29.09.2009

L'ombre au tableau - Hélène Bonafous-Murat

L’Ombre au tableau - Hélène Bonafous-Murat - Editions LePassage
ombreautableau.gifUne histoire de fratrie et de fraternité, l’unei se déroule aujourd’hui entre Gérard Rataud et son frère Gilbert, l’autre au dix-septième siècle dans la famille Le Nain, les peintres de la paysannerie.

Gérard et Gilbert tout d’abord, ces deux là c’est l’huile et l’eau, ils ne se sont plus revus depuis des années, Gilbert accuse Gérard d’être responsable de la mort de leur mère et le considère comme un raté. Gérard handicapé par une obésité très importante vivote d’allocations, mange pour passer le temps et pour oublier qu’il a un frère brillant, professeur d’histoire de l’art et Don Juan à ses heures, mettant dans son lit les étudiantes qui peuplent son amphithéâtre.
Gérard le solitaire va se prendre d’amitié pour un gamin un peu voleur et en quête de son père, contre toute attente cette rencontre va lui insuffler courage et détermination " Soudain son coeur malade battit à vive allure, il lui vint des suées d’angoisse en même temps qu’il lui poussait des ailes "

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La paysannerie - Le Nain - Musée du Louvre

De nos jours faire copain copain avec un enfant fait immédiatement crier à la pédophilie et le naïf Gérard va droit vers les ennuis.
Gilbert un peu las des conquêtes faciles a un jardin secret, il cherche depuis des mois à en savoir plus sur trois peintres, trois frères énigmatiques : Antoine, Mathieu et Louis Le Nain.
La famille Le Nain est originaire de Laon, trois des cinq frères font carrière à Paris, l’ainé gère les biens familiaux à Laon. Ils sont curieux ces trois frères, les tableaux qui sortent de leur atelier sont signés  Le Nain sans mention de prénom, trois talents réunis en un seul au point que  " nul n’a pu attribuer un tableau entier à l'un ou l’autre ". Ce qui intrigue Gilbert Rataud c’est que il manque un cinquième frère à l’appel, Isaac, il apparaît sur les tableaux mais rien de plus, pas d’archives, pas de traces. Gilbert Rataud se fixe un but " Il m’appartient de retrouver Isaac ; de mettre mes pas dans les siens, de suivre sa route : de le ramener à la maison, vivant, parmi les siens."

 

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Le Repas du paysan - Le Nain - Musée du Louvre

Hélène Bonafous-Murat nous emmène avec elle et l’on suit avec un demi-sourire la cavale de Gérard jusqu’en Bretagne. Mais elle fait plus et nous offre une entrée au Louvre très privée et nous fait pénétrer dans l’intimité des tableaux des frères Le Nain.
Les pages autour de la peinture sont excellentes, l’auteur dit toute sa gratitude à Jacques Thuillier grand spécialiste de cette époque.

L'histoire des deux frères se suit sans aucun déplaisir mais si comme moi vous aimez la peinture ce livre sera pour vous un excellent compagnon dans votre découverte des frères Le Nain

L'auteur
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Normalienne, Hélène Bonafous-Murat est expert en estampes, au cœur du marché de l’art parisien. Pour Morsures, son premier roman, elle a obtenu le Prix Alain-Fournier 2006, le Prix du Premier Roman du Rotary Club international 2006, le Prix du Premier Roman du Salon du Livre de Sablet 2006, le Prix des bibliothèques du Vaucluse 2006 (source l'éditeur)

