02.02.2012

Michel Strogoff - Jules Verne

A travers la steppe

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Oui d’accord il n’a fait que 5000 km, mais ...à pieds, pas de Transsibérien pour lui !
C’est le film qui m’a d’abord fait rêver, je devais avoir 10 ans et Kurt Jurgens me paraissait magnifique, je n’étais pas en capacité de voir qu’il n’avait pas franchement l’âge du rôle, mais qu’importe, le voir courir la steppe, risquer sa vie pour faire son devoir et déjouer les plans d’Ivan Ogareff, le traître Ogareff qui rêve d’assassiner le grand-duc, voyager incognito déguisé en marchand sibérien, accompagné de la belle Nadia, quel homme !!

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Michel Strogoff franchit l'Ienisseï : " Il réussit à passer, mais le courant était si fort, les tourbillons si brutaux, qu'il n'accosta à l'autre rive que onze verstes en aval, soit quelques quatorze kilomètres"  Dominique Fernandez Transsibérien

Il faut le voir se jouer de tous les obstacles pour atteindre Irkoutsk assiégée par les tartares, franchir l’Oural, naviguer sur le Baïkal , risquer sa vie pour la gloire du Tsar et tomber aux mains du traître.....
Les médias sont déjà présents, Alcide Jolivet et Harry Blout rivalisent de rapidité pour informer leurs journaux respectifs et c’est à qui sera le premier au bureau du télégraphe. Les femmes ne sont pas oubliées de la prude jeune fille à la vieille mère sans oublier la femme fatale.

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Les deux reporters dans une version de la télévision : 

Vernon Dobtcheff et Pierre Vernier


Très au fait des goûts du public Jules Verne publia Michel Strogoff sous la forme d’un feuilleton juste à temps pour honorer la venue du Tsar à Paris, c’est ce qu’on appel un coup médiatique non ?
Le roman est devenu légende, encore aujourd’hui le roman est très prisé par les russes. Et si vous doutez de l’exactitude des descriptions de Jules Verne, vous le pourriez car il n’a jamais mis un pied en Russie, voilà ce que dit Dominique Fernandez
« J’ai observé par la fenêtre du train ces montagnes, en comparant ce que je voyais avec les descriptions de Jules Verne. Celui-ci n’était jamais allé en Russie. Il soumit le manuscrit de Michel Strogoff à Tourgueniev, qui ne releva, paraît-il, qu’une seule erreur » 

Et vous voudriez passer à côté de ce chef-d’oeuvre du roman d’aventures ? Ecoutez un extrait pour finir de vous convaincre

ou alors choisissez le DVD

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                                               la version qui a fait mon bonheur


Et pour les possesseurs de liseuse sur ce site vous pourrez télécharger l'oeuvre de Jules Verne

Le livre audio : lu par Antoine Blanquefort, Sandrine Briard, Eric Boucher, Victor Vestia- Editions SonoBook

29.01.2012

Transsibérien - Dominique Fernandez

A travers la steppe 

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« L’expérience du Transsibérien abolit toute distinction entre soi et le monde, par une dilatation de l’individu à l’infini » 
 

J’avoue, j’ai un faible pour Dominique Fernandez, son Tolstoï m’a beaucoup plu et j’ai craqué pour son dernier livre : Transsibérien.

Il faut dire qu’en le feuilletant en librairie que suis tombée sur cette phrase « Ce récit, je m’en excuse, sera farci de lectures et relectures » ce qui fut une incitation très forte.

En 2010 Dominique Fernandez a participé à un voyage dans le cadre de l’Année Franco-Russe, un voyage mythique en Transsibérien.
Avec une pléiade d’autres auteurs et journalistes, à bord de wagons aux couleurs des deux pays.

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« Le Transsibérien quitte chaque jour Moscou, gare de Iaroslavl, à 16H50 »  le bout du voyage est sur la quai de Vladivostok quelques 9000 km plus tard. 

L’auteur se fixe quelques règles pour ce journal de voyage : pas question d’être « aveugle et bêtement enthousiaste » mais rester vigilant, observer, s’interroger, critiquer si nécessaire mais à la manière d’un amoureux de la Russie. 

L’auteur a prévenu, les références littéraires seront nombreuses, l’occasion pour le lecteur de se plonger dans un bain de littérature russe de Tchekhov en route pour Sakhaline, Dostoïevski en route pour la Maison des morts, en passant par Tolstoï et ses récits du Caucase ou Gorki, celui des récits d’enfance, avant qu’il encense la construction du Belomorkanal

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C’est aussi le voyage vers le Goulag de Chalamov ou Soljenitsyne car « Très rare sont les ouvrages qui parlent d’une autre Sibérie que celle des prisons, des camp, des travaux forcés ».

