29.01.2012

Transsibérien - Dominique Fernandez

A travers la steppe 

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« L’expérience du Transsibérien abolit toute distinction entre soi et le monde, par une dilatation de l’individu à l’infini » 
 

J’avoue, j’ai un faible pour Dominique Fernandez, son Tolstoï m’a beaucoup plu et j’ai craqué pour son dernier livre : Transsibérien.

Il faut dire qu’en le feuilletant en librairie que suis tombée sur cette phrase « Ce récit, je m’en excuse, sera farci de lectures et relectures » ce qui fut une incitation très forte.

En 2010 Dominique Fernandez a participé à un voyage dans le cadre de l’Année Franco-Russe, un voyage mythique en Transsibérien.
Avec une pléiade d’autres auteurs et journalistes, à bord de wagons aux couleurs des deux pays.

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« Le Transsibérien quitte chaque jour Moscou, gare de Iaroslavl, à 16H50 »  le bout du voyage est sur la quai de Vladivostok quelques 9000 km plus tard. 

L’auteur se fixe quelques règles pour ce journal de voyage : pas question d’être « aveugle et bêtement enthousiaste » mais rester vigilant, observer, s’interroger, critiquer si nécessaire mais à la manière d’un amoureux de la Russie. 

L’auteur a prévenu, les références littéraires seront nombreuses, l’occasion pour le lecteur de se plonger dans un bain de littérature russe de Tchekhov en route pour Sakhaline, Dostoïevski en route pour la Maison des morts, en passant par Tolstoï et ses récits du Caucase ou Gorki, celui des récits d’enfance, avant qu’il encense la construction du Belomorkanal

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C’est aussi le voyage vers le Goulag de Chalamov ou Soljenitsyne car « Très rare sont les ouvrages qui parlent d’une autre Sibérie que celle des prisons, des camp, des travaux forcés ».

Mais la Sibérie c’est aussi l’aventure, la toundra glacée, l’impétuosité de l’Ienisseï, le « silence du Baïkal » ou le fleuve Amour.

Les étapes du voyage sont une litanie de noms qui font rêver : Nijni-­Novgorod, Ekaterinbourg, Omsk, Novossibirsk, Irkoustk, Krasnoïarsk.........

 

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        Irkoutsk et ses maisons de bois


« Des rivières, des tourbières, des étangs coupent l’immense forêt. Pas une maison, pas un homme, pas une automobile, pas un animal. Un monde s’étend devant nous, aussi neuf qu’à son origine La plaine, les arbres, le ciel, toujours la plaine, toujours les arbres, toujours le ciel, dans une suspension du temps qui ouvre la porte sur l’éternité ».

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La Bouriatie

A chaque étape, voyage officiel oblige, c’est une succession de réceptions en fanfare, de dîners, de rencontres plus ou moins contraintes avec des russes, de spectacles, de visites, de conférences.

Les conditions matérielles sont très bonnes comparativement au voyageur lambda, une provodnitsa à leur service exclusif pour assurer la vie à bord, cette employée est chef du samovar qui trône en tête de wagon toujours prête à délivrer les verres, le thé, le sucre et faire abaisser les marches du wagon à chaque arrêt.

 

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une provodnitsa


La traversée occasionnelle du wagon de troisième classe remet les pendules à l’heure russe, l’inconfort réservé au « prolétariat d’esclaves » soulève l’indignation de Dominique Fernandez.

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une page de pub 

Au gré des étapes et visites organisées on passe d’un conservatoire de musique à une représentation du Barbier de Séville à l’Opéra dEkaterinbourg, on apprend que Rudolf Noureev est né dans un wagon du Transsibérien. Parfois les visites sont décevantes et les rencontres ou les échanges avortés. Mais il y a aussi des moments de grâce comme cette rencontre avec des lycéens qui se livrent à un jeu littéraire franco-russe à faire pâlir d’envie n’importe quel enseignant. 

