02.04.2011
La Compagnie du fleuve - Thierry Guidet
Je profite de grands rangements dans mes bibliothèques pour ressortir des livres qui m’ont plu
C’était bien avant la descente de la Loire en Canoë, mille kilomètres à pied le long de ses rives, un long parcours du Mont Gerbier de Jonc à Saint Nazaire. Si la curiosité vous titille bouclez votre sac.

Le départ
Départ en avril aux premières jonquilles, le temps de se mettre en jambes et il laisse déjà loin derrière lui le pays de Modestine, il suit avec l’oeil d’un peintre « un chemin de terre au milieu des pins, des aubépines, des noisetiers, qui longe une Loire d’aquarelle ».
Marcher, penser, rencontrer et lire car Thierry Guidet ne saurait se passer de livres, lors de précédentes randonnées il était accompagné par Montaigne ou Sénèque, dans son parcours en Loire c’est la Bible qui lui tient compagnie car il lui faut « des livres qui se hument, se mâchent puis se digèrent lentement ».

La Charité sur Loire
File le chemin rythmé par les bivouacs et les rencontres. Ici et là on repère les blessures mal refermées de la tempête de 1999.
La Haute Loire, l’Allier, les plaines du Forez, les canaux latéraux, les chemins de halage, les « pays de rêveuses rivières et de canaux pensifs », il avance au rythme d’une péniche pendant un petit moment savourant la liberté des mariniers.
La Loire était, avant le chemin de fer, un fleuve de chalands et de gabares. Thierry Guidet nous parle même d’une « marine de Loire » au temps où les péniches transportaient les épices des Antilles « la verrerie du Dauphiné, la faïence de Nevers, les couteaux d’Auvergne (...) les livres imprimés à Genève. »
Mais le fleuve n’est pas toujours doux, les lignes de crues sur les façades des maisons sont là pour le rappeler.
Mi parcours et c’est l’entrée dans « La Loire des châteaux et des vignes » Vite un signe de la main à Balzac, à Stendhal qui navigua entre Tours et Nantes, une pensée pour D’Artagnan qui fait son entrée à Meung sur Loire.
Notre marcheur fait un détour par Chambord, flâne dans le potager de Villandry.
Rois, reines, art de vivre, douceur angevine, avec au détour d’un chemin ....une centrale nucléaire.

La fin du parcours approche et c’est un monde d’îles que l’auteur nous fait découvrir à bord d’une gabare : l’île Meslet, le Piloquet, l’île aux bergers, et même Kerguelen.
Le voyage se termine à Saint Nazaire, j’ai aimé la compagnie de Thierry Guidet, jamais pompeux, toujours curieux qui dit « J’ai marché en badaud, curieux de la leçon de choses, et d’histoire, et de géographie, et de littérature que me donnerait le fleuve. »

Le bout du voyage : l'estuaire de Saint Nazaire
Le livre : La Compagnie du fleuve - Thierry Guidet - Editions Joca Seria 2004
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28.02.2011
Le pays des petites pluies - Mary Austin
Aux amateurs de nature, de désert et de poésie

Un mot de l’auteur Mary Austin d’abord car son nom n’est pas connu en France, auteur prolixe, théâtre, nouvelles, c’est ce récit publié en 1903 qui l’a fait connaître et en a fait le chantre de la nature à l’égal de John Muir ou Thoreau, elle fut amie avec Willa Cather et Jack London.
C’est le désert qui est ici au coeur du livre, Mary Austin aime le désert car dit-elle « Pour tout ce que le désert prend à l’homme il donne une contrepartie, des respirations profondes, un sommeil profond et la communion des étoiles. Il nous vient à l’esprit avec une force renouvelée, dans les silences de la nuit »

14 courts chapitres initialement écrits pour les journaux qui vont vous faire parcourir le désert des chercheurs d’or, celui où des fables nourrissent l’imaginaire, vous pourrez répérer les sentiers qui mènent aux sources, admirer « cinquante sept busards, un sur chacun des cinquante sept poteaux de clôture du ranch El Tejon, par un matin de septembre favorable au mirage »
Vous enfoncer sur les terres des indiens shoshone « Le pays du mouflon, du wapiti et du loup. »
Tout est prétexte à émerveillement pour Mary Austin, tenez par exemple, le pré de son voisin, convoité, échangé, acheté, revendu, traversé d’un ruisseau, il finit un peu abandonné, la nature reprend ses droits « il est intéressant de voir cette reconquête d’un ancien territoire par les plantes sauvages que l’homme a bannies ». Le pré change de couleur au gré des saisons « Depuis le coeur de l’été jusqu’aux gelées la note dominante du pré est l’or clair, tournant à la teinte rouille de la bigelovie sur le déclin, une succession de couleurs plus admirablement réglées qu’un changement de décor au théâtre ».