Mais la Sibérie c’est aussi l’aventure, la toundra glacée, l’impétuosité de l’Ienisseï, le « silence du Baïkal » ou le fleuve Amour.

Les étapes du voyage sont une litanie de noms qui font rêver : Nijni-­Novgorod, Ekaterinbourg, Omsk, Novossibirsk, Irkoustk, Krasnoïarsk.........

 

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        Irkoutsk et ses maisons de bois


« Des rivières, des tourbières, des étangs coupent l’immense forêt. Pas une maison, pas un homme, pas une automobile, pas un animal. Un monde s’étend devant nous, aussi neuf qu’à son origine La plaine, les arbres, le ciel, toujours la plaine, toujours les arbres, toujours le ciel, dans une suspension du temps qui ouvre la porte sur l’éternité ».

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La Bouriatie

A chaque étape, voyage officiel oblige, c’est une succession de réceptions en fanfare, de dîners, de rencontres plus ou moins contraintes avec des russes, de spectacles, de visites, de conférences.

Les conditions matérielles sont très bonnes comparativement au voyageur lambda, une provodnitsa à leur service exclusif pour assurer la vie à bord, cette employée est chef du samovar qui trône en tête de wagon toujours prête à délivrer les verres, le thé, le sucre et faire abaisser les marches du wagon à chaque arrêt.

 

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une provodnitsa


La traversée occasionnelle du wagon de troisième classe remet les pendules à l’heure russe, l’inconfort réservé au « prolétariat d’esclaves » soulève l’indignation de Dominique Fernandez.

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une page de pub 

Au gré des étapes et visites organisées on passe d’un conservatoire de musique à une représentation du Barbier de Séville à l’Opéra dEkaterinbourg, on apprend que Rudolf Noureev est né dans un wagon du Transsibérien. Parfois les visites sont décevantes et les rencontres ou les échanges avortés. Mais il y a aussi des moments de grâce comme cette rencontre avec des lycéens qui se livrent à un jeu littéraire franco-russe à faire pâlir d’envie n’importe quel enseignant. 

Moment d’émotion que celui où Irina une des accompagnatrices russes lui propose « d’aller déposer des fleurs au pied du monument élevé à la mémoire du poète Ossip Mandelstam » c’est la dernière image qu’emporte Dominique Fernandez, la statue de celui qui écrivait

« Fourre-moi plutôt,  comme un bonnet, dans la manche de la chaude pelisse des steppes sibériennes ».

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j’ai aimé ce voyage mais je n’ai pas tout à fait tout dit. Si la littérature russe est largement présente la française ne l’est pas moins et de Théophile Gautier à Balzac , d’Alstophe de Custine à Alexandre Dumas, nombreux sont les français qui ont écrit sur cette Sibérie. Il invite aussi à la lecture d’Andréï Makine le sibérien le plus français qui soit. 

En vrai amoureux de la Russie l’auteur rend le voyage passionnant, deux carnets de photos accompagnent parfaitement le texte. 

 

Vous vous dites peut-être qu’il y a un grand absent dans toutes ces évocations, LE héros de la Sibérie, le courageux, le téméraire Michel Strogoff ...ce n’est pas un oubli, ce sera pour la prochaine étape.

 

Le Livre : Transsibérien - Dominique Fernandez - Photographies de Ferrante Ferranti - Editions Grasset 2012

 

19.01.2012

Le Coiffeur de Chateaubriand - Adrien Goetz

Un deuxième conte drôlatique où il est question de cheveux ...

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Une petite avancée dans le temps, après le siècle des lumières voici les débuts du romantisme.

Vous avez tous admiré ce portrait de Chateaubriand par Girodet, c’est le tout début du siècle, Chateaubriand connaît la gloire littéraire.



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                                       Chateaubriand méditant sur les ruines de Rome - A L Girod


C’est un homme magnifique et ce qu’on l’on sait moins c’est qu’il a en la personne d’Adolphe Pâques, un coiffeur à sa dévotion « Pendant les huit ans où j’ai été « Adolphe Pâque coiffeur de Chateaubriand » je n’ai pas jeté un seul de ses cheveux »


Le Vicomte avait le cheveu hirsute ? il lui fait une coiffure romantique « Je laissais après moins d’une heure, un génie à l’oeil vif, au teint frais, coiffé à la diable, les mèches souples (...) Avec moi François-René renaissait  » 
 

Ce n’est pas un coiffeur comme les autres, instruit, élégant et épris de littérature il accompagne ses coups de ciseaux de la lecture des oeuvres du grand écrivain et il arrive même l’impensable : le génie teste sur lui les premières phrases des Mémoires d’Outre-Tombe. Il n’est pas un simple barbier il se sent pousser des ailes il se sent aussi « celui qui lisait à haute voix les pages de M. de Chateaubriand. Celui qui aurait voulu aller aux Amériques, à Jérusalem et aux Indes, celui qui aurait aimé écrire. »


Mais à trop fréquenter les grands de ce monde, il arrive que l’on se brûle les ailes. Lorsque François-René fait venir auprès de lui Sophie une jeune fille originaire des îles lointaines, Adolphe qui n’avait pas jusqu’ici la fibre libertine, tombe irrémédiablement amoureux.