Moment d’émotion que celui où Irina une des accompagnatrices russes lui propose « d’aller déposer des fleurs au pied du monument élevé à la mémoire du poète Ossip Mandelstam » c’est la dernière image qu’emporte Dominique Fernandez, la statue de celui qui écrivait

« Fourre-moi plutôt,  comme un bonnet, dans la manche de la chaude pelisse des steppes sibériennes ».

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j’ai aimé ce voyage mais je n’ai pas tout à fait tout dit. Si la littérature russe est largement présente la française ne l’est pas moins et de Théophile Gautier à Balzac , d’Alstophe de Custine à Alexandre Dumas, nombreux sont les français qui ont écrit sur cette Sibérie. Il invite aussi à la lecture d’Andréï Makine le sibérien le plus français qui soit. 

En vrai amoureux de la Russie l’auteur rend le voyage passionnant, deux carnets de photos accompagnent parfaitement le texte. 

 

Vous vous dites peut-être qu’il y a un grand absent dans toutes ces évocations, LE héros de la Sibérie, le courageux, le téméraire Michel Strogoff ...ce n’est pas un oubli, ce sera pour la prochaine étape.

 

Le Livre : Transsibérien - Dominique Fernandez - Photographies de Ferrante Ferranti - Editions Grasset 2012

 

30.04.2011

Voyage à l'île de Rügen - Carl Gustav Carus

Un petit livre qui évoque à la fois un lieu et un peintre des paysages de la Baltique
En 1819 Carl Gustav Carus lui même peintre fait un « voyage à l’île de Rügen » sur les traces et avec les conseils de son ami Caspar David Friedrich.

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                                             Eichen am Meer - Carl Gustav Carus

Il part aussi en quête d’une solitude lui qui appartient à la mouvance romantique de l’époque cherche un lieu propice à la méditation.
Depuis Berlin le voyage est long et aventureux, il est tout de suite charmé par les paysages « les environs de herzberg, si joliment boisé de chênes, avec ça et là quelques pins pittoresques, des cigognes perchées sur les chaumières rustiques dans la lumière du matin » Il traverse la Poméranie qui lui rappelle les tableaux de Ruysdael.
Pour parvenir sur l’île il fait son premier voyage en mer « un petit vent de terre nous poussa vers le large, les vagues ondoyaient contre la petite embarcation et souvent le crayon sur le papier, nous suivions des yeux les yoles et les bateaux de pêche. »
Si Rügen est aujourd’hui un haut lieu du tourisme allemand, à l’époque l’île est quasi déserte et Carus est ébloui par « une vie de la nature, aussi belle et solitaire »
Son voyage donne lieu à un récit à la fois artistique et champêtre où se mêlent des considérations esthétiques sur l’art et des descriptions empreintes de poésie et de romantisme.

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                             Wanderer on the mountains top - Musée de Saint Louis USA

La région est superbe et les hautes falaises de craie de l’île sont l’occasion pour Carus de s’extasier « Dans l’obscurité, je sortis encore pour écouter, auprès de ces hautes parois de craie d’où émanait une lumière quasi phosphorescente, le fracas de la mer montant des profondeurs »

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 Les falaises de Rügen peintes par son ami et men

Kreidefelsen auf Rûgen - Caspar David Friedrich

Museum Oskar Reinhart am Stadtgarten

 

Le voyage ne dure que quelques jours, il souhaitait voir se rétablir sa santé, c’est chose faite, il peut rentrer.

C’est un texte plein de charme et d’un certain lyrisme romantique  qui donne une saveur un peu surannée à la lecture.

Voilà comment Kenneth White qui écrit la préface du livre décrit Rügen et cette région
La région est « la grande plaine prussienne  » parcourue par l’Elbe, la Vistule, l’Oder c’est « un labyrinthe de bras marécageux » l’ensemble compose un paysage « mouvant et émouvant »


Le livre : Voyage à l’île de Rügen - Carl Gustav Carus - Traduit de l’allemand par Nicole Taubes - Edtions Premières pierres  1999

02.04.2011

La Compagnie du fleuve - Thierry Guidet

Je profite de grands rangements dans mes bibliothèques pour ressortir des livres qui m’ont plu
C’était bien avant la descente de la Loire en Canoë, mille kilomètres à pied le long de ses rives, un long parcours du Mont Gerbier de Jonc à Saint Nazaire. Si la curiosité vous titille bouclez votre sac.

