05.02.2012

Organes vitaux - Elsebeth Egholm

Nord et Sud 

Des meurtres sous la neige ou sous le soleil

Direction le Danemark

9782749120102FS.gif


Depuis quelques temps les polars viennent du nord, celui là ne déroge pas à la règle et comme j’ai passé un bon moment je vous livre quelques bribes mais rien de trop pour ne rien gâcher de votre plaisir.

 

Direction le Danemark où un tueur semble attiré par les femmes, les terrains de foot, les yeux de ses victimes et les tuyaux de PVC. 

Dans la ville d’Aarhus au cours d'un match de football une jeune femme est retrouvée morte, elle a été sauvagement battue.

L’affaire est confiée à l'inspecteur John Wagner et cela démarre très fort pour la police qui passe à côté d'une info capitale, l’enfant qui a trouvé le corps a filmé la scène avec son téléphone portable !!

 

aarhus_04.jpg

                                                         Pour vous mettre dans l'ambiance 


Dicte Svendsen qui vient d’être nommée rédactrice en chef de son journal est prévenue du meurtre par son compagnon Bo,photographe de presse, elle est immédiatement en délicatesse avec la police ayant réussi à mettre la main sur le film en question.

Très utile ce compagnon, qui soit dit en passant a dix ans de moins que notre brillante journaliste, il parvient à dénicher deux autres affaires très ressemblantes et du coup l’enquête s’élargit vers la Pologne et le Kosovo.

Elle cache bien des choses cette journaliste, allez vous étonner après ça qu’on tente de faire pression sur elle, un détenu prétend détenir des informations et va exercer un subtil chantage sur Dicte Svendsen.

elsebeth.jpg

                                                                    l'auteur  © Ole Lind
 

Bon je vous explique pas tout mais vous connaissez : flics et journalistes vont chercher les points communs, les similitudes, les recoupements possibles. Un récit assez classique mais bien ficelé et correctement écrit.

Si vous cherchez une lecture légère passez votre chemin, ici on baigne dans le sang et le macabre du début à la fin. 

Elsebeth Egholm est très populaire au Danemark, cela ne m’étonne pas  et je vais remonter le temps et lire le premier polar de cette dame prometteuse.

 

Le livre : Organes vitaux - Elsebeth Egholm - Traduit du danois par Didier Halpern - Editions Le Cherche Midi 

26.11.2011

Piège à mouches - Frederik Sjöberg

 Et la nature est là qui t'invite : Episode 3 

syrphe.gif

Le monde des syrphidés

Pour terminer mon incursion au royaume de la nature, je vous propose un petit livre réjouissant, tout en humour et nostalgie.
L’entomologie, cette science de l’éphémère mêlée d’un brin de philosophie, mâtinée d’un peu d’écologie avec quelques digressions vers l’art, la biologie (le vrai métier de l’auteur) et la collectionnite aiguë, histoire de prouver que l’entomologie mène à tout.

Entrez dans le mondes des syrphidés, si comme moi ce nom ne vous dit rien, mais alors rien du tout c'est qu'il sagit du monde de l’entomologie. Un monde particulier qui tient un peu du burlesque c’est l’auteur lui-même qui le dit
« Car tout le monde connaît cette image d’Epinal de l’entomologiste : un huluberlu essoufflé qui court à travers champs et bosquets à la poursuite de papillons fuyants »

syrphidés.jpg


Mais me direz vous les syrphidés dans tout ça ? Là l’entomologiste est un homme calme au point que :
« un passant risque facilement de prendre le chasseur de syrphes pour un convalescent plongé dans quelque forme de méditation. »


Je lève un coin du voile : les syrphes sont des mouches que l’on peut aisément confondre avec des abeilles ou autres hyménoptères.
Notre auteur amateur, voire complètement obnubilé par les fameuses syrphes tombe en admiration devant un certain René Malaise, inventeur d’un piège à mouches. Un instrument d’une rare efficacité car testé sous toutes les latitudes de la Birmanie au ...Kamchatka.

piège à insectes de René Malaisei.jpg

Le piège conçu par René Malaise


C’est parti pour une foule d’anecdotes, d’aventures toutes plus ou moins désopilantes et improbables mais attention toutes parfaitement documentées car le narrateur est réellement : biolgogiste, collectionneur de syrphes et accessoirement écrivain. On saute donc allègrement du terrain à la réflexion, de la passion à la rêverie entomologique.

l'ile de Sjoberg.jpg

L'île de Frederik Sjöberg : mais où se cachent les mouches ?


La vie de l’auteur se déroulant sur une île, cela apporte un côté retraite méditative au récit. Il est en bonne compagnie car le saviez-vous, Tomas Tranströmer le tout récent Prix Nobel est aussi un collectionneur d’insectes de premier plan !