Canyons, sierras, mesa, sentiers sont son domaine mais les histoires des hommes aussi tels ses gardiens d’écluse en un pays où l’eau est un trésor. Attentive à la beauté, l'auteur observe et note avec précision en naturaliste passionnée. Ses récits dégagent une grande poésie, un certain lyrisme et un immense amour pour ce pays « de rivières perdues, où il n’y a pas grand-chose à aimer ; et pourtant un pays vers lequel on ne peut que revenir une fois qu’on l’a jamais visité. »
Ecoutez son appel : « Venez donc vous qui êtes obsédés par votre importance dans l’ordre des choses, et qui ne possédez rien qui n’ayez obtenu sans peiner, venez par les sombres vallées et les collines charnues, jusqu’au pays des jours paisibles, et faites vôtres la générosité, la simplicité et la sereine liberté. »
François Specq traducteur et préfacier dit du livre « magnifique célébration de la beauté sauvage », si vous aimez Edward Abbey ou John Muir, si Walden est un livre important pour vous, si vous avez aimé Elisée Reclus et son Histoire d’un ruisseau, alors Le pays des petites pluies ne vous décevra pas.
Le livre : Le Pays des petites pluies - Mary Austin - Traduit de l’américain par François Specq - Editions Le Mot et le Reste 2011.
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04.11.2010
Elisée Reclus Etonnant géographe - Joël Cornuault

Elisée Reclus étonnant géographe - Joël Cornuault - Editions Fanlac
Qu’est-ce qui fait que l’on part à la recherche d’un écrivain ? le plus souvent pour moi c’est parce que je lis ici ou là un article, un passage de livre le concernant. Et de temps en temps c’est autre chose. Pour Elisée Reclus je connaissais son nom, de façon très vague et associé à la géographie mais c’est tout.
C’est l’interview de Kenneth White dans une émission de radio qui m’a titillé, il parlait de Reclus avec une telle admiration, mettant en avant les écrits mais aussi l’homme et son engagement personnel. Du coup j’ai voulu satisfaire ma curiosité et je vous propose de faire connaissance avec ce savant, cet humaniste, cet anarchiste « père de la géographie » un peu comme Hérodote est le père de l’histoire.
Vient de paraitre une biographie très complète et qui vient d'obtenir le Prix Fémina de l'essai, mais elle est réservée aux vraiment curieux, pour les autres je propose une balade plus légère avec le spécialiste de Reclus : Joël Cornuault qui anime les Cahiers d’Elisée Reclus et qui a traduit également les livres de John Burroughs.
En ouverture de ce petit livre de 150 pages l’auteur nous dit : « Elisée Reclus fut un homme de conviction ardente : loyal, opiniâtre, désintéressé, bienveillant, capable de vivre jusqu’au bout les opinions qu’il professait (...) car il croyait, rare parmi les hommes de plume, en ce qu’il disait ou écrivait » Joli début non ? et qui donne envie de mieux connaître l’homme.
Quelques éléments biographiques indispensables :
Né en 1830 dans le sud ouest, issu d’une famille protestante, son père pasteur éleva 14 enfants, programmé pour être pasteur il renonce à la théologie et étudie les langues (il en parle 5) la géographie, perd la foi et devient anarchiste.
Homme de convictions il est obligé de fuir après le coup d’état de Napoléon III, il va en profiter pour visiter les Etats Unis, découvre et s’insurge contre l’esclavage. De retour en France il commence sa vrai carrière de géographe en voyageant dans toute l'Europe et le plus souvent à pieds pour les éditions Hachette.
Ses convictions anarchistes le lient à Bakounine et il participe à la Commune, condamné au bagne il est sauvé par son renom d’homme de sciences car de nombreux savants intercédèrent pour lui dont Darwin, il est condamné au bannissement, il va désormais vivre à l’étranger, en Suisse, en Belgique. Il devient l’ami de Pierre Kropotkine , amitié qui se poursuivra pendant de longues années.
Il va écrire ses livres les plus célèbres : Histoire d’un ruisseau et surtout une « Géographie universelle » en 19 volumes et « La terre » en 6 volumes, titulaire d’une chaire à l’université de Bruxelles, il fonde l’Institut Géographique, il voyage énormément et meurt en 1905, il est inhumé au cimetière d’Ixelles
Le grand intérêt du livre de Cornuault c’est de ne pas respecter la chronologie mais plutôt de nous introduire dans la pensée de Reclus en quelques chapitres évocateurs : Du sentiment de la beauté, Paysages sonores et rythmes du monde, Elisée et les joies de l’espace.
On découvre dans ces chapitres « l’homme d’abord, le géographe ensuite » comme Reclus se décrivait lui-même
Ce fut, dit Cornuault « un semeur de sciences » et à travers son oeuvre et la qualité de ses écrits « un semeur de beauté »
Le grand projet de Reclus était de mettre les sciences à la portée de tous. Toute son oeuvre est parcourue par une émotion forte, par son admiration de la nature, lui qui combattait l’illusion, le mystère mais qui avait une « chaleur admirative pour les formes de la terre » Il se qualifiait de « Géographe prolétarien » joli nom pour ce socialiste convaincu. Géologue perspicace il eut l’intuition de la dérive des continents.
Dans ce petit livre on découvre aussi son entourage, Camille Pissaro avec qui il a été en relation et qu’un critique de l’époque appellait « anartiste » ce qui était fait pour plaire à Reclus.
Toutes ses oeuvres sont bien sûr illustrées de cartes mais aussi de vignettes dessinées par Frantz Kupka qui deviendra ensuite un peintre abstrait très connu.