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Le départ

Départ en avril aux premières jonquilles, le temps de se mettre en jambes et il laisse déjà loin derrière lui le pays de Modestine, il suit avec l’oeil d’un peintre « un chemin de terre au milieu des pins, des aubépines, des noisetiers, qui longe une Loire d’aquarelle ».
Marcher, penser, rencontrer et lire car Thierry Guidet ne saurait se passer de livres, lors de précédentes randonnées il était accompagné par Montaigne ou Sénèque, dans son parcours en Loire c’est la Bible qui lui tient compagnie car il lui faut « des livres qui se hument, se mâchent puis se digèrent lentement ».

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La Charité sur Loire

File le chemin rythmé par les bivouacs et les rencontres. Ici et là on repère les blessures mal refermées de la tempête de 1999.
La Haute Loire, l’Allier, les plaines du Forez, les canaux latéraux, les chemins de halage, les « pays de rêveuses rivières et de canaux pensifs », il avance au rythme d’une péniche pendant un petit moment savourant la liberté des mariniers.
La Loire était, avant le chemin de fer, un fleuve de chalands et de gabares. Thierry Guidet nous parle même d’une « marine de Loire » au temps où les péniches transportaient les épices des Antilles « la verrerie du Dauphiné, la faïence de Nevers, les couteaux d’Auvergne (...) les livres imprimés à Genève. »

Mais le fleuve n’est pas toujours doux, les lignes de crues sur les façades des maisons sont là pour le rappeler. 
Mi parcours et c’est l’entrée dans « La Loire des châteaux et des vignes » Vite  un signe de la main à Balzac, à Stendhal qui navigua entre Tours et Nantes, une pensée pour D’Artagnan qui fait son entrée à Meung sur Loire.
Notre marcheur fait un détour par Chambord, flâne dans le potager de Villandry.
Rois, reines, art de vivre, douceur angevine, avec au détour d’un chemin ....une centrale nucléaire.

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Gabare sur la Loire

La fin du parcours approche et c’est un monde d’îles que l’auteur nous fait découvrir à bord d’une gabare : l’île Meslet, le Piloquet, l’île aux bergers, et même Kerguelen.
Le voyage se termine à Saint Nazaire, j’ai aimé la compagnie de Thierry Guidet, jamais pompeux, toujours curieux qui dit « J’ai marché en badaud, curieux de la leçon de choses, et d’histoire, et de géographie, et de littérature que me donnerait le fleuve. »

 

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Le bout du voyage : l'estuaire de Saint Nazaire

 

Le livre : La Compagnie du fleuve - Thierry Guidet - Editions Joca Seria 2004

05.03.2011

Les Empires de l'Indus - Alice Albinia

Venez remonter un des plus grands fleuves du monde

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« L'un des plus longs fleuves du monde, l'Indus, a été vénéré tel un dieu pendant des millénaires, il est celui qui arrose des déserts, des terres fertiles, qui traversent l’inde, le Tibet et pour finir le Pakistan »
Alice Albinia  a fait seule ce long voyage du delta de l’Indus à sa source, doublant ce voyage géographique d’une remontée dans le temps, du Pakistan d’aujourd’hui à la conquête d’Alexandre.

