08.09.2011

Lettres perdues de Madame de Sévigné

Le Grand Siècle Volume 3

 

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Dans les épisodes 1 et 2 nous avons vu apparaitre la figure de Fouquet mais un peu en retrait. Il est temps d’en faire le héros principal.

Laissons Sylvie Dervin jouer les Dumas et inventer des amours passionnées entre Nicolas Fouquet et une jeune fille dont il tombe amoureux à la première rencontre.
Une rencontre de hasard, un mariage impossible et en route pour un bon roman.

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Replaçons un peu le décor, Fouquet n’est pas encore ministre tout juste Président du Parlement de Metz et son absence de noblesse lui interdit de prétendre à la main de l’héritière d’un des plus grands noms de France.
La famille de la belle est inquiète « un petit écureuil qui veut grimper ne serait pas un parti convenable  » elle précipite un mariage satisfaisant pour le rang de la demoiselle et Marie de Rabutin-Chantal  se marie « voilà la chose est faite, je suis marquise depuis hier ».
La jeune Marie est devenue Marquise de Sévigné.

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Le château où Marie rêve de Fouquet : Les Rochers


Pendant des années elle va tenir un journal intime et au gré des rencontres au bal, au théâtre, dans les couloirs du Palais Royal, elle rêve de Fouquet et voilà ce qui devait arriver arriva : son amoureux transi devient son amant.

Vous ne trouverez pas curieux je pense que leurs relations soient surtout épistolaires
Il fallait bien que Marie se fasse la main.

L’idylle perdure quand Nicolas Fouquet devient un des grands du royaume. Même la Fronde ne les sépare pas.
Mais l’heure du roi a sonné et Fouquet est arrêté
« Marie, je suis perdu, on vient de m’arrêter et il faut désormais que tu n’aies rien de commun avec moi, si jamais tu n’avais pas brûlé toutes mes lettres, fais le ! »


Et voilà comment une partie des lettres de Madame de Sévigné sont parties en fumée ...........avouez que c'est rageant quand même !

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Fouquet est arrêté par ...d'Artagnan


Fouquet va terminer ses jours à Pignerol. Elle restera fidèle jusqu’au bout en silence
« Me taire, dissimuler. On voudrait, lorsqu’on aime, pouvoir le dire et le redire, trouver mille détours de langage pour revenir à son cher tourment. »

Elle tentera comme son ami Jean de La Fontaine de sauver Fouquet : en vain.


Vous devinez que Marie a déjà la plume facile, que l’histoire est belle et tragique.
Sylvie Dervin s'amuse avec beaucoup de réussite à imiter le style du 18ème, elle le fait avec beaucoup d'esprit pour notre plus grand plaisir.


Un livre qui me fut offert par un ami qui me voulait du bien.

Le livre : Les amants de la nuit - Sylvie dervin - Editions Plon ou Pocket

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                                         A chercher chez les bouquinistes

05.09.2011

Relation d'un voyage de Paris en Limousin

 Le Grand Siècle Volume 2

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Six lettres à une épouse, six lettres d'un poète léger et primesautier, l'oeil aux aguets sur les travers des hommes et la beauté des femmes ..........Retrouvons La Fontaine en sa correspondance.
Le procès de Fouquet vient de se terminer, l’oncle de La Fontaine, Jannard, soutien du Surintendant reçoit une lettre de cachet l’enjoignant à l’exil à Limoges. La Fontaine décide d’accompagné son oncle :

« La fantaisie de voyager m'était entrée quelque temps auparavant dans l'esprit, comme si j'eusse eu des pressentiments de l'ordre du roi. »

Il va pendant le voyage laisser courir sa plume au bénéfice de son épouse Marie.
Ces 6 lettres ne seront publiées qu’après la mort du poète.