Deux hommes pour une seule femme, Adolphe part perdant, il se croyait l’ami de l’écrivain, il l’admirait et le voilà floué, mais pas totalement car il tient sa revanche.Je suis certaine que pas plus que moi vous ne saviez que les Mémoires d’Outre-tombe ont failli de jamais voir le jour à cause d’un coiffeur ! et pourtant ............

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chez le barbier

Je ne trahirai pas Adolphe Pâques en vous révélant le fin mot de l’histoire. Je vous dirais simplement que je me suis amusée à cette historiette (au sens de Tallemant des Réaux). Elle est contée avec finesse et spiritualité par Adrien Goetz qui fait oeuvre de fiction mais sans jamais trahir la vérité, car croyez le ou non mais Adolphe Pâques a bel et bien existé, il a pendant 5 ans collecté les cheveux de Chateaubriand et si vous regardez bien, la prochaine fois que vous admirerez la chambre du grand homme au musée Carnavalet, vous apercevrez un tableau fait avec ces cheveux là !!

 

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 lithographie de  Mantoux et Cheyère,

1825 (Musée Carnavalet, Paris). 

L’auteur s’amuse et nous amuse, c’est très réussi, un mixte savant entre l’érudition et fantaisie . Il fait au passage un joli tableau des moeurs du temps de ce début de siècle. 

 

Le livre : Le Coiffeur de Chateaubriand - Adrien Goetz - Editions Le livre de poche 

15.01.2012

Jean-Jacques - Frédéric Richaud

De la France des lumières au romantisme, deux contes drôlatiques pour lutter contre le gris de janvier, voici le premier

 

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Nous sommes à l’heure des lumières, Jean-Jacques Rousseau est admiré de l’Europe entière, il fascine, il subjugue, mais ses écrits et ses idées ne tombent pas toujours en terre fertile, tenez prenez les frères Chapelet, Jean et Jacques , ces deux là sont sous le coup d’une admiration sans borne, ils vivent, respirent, imitent leur idole. 

Ils connaissent par coeur les aventures de Julie et Emile, bref de purs fanatiques. Aussi quand ils décident d’inviter le grand homme chez eux c’est pour :

« lui faire goûter à travers quelques promenades et discussions que la littérature, quand elle est bien faite, peut littéralement changer les hommes et le monde ».


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Parc Jean-Jacques Rousseau
 

Pour plaire au maître, Jean et Jacques décident de consacrer leur jardin à l’oeuvre du philosophe, ils engagent moults jardiniers, plantent, creusent, piochent et comme ils veulent s’assurer d’être bien compris ils truffent les allées et plates-bandes de petits écriteaux portant des citations choisies avec amour. Bien entendu « pour être tout à fait honnête, les frères faisaient partie de ces gens qui espèrent, en se frottant aux grands hommes, sinon devenir aussi grand qu’eux, du moins grapiller quelques marches sur l’échelle de la gloire ».

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Ermenonville au temps de Rousseau


Le succès de l’entreprise se fait attendre et de plus il semble que la lecture qu’ils font du philosophe n’est peut-être pas exempte de risques car un jour voulant appliquer à la lettre une idée du maître, leur interprétation semble un peu erronée et  ils rentrent tête basse « l’oeil poché et la chemise déchirée ».

Auprès des femmes non plus ils ne connaissent pas le succès escompté.

La nouvelle de l’installation de l’illustre philosophe à Ermenonville chez le Marquis de Girardin est un coup dur « Longtemps ils se demandèrent comment un homme seul avait réussi là où deux avaient échoué » 

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  Le château d'Ermenonville aujourd'hui
 

Les frères Chapelet arpentent les allées du merveilleux parc 

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« Sur plusieurs milles à la ronde, s’organisant autour d’un grand lac, ce n’étaient que rivières, petits ponts de bois, treilles odorantes, charmilles et arbres majestueux »


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Vue du pavillon qu'il habitait à Ermenonville d'après Meyer Georg Friedrich (1735-1779). 
© Musée Carnavalet de Paris   © RMN / Agence Bulloz

Et finissent par apercevoir le philosophe herborisant........mais quelques heures plus tard « Rousseau succombait à une attaque d’apoplexie »

Les frères pourtant n’ont pas dit leur dernier mot et je vous laisse découvrir la fin de leurs aventures.