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Delta de l'Indus - Photo de Tariq Mamhood

Elle ouvre ainsi son récit « Dans un pays où il pleut rarement, une rivière est aussi précieuse que l'or. L'eau est puissante: elle ruisselle à travers les rêves de l'homme, imprègne la vie, dicte l'agriculture, la religion et la guerre. »

 

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Juste pour situer

 

Le voyage dans le temps commence avec la partition en 1947 , Alice Albinia tente en interrogeant les habitants de collecter les souvenirs de cette période qui vit naître un Pakistant « mutilé et manger aux mites » qui vit dix millions de personnes être déplacées et qui vit se perpétrer des massacres opposant deux communautés religieuses, musulmans et hindouistes qui jusque là vivaient dans une paix relative.
Remontant toujours le cours du fleuve et du temps, nous voici après avoir quitté un delta de l’Indus moribond pour cause de barrages mulitiples, nous voici dans le Sind que les anglais eurent tant de mal à conquérir, des terres devenues fertiles par le miracle de l’irrigation. Remontant toujours plus loin, elle flirte dangereusement avec la frontière de l’Afghanistan d’où sont venus d’autres conquérants tel Babur descendu d’Ouzbékistan.

 

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Le temple d'Amritsar situé en Inde

Elle rencontre la communauté Sikh écartelée entre deux pays, dont les traditions vieilles de cinq millénaires prévoient un pèlerinage à Amritsar dans son temple d’or surmonté de dôme et de flèches mais ...situé en Inde.
Poussant encore le voyage plus au nord c’est la célèbre Khyber Pass, puis les Territoires du Nord fief des Talibans et le pays où Alexandre célébré par les grecs à l’égal d’un Dieu est sans doute parvenu.
C’est l’occasion pour Alice Albinia de quelques mises au point qui détruisent un peu la légende mais qu’elle fait avec verve et érudition. Le périple se termine sur les plateaux tibétains après une marche harassante.

 

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Aux sources du grand fleuve

J’ai été impressionné par le courage de cette intrépide jeune femme, n’hésitant pas à prendre des risques dans ces zones où la vie et a fortiori la vie d’une femme ont peu de prix. Revêtant la burqa pour être reçue partout, parlant couramment l’ourdou ce qui lui ouvre bien des portes. Ses rencontres très diverses : Imam, étudiants, femmes et toujours empreintes d’une grande attention et écoute.
Elle ne fait pas silence sur les exactions, les massacres, les destructions de temples et de statues, les attentats. Ni sur le sort des populations.
Elle prédit un avenir noir à la région, aux pêcheurs, aux cultivateurs, le fleuve Indus se réduit comme peau de chagrin, les nombreux barrages l’ont presque détruit le delta « Un jour lorsqu’il ne restera plus que des lits asséchés et de la poussière, on entendra des lamentations amères ».

Son travail d’historienne est passionnant et fait apparaître sous un jour nouveau les conflits actuels et l’avenir politique de cette région.


Le livre : Les Empires de l’Indus - Alice Albinia - Editions Actes Sud  2011

L’auteur
alice2.jpgAlice Albinia a fait des études de littérature anglaise à l'université de Cambridge, avant de présenter un Masters à la "School of Oriental and African Studies" de Londres.Elle a travaillé pendant plusieurs années comme journaliste à Delhi et réside actuellement dans le Sussex.(source l’éditeur)

12.02.2011

En Egypte avec Pierre Loti

Dans la série Tour du monde et pour suivre un peu l'actualité direction l'Egypte

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J’ai lu beaucoup sur les voyages en Egypte car c’est une destination qui m’a toujours fait rêver. Alors bien sûr j’ai lu Flaubert, Théophile Gautier ou Lady Gordon Duff.
Je n’ai pas résisté à Pierre Loti qui vient d’être publié dans une toute nouvelle collection de récits de voyage.

Nous sommes au début du siècle et Pierre Loti amoureux de l’orient voyage en Egypte, il n’est pas un voyageur ordinaire, d’abord sa plume est celle d’un véritable écrivain mais surtout il a un regard très particulier sur ce qui vient de naitre en Egypte : Le tourisme

Il arpente l’Egypte du Caire à Assouan, de Thèbes aux rives du Nil,  de Louxor à Philæ.
Tout son voyage est marqué par le terrible constat, les beautés naturelles, les paysages, les sites : tout va disparaître. L’Egypte et les Egyptiens vont perdre leur âme, en Inde l’auteur avait déjà eu la dent dure contre les anglais, mais ici c’est un réquisitoire en règle, tout y passe : le vol des oeuvres d’art, les maladies apportées à la population, l’exploitation des sites par « les désoeuvrés, les parvenus du monde entier » et que dire des hordes de touristes qui grâce à Monsieur Cook envahissent le désert « jeunes anglaises phtisiques, ou vieilles anglaises simplement un peu gâteuses ».

