tard (...) tout ce qui fut la grâce et le mystère de votre ville.(...) il y va de votre dignité nationale. »
Dans beaucoup de pages c’est son amour du pays, de la population, son admiration qui l’emportent.
Sa visite à Al-Azhar la mosquée Fatimide et son université « Cette cour, où le soleil de onze heures darde son feu blanc, est un enclos sévèrement et magnifiquement arabe ; il nous a isolés soudain du temps et des choses ; il doit porter à la prière musulmane, de même que jadis nos cloîtres gothiques portaient à la prière chrétienne. Il est vaste comme un carrousel » il est sous le charme puissant de l’endroit « Malgré soi on lève la tête, fasciné par toute cette beauté qui est en l'air : rien d'autre pourtant que ce carré de ciel merveilleux, sorte de limpide saphir tout enchâssé dans des crénelures d'Al-Azhar, et où montent se perdre les si audacieuses tours fuselées »

Al-Azhar
Pourtant ici aussi la critique n’est pas loin devant le comportement des touristes « Dans n’importe quelle église d’Europe, où des hommes prieraient agenouillés, je voudrais voir comment seraient accueillis des touristes musulmans, qui par impossible, se tiendraient aussi mal que ces sauvages là. »
Pierre Loti est un bon guide et l'alernance entre admiration et colère rend le livre très actuel.Un beau voyage, un livre à glisser dans ses bagages lors d’une croisière sur le Nil.
Pour compléter des pages et photos d’une exposition sur le voyage en Orient
les pages de Miriam sur Assouan et Philae
Le livre : La mort de Philae - Pierre Loti - Editions François Bourin
L’auteur :
Pierre Loti (1850-1923) officier de marine et écrivain, a cultivé toute sa vie la passion du voyage. De l'Inde à Tahiti, de la Turquie au Sénégal, des déserts du Sinaï à ceux de Galilée, les inlassables pérégrinations de cet arpenteur des océans ont nourri une œuvre riche (Vers Ispahan, Aziyadé, Le roman d'un spahi ou encore Madame Chrysanthème) qui contribua à faire de lui, de son vivant, un romancier à succès et un mondain courtisé. (l’éditeur)
06:00 Publié dans Littérature Française, Récits de voyage, Tour du monde | Lien permanent | Commentaires (38) | Envoyer cette note
29.01.2011
Tour du monde : Escale en Inde et au Népal
"Je crois qu’on devrait s’en aller quelque part cet hiver"
Un conseil
« Le voyage vertigineux en bus est fort honorable, certes, mais la vitre d’une fenêtre vous sépare, laisse vos sens en jachère. A ces lois de la vie qui jamais encore ne furent écrites devrait être ajouté, pour tout adulte, un an de marche à pied en pays étranger. En tant qu’exercice d’attention, de confiance, de tolérance. »
Une rencontre : Choegyal Tulku moine dont la famille a été massacrée par les Chinois
"L'artiste offre du thé au jasmin et des pommes. Une simple branche d'amandier en fleurs dans un verre. La propreté du plancher, les traits nets de son visage, le frôlement délicat de ses mains, la langue qui effleure le monde sans égratigner ni blesser. Au bout d'un long moment seulement, nous remarquons qu'il pleut toujours dehors car, ici, à l'intérieur, tout est lumière. La distance entre la branche en fleurs et l'odeur du thé donne de la lumière. La distance entre la pomme dans sa main et l'éclat de son vêtement rouge. La simplicité. Il est un lama tibétain, assis très immobile et qui sourit."
Les lieux
De Delhi au Népal du Râjasthan à la Suéde.
Les hommes
Amateur d’oiseaux, artistes, artisans, intouchables, moines dans un monastère, dissidents politiques, journalistes ou simplement amis.
La nature
Grues des neiges en voie de disparition, antilopes bleues, et " forêts hérissées de termitières et peuplées de geais bleus "

Tout est proximité à Göran Tunstöm, les hommes et femmes rencontrés « Je n’ai jamais cessé d’être fasciné par ce qui se cache sous les visages de tous les jours. Quels royaumes ! Quelle lumière ! Nous ne sommes jamais ce que nous semblons être »
En conclusion
"Marcher sur terre, c'est découvrir avec quelle indécence la vie est brève "
Le livre : Partir en hiver - Göran Tunstöm - Editions Actes Sud - 1988 (disponible)
04:56 Publié dans Récits de voyage, Tour du monde | Lien permanent | Commentaires (33) | Envoyer cette note
26.01.2011
Le Tour du monde en 80 jours ou presque
Le tour du monde ça vous tente ? D'escale en escale, partir avec les plus grands écrivains voyageurs, l'aventure, l'émotion, la découverte...........Suivez moi

Depuis un an maintenant je vous propose en fin de semaine des Bribes et Brindilles, un florilège de phrases que j’aime, glanées au fil du temps, des livres qui font pour moi tout le prix de ma bibliothèque, des auteurs parfois oubliés, des livres parfois peu connus.
J’aime préparer ces billets mais j’aime le changement, aussi je vais alterner désormais ces bribes et brindilles avec un nouveau genre, j’ai hésité sur le nom à lui donner mais finalement je me suis souvenue que le premier livre de voyage que j’ai lu c’était : Le tour du monde en 80 jours, alors honneur à Jules Verne et donc ce sera : Tour du monde
Il y aura une escale chaque semaine, avec pour cicerone chaque fois un écrivain du voyage, les anglais et la célèbre revue Granta en ont fait un genre à part entière : le travel writing.




N Bouvier E Maillart J Raban R Byron
La parole sera donc donné aux voyageurs, certains très connus : Nicolas Bouvier, Ella Maillard ou Jacques Lacarrière et d’autre plus discret : Karamzine, Jonathan Raban, Cochrane, Pritchett ou Robert Byron

J’ai envie de vous ouvrir ma bibliothèque des voyages, je l’enrichis depuis de nombreuses années, j’ai de quoi vous faire voyager de l’Amazone, aux confins du Tibet, du Japon aux Féroé, de l’Islande à l’Alaska, de la Russie au ...Limousin
Une fois par semaine je vous proposerai une escale, des extraits de livres, des photos et un petit mot sur le livre.
Je vous donne rendez-vous samedi pour la première escale
04:33 Publié dans Et le reste..., Récits de voyage, Tour du monde | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note
































































































































































































































