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                                         La destinataire des lettres : Marie de Héricart

Il faut plus de trois semaines pour effectuer le voyage et tout au long, La Fontaine décrit les paysages, la Beauce n’a pas ses faveurs, « trop plate » mais la Loire le surprend

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 « Elle est près de trois fois aussi large à Orléans que la Seine l'est à Paris. »


Il peint à Marie les villes traversées :
« Blois est en pente comme Orléans, mais plus petit et plus ramassé; les toits des maisons y sont disposés, en beaucoup d'endroits, de telle manière qu'ils ressemblent aux degrés d'un amphithéâtre. Cela me parut très beau, et je crois que difficilement on pourrait trouver un aspect plus riant et plus agréable.  »

Un ton léger et ironique pour présenter ses compagnons de voyage dans le carrosse qui les emporte.
« Dieu voulut enfin que le carrosse passât: le valet de pied y était; point de moines, mais en récompense trois femmes, un marchand qui ne disait mot, et un notaire qui chantait toujours, et qui chantait très mal: il reportait en son pays quatre volumes de chansons. Parmi les trois femmes, il y avait une Poitevine qui se qualifiait comtesse; elle paraissait assez jeune et de taille raisonnable, témoignait avoir de l’esprit, déguisait son nom, et venait de plaider en séparation contre son mari: toutes qualités de bon augure et j'y eusse trouvé matière de cajolerie, si la beauté s'y fût rencontrée; mais sans elle rien ne me touche; c'est à mon avis le principal point: je vous défie de me faire trouver un grain de sel dans une personne a qui elle manque. »

Le récit est franchement humoristique quand il relate les incidents qui émaillent le voyage.
« La comtesse se plaignit fort, le lendemain, des puces. Je ne sais si ce fut cela qui éveilla le cocher; je veux dire les puces du cocher, et non celles de la comtesse: tant y a qu'il nous fit partir de si grand matin qu'il n’était quasi que huit heures quand nous nous trouvâmes vis-à-vis de Blois, rien que la Loire entre deux. »

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Il versifie, abonde en citations et n’oublie de se montrer à son avantage :
« M’étant allé promener dans le jardin, je m'attachai tellement à la lecture de Tite-Live qu'il se passa plus d'une bonne heure sans que je fisse réflexion sur mon appéti

Il peut aussi se moquer un peu de lui-même quant aux dangers qui guettent :
« Tant que le chemin dura, je ne parlai d'autre chose que des commodités de la guerre: en effet, si elle produit des voleurs, elle les occupe; ce qui est un grand bien pour tout le monde, et particulièrement pour moi, qui crains naturellement de les rencontrer. On dit que ce bois que nous côtoyâmes en fourmille: cela n'est pas bien; il mériterait qu'on le brulât. »

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Le but du voyage

Limoges enfin qu’il pare de grâce, prudemment, il y trouve :

« la meilleure table du Limousin. » quant aux habitants « Je vous donne les gens de Limoges pour aussi fins et aussi polis que peuple de France: les hommes ont de l'esprit en ce pays-là, et les femmes de la blancheur. »

Ces lettres étaient destinées à être lues à voix haute , le poète espérait qu’elles feraient le tour de son cercle d’amis et qu’elles les amuseraient.
Je vous propose de vous compter au nombre des amis de La Fontaine et d’écouter Philippe Lejour vous les lire.

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Le livre audio :
Relation d’un voyage de Paris en Limousin - Jean de La Fontaine - lu par Philippe Lejour - Editions Sous le lime


24.06.2011

Père et fils

Flaubert et Maupassant, le père et le fils, le maître et l'élève

                  

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Gustave Flaubert à Guy de Maupassant

" Quant à moi je travaille avec violence, ne voyant personne, ne lisant aucun journal, et gueulant dans le silence du cabinet, comme un énergumène."

" Enfin, mon cher ami, vous m’avez l’air bien embêté et votre ennui m’afflige, car vous pourriez employer plus agréablement votre temps. Il faut, entendez-vous, jeune homme, il faut travailler plus que ça. J’arrive à vous soupçonner d’être légèrement caleux.
Trop de putains, trop de canotage, trop d’exercice ! "

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Micheline Presle dans Boule de Suif de Christian-Jaque

" Mais il me tarde de vous dire que je considère Boule de Suif comme un Chef d’oeuvre ! Oui jeune homme ! Ni plus, ni moins, cela est d’un maître. C’est bien original de conception, entièrement bien compris et d’un excellent style. Le paysage, les personnages se voient et la psychologie est forte. Bref je suis ravi."