« J’ai parcouru le monde en homme libre... »
(article publié lors de sa mort )
L’auteur ne s’attarde pas sur l’engagement anarchiste de Reclus car dit-il « C’est par les chemins buissonniers qu’emprunte le lecteur sans affiliation que je vins à Elisée Reclus. »
J’ai beaucoup aimé ce livre du genre de ceux qui emportent vers d’autres livres
Poursuivre votre lecture
Le site tenu par Joël Cornuault consacré à Reclus
Histoire d’un ruisseau - Elisée Reclus - Editions Infolio
Elisée Reclus Géorgraphe anarchiste, écologiste - Jean Didier Vincent - Robert Laffont
Une biographie très complète mais que j'ai trouvé moins vivante que le livre de Cornuault par contre elle s'attache a montré la vie et l'engagement anarchiste de Reclus, ses liens avec Bakounine et Kropotkine et assez longuement sa vie en exil.
L'Anarchie - Elisée Reclus - Editions d'Ores et déjà
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26.09.2010
Un bol de nature
Quelques extraits de livres, de ceux que je ne prête pas, de ceux qui me sont précieux et que je peux ouvrir à n’importe quelle page et y trouver un grand plaisir de lecture. Des livres riches et magnifiques, poétiques et sensibles. Certains sont épuisés chez l'éditeur mais la persévérance fait des miracles.
Tout cela a commencé, voici quinze ans déjà, par un pique-nique à la pointe orientale de l’île d’Orléans, là où l’accès au fleuve est rendu hasardeux, en juillet par une immense batture chargée de joncs, de foin de mer et de riz sauvage. Le lieu où nous nous trouvions était paisible, préservé.(...) Dans l’après-midi, au cours d’une promenade au bord du fleuve, j’aperçus cachée dans les arbres et à demi enfouie sous les hautes herbes, une petite cabane rouge qui servait de camp de chasse. Je ne savais pas encore que cette maisonnette de bois rond allait devenir un des lieux importants de ma vie.
Pierre Morency - L’oeil américain - Boréal