09.09.2009

La Bête humaine - Emile Zola

La Bête humaine - Emile Zola - Lu par Eric Herson-Macarel - Editions Livraphone
betehumaine.jpgIl faut d’abord que j’avoue : je n’aime pas beaucoup Zola, le seul roman que j’ai lu avec un vrai plaisir est  Au bonheur des dames pour les autres .....Oui je sais que certains sont des chefs d’oeuvre mais moi je n’accroche pas du tout.
Voilà pourquoi j’ai décidé d’écouter ce roman et non de le lire, en espérant que la magie opère.
Et bien oui ! je ne peux pas faire de comparaison avec le livre que je n’ai pas lu, mais la Bête humaine m’a réellement enthousiasmé, comme le meilleur des romans noirs.
Quelques mots de l’histoire en essayant de ne pas déflorer le sujet.
Jacques Lantier (le fils de Gervaise dans la saga des Rougon Macquart ) est mécanicien sur une locomotive « La Lison », c’est toute sa vie cette locomotive, mais Lantier est un homme tourmenté par des pulsions de meurtre et le roman nous raconte sa descente aux enfers lorsqu’il fait la connaissance de Séverine Roubaud.
La lecture d’Eric Herson-Macarel restitue pleinement la noirceur du roman, la puissance des sentiments qui anime les personnages, la spirale du malheur qui va entraîner tous les protagonistes dans le drame.
Je gardais un souvenir un peu confus du film de Jean Renoir, mais après l’écoute du roman je n’ai qu’une envie c’est le trouver en DVD et...lire Zola

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05.08.2009

Une vie - Guy de Maupassant

une vie.jpgUne vie - Guy de Maupassant - lu par Anny Duperey - Editions Naïve
Un rapide résumé du roman de Maupassant : Jeanne, jeune fille issue de la petite aristocratie normande, ses années de couvent l’ont préparé à son rôle mais certainement pas à la « vie »
Son mariage très rapide avec Julien aristocrate désargenté et très peu fidèle, va la mener par étapes de désillusions en désillusions.
La condition féminine de l’époque, avec ses préjugés et ses contraintes, est particulièrement bien rendue et Anny Duperey sert parfaitement cette peinture noire et lucide.

Ce roman de Guy de Maupassant a été publié en feuilleton en 1883, pourquoi ne pas retrouver le côté feuilletonesque en écoutant ce roman par chapitres.
J’ai pris un grand plaisir à cette écoute et si vous partez en vacances en Normandie pourquoi ne pas l’écouter sur les lieux même ?

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Les environs de Fécamp ( photo Aifelle)

Vous pouvez gratuitement écouter l'oeuvre de Maupassant sur votre ordinateur sur le site  Guy de Maupassant

Pour les amateurs de Maupassant rendez vous sur le site Maupassantiana

05.07.2009

Uruguay - Jules Supervielle

Uruguay - Jules Supervielle - Editions des Equateurs
uruguay.gifUn petit livre qui nous raconte les souvenirs d’enfance du poète et son amour pour son pays d’origine.
J’ignorais avant cette lecture que Jules Supervielle était né en Amérique du Sud et que sa vie durant il fit l’aller retour entre la France et l’Uruguay. Son premier séjour en France est marqué par la mort de ses deux parents, il a quelques mois et sera élevé par un oncle fondateur d’une banque en Uruguay. Il fera ses études en France mais se mariera en Uruguay et y passera le temps de la guerre ne revenant en France qu’en 1946.

Ces souvenirs sont chargés d’émotion et de poésie « Une phrase, une journée, toute la vie, n’est-ce pas la même chose pour qui est né sous les signes jumeaux du voyage et de la mort »
Il évoque la douceur du climat « Le ciel pur ! Sentez-vous cette caresse sans vent sur vos visages ? Ce doit être l’automne uruguayen » le Montevideo de son enfance « Montevideo est belle et luisante. Les maisons peintes de couleurs claires, rose tendre, bleu tendre, vert tendre. Et le soleil monte sur les trottoirs  » il n’a pas oublié la mer si présente «  Dès qu’on lève la tête, elle vous entre dans les yeux »

 

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Montevideo

La vie dans l’estancia, les chevauchées sur les pistes de la pampa « C’est dans la campagne Uruguayenne que j’eus pour la première fois l’impression de toucher les choses du monde, et de courir derrière elles ! »

