19.08.2009

La Maison en chantier - Christine Brusson

La Maison en chantier - Christine Brusson - Editions des Equateurs
la maison en chantier.jpgQuelques semaines en arrière j’ai lu un billet sur ce livre, billet très positif et je l’avais noté non pour moi, car le sujet ne m’attirait pas spécialement, mais pour l’offrir car j’ai autour de moi de grands lecteurs qui en même temps sont dans les travaux jusqu’au cou !
Mais voilà avant de faire mon paquet cadeau j’ai eu le malheur, ou plutôt le bonheur, d’ouvrir ce livre et je me suis trouvée embarquée dans un bouquin mêlant poésie, comment faire du plâtre et une ode à la bétonnière  "J'ai eu une bétonnière, que j'ai adorée. Elle était d'un bel orangé pétant et bien dressée sur ses trois pattes "
En quelques chapitres très courts, illustrés de petits dessins ici ou là, et s’ouvrant tous sur une citation, l’auteure nous fait partager sa passion pour le travail manuel, la  truelle et le fil à plomb mais aussi la littérature.
On passe des trucs pour se construire une bibliothèque à moindre frais ( là je vous sens toutes et tous très attentifs) à l’art de carreler sa douche...
Le chantier comme elle l’appelle, lui a sauvé la mise quand mal dans sa peau à l’adolescence, le chantier lui a évité la dépression et " redonné la confiance en moi, le goût de vivre, le plaisir physique d'exister."

Mais il ne faut pas vous tromper, ce livre n’a rien à faire dans votre rayon livres pratiques car les réflexions, les méditations de Christine Brusson sur le corps et l’esprit,  sur le féminisme qui l’exaspère , la jouissance de faire avec ses mains, la beauté de la matière ou l’âme des maisons, fait que ce livre trouverait plutôt sa place au rayon poésie ou même philosophie. Je vous recommande sa bibliographie qui sort des sentiers battus.

C’est un essai tonique, vif, drôle " la main qui manie le marteau tient rarement la plume " et profond : lire les pages magnifiques sur la poussière. Cathulu qui m'a donné envie de lire ce livre le qualifie de "charnel et puissant " je partage cet avis et c’est pour cela que j’ai décidé d’en acheter un second exemplaire à offrir car celui-ci va prendre place dans ma bibliothèque.

L'auteur
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Christine Brusson est née en 1963 dans le Berry. Elle a suivi des études de lettres et d'architecture à Paris. Après avoir enseigné la littérature, elle s'est consacrée à l'art du chantier et à l'écriture.


 

07.08.2009

Marcher une phisosophie - Frédéric Gros

Marcher, une philosophie - Frédéric Gros - Editions Carnets Nord
marcher.jpgDes « Balades » de Thoreau, à « L’éloge de la marche » de David Le Breton en passant par « Bâton de randonnée » d’Yves Leclair, ma bibliothèque de «marche » est déjà bien étoffée, mais je n’ai pas hésité longtemps avant d’ajouter le livre de Frédéric Gros sur mes étagères.
Ici pas de récit personnel, pas de conseils aux marcheurs, pas d’itinéraires secrets, mais plutôt une réflexion, une méditation sur l’art de la marche. Frédéric Gros interroge les marcheurs invétérés, ceux dont l’oeuvre ou l’action porte le sceau du marcheur. De Rimbaud à Nietzsche en passant par Ghandi, sans oublier Kant ou Thoreau.

Se balader, marcher, flâner, des activités qui prédisposent à penser et méditer au coeur de la nature, loin des soucis quotidiens.
Nietzsche est le premier accompagnateur de cette marche, chez lui pas de mièvrerie, on va d’un bon pas de Sils-Maria à Rapallo, hiver ou été, mer ou montagne "Nietzsche marche, il marche comme on travaille, il travaille en marchant" les livres de Nietzsche portent la marque de ce grand dehors que l’auteur nous décrit avec infiniment de poésie  "le charme d'un lacet de chemin au milieu des collines, la beauté des champs de vigne en automne, comme des écharpes de pourpre et d'or, l'éclat argenté des feuilles d'olivier sur un ciel définitif l'été, l'immensité de glaciers parfaitement découpés".

 

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Aux environ de Sils Maria

Pas question ici de records, de vitesse car « les journées à marcher lentement sont très longues : elles font vivre plus longtemps, parce qu’on a laissé respirer, s’approfondir chaque heure, chaque minute, chaque seconde, au lieu de les remplir en forçant les jointures »

Mais la marche peut être fuite comme celle de " L’homme aux semelles de vent" qui de Charleville à Aden arpente le monde, chez Rimbaud la marche est l’expression de la colère, l’envie d’ailleurs, qui fait dire à Frédéric Gros " Cette joie profonde, toujours, qu’on a en marchant, de laisser derrière soir. Pas question de revenir quand on marche.(...) On sait toujours pourquoi on marche. Pour avancer, partir, rejoindre, repartir"
Et pour le dire comme Rimbaud  "Allons, la route !"