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                                                             Philae  au temps de Loti

 

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Le paroxysme est atteint avec l’île de Philae « L'embarcadère pour Philae. Quantité de barques sont là prêtes, car les touristes alléchés par maintes réclames, affluent maintenant chaque hiver en dociles troupeaux. Toutes, sans en excepter une, agrémentées à profusion de petits drapeaux anglais, comme pour quelque régate sur la Tamise; il faut donc subir ces pavois de fêtes foraines, - et nous partons avec une nostalgique chanson de Nubie que les bateliers entonnent à la cadence des rames. »

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les pages de Miriam sur Assouan et Philae

Il écrit en polémiste et il invite les Egyptiens à se rebeller  « Réagissez avant qu’il soit trop tard (...) tout ce qui fut la grâce et le mystère de votre ville.(...) il y va de votre dignité nationale. »
Dans beaucoup de pages c’est son amour du pays, de la population, son admiration qui l’emportent.
Sa visite à Al-Azhar la mosquée Fatimide et son université « Cette cour, où le soleil de onze heures darde son feu blanc, est un enclos sévèrement et magnifiquement arabe ; il nous a isolés soudain du temps et des choses ; il doit porter à la prière musulmane, de même que jadis nos cloîtres gothiques portaient à la prière chrétienne. Il est vaste comme un carrousel » il est sous le charme puissant de l’endroit  « Malgré soi on lève la tête, fasciné par toute cette beauté qui est en l'air : rien d'autre pourtant que ce carré de ciel merveilleux, sorte de limpide saphir tout enchâssé dans des crénelures d'Al-Azhar, et où montent se perdre les si audacieuses tours fuselées »

 

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Al-Azhar

Pourtant ici aussi la critique n’est pas loin devant le comportement des touristes  « Dans n’importe quelle église d’Europe, où des hommes prieraient agenouillés, je voudrais voir comment seraient accueillis des touristes musulmans, qui par impossible, se tiendraient aussi mal que ces sauvages là. »

Pierre Loti est un bon guide et l'alernance entre admiration et colère rend le livre très actuel.Un beau voyage, un livre à glisser dans ses bagages lors d’une croisière sur le Nil.

Pour compléter des pages et photos d’une exposition sur le voyage en Orient
les pages de Miriam sur Assouan et Philae

Le livre : La mort de Philae - Pierre Loti - Editions François Bourin

L’auteur :
loti.jpgPierre Loti (1850-1923) officier de marine et écrivain, a cultivé toute sa vie la passion du voyage. De l'Inde à Tahiti, de la Turquie au Sénégal, des déserts du Sinaï à ceux de Galilée, les inlassables pérégrinations de cet arpenteur des océans ont nourri une œuvre riche (Vers Ispahan, Aziyadé, Le roman d'un spahi ou encore Madame Chrysanthème) qui contribua à faire de lui, de son vivant, un romancier à succès et un mondain courtisé. (l’éditeur)


05.02.2011

Ararat - Frank Westerman

Une étape de mon tour du monde  à la fois réel et imaginaire.

Le déluge, l'arche de Noé, je vous emmène vers un lieu mythique

 

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Le mont Ararat : un lieu mythique qui a tout à voir avec la religion, qui est depuis des décennies un enjeu entre des pays ennemis, le sommet qui sera le plus élevé d’Europe (5165 m) si la Turquie intègre l’Union Européenne, voilà ce qui m’a poussé à lire ce livre.