 

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Le Rio de la Plata

Ils se souvient de tous les animaux qui peuplaient la campagnes, ibis, tatou, iguane « Les bêtes vivaient et mouraient devant nous » Il se souvient d’une nuée de sauterelle une année de sécheresse, des gauchos farouches et rudes au travail.
Mais « Uruguay, je sais bien que tu n’es pas seulement ce que je viens de dire, et toujours cum grano amoris »

La préface de Marie Laure de Folin, sa petite fille trace un portrait touchant du poète devenu grand-père que ses petits enfants appellent Julio


En savoir plus sur le site de Jean Michel Maulpoix

21.06.2009

A l'immortelle bien-aimée - Virginie Reisz

a l'immortelle.gifA l’immortelle bien-aimée - Virginie Reisz - Editions Le temps qu’il fait
Un homme seul vit ses derniers jours, il écrit dans son journal une lettre interminable à la femme adorée, son éternelle bien-aimée.
Il souffre, son corps le lâche, les douleurs sont anciennes, les médecins sont impuissants à tirer de son corps une eau envahissante, depuis trente ans il n’entend plus, il revoit les moments heureux de sa vie, les souffrances de l’enfance, les silhouettes de celles qui sont passées dans sa vie.
Il rêve d’une dixième symphonie.
Les souvenirs l’envahissent comme l’eau qui le tue, il revoit son père spirituel « Papa Haydn », il souffre encore de l’indifférence de Goethe qui n’a jamais répondu à aucune de ses lettres, il revoit ses promenades dans une nature qui apaise.
La musique seule « m’a consolé du manque d’amour, alors et toujours depuis, elle m’a réconforté, elle m’a guidé » La musique baume sur les plaies  à vif.
Trois mois terribles, trois mois d’agonie pendant lesquels le visage de l’aimée ne le quitte pas, elle dont le nom n’est jamais prononcé « De me rappeler ton sourire, tes yeux, ta peau que je connaissais avant de la toucher, m'emporte, mon ange, hors de ma chambre, hors de mes barreaux, hors de ma douleur »

Lira t-elle ces lignes « Qu’adviendra-t-il de cette confession, rangée dans mon tiroir secret ? La liras-tu ? J’abandonne la suite au Destin avec lequel je tente enfin d’être en paix, et ce sera bien comme ce sera, mon amour. »
Ludwig van Beethoven meurt le 26 mars 1827  « Jusqu’à la tombe, il garda un coeur humain envers tous les hommes »

virginie Reisz.jpgVirginie Reisz écrit en écoutant la musique de Beethoven, avec bonheur et infiniment de grâce elle prête ses mots au génie , elle l’écoute et le comprend, elle voudrait lui donner ce qui lui a manqué, elle sait faire partager son admiration et son amour.
Un roman délicat que je vous propose d’ajouter à votre bibliothèque

30.04.2009

Douleur quand tu nous tiens

Hors de moi - Claire Marin - Editions Allia
La Doulou - Alphonse Daudet - Mercure de France


Il arrive que des textes s’imposent à vous, en appellent d’autres, lorsque j’ai lu le livre de Claire Marin qui n’est ni un roman ni un témoignage j’ai immédiatement pensé au texte d’Alphonse Daudet. Il m’a parut intéressant de les rassembler dans ce billet.
« Hors de moi » texte vraisemblablement autobiographique nous fait spectateur de la maladie, de la souffrance, de la douleur d’une jeune femme. Elle souffre d’une maladie auto-immune qui détruit organes et articulations.
Dans « La doulou » ou douleur en provençal, Alphonse Daudet atteint de syphilis et qui ne cessera pas de souffrir jusqu’à sa mort, tint le journal de sa douleur pendant environ 15 ans.