 

Un conte drolatique, cocasse, enlevé, et bourré de références à l’oeuvre de Rousseau. Frédéric Richaud se moque gentiment des tendances à l’admiration béate, pointe du doigt le fanatisme philosophique. 

C’est malicieusement intelligent et c’est l’occasion pour le lecteur de revisiter un peu La Nouvelle Héloïse ou l’Emile tout en profitant des bienfaits de la nature. 

 

Poursuivez par une promenade dans le parc Jean-Jacques Rousseau 

 

Le livre : Jean-Jacques - Frédéric Richaud - Le Livre de poche

11.01.2012

La Cause des livres - Mona Ozouf

Dernière étape du parcours dans la lecture,


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j’ai voulu terminer par une femme que j’admire et dont j’aime les livres.

Mona Ozouf l’historienne, écrit depuis quarante ans sur les livres dans le Nouvel Observateur. 

Ses goûts la portent vers l’histoire bien entendu mais aussi les correspondances, les journaux. Ce recueil d’articles est intitulé « La cause des livres » car elle profite de ce recueil pour se détacher de l’urgence, de l’éphémère, de l’actualité et nous inviter à piocher dans son étal de « brocanteur » littéraire et passer de la cour de Marie Antoinette ou au salon de Voltaire.

Plutôt qu’un long plaidoyer c’est une récolte qui doit tout à la liberté que procure la lecture, c’est une alerte envers un monde qui accélère sa course vers l’inconstant, mais par dessus tout une reconnaissance envers les oeuvres et leurs auteurs.

 

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Le salon de Madame Geoffrin : un haut lieu littéraire


Les articles sont regroupés selon une thématique personnelle à Mona Ozouf qu’elle explique dans une belle préface

Dans la première partie elle a regroupé les grands noms, Mme de La Fayette et Balzac, Zola, Voltaire et aussi Saint-Simon ou Michelet sans oublier Chateaubriand. Ce sont des livres lus et relus qui appartiennent à sa « patrie littéraire » et qui s’ouvre sur Montaigne ce qui était fait pour me séduire.

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 " L'une de mes préférées est la correspondance de Flaubert et George Sand"

Mona Ozouf aime particulièrement les correspondances et sous le titre « une liasse de lettres » elle nous fait connaître les échanges épistolaires célèbres  « L'une de mes préférées est la correspondance de Flaubert et George Sand » dit-elle dans son interview à lExpress. Mais vous y rencontrerez aussi Virginia Woolf ou Tante Simone (nom affectueux que M Ozouf donne à Simone de Beauvoir)

Les « voix d’ailleurs » permettent de retrouver Nicolas Bouvier mais surtout Henry James qui se taille une belle place avec plusieurs articles qui donnent une envie forte de lire l’essai que Mona Ozouf lui a consacré.

Mona Ozouf est féministe, j’avais lu sur les conseils de Tania : Les mots des femmes, et j’ai retrouvé ici toute l’élégance de l’écriture, toute la passion qui l’ habite dans les « portraits de femmes » de Germaine de Staël ou Mme Du Deffand et de façon amusante des filles de Marx 


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La Révolution : un sujet toujours d'actualité

 

Les deux dernières parties sont celles qui m’ont le plus intéressé car beaucoup des titres me sont inconnus, le thème « tableau de la France » est aux antipodes des élucubrations récentes sur l’identité française, le voyage en France  est mis à l’honneur, le pays où l’on revient toujours dit Mona Ozouf, j’y ai croisé deux figures connues : Pierre-Jakez Helias et le « Toinou » d’Antoine Sylvestre.

Enfin dernier thème : Les lumières et la Révolution, occasion de saluer ses confrères : François Furet, Alain Corbin, Pierre Nora envers qui elle s’acquitte d’une « dette d’amitié »

 

J’ai de la peine à parler de « critiques » tant ces 120 articles sont élégants et rendent un  hommage à la lecture, une lecture attentionnée, intelligente, valeureuse. Tous les articles sont excellents que l’on ait lu ou non le livre, on peut en faire son miel.