Une batture
Chaque année, après les tempêtes de neige du coeur de l’hiver, survient une nuit de dégel où le tintement de l’eau qui goutte traverse le pays, réveillant sur son passage les créatures assoupies pour la nuit et d’autres qui dormaient depuis le début de l’hiver. La mouffette roulée en boule au fond de sa tanière déplie ses membres et risque une sortie dans cet univers humide, en traînant son ventre dans la neige. La trace de la mouffette marque l’un des premiers événements repérables de ce cycle de fins et de commencements qu’on appelle une année
Aldo Leopold - Almanach d’un comté des sables
Dans l’herbe autour du chalet, les abeilles sont très occupées à butiner les pissenlits dorés, et ne prêtent aucune attentions aux houstonies et aux violettes. Les violettes pourpres, bleues et blanches, poussent à telle profusion que l’air est embaumé de leur parfum. La brise apporte l’odeur sucrée des fleurs de pruniers sauvages qui poussent dans les bois sur la colline. Les abeilles aiment les fleurs des pruniers sauvages et moi aussi.
Sue Hubbell - Une année à la campagne
Tinker Creek
Il y a dans ce monde sept ou huit catégories de phénomènes qui valent la peine qu’on en parle, et l’une d’entre elles, c’est le temps qu’il fait. Si, d’aventure, l’envie vous prenait de sauter dans votre voiture, de traverser tout le pays, et de franchir les montagnes pour arriver dans notre vallée, et là, de traverser Tinker Creek, de monter la route qui mène à la maison, et si par hasard, vos pas vous faisaient traverser la cour, frapper à la porte et demander à entrer, et que, vous vous mettiez à parler du temps qu’il fait, alors, vous seriez le bienvenu.
Annie Dillard - Pèlerinage à Tinker Creek
07:49 Publié dans Littérature Américaine, Littérature Francophone, Livres pour vivre, Nature | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
25.03.2010
La vengeance du wombat - Kenneth Cook
La Vengeance du wombat - Kenneth Cook - Editions autrement
J’ai du être danseuse dans une autre vie car j’adore les grands écarts, après la tombe de Proust me voici dans le bush Australien.
C’est ma deuxième expédition avec Kenneth Cook, la première m’ayant fait pleurer de rire, je récidive.
Quelques quatorze nouvelles dans ce recueil qui en plus de vous faire rire vous initient à la faune australienne et là, je dois dire, c’est tout à fait surprenant.
En quelques 150 pages, Cook est toujours intrépide mais " légèrement en surpoids " ce qui gêne pour échapper à un kangourou très facétieux et fan de sauts en longueur, un requin bien décidé à faire le remake des dents de la mer et un charmant quokka tueur. Pour ceux qui confondrait ce quokka là avec une boisson bien connue, je précise que l’auteur écluse whisky et bière à une vitesse prodigieuse mais de Coka pas une goutte. Mais faire une descente en VTT tenant le guidon d’une seule main et de l’autre essayant de se débarrasser d’ un quokka joueur, là, c’est dans ses cordes.

Le Quokka tueur selon kenneth Cook photo Simon Waterhouse
Le reste est à l’avenant, serpents contrariés, cochon furibond, et wombat mignon en photo mais dangereux en réunion, les autochtones étant à peine moins dangereux que les bestioles.
Si vous en redemandez après ça jetez vous sur le premier volume des aventures de Cook : Le Koala Tueur et prenez patience il y aura une troisième expédition d’organisée par l’éditeur.
08:45 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
26.12.2009
L'Art de voir les choses - John Burroughs
L’art de voir les choses - John Burroughs - Traduit de l’anglais par Joël Cornuault - Editions Fédérop
Voilà bien une lecture par ricochet, ayant lu récemment La maison en chantier, j’ai été intrigué par les passages faisant référence à un écrivain américain « à la Thoreau », écrivain dont je n’avais jamais entendu le nom.
Lorsque ces choses là me titillent je suis mon idée jusqu’au bout, après avoir tapoter sur le clavier, fais le tour de ce que je pouvais trouver en bibliothèque, je me suis résolue à commander ce livre.
Quel plaisir ! la couverture d’abord, superbe et empruntée à Audubon, c’est une petite anthologie de textes, choisis par le traducteur, précédés d’une présentation du traducteur très éclairante et suivie d’une biographie en fin de volume.
John Burroughs est décrit comme un " écrivain très populaire, personnage bonhomme et pittoresque" dont les livres se sont vendus à des millions d’exemplaires et qui était célèbre à l’égal de H D Thoreau et de John Muir.