hors de moi.gif« Hors de moi » est un texte dur, brutal, violent. L’auteure fait montre d’une incroyable capacité d’analyse clinique de son « cas ». Elle sait trouver les mots pour dire l’indicible. Elle examine son mal, le dissèque, le met sous le microscope, en mesure les conséquences sans appel : le mal est irréversible, définitif, il obsède, il entraîne des renoncements quotidiens, il oblige à vivre plus vite et plus intensément.
La malade devient observatrice de sa propre descente aux enfers, de sa propre mutilation involontaire, son corps examiné et malmené par le corps médical ne lui appartient plus, ce corps se révulse et regimbe, « Cette maladie me met hors de moi. »
La maladie devient compagne au quotidien, c’est la définition même de la chronicité, vision refusée le plus souvent par le corps soignant pour lequel elle est la marque de l’échec.
Récit âpre, poignant et insupportable dans lequel la vie personnelle de la malade n’a aucune place, celle-ci étant phagocytée par la maladie. Le récit sans date, sans point de repère fait entrevoir une vie mutilée, le style a la précision du scalpel.

la doulou.gif« La doulou » texte où Alphonse Daudet porte témoignage de l’affection qu’on appelle alors Tabes dorsalis, les antibiotiques n’existent pas, le diagnostic est net : ataxie c’est à dire perte du mouvement volontaire, paralysie, traitement : le mercure terrible poison, le laudanum et la morphine, pronostic : la mort dans d’indicibles souffrances.
Le journal de cette maladie, de cette douleur est d’une grande lucidité, c’est un témoignage terrifiant sur la prise de possession du corps par la maladie, l’avancée de la destruction. Ce corps  sans cesse se rappelle à lui, petit à petit le tient prisonnier. On assiste à la dévastation progressive du corps et de l'esprit.
L’ écriture est un cri de douleur permanent, un cri strident et insupportable et un refus d’abdiquer devant le mal.

 

Dans les extraits qui suivent les deux écrivains à plus d’un siècle de distance, se parlent, se répondent et se comprennent.( En italique : Alphonse Daudet)

le-cri-munch.jpg« Comme si les charnières de mes articulations s’étaient recroquevillées »
« Obstination des mains à se recroqueviller, au matin, sur le drap, comme des feuilles mortes, sans sève. »

« Giclées de douleur au creux des poignets, dans les bras, dans les hanches »
« Ce que j’ai souffert, hier soir - le talon et les côtes ! La torture...pas de mots pour rendre ça, il faut des cris. »

« Mes nerfs sont des fils dénudés. »
« Grands sillons de flammes découpant et illuminant ma carcasse »

« Qu’est-ce que vous faites en ce moment ? - Je souffre. »
« J’apprends à me taire. »

« Le discours de la maladie est presque toujours négatif, discours de la restriction et du renoncement. »
« Le drôle de petit vieux que je suis tout à coup devenu. Sauté de 45 ans à 65. Vingt ans que je n'ai pas vécus".

« Mon corps est de la tourbe qui se consume sans fin. » « Cette maladie me met hors de moi. »
«  Parfois je perd le sentiment d’une partie de mon être » « marionnette détraquée »

Alphonse_Daudet_2.jpg«  Il y a une ivresse de la douleur. Dans l’intensité de la crise et celle du soulagement lorsqu’elle cesse ».
« Douleur toujours nouvelle pour celui qui souffre et qui se banalise pour l’entourage. Tous s’y habitueront excepté moi. »


« Il y a une jouissance inexplicable dans cette sensation violente qui suspend tout, coupe tous les liens, répudie le monde extérieur. Ne plus exister que dans le coeur de la douleur. »
« Toujours faire appel à sa volonté pour les choses les plus simples, les plus naturelles, marcher, se lever, s’asseoir, se tenir debout, quitter ou remettre un chapeau. Est-ce horrible ! Il n’y a que sur la pensée et son perpétuel mouvement que la volonté ne peut rien. Ce serait si bon de s’arrêter. »


C’est à Alphonse Daudet que je laisse le mot de la fin :

« Je ne sais qu’une chose, crier à mes enfants « Vive la vie »

Les auteurs
Claire Marin .jpgClaire Marin est née en 1974, elle est docteur en philosophie et professeur agrégé, ancienne élève de l’ENS.