La mode n’intéresse pas Mona Ozouf, seule le besoin d’ouverture, d’enrichissement, de confrontation, dicte ses lectures. Laissez vous prendre par la main, vous rouvrirez souvent ce volume si vous lui faites une place dans votre bibliothèque 


Un grand merci à ceux et celles qui m'ont donné les références des émissions dont Mona Ozouf était ou sera l'invitée 


Femme des lumières de France 5 la vidéo est disponible jusqu'au vendredi 13


Présence à la grande librairie en octobre 


 

Le livre : La cause des livres - Mona Ozouf - Editions Gallimard 2011

 


07.01.2012

Autobiogrphie d'un lecteur - Pierre Dumayet

Après les carnets de lectures et notes dans les marges voici le troisième épisode sur la lecture 

"Je n'avais pas compris que lire servait à apprendre. Je croyais que lire servait à lire exclusivement. Je crois n'avoir pas changé."

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C’était le temps de la Piste aux étoiles, des médicales d’Etienne Lalou et Igor Barrère, le temps de Cinq Colonnes à la une et de Lecture pour tous

Encore enfant je n’ai retenu que Roger Lanzac en Monsieur Loyal et c’est plus tard que je conversai avec Pierre Dumayet à travers toute une série d’émissions faisant la part belle aux livres et aux lecteurs.

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Jolie Brochette 

 

Plus riche et plus varié que de simples échanges autour des livres on trouve dans cette autobiographie : les débuts de la télévision avec ses grands noms : Pierre Lazareff, Pierre Desgraupes, la période noire où ils furent tous évincés après Mai 68 « Pour avoir joué avec le ballon, je fus puni : privé d'antenne pendant un an. Interdit d'antenne, plus exactement. » dont il garde malgré tout un bon souvenir. Mais la plus grande place est occupée par les livres et les émissions littéraires. 

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© AFP 1976

Lecteur compulsif, acharné il va se passionner pour les textes et les donner à lire à des personnes de toutes conditions, de toutes provenances, des lecteurs à qui l’on ne donne jamais la parole et qui ont pourtant tant de choses à dire. Pour lui il n’y a pas de bon lecteur, il n’y a pas de bonne ou mauvaise façon de lire, les oeuvres se suffisent à elles-mêmes.

Il se méfie des lectures un peu trop doctes, un peu trop savantes, il est plus proche des sauts et gambades de Montaigne que de l’érudition des universitaires. Le livre est pour tous, pour l’ouvrier qui lit Germinal, pour l’agricultrice qui se plonge dans Madame Bovary, pour les clients d’un troquet de Belleville qui vont lire ou se faire lire l’Assomoir

Il sait vous donner envie de relire, je vous défis d’ouvrir Dumayet et de ne pas aller retrouver Madame Bovary, je n’ai pas pu...Il a une façon bien à lui d’éclairer une oeuvre, il peut être sévère mais toujours il invite à découvrir les grandes figures littéraires et les grandes oeuvres : Flaubert toujours, Colette, Raymond Queneau, ou François Mauriac. qui appelait Dumayet «  le Diable »

Des émissions littéraires ?  Lire c’est vivre, Lire et écrire , cela aurait pu servir de titre à ce livre.

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Il s’interroge sans relâche : pourquoi Van Gogh lisait-il Tartarin de Tarascon, il vous invite chez Michaux mais également chez la Comtesse de Ségur, sans a priori, pour faire des comparaisons, pour décoder les secrets du style d’un auteur « la peau du texte ».

Ce goût et cet éclectisme vont nous valoir des grands moments de télévision, d’intelligence, de malice parfois. Il a même réussi à consacré une émission entière à une seule phrase du Talmud, je regrette de ne l’avoir jamais vu !!

C’est vivant, excitant, la mémoire joue à plein et il y a quelques passages très réjouissants comme celui où il explique ses démêlés avec Epicure, ou sa lecture des Trois Mousquetaires. Il a une conviction forte :

« Tous les textes peuvent se lire comme si nous étions leurs contemporains  » 

Grâce à ce livre j’ai ajouté à ma liste de lecture ou de relecture : Le Dernier des justes de Schwarz-Bart et les Récits hassidiques de Martin Buber de quoi entamer mon carnet de lectures 2012

Le livre : Autobiographie d’un lecteur - Pierre Dumayet - Editions Pauvert   

Les émissions Lectures pour tous et Relectures pour tous à retrouver sur le site de L'INA

04.01.2012

Ecrits dans les marges - Danielle Bassez

« De la pratique du gribouillage comme art gourmand de la lecture »

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Comment lisez-vous ? Est-ce que comme moi sur les livres qui vous appartiennent vous parsemez ici et là des notes, des ajouts, des renvois vers d’autres livres, le sens d'un mot inconnu, des points d’interrogation, parfois d’exclamation, parsemez vous comme moi les livres de petits feuillets en papier pelure ? 