La drôlerie, le ton incisif, le mélange de légèreté et de profondeur et l’originalité du propos ont suffi à mon bonheur. Un récit divertissant et plein d’esprit.

Le livre : Piège à mouches - Frederik Sjöberg - Traduit du suédois par Hélèna Balzamo - Editions Les Allusifs 2011

Fredrik_Sjoberg.jpg

Frederik Sjöberg

11.04.2011

Les Bûcherons - Roy Jacobsen

9782070131396FS.gif


Une aventure au creux de l’hiver qui va rassembler des hommes de plusieurs pays, avec chacun un passé particulier, en pleine guerre entre la Finlande et l’URSS, des hommes que rien ne rapproche sauf l’envie de vivre, de survivre serait plus juste.
Lorsque en décembre 1939 l’URSS fait main basse sur la Finlande profitant du Pacte Germano-Soviétique, les finlandais décide d’appliquer la politique de la terre brûlée et incendie la ville avant de battre en retraite.

lacs-forets-finlande.jpg

Lacs et forêts de Finlande © VisitFinland imagebank

Suomussalmi doit être évacué, mais un irréductible refuse de quitter la ville, Timmo bûcheron de son état et considéré comme simplet, comme l’idiot.
Timmo organise  sa  résistance, il rassemble ce qu’il peut de vivres "un pot de saindoux, un seau de lait gelé et un sac de gros sel" . Il calfeutre portes et fenêtres, nettoie la maison où il a décidé de vivre, de fonds en combles et croyez moi Timmo quand il se met à nettoyer il ne fait pas semblant. Tout rutile.
Et puis bien sûr l’hiver redoutable en Finlande, est déjà là, donc Timmo va s’assurer une provision de bois, mais quand on est bûcheron c’est facile.
La ville tombe aux mains de l’Armée Rouge et voilà Timmo embrigadé à son corps défendant par l’ennemi, dans un bataillon d’étrangers prisonniers, de déserteurs, de juifs : bref aux yeux des Russes la lie de la terre. Une équipe de bûcherons bons à tout faire, mal nourris, frappés, menacés, affamés.
Travailler ça il sait faire Timmo mais le danger guette, vous pouvez en quelques minutes être devant un peloton d’exécution.

Winter_war.jpg

La guerre d'hiver (photo The Library of Congress)


Alors lui, le simplet, l’idiot, va suivre une stratégie simple : si j’aide et fais un peu confiance à mon prochain peut-être qu’ un jour à son tour il m’aidera.
Lorsque l'armée les abandonne il leur faut survivre " Quand les bûcherons se sont réveillés, je leur ai donné la nourriture disponible, de la bouillie de gruau, de la confiture, du lard, un peu de pain."
Une survie basée sur le travail, la ruse, le risque, le don gratuit, et par-dessus tout sur un amour fou de la liberté et de la confiance que l’on met dans l’autre " Plus tard on m'a également surnommé l'Espoir ou le Dernier Espoir, voire le Courage ou la Liberté : c'étaient les premiers mots de russe que la guerre m'a appris."

helsinki-finlande-a18966695.jpg

Rien de moralisant dans ce roman, tous les bons sentiments sont couverts par la neige, toutes les émotions enfouies dans le brouillard, les gestes se perdent parfois dans la boue qui colle aux chaussures.
Koutouzov avait fait le coup de l’hiver aux armées napoléoniennes, l’Armée Russe pourtant aguerrie va connnaître l’enfer blanc  de Finlande.
Une belle histoire faite de laissés pour compte, d’ un ramassis d’hommes violents, meurtris, qui vont petit à petit tisser une toile faite d’entre-aide et parfois même d’abnégation.
j’ai lu avec plaisir ce récit qui se lit bien au chaud sous la couette.

Le livre : Les Bûcherons - Roy Jacobsen - Traduit du norvégien par Alain Gnaedig - Editions Gallimard

L’auteur
Jacobsen,Roy_002483.jpg

Né à Oslo en 1954, Roy Jacobsen fait ses débuts en littérature en 1982 récompensé par le Prix Tarjei Vesaas de la meilleure première œuvre littéraire. Il a également été récompensé par le prestigieux Prix de la Critique Norvégienne et deux de ses romans ont été nominés pour le Prix de Littérature du Conseil Nordique. ( Editeur)



04.04.2011

Cent ans - Herbjørg Wassmo

Portraits de femmes

9782847201826FS.gif

C’est moins l’envie d’obéir à la mode des récits nordiques que le plaisir de retrouver une vieille connaissance qui m’a fait lire Cent ans. Herbjørg Wassmo est un écrivain très attachant, le Livre de Dina et la Véranda aveugle sont d’excellents souvenirs de lecture.
La retrouver sur le deuxième versant de sa vie était une tentation à laquelle je n’ai pas résisté.
Comme dans ses autres romans les femmes ici ont la part belle, et même plus que belle puisque quatre d’entre elles animent tout le récit. Quatre femmes qui dessinent l’arbre généalogique de l’auteur. Un arbre généalogique vrai ou parfois rêvé, mais qu’importe. Nous allons donc de sa mère à son arrière grand-mère, ou dans l’autre sens de 1860 à 1960.