Alphonse Daudet écrivit ce texte à partir de 1883 date à laquelle sa maladie s’aggrave, il note alors chaque jour les progrès de la douleur. En 1887 il meurt subitement. Le texte ne fut publié qu’en 1930.
Le texte en ma possession est d’une ancienne édition Arléa, dans  * l’édition du Mercure de France on peut trouver une préface et une post-face de Julian Barnes traducteur du texte en anglais que malheureusement je n’ai pas lu.

08.04.2009

Chéri et Gigi - Colette

Chéri - Colette - Lu par  Françoise Fabian -  Editions Naïve
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«  Pour la première fois de ma vie, je me sentais intimement sûre d’avoir écrit un roman dont je n’aurais pas à rougir ni à douter » écrit Colette à propos de Chéri.
Ce roman sans doute le plus célèbre de Colette  je vous propose de l’entendre, lu par Françoise Fabian, dont la voix apporte au texte toute la sensualité, la hardiesse et la cruauté que l’auteure y a mis et met en relief la finesse de l’écriture de Colette.

Petit rappel de l’histoire : Le roman se passe à la Belle Epoque Léa ancienne courtisane qui approche de la cinquantaine doit se séparer de Chéri qui a la moitié de son âge, leurs amours parfois tulmutueuses dures depuis cinq ans, mais aujourd’hui Chéri se marie, la séparation devient obligatoire, la rupture sera cruelle mais pour qui ? Roman subversif sous des dehors légers.

 

Si vous voulez en savoir plus sur le roman lire la note de Sibylline et pourquoi ne pas aller voir le film de Stephen Frears avec la belle Michèle Pfeiffer

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Gigi - Colette - Lu par Danièle Delorme - Editions Frémeaux et associés
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C’est un roman cocasse que celui-ci, Gigi élevée par sa mère, sa grand-mère Mamita et sa tante Alicia, dans un strict souci des principes et des conventions.
Elle a appris à reconnaître les pierres précieuses, à peler une pêche, à couper les ortolans d’un seul coup de couteau et à tenir toujours ses genoux serrés. En fait elle n’a été éduquée que dans le but d’en faire une femme entretenue mais possédant toutes les qualités d’une femme du monde.
Mais Gigi va refuser ce rôle de cocotte que sa famille lui réserve et mettre à mal tous les plans soigneusement élaborés en refusant d’être la maîtresse du séduisant et riche Gaston Lachaille.
Danièle Delorme incarna Gigi en 1948 dans un film de Jacqueline Audry avec Gaby Morlay.
Ici sa voix fait merveille et restitue la vivacité des dialogues, la naïveté de Gigi, la verve de Colette, cet enregistrement date de 1956 mais n’a pas pris une ride, pas plus que l’oeuvre de Colette qui a écrit ce texte enlevé et vif à soixante dix ans !

Un film TV a été réalisé en 2006 par Caroline Huppert avec Macha Méril, Françoise Fabian et Juliette Lamboley dans le rôle titre, ce téléfilm excellent et fidèle au roman n'est hélas pas disponible en DVD pour le moment.

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23.03.2009

Une inquiétante et diabolique étrangeté - Edouard Dor

Une inquiétante étrangeté - Edouard Dor - Editions Sens & Tonka
Le plaisir du diable - Jacques Gelat - Editions José Corti

inquietante.gifAu mois de février je vous avais proposé un billet sur un livre d’Edouard Dor, aujourd’hui je récidive car sur un thème différent il nous livre encore une fois sa réflexion d’observateur attentif.
À quoi tient qu'un tableau nous trouble plus qu'un autre ?
Pour nous parler de « cette inquiétante étrangeté » Edouard Dor nous installe devant trois oeuvres de Véronèse traitant d’un même sujet, les amours de Mars et Vénus. Dans un des trois tableaux la présence d’un escalier qui va on ne sait où et surtout et ajouté à ce « décor ambigu » au beau milieu d’une scène voluptueuse, une tête de cheval en haut de l’escalier.
« Véronèse cherche à nous surprendre, à nous déstabiliser »

Je vous laisse juger par vous-même.