Je ne peux pas m’en empêcher, je fais de petites marques avec toujours les mêmes crayons à papier, très fins, légers, que l’on gomme sans laisser de traces. Je note, relève des phrases et  j’aime relire ces petits mots des années plus tard et bien entendu parfois je ne comprends plus pourquoi j’ai relever une phrase, mais parfois cela ravive le bonheur de la première lecture.

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Annotations des Provinciales de B Pascal 

 

Quand j’ai lu la quatrième de couverture de ce petit livre j’ai su immédiatement qu'il était pour moi. 

L’auteur nous y parle de son père, lecteur passionné, attentif, assidu, lecteur admirable. 

Un homme discret « Vêtu de sa blouse de travail grise » d’employé des postes, un homme des choses simples « Un homme des taillis, qui furète, qui fouille »  et qui tout au long du temps lit, des formats réduits, des livres à glisser dans ses poches.

Il lit de tout et partout, Proust et les souvenirs d’un mineur, au dessus de son établi ou au grenier, « les mots lui ont donné faim »

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Annotations du Livre des Merveilles de Marco Polo par Christophie Colomb

Séville Bibliotheca Colombina

 

Il lit parsemant les livres « De minces papiers de soie, des bandes d’expédition de journaux, des fétus qu’il planque entre les pages ». Il lit « sans discrimination et sans préjugés »

Toutes les petites notes, les listes de mots, les signes cabalistiques, les dessins, révèlent l’ homme  « Il lit des livres denses imprimés sur papier bible, qui se défendent par toutes les ronces d’un vocabulaire hermétique et dans lesquels on pénètre avec difficulté »

Plus que lecteur, il prend la plume, à travers bribes et petits commentaires, il se dévoile : «  Il se confiait au papier, aux pages d’un livre ami, et pour se murmurer à lui-même cet émoi fugitif, coulait sa voix dans les mots d’un autre. »

 

C'est une émouvante découverte posthume pour sa fille dont elle jouit  avec amour et pudeur.
Un petit livre précieux, une leçon laissée par un lecteur rare et gourmand de lecture.

 

Le livre : Ecrits dans les marges - Danielle Bassez - Cheyne Editeur 

 

Bassez_Danielle.jpgL’auteur 

Née à Châteauroux en 1946. Elle a enseigné la philosophie à Grenoble. Elle a publié l’essentiel de son œuvre à Cheyne, soit sept titres à ce jour. Un roman paru chez Castells en 2007. Depuis 2006, elle partage son temps entre la Haute-Loire, l’Isère et la Grèce.

(source l’éditeur photo © Danielle Bassez )


 

18.12.2011

Vies de Job - Pierre Assouline

 Parcours dans le monde de la Bible deuxième étape 

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Job et sa femme- Georges de La Tour

 Tout le monde connait Pierre Assouline, son blog, ses critiques, ses livres. Je ne suis pas une inconditionnelle, si j’aime ses biographies je n’apprécie pas vraiment ses romans, venant de terminer le livre de Meir Shalev j’ai enchainé avec  Vies de Job  c’est tout le plaisir des ricochets dans les lectures.

 

En choisissant la forme du roman Pierre Assouline s’offre la liberté totale, il ne fait ici ni oeuvre d’historien, ni de philosophe, mais oeuvre d’homme pour qui Job aujourd’hui est une figure obsédante et universelle. Partons sur les traces de Job, un peu partout dans le monde, dans la littérature, la peinture ou le théâtre. 

 

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 Job par Gerard Seghers


" Ce livre que l'on garde autant qu'il nous garde, les juifs l'ont judaïsé, les chrétiens l'ont christianisé, les musulmans l'ont islamisé, les poètes l'ont poétisé."


Parlons d’abord du livre de Job lui-même, vous le trouverez dans toutes les bonnes Bibles, un livre assez court et qui hante énormément de lecteurs, croyants ou non :  Julien Green le portait en permanence sur lui dans un petit exemplaire relié nous dit Pierre Assouline. 

Job c’est l’homme dépossédé de tout : ses enfants, son troupeau et tous ses biens. Il est atteint dans sa chair même et se retrouve seul sur un tas de cendres. Il survit, il résiste et cherche à comprendre.

C’est un juste souffrant, "il est droit de coeur, intègre craignant-Dieu " et pourtant il se débat dans la nuit et la solitude,  il ne comprend pas où est sa faute, il exige des explications ! 

Cette histoire, cette parabole qui hante l’auteur va entraîner celui-ci à la recherche de Job, pour s’en approcher au plus près car Pierre Assouline a la conviction que cet homme qui n’a jamais existé, cet homme est toujours vivant parce que son influence est toujours présente et qu’aujourd’hui encore il aide les gens à survivre.