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Frank Westerman fait un voyage en Arménie en 1999 comme correspondant d’un journal, à Erevan le Mont Ararat est omniprésent, « Son image se trouve sur les billets de banque, les timbres et en hologramme sur les cartes de crédit  » oui mais on ne peut atteindre le sommet qui est sur le sol turc.
Elevé d’une façon assez stricte, il a reçu une éducation religieuse, il a grandi dans le respect des textes sacrés et celui du déluge est un de ceux qui dont le souvenir est vivace, il comprend donc parfaitement les arméniens qui « habitaient le pays de Noé, où pour la première fois était apparu un arc-en-ciel. Comme dans la Bible, ils croyaient qu’une arche avait existé, longue de trois cents aunes, large de cinquante et haute de trente, un bateau de sauvetage enduit de goudron dans lequel hommes et bêtes avaient survécu à l’inondation du globe terrestre tout entier »
Frank Westerman est étonné « Je ne m’étais encore jamais fait la réflexion qu’il existait des lieux bibliques que l’on pouvait tout bonnement aller visiter » et c’est ce qu’il entreprend.
La quête de l’auteur va passer par tout une série de rencontres. Scientifiques quand il retourne voir son vieux prof de math, un géologue spécialiste des éruptions volcaniques, ne pas oublier qu’Ararat est un volcan ! Sans oublier les alpinistes car l’ascension n’est pas un promenade du dimanche et exige matériel et préparation.


A la fois récit de voyage et interrogation personnelle, ce livre, entrepris au moment où l’auteur devient père, est tout à fait original. L’auteur s’interroge sur la foi qui l’a quitté, sa pratique religieuse d’enfant, ses doutes ou questions d’adulte. Il va se frotter aussi aux conflits qui sont à peine éteints aujourd’hui : la question arménienne, le conflit kurde, une petite poudrière aux portes de l’Europe.
Le récit est agréable à suivre, les rencontres de l’auteur sont empreintes de chaleur et parfois de cocasserie.  

Le livre : Ararat - Frank Westerman - Traduit du néerlandais par Danielle Losman - Editions Chrisitian Bourgois 2010

29.01.2011

Tour du monde : Escale en Inde et au Népal


"Je crois qu’on devrait s’en aller quelque part cet hiver"

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Bus indien


Un conseil
« Le voyage vertigineux en bus est fort honorable, certes, mais la vitre d’une fenêtre vous sépare, laisse vos sens en jachère. A ces lois de la vie qui jamais encore ne furent écrites devrait être ajouté, pour tout adulte, un an de marche à pied en pays étranger. En tant qu’exercice d’attention, de confiance, de tolérance. »

Une rencontre : Choegyal Tulku moine dont la famille a été massacrée par les Chinois
"L'artiste offre du thé au jasmin et des pommes. Une simple branche d'amandier en fleurs dans un verre. La propreté du plancher, les traits nets de son visage, le frôlement délicat de ses mains, la langue qui effleure le monde sans égratigner ni blesser. Au bout d'un long moment seulement, nous remarquons qu'il pleut toujours dehors car, ici, à l'intérieur, tout est lumière. La distance entre la branche en fleurs et l'odeur du thé donne de la lumière. La distance entre la pomme dans sa main et l'éclat de son vêtement rouge. La simplicité. Il est un lama tibétain, assis très immobile et qui sourit."

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Monastère au Népal

Les lieux
De Delhi au Népal du Râjasthan à la Suéde.

Les hommes
Amateur d’oiseaux, artistes, artisans, intouchables, moines dans un monastère, dissidents politiques, journalistes ou simplement amis.

La nature
Grues des neiges en voie de disparition,  antilopes bleues, et " forêts hérissées de termitières et peuplées de geais bleus "

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Tout est proximité à Göran Tunstöm, les hommes et femmes rencontrés « Je n’ai jamais cessé d’être fasciné par ce qui se cache sous les visages de tous les jours. Quels royaumes ! Quelle lumière ! Nous ne sommes jamais ce que nous semblons être  »

En conclusion
"Marcher sur terre, c'est découvrir avec quelle indécence la vie est brève "


Le livre : Partir en hiver - Göran Tunstöm - Editions Actes Sud - 1988 (disponible)

26.01.2011

Le Tour du monde en 80 jours ou presque

Le tour du monde ça vous tente ? D'escale en escale, partir avec les plus grands écrivains voyageurs, l'aventure, l'émotion, la découverte...........Suivez moi

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Depuis un an maintenant je vous propose en fin de semaine des Bribes et Brindilles, un florilège de phrases que j’aime, glanées au fil du temps, des livres qui font pour moi tout le prix de ma bibliothèque,  des auteurs parfois oubliés, des livres parfois peu connus.