 

 

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Le deuxième exemple pris par Edouard Dor est le portrait fameux « Olympia » par E Manet . il se livre à une étude passionnante dudit portrait, en particulier de son éclairage frontal, sur la présence d’un chat aux yeux jaunes, sur la fascination et le malaise que nous pouvons éprouvé devant la toile.
Son dernier exemple est une étude d’une oeuvre peu connue de Matisse : « Porte fenêtre à Collioure ».

 

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J’ai aimé à l’égal du premier ce petit livre, simple et fouillé il invite à lire autrement une toile, à observer en nous laissant pénétrer par cette « inquiétante étrangeté » qui naît de nos fantasmes et qui peut aller jusqu’à l’épouvante absolue nous dit S Freud dans l' essai dont s'est inspiré Edouard Dor.


plaisir du diable.gifIl arrive que nos lectures s’ordonnent d’une façon particulière et que sans le vouloir deux ouvrages viennent se rencontrent ou se répondent. Le roman de Jacques Gelat a pris place juste après ma lecture d’Edouard Dor.

J’ai retrouvé le monde de la peinture dans ce roman insolite et précieux. Sonia l’héroïne travaille dans une galerie à Paris, le propriétaire de celle-ci lui confie la mise en vente d’un tableau hollandais d’Emmanuel de Witte représentant deux musiciennes.
Sonia tombe aussitôt sous le charme et son intérêt va jusqu’à la  fascination, mais un soupçon l’assaille, elle ressent une  « inquiétante étrangeté » à l’observation de la toile, des détails incongrus, des anomalies la font douter de l’authenticité du tableau.
« Alors, bien avant le dessin, les couleurs ou la composition, la toile lui envoya sa lumière.
Sonia la sentit doucement irradier vers elle, un peu comme un soleil du soir après une journée de chaleur. Une lumière tiède, lente. Sans doute était-ce le sentiment des couleurs principales, les robes des femmes, orangé sombre pour la première, rouge bordeaux avec des reflets bruns pour la seconde. Puis le bois des guitares sur les genoux, vieil or avec des reflets ambrés. »


Nous sommes littéralement emportés nous aussi, la description du tableau que vous ne tarderez pas à « voir » , l’obsession amoureuse de Sonia pour celui-ci, sa quête de la vérité, le monde de l’art, du faux et de l’illusion, tout est fascinant dans ce roman. Le style est impeccable et la construction diabolique. Une fin inoubliable.
Il faut préciser que ce roman avait déjà été publié il y a vingt ans par les éditions Denoël sous le titre « le tableau », il est réédité aujourd’hui pour notre plus grand plaisir.

Ces deux livres se faisant écho prévoyez de les ranger ensemble dans votre bibliothèque.

14.03.2009

Pour saluer Giono

Un de Baumugnes - Jean Giono - Lu par Jacques Bonnafé - Editions Thélème

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Jacques Bonnafé restitue le parler rugueux et simple des héros , les pages de Giono prennent une ampleur nouvelle, vous entendez l'amour d'Albin pour Angèle la fille aperçue un soir, son harmonica vous parle  dans la nuit, vous êtes à la Douloire et vous accompagnez Amédée dans sa recherche d'Angèle.