Une version fleurant bon le Québec

 

La recherche est celle d’un journaliste, une véritable enquête qui le conduit auprès des exégètes, des chercheurs, des théologiens, chrétiens ou juifs. Il va comparer des textes, comparer les traductions et tirer patiemment le fil de ce livre qui est sans doute antérieur à la Bible car on en trouve trace dans des textes mésopotamiens et même indiens.

Il va faire un séjour dans un monastère, fouiller la bibliothèque de l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem et interroger les érudits qui « lisent la Torah mieux que bien des juifs »

Son enquête autour de ce « un craignant-Dieu » le porte vers la philosophie et par exemple le thème de la souffrance développé par Marcel Conche dans Orientation philosophique. Mais il va aussi inviter à une promenade littéraire parmi ceux que le livre de Job a inspiré ou questionné : Kafka, Camus, Unamuno...


Roman ou bien sûr car Assouline s’accorde une grande liberté de cheminement qui laisse parfois la place à un livre très personnel qui le dévoile avec pudeur et émotion

« La mort de mon frère m’a éloigné de Dieu, celle de mon père m’en a rapproché »

Le témoignage de sa présence auprès de François Nourissier dans les dernières semaines de sa vie ou de ses échanges avec Carlos Fuentes qui a vu mourir ses deux enfants ou cette cette confidence qu'il livre : pendant un an et trois fois par jour Pierre Assouline a récité le kadish pour son père disparu.

 

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Job sur le fumier - Jean Fouquet

" On y trouve toutes les qualités du style ancien, la concision, la tendance à l'énigme, un tour énergique et comme frappé au marteau" Ernest Renan cité par Pierre Assouline 

C’est ce mélange qui m’a rendu ce livre très proche, je l’ai trouvé grave et intense, les digressions aidant à ne pas s’appesantir. Job fait déormais partie de la " famille de papier " de l'auteur et de la mienne.

C’est un livre auquel je reviendrai moi l’incroyante absolue, parce que c’est un livre qui touche tous les hommes bien au-delà de leurs croyances ou de leur appartenance à une religion. 


Le livre : Vies de Job - Pierre Assouline - Editions Gallimard

 

22.11.2011

Carnets d'un jardin - Anne Marie Koenig

Et la nature est là qui t'invite   Episode 2

 

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Après les discours avec les oiseaux, les trilles et les modulations du rossignol j’ai décidé de descendre dans mon jardin, enfin quand je dis mon jardin... il s’agit plutôt de celui d’Anne-Marie Koenig.
Ce livre est dans ma bibliothèque depuis 17 années et je ne laisse jamais passer une année sans l’ouvrir. Je l’ai ranger entre Sue Hubbell et  l’Herbier de Colette.

                                                 Le jardin d'une autre Anne Marie

Un journal tout entier composé comme un bouquet multicolore de fleurs champêtres. Des textes courts sur le jardin qu’elle estime tout juste sorti de l’enfance alors qu’elle le pratique depuis pas mal d’années « une décennie d’orages, de révoltes et de réconciliations. »
La voilà armée de sa binette qui fait le tour des ses plates-bandes de fraises, ses bordures d’oseille ou de thym. Elle est dans son jardin dès potron-minet quand « la nature ne se méfie pas encore » et jusqu’aux dernières heures de la nuit.
Elle nous convie à une leçon de jardinage. Elle nous fait avec modestie cadeau de ses conversations avec des plantes qu’elle a choisis non seulement pour leur agrément mais parfois juste pour leur nom : désespoir des peintres et autre amour en cage.

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Mon jardin idéal

Un coup de projecteur sur les hôtes du jardin : taupes et autres campagnols « une bande d’hypocrites » qui font « les pâtissons rares et anémiques ».
Un crapaud un peu culotté qui grignote sans vergogne les plants de fraisiers, les insectes ne sont pas absents tels ces hannetons volant en escadrille bien rangée, véritables fous volants.

Mais son préféré c’est le hérisson, surtout celui qui entreprit un jour de faire le tour de la piscine gonflable suivi par le chat de la maison, le hérisson distança le chat et se retrouva bientôt derrière lui pour lui donner une peur bleue !

Les plantations maintenant : doux méli-mélo de légumes. Certains sont magnifiques comme ses potirons « individualistes » toutes les bonnes herbes aromatiques qui embaument dès qu’on les presse un peu, d’autres sont plus récalcitrants comme son oseille qui n’est qu’ « une vielle fille stérile » ses tomates qui refusent de virer au rouge ou font maladie sur maladie !