J’aime préparer ces billets mais j’aime le changement, aussi je vais alterner désormais ces bribes et brindilles avec un nouveau genre, j’ai hésité sur le nom à lui donner mais finalement je me suis souvenue que le premier livre de voyage que j’ai lu c’était : Le tour du monde en 80 jours, alors honneur à Jules Verne et donc ce sera : Tour du monde
Il y aura une escale chaque semaine, avec pour cicerone chaque fois un écrivain du voyage, les anglais et la célèbre revue Granta  en ont fait un genre à part entière : le travel writing.

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 N Bouvier       E Maillart               J Raban                   R Byron

 

La parole sera donc donné aux voyageurs, certains très connus : Nicolas Bouvier, Ella Maillard ou Jacques Lacarrière et d’autre plus discret : Karamzine, Jonathan Raban, Cochrane, Pritchett ou Robert Byron

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J’ai envie de vous ouvrir ma bibliothèque des voyages, je l’enrichis depuis de nombreuses années, j’ai de quoi vous faire voyager de l’Amazone, aux confins du Tibet, du Japon aux Féroé, de l’Islande à l’Alaska, de la Russie au ...Limousin
Une fois par semaine je vous proposerai une escale, des extraits de livres, des photos et un petit mot sur le livre.

Je vous donne rendez-vous samedi pour la première escale

22.12.2010

Pour amoureux de cartes et d'estampes

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Pour votre vieil oncle voyageur, pour votre amie passionnée de vieilles photos, pour votre mère romantique qui rêve de Sissi et adore Agatha Christie, un voyage vers le sud et ses parfums..........

9782812300820FS.gifVoyages autour de la Méditérranée - Serge Barthendier et Marc Walter - Editions Chêne
La Méditérranée berceau de l’humanité, trait d’union des civilisations, destination du Grand Tour de la jeunesse dorée européenne et américaine.
L’auteur propose 4 Itinéraires : de Marseille à Tanger et Alger via Gibraltar ; de Toulon à Nice et Naples jusqu'à la Sicile et Malte ; de Brindisi à Venise, de la Croatie à la mer Egée jusqu'au Bosphore ; et enfin d'Istanbul à Tunis, en passant par Rhodes et Chypre, la Terre sainte et l'Égypte
Fin du XIX ème et début du XX ème siècle, on ne voyage plus avec un but précis, le voyage est devenu agrément.
Ce sont les croisières telles que nous les livrent Agatha Christie dans ses romans, les voyages tels que Thomas Cook le premier eu l’idée de les organiser. Pour la première fois vers 1890 les voyageurs accrochent à leur cou un petit appareil nommé Kodak.

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Hier

On ne s’ennuie pas une minute au cours de ce long périple, pour chaque itinéraire un cicerone, un ou des écrivains amoureux des lieux, leurs écrits vous accompagnent et quels compagnons !  Camus, Goethe, Hermann Hesse, Chateaubriand, Flaubert ou Thomas Mann, Lamartine et Mark Twain
Les photos, les écrits ont un parfum oriental : c’est la mode de l’époque.

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Aujourd'hui

C’est un livre qui vaut par ses illustrations, photos d’époque jaunies, photographies actuelles, cartes postales de lieux mythiques, vieilles cartes Michelin, fac-similés des publicités et brochures de l’époque.
Il y a de quoi flâner pendant des heures, s’étonner devant les menus des grands hôtels de l’époque

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Après c'est sieste obligatoire !