 

 

 

Colline - Jean Giono - Lu par Jean Chevrier - Editions Fremeaux et associés

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« En faisant Colline, j'ai voulu faire un roman, et je n'ai pas fait un roman: j'ai fait un poème ! »
Une lecture superbe de Jean Chevrier qui fait vivre la Provence et ses personnages, la diction est parfaite et la voix magnifie le texte. La tension, la peur qui s’empare de Gondran, de Jaume sont superbement restituées par Jean Chevrier, l’air vibre, la Colline tremble et vous voyez filer le chat noir annonciateur de malheur.

 

 

 

 

 

Regain - Jean Giono - Lu par Henri Tisot - Editions Auvidis

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Inoubliables les personnages du roman, la belle lecture d’Henri Tisot porte l’humanité de Panturle, de Gaubert et d’Arsule. Il dit bien le lent déclin, le départ de Gaubert, la mort annoncée d'Aubignane. Il sait superbement nous communiquer le tressaillement de la vie qui reprend, le premier labour, le premier blé et l'enfant qui s'annonce.

 

 

 

 

Cette écoute des trois romans de Giono m’a apporté beaucoup de plaisir et je souhaitais partager ce plaisir avec vous. Elle permet de redécouvrir des textes lus il y a longtemps, et puis comme on ne se refait pas, après l’écoute il est plus que tentant d’aller feuilleter à nouveau les bouquins.

 

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Plutôt qu’un énième résumé des trois romans je vous renvoie au Dossier Giono chez Pascale Arguedas (Calou).
Pour poursuivre : le centre Giono à Manosque

12.03.2009

L'origine de la violence - Fabrice Humbert

L’origine de la violence - Fabrice Humbert - Editions Le Passage

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De passage à Paris je suis entrée dans une librairie, jusque là rien d’extraordinaire, souhaitant un renseignement j’attendais patiemment mon tour pour interroger un vendeur, celui-ci vantait de façon très convaincante les mérites d’un roman français j’ai tendu l’oreille...et j’ai très bien fait.

Un jeune professeur de français,  accompagnant ses élèves en voyage scolaire, visite le camp de Buchenwald. Accroché sur un mur du musée une photo attire son attention. Sur la photo un détenu et cet homme est le sosie de son père, or il est impossible que l’homme de la photo soit son père, celui-ci est bien vivant, il n’a jamais été prisonnier, personne dans la famille n’a été déporté,  alors ?
Ici commence une enquête qui plonge le narrateur dans l’horreur des camps, dans les archives de Buchenwald. Il cherche les documents, les témoins qui pourront l’éclairer.

« Dans le calme de l’Ettersberg, le souvenir des cinquante-trois mille morts faisait se lever une armée d’ombres silencieuses. Je m’avançait dans le brouillard avec une légère angoisse. Aux aguets comme si j’étais en attente. »

Il apprend l’identité de l’homme de la photo : David Wagner, mais  rien en apparence ne relie cet homme à sa famille. Il part sur ses traces et sur celles des autres personnages de la photo, tous nazis notoires.
Enquêteur tenace, ses recherches vont le mener à Göttingen, à Berlin, mais surtout dans sa propre famille. C’est une quête des origines, une réflexion sur le sens du mot « filiation ».

On retrouve dans ce roman le thème central de « Un juif pour l’exemple » la violence, le mal absolu.
Le narrateur est obsédé par la violence, y compris la sienne
« Depuis toujours, la peur et la violence m’ont hanté. J’ai vécu dans ces ténèbres. j’ai toujours craint qu’on m’entraîne, m’attache, m’écorche, comme un animal nuisible. »
Fabrice Humbert fait entendre les voix de Primo Levi et Jorge Semprun, il fait preuve d'un talent impressionnant et  réussit le tour de force d’écrire un roman profondément humain, très bien documenté, historiquement et psychologiquement juste et qui se lit avec avec un sentiment d’urgence très fort.

Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque

Un autre avis dans le quotidien La Croix


L’auteur

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Fabrice Humbert a déjà deux romans à son actif : Autoportraits en noir et blanc (Plon) et Biographie d’un inconnu (Le Passage) Vous pouvez  le retrouver sur son site

Toutes les notes