Marchons aussi avec Rousseau qui, comme Nietzsche, dit ne pouvoir penser qu’en marchant et en éprouver une grande joie "Jamais je n’ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j’ose dire ainsi, que dans les voyages que j’ai faits seul et à pied "
Se promener est-ce marcher ? bien sûr nous dit l’auteur pour qui "Le secret de la promenade, c’est bien cette disponibilité d’esprit, si rare dans nos existences affairées" et nous engage à relire les pages où Proust évoque ses promenades " Du côté de Guermantes ou de Méséglise "
Nous croisons au détour d’un chemins, Wordsworth, poète  de la nature, car "marcher fait venir naturellement aux lèvres une poésie répétitive, spontanée , des mots simples comme le bruit des pas sur le chemin"

 

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Paysage cher à Wordsworth

la liste des marcheurs mais vous laisse au plaisir de faire un bout de chemin avec eux, en attendant je fais mon sac, prends mon bâton

Ce livre plein de poésie et de grand vent, donne envie de boucler son sac. Je ne peux en épuiser ici tout le charme ni la liste d'autres marcheurs mais je vous laisse le plaisir de faire un bout de chemin avec eux.

L'auteur

frederic-gros.jpgFrédéric Gros est professeur de philosophie à l’université Paris-XII. Il a travaillé sur l’histoire de la psychiatrie (Création et folie, P.U.F.), la philosophie de la peine (Et ce sera justice, Odile Jacob) et la pensée occidentale de la guerre (Etats de violence, Gallimard). Il a édité les derniers cours de Foucault au Collège de France.(Source l'éditeur)

 

02.01.2009

L'art des listes

l'art des listes.gifL’art des listes - Dominique Loreau - Editions Robert Laffont et Marabout (version poche)

C’est le meilleur moment pour lire ce livre, qui n’a pas au début d’une année nouvelle fait la liste de ses souhaits, des choses à faire absolument, des résolutions à tenir ?

« je vais aller à la piscine une fois par semaine... »
« je nettoie ma voiture  demain et je défais le sapin ....»
« la liste des écharpes pour la famille : une pour Julie, une pour Paul et une pour ma grand-mère »
« je note les menus que j’ai concocté à mes invités  »
« la liste des voeux à envoyer »
bref me voilà en train de faire des listes, cela me rassure, me réconforte, me donne l’impression de voir plus clair.

C’est un procédé vieux comme le monde et pratiqué par tous, mais élevé au rang « d’art » par Dominique Loreau car ses propositions dépassent largement les listes habituelles.
Elle nous dit : Les listes font partie de notre quotidien comme de notre mental....Elles nous aident à garder le contrôle de notre vie, à gagner du temps, à éviter les oublis, la confusion, le stress...

Il y a les listes classiques :
listes des livres lus
liste des films vus    
la liste pour faire les valises

Il y a les listes plus personnelles, plus nostalgiques, plus curieuses :
les pays que je souhaite visiter
les tableaux que je veux voir avant de mourir
les choses que j’aime, celles que je déteste
Les dix actions dont je suis fière ....et les dix autres .....
La liste des choses à oser faire

L'auteur nous propose des listes très variées, parfois amusantes, d’autres plus pratiques, pour ma part j’ai bien aimé les « listes pour prendre soin de soi » et « les listes des mille et un plaisirs » Cet art très développé au Japon, est un moyen « d’enrichir sa vie  » et puis si vraiment vous vous prenez au jeu, vous pouvez faire un vrai livre de listes, les japonais affirment qu’ « au delà de 10 ans un tel livre est un trésor »

Je suis fanatique de listes depuis toujours : les envies de vacances, les prochains gros achats, les idées de cadeaux quand elles viennent, et bien sur les livres lus, ceux que je vais lire, ceux que je rêve d’acheter (surtout d’énormes livres d’art très très très coûteux) les films vus dans l’année, mes morceaux de musique préférés ...etc.

Je me suis donc précipitée sur cet « art des listes » et je ne le regrette pas; il faut juste maintenant que j’achète un énorme carnet pour faire mon livre de listes....
Il peut se lire d’une traite mais surtout on peut venir y piocher au gré des ses humeurs et de ses envies.
Il met de « la lucidité et de la simplicité dans la vie quotidienne » et il donne envie de lire les autres livres de Dominique Loreau : l’art de la simplicité et l’art de l’essentiel.



L'auteur
Française installée au Japon depuis plus de vingt-cinq ans, Dominique Loreau est imprégnée par le mode de vie de son pays d'adoption. Un mode de vie qui repose sur le principe du «moins pour plus» appliqué à tous les domaines, du matériel au spirituel. Dans ses livres comme dans ses séminaires, elle transpose ces préceptes à l'usage des femmes occidentales (4ème de couverture)


Extrait
« La liste nous donne une voie d’accès directe à l’exploration illimitée de notre vie. Forme de langage et de savoir, elle permet d’aborder les faits avec une clarté magique qui les rend évidents et nous amène à nous enrichir et à mener notre vie avec plus de profondeur.
Se constituer des listes de souvenirs, de ses rêves, de ses aspirations, de ses goûts, aller chercher au plus profond de soi toutes sortes de trésors cachés, de pouvoirs créatifs, de souvenirs, de rêves abandonnés, faire remonter à la surface mille parcelles de son soi jusque là diffus ou ignoré, affiner ses sens, se restructurer, réfléchir, évoluer, apprivoiser le silence et la solitude, se simplifier la vie mais aussi la valoriser, voilà ce que permettent les listes.