Le Bureau de John Burroughs dans sa maison des Catskill (photo Gurney journey)
Amoureux de la nature et de l’observation de celle-ci, il possède un oeil à mi chemin entre " l’oeil du savant et l’oeil du poète "
Il aime la vie simple " car c’est celle que j’ai vécu et je l’ai trouvé bonne. " dit-il. C’est un naturaliste précis et riche dans ses observations des oiseaux, des plantes, mais qui se passionne aussi pour la pêche à la truite ou le chant de la colompbe Il nous invite à être un observateur attentif qui " déchiffre les signes subtils du temps, les étoiles lui prédisent le lendemain, les nuages du soir et du matin sont des présages."
C’est un redoutable marcheur comme Thoreau, il nous convie à " en rabattre un peu avec notre fierté de citadin des grandes villes" et à prendre notre bâton de marche. Il a parcouru les Adirondacks, les forêts du Maine avant de poser sa maison dans les Catskill.

Thomas Cole "View on the Catskil Early Autumn - The Metropolitan Museum of Art, New York
"Partir à pied sur la grand-route c’est prendre enfin un bon départ dans la vie » alors n’hésitez pas à le suivre car « le piéton se réjouit toujours, allant revigoré, renouvelé, le coeur dans la main et la main disponible"
A vous " les pommes sur le bord de la route, et les baies, et la source et l’abri accueillant" N’hésitez plus, mettez vos pas dans les pas de John Burroughs.
Vous avez compris que j’ai beaucoup aimé ce livre, j’ai parfois pensé à Jean Henri Fabre en le lisant, il va trouver place dans ma bibliothèque à côté de Walden et des Souvenirs entomologiques.
L’auteur

John Burroughs est né en 1837, instituteur de campagne il abandonne l’enseignement en 1846 pour un emploi au ministère des finances, il rencontre Walt Whitman à qui il consacre son premier livre, en 1873 il fuit la ville, s’installe dans les Catskill. Ses écrits rencontrent immédiatement le succès, il voyage aux Etats Unis dans la dernière partie de sa vie. (source Joël Cornuault)
06:06 Publié dans Littérature Américaine, Nature | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
10.05.2009
Chasses fragiles - Patrick Reumaux
Chasses fragiles - Patrick Reumaux - Editions Phébus
Je vous convie à une balade champêtre en compagnie de Patrick Reumaux et de ses amis botanistes. Une randonnée qui s’étend des Ardennes au Var en passant par le plateau des Glières, le grand air vous donnera des couleurs.
Autant vous prévenir, ils sont tous fous, dingues, cinglés, leur recherche de l’ophrys Champagneuxii ne connaît aucune limite, ils aiment « brigander sur les terrains de chasse propices au brigandage », ils acceptent la pluie, la caillasse, la chaleur mais n’oublient pas les pauses restauration. Pour assouvir leur passion ils peuvent affronter les douaniers suisses pour possession de glacière et denrées périssables, délit hautement répréhensible chez nos voisins helvètes.
Attention de ne pas les confondre avec des écologistes qu’ils détestent, qui « ne rient jamais » qui « se déplacent dans la nature en chuchotant, comme les touristes turcs dans la cathédrale Saint Pierre(...) capables de vous tirer à vue s’ils vous voient ramasser une pâquerette. » mais qui sont capables, et c’est la vengeance douce de P Reumaux, de faire infuser des racines de Veratrum album ou de manger en salade de l’éthuse petite cigüe !
On peut les suivre pendant trois de leurs chasses, à la poursuite de l’Inule Sicula « longue fleur maigre qui a la raideur d’un héron » en quête de cortinaires et de russules pour remplir leurs besaces selon la saison.

Inule Sicula « longue fleur maigre qui a la raideur d’un héron »
et les accompagner dans leur recherche obstinée de l’Ophrys miroir, ou de la magnifique