Quatre portraits de femmes et celui d’une région, un pays au nord du nord, une région dure, désolée, l’archipel des Lofoten, le Nordland objet de déconsidération par les Norvégiens du sud, dont on moque l’accent et le parler.

Bas_fjord.jpg

Vue panoramique du fjord Bas, un paysage typique des îles Lofoten.

Par ordre de préséance voyons d’abord Sara Susanne, dotée d’un beau tempérament elle épouse Johannes Krog, un peu par obligation, un peu aussi parce que, bien qu’atteint d’un fort bégaiement, il est capable de sensualité et Sara elle a « un appétit scandaleux »
Avec elle vous vivrez la dure vie des femmes de pêcheurs, vous connaîtrez les jours de disette et ceux de pêche miraculeuse, les grossesses qui se succèdent, les bouches à nourrir. Mais sur cet archipel fouetté par les vents il y a des moments de pur bonheur comme ces séances de pose auprès du Pasteur parce que Sara sert de modèle à l’ange du retable de l’église des Lofoten « Elle rayonnait comme si Dieu en personne lui avait attribué le rôle de l’ange. »
Tenaillée par l’envie de prendre son envol  elle va transformer à jamais les veillées de toute la famille, des voisins, des domestiques le jour où ouvrant un livre elle prend la parole.« les mots trouvaient leur voie dans la pièce comme les ruisseaux d’un lac de montagne débordant. Et elle entra au coeur du sujet »
Viendra ensuite Elida, fille de Sara, celle qui regimbe, qui se marie contre l’avis de sa mère, qui va voir aussi les enfants arriver plus vite que nécessaire et voir Frederik son amant, son époux, son ami, tomber malade. Frederik qui ne peut être soigner qu’à condition de partir à Kristiania la capitale.

christiana.jpg

Kristiania au XIX ème siècle, aujourd'hui Oslo

Elida va prendre la plus difficile des décision « Elle partirait avec lui pour Kristiana. Plus elle y pensait, plus l’idée lui plaisait. Car n’était ce pas ce dont elle avait toujours rêvé ? S’évader  »
Vite on vend la vache, mais il n’est pas question d’emmener la trop nombreuse famille et certains des enfants devront rester, placés, abandonnés.....

Hjørdis la mère de l’auteur, celle qui placée à 2 ans ne fera connaissance avec sa famille qu’à 6 ans, ce qui ne l’empêche pas de revenir vers le Nordland de son enfance une fois adulte.
Je vous laisse découvrir la dernière femme, Herbjørg et la naissance de son goût pour l’écriture grâce à ses petits carnets jaunes cachés sous le plancher de l’étable.

egliselofoten.jpg

Eglise sur les Lofoten

Un vaste tableau brossé que ces quatre portraits de femmes. Découvrez leur soif de liberté, leur inquiétude devant les sacrifices à consentir, leur peur face à la violence qui souvent leur est faite.
L’alternance entre les différentes histoires et les différentes époques rythme très heureusement le récit.
J’ai retrouvé dans ce roman tout l’art d’ Herbjørg Wassmo qui donner chair et vie à ses personnages, qu’elle sait nous  rendre très proches. Un roman attachant qui vous lie pour longtemps à ces quatre destins de femmes.


L’avis de Lettres exprès et celui de La Ruelle bleue  et de Margotte  ou alors la balade touristique de Theoma

Le livre : Cent ans - Herbjørg Wassmo - Traduit du norvégien par Luce Hinsch - Editions Gaïa