Marchez sur les pas de Durrell, de Mérimée et allez jouer quelques jetons au Casino de Monte-Carlo, vous offrir une balade en voiture  sur la corniche où vous croiserez peut-être Max de Winter.
La Riviera, Nice qui voit passer la Reine Victoria et Sissi, le Maroc de Paul Bowles, Musset à Naples ou Goethe à Taormine, l’escalade des Pyramides comme dans Mort sur le Nil.

Un beau livre de ceux que l’on a souvent envie d’ouvrir et qui fera le bonheur d’un amoureux de cartes et d’estampes.
Pour celui là il faut casser un peu votre tirelire.

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13.12.2010

Cadeau pour un amoureux de l'Italie

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Un beau cadeau pour un amoureux de l'Italie, pour un amateur de Stenhal, pour un ami voyageur, un cadeau à s'offrir

rome.gifRome, Naples et Florence - Stendhal - Editions Diane de Selliers
Tous les amoureux de l’Italie ont rêvé de se retrouver au temps du « Grand Tour » où tous les jeunes gens fortunés déboulaient en Italie pour admirer monuments et peintures et se gaver de soleil et de douceur de vivre.
Prendre Stendhal pour cicérone c’est découvrir une Italie mythique, un pays idéal « L’Italie était pour Stendhal le pays où son âme pouvait flamboyer librement et exprimer toutes les palettes de ses émotions. »

Il s’approprie l’Italie fréquente les lieux élégants, cultivés, l’opéra, les ateliers des peintres mais aussi les réceptions du moment
Il nous donne rendez-vous au Duomo de Florence, à la Scala de Milan, à Pompéi ou sous les arcades de Bologne.

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Florence par Carlo Canella


On l’envie quand il dit visiter seul les loges de Raphaël ou quand il évoque sa lecture de Gibbon « in situ » dans les Thermes de Caracalla.
Sa flânerie est toujours pleine de noblesse, parfois de volupté (ah les Corrèges) ou de charme agreste lorsqu’il écoute les cigales du Pincio.
Pourtant attention de ne pas confondre ce livre avec un guide, on est loin du Baedeker, rien de descriptif ici, rien de clair et précis, tout est affaire d’émotions, de sensations, d’évocations. Les fresques, qu’il ne décrit pas, sont « touchantes » un jardin est dit « délicieux » et la cathédrale de Milan « La gaieté d’un coeur mélancolique » et il peut s’étendre sur la mauvaise humeur des habitants ou le regard des moines dans une procession !

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Les collines de Volterra par Camille Corot


Son ironie parfois grinçante vient tempérer ce qui pourrait être un catalogue d’éloges, amoureux des contradictions et très très peu des détails, Stendhal n’hésite pas à sauter même totalement certains hauts lieux comme Saint Pierre de Rome.

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Nikanor Grigorievich Cernecov - Au Colisée

Dans ce journal de voyage curieusement la musique, la peinture sont omniprésentes mais la littérature est pratiquement absente.

Ce livre a remplacé dans ma bibliothèque mon vieil exemplaire en édition Folio, tout craquelé et jauni.
Quel plaisir ! Chacun des textes de Stendhal est illustré par la peinture correspondante d’un peintre contemporain de l’écrivain.
Nous voyons ce qui voyait l’écrivain, qu’il évoque l’opéra, un monument, un lieu ou un paysage.
Du même coup le côté « recueil de sensations » du livre de Stendhal est pleinement mis en valeur par ce choix de peintures, ces regards croisés qui sont fascinants et donnent toute sa plénitude à ce livre magnifique.
361 peintures retenues parmi plus de 6000 consultées, 40 peintres de toute l’Europe car les peintres de l’époque faisaient tous le voyage vers l’Italie.
Une iconographie somptueuse et une préface éclairante de Philippe Berthier grand spécialiste et biographe de Stendhal font de ce livre « une fête totale du corps et de l’esprit » pour le dire comme Stendhal.

Un très beau cadeau à faire ou à se faire

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