ophrys papilionacea
Fous certes mais spécialistes patentés, la liste des oeuvres mycologiques de Patrick Reumaux, est là pour le prouver. Vous saurez tout sur « La synonymie plaie des sciences naturelles », le classement botanique figé à tout jamais par Linné « à l’esprit à peu près aussi souple que de béton armé » et vous assisterez à des rencontres pas toujours pacifiques avec d’autres amateurs de sociétés Linnéennes.
J’ai aimé l’alliance entre poésie et humour corrosif, entre hymne à la nature et digressions acides. L’érudition est toujours camouflée, légère.
Aujourd’hui quittez votre bibliothèque et partez butiner, flâner et remplir votre herbier.
L’auteur
Romancier, traducteur (Dickinson, Powys,)
poète lauréat du prix Max Jacob en 1982
Patrick Reumaux est aussi naturaliste et mycologue
14:00 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
16.02.2009
Le koala tueur et autres maléfices - Kenneth Cook
Le koala tueur et autes histoires du bush - Kenneth Cook - Traduit par Mireille Vignol - Editions Autrement
Un petit tour en Australie aujourd’hui, un pays pour lequel j’ai une attirance très forte depuis la lecture de Bill Bryson et de son récit de voyage chez « Nos voisins du dessous » plein d’humour et de bestioles peu recommandables.
Le titre des nouvelles de Kenneth Cook du coup m’a immédiatement attiré, le bush, les grands espaces et ..les bestioles. Je ne suis pas une fan des nouvelles mais là vraiment je ne regrette pas mon achat.
15 nouvelles tirées de faits réels, des faits tellement incongrus, incroyables, loufoques, horribles ou terrifiants, que vous aurez du mal à les croire.
Au gré des nouvelles vous découvrirez la faune australienne, ses koalas plus dangereux que prévu, ses serpents tueurs, ses aventuriers buveurs de bière, et bien sûr le redoutable, l’énorme crocodile.
Le narrateur a vraiment le chic pour se retrouver dans des situations improbables, pas sportif ni aventurier pour un sous mais ne sachant rien refusé à ses amis, le voilà guettant les amours tonitruantes des crocodiles, plongeant dans des fonds sous-marins coralliens, visitant un peu longuement à son gré un puits de mine, où transformé en vétérinaire administrant un lavement à une éléphante.......
Vous l’aurez compris on ne s’ennuie pas une seconde j’ai retrouvé dans ces nouvelles la verve et l’humour de Gérald Durell et ses histoires familiales. Ce recueil a rencontré un énorme succès en Australie, Kenneth Cook sait se moquer gentiment des travers de ses amis et de lui-même.
Rires et dépaysement garantis. Si vous voulez connaitre l'avis de Bernard Poirette sur RTL écoutez