L’auteur
Herbjørg Wassmo est l’auteur d’une œuvre considérable, des livres pour enfants à l’écriture théâtrale en passant par la poésie. Œuvre inscrite aux programmes scolaires et universitaires, et qui, traduite en de nombreuses langues, connaît un succès populaire exceptionnel. Elle est, en Scandinavie, l’écrivain mondial le plus lu, et Dina a pris place aux côtés des grandes héroïnes de la littérature.(source l’éditeur)

photo : Rolf M. Aagaard

676272_sans-titre.jpg

15.12.2009

Les Chaussures italiennes - Henning Mankell

Les Chaussures italiennes - Henning Mankell - Traduit du Suédois par Anna Gibson - Editions du seuil
chaussures italiennes.gifMankell bien entendu ça vous dit quelque chose, la Suède et les enquêtes du commissaire Wallander, mais aujourd’hui ce n’est pas au royaume du polar que Mankell nous emmène.
Non aujourd’hui c’est sur une île de la Baltique propriété de Frederik Welin que l’auteur nous transporte. Etre propriétaire d’une île ce n’est pas donné à tout le monde, et ce Frederik là est un curieux personnage.
Il vit seul depuis dix ans, prisonnier volontaire sur cet îlot, avec pour seule compagnie un chien et un chat, les mouettes, la glace, le froid et de temps à autre le facteur qui fait sa tournée hivernale en hydrocoptère.
Chirurgien dans une autre vie cet homme est venu se terrer ici après une bavure médicale. Il expie jour après jour, pour se sentir encore vivant il casse chaque matin la glace et saute dans l’eau glacée.

 

suede.jpg

L'ile doit ressembler à ça

Un matin rompant la monotonie des jours une femme fait son apparition sur l’île,  Harriet abandonnée par Frederik plus de trente ans auparavant vient demander des comptes. Armée de son seul déambulateur car son état de santé est bien précaire, elle va changer la vie de Frederik de façon définitive en le lançant dans une traversée de la Suède en hiver digne des meilleurs road movies américains.

On est pas auteur de romans policiers sans que cela influence très fort l’écriture, Henning Mankell détient le secret du suspense et met ici son talent au service d’une histoire sensible, belle, sombre et mélancolique, mais pleine d’optimisme.
C’est un très belle leçon de vie que nous donne l’auteur qui manifestement croit à la rédemption, à la force des rencontres, aux liens entre les êtres humains. L’évocation d’un pays plongé dans l’hiver, les brouillards, les froidures, est superbe.

maison_neige2.jpg


A lire accompagné d’une boisson chaude pour se réchauffer après le bain sous la glace

23.05.2009

Le marin américain - Karsten Lund

Le marin américain - karsten Lund - Traduit du danois par Ines Jorgensen - Editions Gaïa

le marin américain.gifUn long roman qui vous transporte au Danemark et qui s’étend de la fin du XIXème siècle à nos jours.Les côtes danoises à l’extrême nord du pays, un pays rude de landes sauvages, un pays de marins pêcheurs aux visages burinés, aux mains et au dos usés par les saisons de pêche.
Ane
mariée à Jens Peter se ronge de ne pas avoir d’enfant, elle est montrée du doigt dans une communauté où la faute incombe à la femme. Tout y passe, de la visite chez le médecin aux prières ferventes en passant par le recours à la guérisseuse.
Alors que son mari est en mer, l’unique rescapé d’un naufrage est amené mort de froid chez Ane qui le soigne. C’est un homme bien différent des gens du village  « Le cœur d'Ane cessa de battre quand elle le vit. Jamais elle n'avait vu un homme aussi beau. Il était différent de tous ceux qui vivaient par ici. Il avait une moustache noire, des cheveux noirs et de longs cils. Un visage étroit, un long nez droit et une petite bouche »
Le lendemain l’homme a disparu et malgré toutes les recherches du garde-côte Carlsen qui l’a sauvé, on ne retrouve aucune trace de lui. Il s’est volatilisé.
Neuf mois plus tard naît un garçon Anthon dit Tonny dont les traits, les yeux, les cheveux rappellent  l’américain
Le couple résiste à tout les racontars, Jens s’attache à ce fils et  Ane défie la communauté en créant sa propre entreprise.

pecheurs 1882.jpg

Tonny, que tout le monde appelle l’américain, grandit et devient un patron pêcheur à qui tout réussit.
Pourtant pèse sur la famille l'ombre du marin disparut. Carlsen n’a jamais totalement abandonné les recherches.
Quelques décennies plus tard le narrateur revient à Skagen sa ville natale  d’où est originaire toute sa famille et va chercher à élucider « en levant le couvercle du tonneau » ce qui est toujours  un mystère.

skagenaujourd'hui.jpg

La côte de Skagen aujourd'hui

Percer le mystère est secondaire, ce roman est agréable par la peinture d’une communauté qui évolue au fil du temps, par les descriptions très réalistes du monde des pêcheurs. Au fil du temps la pêche devient une industrie mais n’en est pas moins dure,  La nature est très présente dans ce qu’elle a de sauvage, de dur mais aussi de magnifique : les dunes battues par les vents, le froid qui glace les chemins...
Un roman attachant d’une écriture fluide et agréable.

 

L’auteur
karsten-lund.jpg

Karsten Lund né en 1954 est journaliste à la télévision danoise
Le marin américain est son premier roman