Guy de Maupassant à Gustave Flaubert

" Mon cher Maître, j’ai vu Zola hier soir et il m’a dit que vous ne viendriez pas cet hiver ! Cette nouvelle m’a tellement étonné et désolé que je vous prie de me dire tout de suite si elle est vraie. Passer l’hiver sans vous voir ne me paraît pas possible ; c’est mon plus grand plaisir de l’année d’aller causer avec vous chaque dimanche pendant trois ou quatre mois."


Le livre : Gustave Flaubert /Guy de Maupassant - Correspondance - Editions La Part Commune

18.05.2011

Une amitié littéraire

Mon chère Maître

 

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George Sand à Flaubert

Nos vraies discussions doivent rester entre nous comme des caresses entre amants et plus douces, puisque l’amitié a ses mystères aussi, sans les orages de la personnalité.

Moi, je crois que dans cinquante ans je serai parfaitement oubliée et peut-être durement méconnue. C’est la loi des choses qui ne sont pas de premier ordre et je ne me suis jamais crue de 1er ordre. Mon idée a été plutôt d’agir sur mes contemporains, ne fût-ce que sur quelques uns, et de leur faire partager mon idéal de douceur et de poésie.

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Chez George Sand à Nohant


Tu aimes trop la littérature, elle te tuera et tu ne tueras pas la bêtise humaine.

L'art n'est pas seulement de la peinture. La vraie peinture est, d'ailleurs, pleine de l'âme qui pousse la brosse. L'art n'est pas seulement de la critique et de la satire. Critique et satire ne peignent qu'une face du vrai. Je veux voir l'homme tel qu'il est. Il n'est pas bon ou mauvais. Il est bon et mauvais. Mais il est quelque chose encore, la nuance, la nuance qui est pour moi le but de l'art. Etant bon et mauvais, il a une force intérieure qui le conduit à être très mauvais et peu bon, ou très bon et peu mauvais.

 

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Nos vraies discussions doivent rester entre nous comme des caresses entre amants et plus douces, puisque l’amitié a ses mystères aussi, sans les orages de la personnalité.

C’est une bonne leçon que la souffrance physique quand elle vous laisse la liberté d’esprit. On apprend à la supporter et à la vaincre. On a bien quelques moments de découragements où l’on se jette sur son lit ; mais moi je pense toujours à ce que me disait mon vieux curé quand il avait la goutte : ça passera ou je passerai.



Flaubert à George Sand 

Ne vous ayant pas près de moi, je vous lis ou plutôt relis. J’ai pris Consuelo, que j’avais dévoré jadis dans la Revue Indépendante.
J’en suis, derechef, charmé. Quel talent, nom de Dieu ! Quel talent ! C’est le cri que je pousse par intervalles, dans le «silence du cabinet». J’ai tant pleuré pour de vrai, au baiser que Porpora met sur le front de Consuelo !... Je ne peux mieux vous comparer qu’à un grand fleuve d’Amérique. énormité et douceur.

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Croisset chez Gustave Flaubert


Non, chère maître, vous n’êtes pas près de votre fin. Tant pis pour vous, peut-être. Mais vous vivrez vieille et très vieille, comme vivent les géants, puisque vous êtes de cette race-là ; seulement, il faut se reposer. Une chose m’étonne, c’est que vous ne soyez pas morte vingt fois, ayant tant pensé, tant écrit, et tant souffert. Allez donc un peu, comme vous en aviez tant envie, au bord de la Méditerranée. L’azur détend et retrempe. Il y a des pays de jouvence, comme la baie de Naples. En de certains moments, ils rendent peut-être plus triste ? Je n’en sais rien.
La vie n’est pas facile ! Quelle affaire compliquée et dispendieuse !

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Vous m’écrivez de belles choses sur «l’affection désintéressée». Cela est vrai, mais le contraire aussi ! Nous faisons toujours Dieu à notre image.