ajout du 7/0409 : une très bonne critique dans le Matricule des Anges d'avril 2009
Extrait
Nous avions traîné la barque à environ cinq mètres du rivage lorsque le crocodile chargea.
C’était effectivement passionnant à observer. Il semble se propulser en l’air d’un bond sur ses pattes trapues et fila sur le sable comme un lézard.
Je lâchai le bateau et saisis mon fusil.
Roger lâcha le bateau et saisit son appareil photo.(....)
J’imagine que l’assaut du reptile ne dura que quelques secondes, mais ce genre de secondes dure des heures, et j’étais conscient des clics de l’appareil photo de Roger et de l’empressement des griffes du crocodile sur le sable que même les tirs répétés du fusil n’arrivaient pas à couvrir. J’entendais la voix de Roger qui hurlait en boucle :
- Stop ! Stop ! C’est une espèce protégée ! (...)
J’avais trois choix. Je pouvais tirer sur Roger pour l’écarter et dégager ma cible (solution la plus attrayante). Je pouvais assommer Roger d’un coup de crosse pour dégager ma cible (solution trop timorée, dans les circonstances). Je pouvais jeter le fusil et m’enfuir en criant (solution la plus probable).
J’hésitai......................
Pour les amateurs retrouvez Gérald Durrell chez Cathulu et Bill Bryson chez Chaplum
L’auteur
Kenneth Cook (1929-1987) est un important écrivain australien.
Les éditons Autrement ont publié trois de ses romans.
07:41 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
22.01.2009
Fou de désert
Un fou ordinaire - Edward Abbey - Editions Gallmeister
Je suis une fana des récits de voyages et de ce que les américains appellent « Nature writing » dans les dix meilleurs livres lus ces dix dernières années il y a deux récits de voyages c’est dire que j’aime ça. J’ai fait la connaissance d’Edward Abbey avec Désert solitaire, j’avais découvert avec lui le désert Américain, sa faune, sa flore, ses couleurs et les dangers qui le menaçait.
Un fou ordinaire est composé de dix récits déjà publiés dans diverses revues et rassemblés ici, dix ballades pour célébrer le grand Ouest de l’Utah à l’Alaska.
Alors pas d’hésitation, faite le plein de votre gourde, emportez trois rondelles de banane séchée, chaussez vous bien car le cactus cholla ne pardonne pas, bouclez votre sac et en avant. Attendez vous à suer, mourir de soif, à croiser des lapins antilopes, des coyotes, je ne parle pas ici serpent à sonnette et autres futilités, car pour suivre le précepte de ce fou ordinaire « ceux qui visitent le monde sauvage doivent le mériter »
Rien à craindre nous avons un bon guide capable de repérer les points d’eau, de lire le paysage, de faire du feu n’importe, un fou des grands espaces et la ballade est magique.
Il nous emmène au pays des canyons, à Monument Valley, dans les Navajo Mountains, vous descendrez avec lui le Grand Canyon du Colorado. Abbey sait aussi bien donner une leçon de botanique sur les saguaros et les cactus cholla nounours, que vous parler du moment merveilleux où le désert se couvre de fleur, qu’en bon géologue décrire la formation des dunes. Son style poétique et lyrique en fait un chantre superbe de l’Ouest mythique, un Ouest de liberté et de beauté.
Vous entendrez sa colère devant les grands barrages contre lesquels il s’est battu et ce lac Powell superbe sur les photos mais sur les berges duquel faune et flore ne peuvent se développer normalement en raison de la grande variation du niveau de l’eau.
Un détour par le Mexique et le désert de Sonora en compagnie d’un ami biologiste, et vous finirez à la recherche du grizzly en Alaska mangé par les moustiques mais buvant l’eau limpide des rivières et vous suivrez les troupeaux de caribous.
J’aime les livres d’Edward Abbey et j’éprouve de la sympathie pour cet éternel contestataire, ses colères, ses frasques et ses provocations.
Abbey est mort en 1989 et conformément à son souhait il est enterré quelque part dans le désert visité seulement par les coyotes et sans doute un cactus pousse t-il sur sa tombe.
Faites une place à ce livre dans votre sac à dos.
Extrait
« Au-delà du mur de la ville irréelle, au-delà des enceintes de sécurité coiffées de fil de fer barbelé et de tessons de bouteille, au-delà des périphériques d’asphalte à huit voies, au-delà des berges bétonnées de nos rivières temporairement barrées et mutilées, au-delà de la peste des mensonges qui empoisonnent l’atmosphère, il est un autre monde qui vous attend. C’est l’antique et authentique monde des déserts, des montagnes, des forêts, des îles, des rivages et des plaines. Allez-y. Vivez-y. Marchez doucement et sans bruit jusqu’en son cœur. Alors… Puissent vos sentes être légères, solitaires, minérales, étroites, sinueuses et seulement un peu en pente contraire. Puisse le vent apporter de la pluie pour remplir les marmites de grès lisse qui se trouvent à quatorze miles derrière la crête bleue que vous apercevez au loin. Puisse le chien de Dieu chanter sa sérénade à votre feu de camp, puisse le serpent à sonnette et la chouette effraie vous distraire dans votre rêverie, puis le Grand Soleil éblouir vos yeux le jour et la Grande Ourse vous bercer la nuit. » « Je me souviens du vent sec et brûlant. De l’odeur de la sauge et du genévrier, du sable et de la lave noire et dure cuisant sous le soleil. Je me souviens de la vue d’un hogan navajo au pied d’un à-pic, de la poussière rouge, d’un cheval solitaire broutant dans le lointain au creux d’un lit à sec, d’une éolienne et d’un réservoir d’eau au croisement de pistes de bétail irradiant vers l’horizon dans une douzaine de directions différentes, et du vert suave des saule, des tamaris et des peupliers de Virginie au fond d’un canyon minéral. »
L’auteur
Edward Abbey est né en 1927 à Indianan Pennsylvanie. Après son service militaire à Naples, de 1945 à 1947, il fréquente l'université A 21 ans, il traverse les Etats-Unis d'est en ouest en auto-stop et découvre l'Ouest. Il tombe définitivement amoureux du désert et le restera pendant 40 ans. Il a travaillé comme guetteur d'incendie ou ranger dans les parcs nationaux, en particulier au Arches National Monument dans l'Utah qui lui servira d'inspiration pour Desert solitaire.
Fondateur du mouvement Earth First Personnage emblématique et contestataire, est le plus célèbre des écrivains de l'Ouest américain. Il a été un éternel contestataire, ses colères,t ses frasques et ses provocations il les a raconté dans les deux récits du Gang de la clé à molette le succès du livre, paru en 1975, a fait de lui une icône de la contre-culture et le pionnier d'une prise de conscience écologique aux États-Unis. ( Source l’éditeur)
18:00 Publié dans Nature, Récits de voyage | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note





















































































































































































































