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Chez Autour du puits  un potager dont on pourrait faire un livre


Les fleurs maintenant, un lilas bien malade et des buis, alors là j’attendais l’auteur au tournant, parce que des buis moi j’ai essayé et bien fiasco total ! Elle les traite de "lympathiques et introvertis" ...je me sens vengée.
Lavande et lavandin dont ni le gel ni la sécheresse ne sont venus à bout, des coriaces !

 

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Ou le potager d'Enitram


Pourtant parfois le ciel n’est pas clément et « A la tempête succède un curieux silence, encore bourdonnant de colère et de fatique. » il faut se remettre au travail, réparer les dégâts « il va falloir scier, redresser, tuteurer, amarrer. » sans perdre courage.


« Mon jardin me plaît pour les surprises que me font les plantes » mais certain jour un peu de découragement peut poindre et c’est décidé l’an prochain « à l’emplacement du potager, je sèmerai des fleurs sauvages » mais demain la trouvera encore à l’aube le nez dans la rosée.
J’ai aimé cette lecture qui a des vertus apaisantes, dont le parfum s’exhale page après page et dont j’ai très envie de profiter longtemps encore.

Le livre : Carnets de mon jardin - Anne Marie Koenig - Editions Grasset

18.11.2011

Pourquoi les oiseaux chantent - Jacques Delamain

Et la nature est là qui t'invite   Episode 1

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Après la Charente des libellules voici celle des oiseaux. Un texte qui date de 1930 mais une récente réédition qui nous permet de faire connaissance avec une oeuvre qui faisait le bonheur de Colette.
Prenez vous jumelles et en route derrière Jacques Delamain au gré des saisons, par les bois et les marais, au bord des rivières du pays charentais.
Au printemps la gente ailée doit se faire la voix : « le gosier devra être assoupli, et chaque jour les sons en sortent un peu plus purs » , les oiseaux doivent quand ils chantent pour la première fois se rappeler « la voix paternelle » et passer de chanteur timide à grand soliste ainsi « l’oiseau jouit de la note que son propre gosier module
Variété des combinaisons, trilles limpides, parfois même les oiseaux se rassemblent tel un quatuor ailé.

 

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En hiver le chant est plus discret mais bien présent

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« Une sonnerie de perles de verre entrechoquées signale, dans le noyer, la troupe des proyers immobiles comme des feuilles brunes que l’hiver aurait oublié sur les branches »

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« La haie dépouillée a son chant d’hiver, doux, un peu triste : celui de la Fauvette traîne-buisson »

la migration d’automne
le Traquet-tarier en route vers le midi qui choisit pour se percher

 

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« un point culminant, la fusée terminale du pied de maïs, le bouquet de fleurs jaunes qui s’épanouit à l’extrémité de la longue tige du topinambour ou la branchette d’un buisson de prunellier »

Une chouette houspillée par des mésanges et des pinsons, des réunions amicales, des choeurs « de voix liquides et cristallines »
des passées d’oies sauvages, les « conciliabules bruyants » des pies.
On apprend tout avec bonheur, les noces, les amitiés et les haines, les cris de colère et la lutte contre des assaillants plus forts,
Au gré des saisons avec un art certain de la pédagogie Jacques Delamain fait partager sa passion, son savoir. Il parait qu’il dormait fenêtres ouvertes pour ne rien perdre du chant de la nature. Son journal d’ornithologue se poursuit jusque dans les tranchées « dans le fracas de la Première Guerre »
Ceci n’est pas un livre de science mais bien un poème, une ode à la nature, véritable chant d’amour qui surpasse toute les encyclopédies.
Ouvrez vos fenêtres, écoutez, laissez vous captiver par ce magicien plein de gaieté.

Quelques mots sur l’auteur :
Jacques Delamain fut aussi le fondateur et le directeur de la célèbre collection Les Livres de Nature chez Stock.
Le hasard a voulu que le chemin de Jacques Delamain croise celui d’Olivier Messiaen, compositeur du Catalogue d’oiseaux  qui a séjourné chez Delamain dans sa propriété La Branderaie de Garde Epée.

 

Jacques Chardonne son beau-frère dit de lui :
« Jacques Delamain était un grand artiste en prose, quand il décrivait ce qu'il aimait: l'oiseau si mobile, multiple dans ses couleurs, ses coutumes et presque insaisissable. Ce n'était pas un écrivain -né; il le fut par accident. Tout à coup, pour exprimer ce qui était sa passion et comme l'obsession de sa vie, il eut un style de virtuose, le trait juste, infiniment souple et varié, sans surcharge, sans la moindre coquetterie dans la phrase; style nu, plein de nuances, avec des ressources incroyables. »


Le livre : Pourquoi les oiseaux chantent - Jacques Delamain - Edtions des Equateurs

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