Au fond de tous nos amours et de toutes nos admirations, nous retrouvons nous, ou quelque chose d’approchant. Qu’importe, si nous est bien !
 Mon moi m’assomme pour le quart d’heure. Comme ce coco-là me pèse sur les épaules par moments ! Il écrit trop lentement et ne pose pas le moins du monde quand il se plaint de son travail. Quel pensum ! Et quelle diable d’idée d’avoir été chercher un sujet pareil ! Vous devriez bien me donner une recette pour aller plus vite ; et vous vous plaignez de chercher fortune ! Vous !


Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols, et j’ai entendu de jolis mots à la prud’homme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre.
 C’est la haine que l’on porte au bédouin, à l’hérétique, au philosophe, au solitaire, au poète, et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère. Il est vrai que beaucoup de choses m’exaspèrent. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton.


Le livre : Gustave Flaubert George Sand - Correspondance - Editions Flammarion

08.03.2011

Correspondance - Virginia Woolf Vita Sackville West


Deux femmes d’exception...........

 

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Virginia Woolf    Vita Sackville-West

Vingt ans de correspondance, entamée en 1923, elle ne s’achève qu’avec la mort de V Woolf.
Une correspondance qui séduit en raison de la personnalité des deux femmes mais plus encore par le style des lettres, chacun connaît l’art de Virginia Woolf mais le style des lettres de Vita est une surprise, il est magnifique, enlevé, brillant, éclatant. Vita aime la vie, le jeu, les plaisirs et les voyages, ne s’embarrasse pas de fidélité.
Quand elles font connaissance Virginia a atteint une certaine notoriété, elle a déjà écrit trois romans et déjà fait face à trois crise d’aliénation mentale,  Vita est en train de devenir un auteur à succès et a déjà publié roman et surtout de la poésie.
Ce n’est qu’en 1925 que commence réellement leur liaison, Vita est impressionnée par la publication de Mrs Dalloway et Virginia sort d’une période d’épuisantes migraines.

 

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Monk's House

De badin le ton des lettres prend une tournure amoureuse puis le ton de la passion. Temps béni vite interrompu par le départ de Vita pour Téhéran où elle doit rejoindre son diplomate de mari, du coup la passion fuse dans les lettres, les mots tendres, mais aussi les affres de la jalousie.   
La séparation est plus douloureuse pour Virginia, et les voyages donnent à Vita l’occasion de lettres drôles, alertes, vivantes, elle sait décrire à merveille les lieux traversés, les personnages rencontrés.
Virginia que l’on attend plus réservée sait se défaire du carcan des moeurs de l’époque et fait preuve d’audace épistolaire surprenante
L’une a besoin de protéger, l’autre a besoin de l’être, toujours en proie à l’angoisse et à la peur de la folie.
Mais  “La plus longue et la plus charmante lettre d’amour de la littérature” c’est Virginia qui l’écrira, avec la parution d’Orlando dédié à son amour.

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Sissinghurst

C’est la proximité intellectuelle entre les deux femmes qui va permettre à leur relation de passer de la passion à l’amitié amoureuse puis à l’amitié tout court. Vita se tourne vers d’autres amours et grâce à l’argent que lui rapporte ses livres va se consacrer à entretenir, embellir sa propriété de Sissinghurst qui devient le centre de son univers.
Les lettres prendront un tour différent, parfois frivoles et ne dédaignant ni les ragots ni les moqueries sur la société qui les entoure.
Deux femmes sont passionnées par la vie culturelle et intellectuelle de leur temps. Elles fréquentent tout ce qui compte en littérature à l’époque : Thomas Hardy, Aldoux Huxley, D.H Lawrence. Leurs échanges portent souvent sur l’écriture, elles comparent leurs lectures, s’enthousiasment pour Proust.
Virginia Woolf écrit à Vita une dernière fois le 22 mars 1941 quelques jours avant son suicide.

Virginia admirait Vita comme femme et Vita admirait l’écrivain, elles nous donnent à voir cet amour et cette admiration dans leur superbe correspondance.

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Le Livre : Correspondance - Virginia Woolf / Vita Sackville-West - Traduit par Raymond Las Vergnas - Editions Stock